L'Oeil du Selen

11 avril 2019

Revue etc. N°47 - Intensification de la propagande et du mensonge d'état

Revue de presse et internet sur le totalitarisme rampant et la propagande élitiste N°47

 

Juste un petit numéro express, parce que je trouve que les informations concernant la propagande d'état se sont intensifiées tout récemment, aussi ça vaut le coup de faire un petit point, car certaines infos sont tout à fait édifiantes...

 

Les articles viennent principalement de RT, et concernent principalement LREM. L'occasion de donner raison à l'exécutif concernant l'offensive de Poutine ? Non non... mais j'attends quand même mon chèque de Vlad l'empaleur en personne après ce numéro.

 

 

Pressions sur les médias

 

https://francais.rt.com/france/60668-portraits-macron-decroches-reporters-convoques

 

RT n'est plus le seul média touché. Tous les journalistes peuvent désormais être inquiétés par le gouvernement et ses sbires, s'ils s'intéressent de trop près à ce qui se passe, et même quand ils ne font rien de plus que leur boulot.

 

 

Manipulation des réseaux sociaux

 

https://francais.rt.com/france/60858-enquete-montre-comment-communaute-lrem-manipulerait-reseaux-sociaux

 

On a déjà vu que des officines menaient des offensives contre les médias alternatifs, dénonçant notamment la « russosphère », et voilà que les méthodes reprochées sont utilisées par le parti au pouvoir, comme le démontre mediapart.

 

https://francais.rt.com/france/60858-enquete-montre-comment-communaute-lrem-manipulerait-reseaux-sociaux

 

https://www.mediapart.fr/journal/france/090419/comment-une-nebuleuse-lrem-instrumentalise-les-reseaux-sociaux?onglet=full

 

On pourra ergoter sur la réalité de ces méthodes, par contre la partie sur l'anonymat est un fait qui démontre l'opportunisme du gouvernement lorsqu'il est question de se saisir des méthodes autrefois disqualifiées comme déloyale et même à bannir.

 

 

Ce qu'il faut dire et ce qu'il ne faut pas dire

 

https://francais.rt.com/france/60807-sur-bfm-rodrigues-repond-journaliste-reprochant-dire-tire-dessus

 

Il ne faut pas dire « on nous tire dessus ». Mais que faut-il dire, alors ? Je trouve que cette fausse pudeur journalistique, outre son caractère tartuffesque et scandaleux, est extraordinairement révélatrice de l'état d'esprit de la caste et du sentiment d'appartenance que peuvent avoir les journalistes par rapport à une élite qui doit se serrer les coudes. Jouer sur les mots, les impressions et les sentiments est clairement leur registre, et ils savent bien en effet qu'il n'y a qu'au Venezuela qu'on tire sur le peuple, et qu'en Syrie qu'on le gaze. Ils savent, surtout, que pour préserver la force de leur narrative, il faut que certains mots soient réservés à certaines situations extérieures, et exclus de toute situation intérieure, en une manière absolument orwellienne.

 

De même, il est parfaitement admis au sein de cette même caste politico-journalistique de mentir ou de s'arranger avec la vérité (qui n'est qu'une forme habile du mensonge et du sophisme) pour rendre l'époque plus acceptable, et donc leur gouvernance au sein de cette époque.

 

https://francais.rt.com/france/60625-depute-lrem-trouve-normal-ne-pas-dire-verite-pour-donner-esperance-francais

 

Heureusement, comme on se serre les coudes, Libé nous indique que ce genre de tournure désormais régulière dans le parti au pouvoir existent, mais sont néanmoins sorties de leur contexte. Bien entendu.

 

https://www.liberation.fr/checknews/2019/04/02/sibeth-ndiaye-a-t-elle-vraiment-dit-j-assume-parfaitement-de-mentir-pour-proteger-le-president_1718838

 

Sibeth voulait protéger le président dans sa vie privée qui ne nous regarde pas. Rien de plus que loyauté bien légitime, donc. Ben tiens.

 

Nous vivons donc sous un régime qui assume parfaitement de se couvrir mutuellement par le biais de distorsions du réel et du sens, où la vérité n'est qu'un instrument que l'on peut négliger quand il ne nous arrange pas, et le mettre en avant dès qu'il nous arrange, façon « fact checking ».

 

Enfin, nous sommes sous un régime qui préfère que les gens aient de l'espérance pour qu'ils continuent d'aller de l'avant, d'être en marche, quitte à s'engager dans des impasses qu'ils regretteront amèrement plus tard, quand la vérité leur éclatera au visage, par exemple après le quinquennat Macron, où le prochain président pourra reprocher au précédent d'avoir menti et d'être parti avec la caisse et ainsi de suite, jusqu'à la fin des temps. Ce n'est pas la première fois que je dis et démontre que les sentiments positifs sont la serrure par laquelle, et à notre époque plus particulièrement, les cambrioleurs du mauvais goût s'infiltrent pour manipuler. Autant donc pour l'optimisme et la pensée positive, si prégnants à notre époque, et même si l'on manipule aussi effectivement par la peur et la colère, ces ressorts me semblent aujourd'hui moins dangereux, car moins pernicieux.

 

L'affaire Geneviève Legay relève d'un autre détour de ce même vice :

 

https://francais.rt.com/france/60825-affaire-genevieve-legay-policiere-charge-enquete-compagne-commissaire-mis-en-cause

 

Un cas où l'enquêteur est la conjointe du mis en cause, et le préfet qui « ne voit pas où est le problème ». Faut-il que l'on vous explique ? Car nous avons très bien trouvé où il était, dans la fraction de seconde où l'on aura appris la chose.

 

Sans parler de Castaner qui fait le sourd envers cette dame blessée à l'oreille interne, qui dit que ce sont des choses qui « peuvent arriver » (par contre zero tolerance si une vitrine est brutalement agressée), Macron qui distribue les leçons de morale et le procureur qui dit que la dame n'a pas été touchée par la police, alors que des images prouvent le contraire à n'importe qui qui soit encore doté d'au moins un œil.

 

https://www.ladepeche.fr/2019/03/25/retraitee-gilet-jaune-blessee-a-nice-emmanuel-macron-denonce-son-comportement-irresponsable,8089174.php

 

Je ne linke pas tout ça, qui est complètement navrant, me contentant de le noter en passant, parce que dans le merveilleux monde d'aujourd'hui, tout cela existe. Un déni d'un degré exceptionnel et hallucinant est ainsi atteint à tous les niveaux de l'exercice du pouvoir, que nous pouvons tous constater.

 

 

 

Je termine par un dernier lien un peu à part, concernant la publicité, qui elle aussi fait partie de l'ensemble de la narrative de la propagande, plus particulièrement quand elle s'aligne sur la doxa du moment en matière d'emploi et de flexi-suicidarité.

 

https://www.les-crises.fr/quand-la-pub-fait-leloge-de-la-precarite-par-edouard-vuiart/

 

Dans les commentaires, un certain nombre de personnes refusent de voir, ou feignent de ne pas voir le problème, ce qui est un véritable signe des temps. La publicité est acceptée par beaucoup trop comme un simple outil informationnel quasiment neutre, à coup de « il ne faut pas voir le mal partout », etc. Cette naïveté est confondante pour des adultes vaccinés, mais certes pas très étonnante, à la manière de la grenouille plongée dans l'eau qui chauffe lentement sans se rendre compte qu'on la cuit.

 

La publicité ici présentée n'en est qu'une parmi des millions d'autres dans un monde entièrement biberonné à la publicité pour continuer d'exister tel qu'il existe. La publicité est le poumon du système, et en soi à bannir. Si j'étais élu dictateur, Jupiter II, j'interdirais cette chose absolument néfaste que même des amis à moi qui travaillent dans la publicité pour vivre, la combattent en dehors de leurs heures de travail... et je les salue si par hasard ils passent encore sur ce blog.

 

Je n'en rajoute pas, l'article en dit assez long sur ce qu'induit cette pub, comme toutes les pubs un tant soit peu habiles que l'on peut croiser, dans l'imaginaire collectif, là encore au niveau des espérances, des représentations clef de notre société, à propos de la manière de conduire sa vie, de ce qui est positif et de ce qui est négatif, etc.

 

 

En bref... Je crois que nous vivons une phase d'accélération de la propagande et du mensonge d'état. A surveiller d'un œil.

 

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10 avril 2019

Ni Dieu ni maître, une histoire de l'anarchisme

NI DIEU NI MAITRE UNE HISTOIRE DE L'ANARCHISME VERSION LONGUE COMPLÈTE VOL 1 +2+BONUS INÉDIT

 

Un documentaire assez exceptionnel à partager. Je n'ai vraiment pas grand chose à ajouter sur le contenu, sinon que les âmes sensibles peuvent y réfléchir à deux fois, car si le documentaire est soigné, les images qu'il montre témoignent d'une époque où la violence pouvait être beaucoup plus crue qu'aujourd'hui. Sur le fond, une très bonne synthèse du parcours de l'idéologie anarchiste qui est tout à fait d'actualité, car on pourra y trouver entre autres un certain nombre de similitudes avec ce que fait apparaître le mouvement des gilets jaunes qui, s'il n'est pas à proprement parler anarchiste, pourrait représenter par plusieurs de ses traits une mutation de la mouvance anarchiste, dans l'ignorance de la plupart des acteurs de ce mouvement. Ma sensibilité, proche de l'anarchisme, a trouvé dans ce documentaire de quoi méditer et remettre certaines choses en perspective, car même s'il évoque des événements assez connus dans l'histoire, il en évoque d'autres qui le sont moins, et de toute façon, un tel rappel de l'histoire ne peut pas être inutile.

 

Je note en passant que je travaille sur deux autres articles à paraître dans les prochains jours, et encore un ou deux autres sur la démarche de curiosité, mais pour plus tard.

 

 

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02 avril 2019

Démocratie, dictature... comment réfléchir avec des mots corrompus ?

 

Le mouvement des gilets jaunes a eu le mérite de mettre en lumière une chose que je dénonce depuis des lustres, et je ne suis bien sûr pas le seul à dire que notre « démocratie » n'est qu'une façade et une imposture. Mais il m’apparaît que la question doit être posée en terme plus fins qu'un simple manichéisme « démocratie ou dictature ? ».

 

Pour poser quelques jalons, je propose cet article publié sur agoravox, que j'ai trouvé pertinent.

 

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/gilets-jaunes-revelateurs-d-une-213864

 

L'échange dans les commentaires est comme d'habitude à la foire d'empoigne, mais ce qui compte c'est que l'auteur, qui a connu la Chine et l'Afrique, a une vision beaucoup plus nuancée que celle que l'on peut avoir trop facilement sur cette question. La démocratie, comme chacun sait, ce sont les pays occidentaux où les femmes sortent en jupe, où les hommes boivent de la bière, où la liberté ne connaît pas de limite, le droit de vote, les free hugs, tout ça tout ça. La dictature c'est le bruit des bottes, un militaire derrière la porte de votre chambre à coucher, des supermarchés vides et où tout le monde a pour principale activité de faire la gueule 24/24.

 

Un documentaire passé sur Arte à propos de la Corée du nord, et encore disponible quelques jours à l'heure où je publie, a le mérite de montrer que les choses sont moins caricaturales. De nos jours, les frontières entre le libéralisme et l'autoritarisme se brouillent de plus en plus, et des pays comme la Corée du nord, mais aussi l'Arabie saoudite, se tournent quelque peu vers l'extérieur, et s'ouvrent à d'autres possibilités, peu à peu, tandis que les démocraties sont de plus en plus régulièrement exposées à une « tentation autoritaire », comme disent pudiquement certains...

 

https://www.arte.tv/fr/videos/075220-000-A/pyongyang-s-amuse/

 

Le lien fournit une erreur 500 au moment où je le mets ici, mais normalement, le documentaire est disponible jusqu'au 19/04/2019.

 

Bon, même après avoir vu ce doc, et même en admirant l'esprit de corps propre aux nord coréens, je me dis que non, ce pays militarisé où l'esprit collectif écrase totalement l'individualité et la possibilité même d'individuation (ce qui permet à ces gens de ne pas être particulièrement malheureux, dans l'ensemble), ce pays, donc, ne me fait toujours pas envie. Ni la Chine, ni l'Arabie saoudite, etc.

 

Mais ce qui est important ici, c'est de voir que, même dans la dictature la plus mondialement reconnue, la plus assumée, la plus militarisée, où les gens ne peuvent pas critiquer leurs dirigeants, la vie n'est pas forcément un cauchemar invivable qui pousse tout le monde à la dépression et au suicide, et peut-être au contraire, l'esprit collectiviste pousse la solidarité et la coopération (qui n'existent plus que marginalement ou dans certains cadres précis, dans nos sociétés), et si être exclu dans une telle société est pire que dans n'importe quelle autre, la société fournit, en revanche, un minimum de garanties à tout le monde. On y trouve essentiellement des pauvres qui n'ont pas 150 robes dans leur dressing, mais je doute qu'il y existe beaucoup de clochards, en revanche. Les laissés pour compte existent pour la plupart soit dans des camps, soit dans des recoins isolés de la province, mais je ne crois pas qu'ils vivent en nombre sous les ponts (ça ferait mauvais genre). Bref c'est aussi un choix de société, et tout n'y est pas noir, même s'il est facile de trouver des choses à déplorer (les nord coréens sont essentiellement prisonniers de leur pays).

 

Fixer un peu les idées, remettre un peu de nuances, c'est aussi montrer qu'il n'y a pas besoin de faire un si grand écart pour rejoindre nos contrées et ce genre de pays. En réalité, les dictatures comme celle-ci sont des régimes à l'ancienne voués à disparaître, qui sont surtout arriérés en terme de contrôle social. A un moment, le documentariste ironise sur le fait que Pyongyang n'ait pas choisi de faire la promotion du pays sous l'angle de ses bienfaits écologiques, car ce pays est sans doute celui qui, au monde, produit le moins de gaspillage... Pensez-y quand je parle de la tyrannie écolo à venir... S'il vient un temps où tous les pays se retrouveront limités en terme d'usage des ressources, alors il se pourrait bien que tous les pays ressemblent de plus en plus à la Corée du nord, avec un habillage différent, pseudo-démocratique, pseudo-écologique, etc. Retour à un collectivisme forcé, qui s'appuiera sur des méthodes poussées de négation de l'individualité. Une Corée du nord nouvelle, mais avant-gardiste dans le domaine du contrôle social. Une tyrannie progressiste.

 

 

Mais revenons à l'article publié sur agoravox. J'en souligne quelques longs passages, qui me semblent édifiants dans la peinture qu'ils font du pouvoir actuel :

 

« Le pouvoir macronien (...) sa survenue subite dans la sphère politique, la façon dont il est arrivé au pouvoir et la manière dont il l'exerce qui peuvent amener les questions autour d’un engendrement, lent et progressif, d’un État autoritaire puis dictatorial. Si la légitimité légale d’E. Macron n’est pas remise en cause, cela ne suffit pas à écarter la survenue d’une dictature car l’histoire montre que nombre de dictatures ont débuté par une élection « normale », comme celle de Napoléon III ou celle de Mussolini.

 (...)

Face à l’échec de son traitement et à la persistance des manifestations il a choisi d’étouffer la « rébellion » et de couper les manifestants du reste de la population comme on le fait dans une dictature par l’usage de la force et par celui de la propagande : « Dans les bouleversements si radicaux, on recourt à la manière forte pour faire face à la situation, parce que les institutions normales paraissent insuffisantes. » L’usage de la force débute par la répression qui vise à mettre les opposants hors d’état d’agir, on se souviendra des perquisitions surprises chez Jean-Luc Mélenchon et chez de nombreux membres de la France Insoumise, et à Médiapart. Cette répression s’est portée surtout, bien évidemment, sur les principaux marqueurs de l’opposition à la politique d’E. Macron : les Gilets Jaunes, avec une incroyable, et jamais vue, quantité d’arrestations, de condamnations et d’incarcérations dont d’ailleurs la ministre de la justice se vantait le samedi 23 mars à l’aube du 19ème samedi de manifestation : « Nous serons sans merci pour les casseurs [...] Ce que veulent ces gens, ce n'est pas le dialogue, leur seule revendication c'est la violence », et de vanter quelques jours plus tard les 9000 interpellations. Le pouvoir sera sans merci ! Au-delà de la détermination à maintenir l’ordre et à assurer la sécurité il y a une volonté forte à détourner le reste de la population d’imiter les opposants au pouvoir.

 

Jusqu’à présent nous échappions à deux autres caractéristiques d’une dictature : le recours à l’armée et la torture et les exécutions. Le « renforcement » des forces de la mission Sentinelle et l’autorisation qui leur a été donnée de faire usage de leurs armes doivent interroger notamment quand on entend les propos de la députée Claire O’Petit qui annonçait[3] que « l'armée pourra tirer sur les Gilets jaunes » ou encore ceux du premier ministre qui au JT de 20h de France2 n’excluait pas qu’il puisse y avoir des tués en précisant qu’ils ne devraient leur mort qu’à eux-mêmes puisqu’ils n’auraient pas dû venir manifester. (…) Ne faut-il pas voir dans les propos de Benoît Barret secrétaire général adjoint de Alliance (France Info samedi 23 à 15h12) la volonté du gouvernement d’installer, sournoisement, un État policier : « la peur doit changer de camp  », « la tolérance zéro, toutes les personnes interpellées doivent être condamnées sévèrement  » ; ainsi aujourd’hui la police aux ordres du gouvernement (je l’évoque dans mon livre Gilets Jaunes, et en même temps) tend à indiquer à la justice (indépendante ?) comment elle doit juger.

(...) 

La propagande et la séduction sont les stratégies favorites d’E. Macron, c’est la raison pour laquelle il s’est entouré d’autant de communicants plus formés à vendre de la lessive qu’à faire de la politique, c’est-à-dire à s’occuper du bien public, mais ils ont lu Edward Bernays[4] et ils savent que les règles de la communication commerciale sont les mêmes que celles de la communication politique. (...) Sauf que les quelques bribes de propositions lâchées par E. Macron à propos de la réforme des institutions montrent qu’il souhaite affaiblir la représentation populaire donc l’opposition à son pouvoir : diminution du nombre de députés, fusion du sénat avec le conseil économique, social et environnemental, affaiblissement des prérogatives de la cour des comptes, la mise sous véritable tutelle des collectivités territoriales (...) Peut-on penser que la suppression des jurés populaires dans les procès aux assises serait une avancée démocratique alors qu’il n’y a que dans les dictatures où cela existe ?

 

(…) Dans une dictature on fait du leader « un surhomme, un homme providentiel, doué de plus de clairvoyance que les autres, capable de comprendre et d’exprimer les forces mystérieuses de la collectivité. L’idée des rois-dieux ou de rois élus de Dieu réapparaît ainsi sous une forme nouvelle, en se combinant bizarrement avec les théories démocratiques.  »

 

 

Affaiblissement des contre-pouvoirs et des mécanismes de la démocratie, hyper-communication pédagogiste inspirée des techniques de propagande les mieux éprouvées, violence directe et indirecte contre la population, négation des revendications de cette dernière, intimidation, arrestation et diabolisation des opposants (politiques, médiatiques, judiciaires et populaires), contrôle des médias, divinisation du leader qui assume la « verticalité du pouvoir » qu'il concentre de plus en plus, barbouzes en rapport direct avec le président, utilisation de l'armée dans le cadre des manifestations, autant de caractéristiques qui ont fait dire à certains observateurs que nous nous rapprochions d'un fonctionnement fasciste, au point que certains n'hésitent pas à qualifier le gouvernement actuel par ce terme.

 

Tout est certes question de gradation, mais que penser, en tant que français, habitants d'un pays à la tradition révolutionnaire et républicaine, désormais la cible de réprobations d'ONG telles qu'Amnesty international mais surtout, plus grave, de l'ONU elle-même. Les éditocrates, on l'a vue, ont reçu ces admonestations de l'ONU avec la plus grande surprise et la plus totale incompréhension, ne pouvant accepter de voir les faits en face, et considérant là qu'ils n'étaient qu'en face d'une sorte de bug de la matrice, l'ONU étant traditionnellement de notre côté, voire notre jouet pour nous ingérer dans les affaires des autres, et certainement pas une organisation mondiale indépendante, pouvant s'ingérer dans les nôtres, quand bien même nous serions en plein glissement autoritaire... Un épisode particulièrement navrant de notre histoire, mais qui ne ramène même pas au réel nos idéologues bienveillants qui, pour le coup font vraiment figures de « guides de la nation », version Kim Jong made in France.

 

Le rapport d'Amnesty international, concernant le droit de manifester en France :

 

https://www.les-crises.fr/droit-de-manifester-en-france-par-amnesty-international/

 

Un autre article sur ce sujet a attiré mon attention. On se demande parfois où veut en venir cet ancien de la CIA, mais dans l'ensemble, sa réflexion montre que nous glissons collectivement vers un plus grand contrôle des populations par des moyens techniques nouveaux qui seront immanquablement utilisés, car ils peuvent l'être, le cynisme étant la règle parmi les décideurs.

 

https://www.les-crises.fr/lavenir-de-notre-politique-repressive-mondiale-par-graham-e-fuller/

 

Je cite là aussi quelques passages, en mettant en gras les phrases les plus importantes :

 

« La pensée la plus effrayante de toutes est que l’avenir de la « démocratie » pourrait bien résider dans l’intention de l’état de maintenir, contrôler et façonner la « pratique démocratique » comme un autre mécanisme de contrôle social. La « démocratie illibérale » est un phénomène croissant. Plus les « élections » peuvent être utilisées comme une distraction – le pain et les jeux – plus le public peut essentiellement être distrait de la recherche et de l’examen radical des maux sociaux et politiques.

 

(…)

 

Les gens choisiront presque toujours la sécurité plutôt que l’anarchie et la violence. Qui ne le ferait pas ? L’état qui peut assurer la sécurité gagnera le match. La perte d’une certaine liberté d’expression, d’action, vaut la peine par rapport aux horreurs de l’anarchie. (Les Chinois, qui ont vécu près d’un siècle de violence politique la plus flagrante, sont les derniers à vouloir revenir à un tel régime).

La démocratie devient ainsi un luxe de plus en plus coûteux et difficile à manier. Pour l’état, eh bien, il suffit de garder les pièges de la démocratie, de la laisser servir de distraction et de s’assurer que les vrais problèmes fondamentaux ne sont pas abordés – en faisant appel à des questions sociales émotionnelles et sensibles comme la peur des étrangers, les pauvres et les programmes sociaux « agressifs » des minorités politique, sociale, raciale et sexuelle.

Tout cela reflète peut-être simplement la nature de l’animal politique humain et la nature de la technologie future : limiter le choix aux questions bruyantes et imprévisibles qui ne mettent pas vraiment en cause le système fondamental ou la structure du pouvoir. Débattre sur l’utilisation transsexuelle des toilettes, la répression du symbolisme religieux public (crèches à Noël), les monuments de la guerre civile, la vie des riches et célèbres, les enquêtes de destitution à longueur d’année, le divertissement toujours meilleur et les séries télé. Évitez juste les problèmes de fond.

 

Dans la mesure où la plupart d’entre nous préféreront, en fin de compte, une gouvernance qui offrira un ordre, des systèmes économiques calmes et vivables, la répression de la criminalité et du terrorisme, alors l’avenir des régimes libéraux ouverts semble compromis. Ce n’est que lorsque les régimes et les gouvernements seront parvenus à un stade d’incompétence massive dans la fourniture de ces éléments de base ou dans l’exercice d’une brutalité généralisée que l’action politique de masse refera peut-être surface – mais la technologie au service de l’état sera toujours plus efficace que la technologie au service de l’action politique de masse et de son organisation.

(...)

Une perspective déprimante ? Pas si vous privilégiez l’ordre, la sécurité et la satisfaction des besoins sociaux et économiques minimaux de la grande majorité de la population. Dans de nombreux états du monde, on a la chance d’en bénéficier. »

 

On voit que Fuller justifie le glissement vers une logique « illibérale » par la nécessité d'ordre, de sécurité, la satisfaction des besoins les plus importants, la stabilité, et par un certain état circonstanciel des choses, à l'heure d'aujourd'hui. C'est un sujet délicat, et même si son point est assez typiquement celui d'un conservateur, presque une caricature du point de vue « droitard du côté du parti de l'ordre », c'est une tendance qui se vérifie en effet, et qui n'est pas dénué de certains fondements, si l'on veut bien considérer les choses en mettant de côté tout idéalisme pendant un instant.

 

Cette tendance s'ancre d'ailleurs dans l'esprit des populations, au point que l'on trouve de plus en plus de sondages qui indiquent une progression de l'acceptation de la possibilité d'une dictature comme de quelque chose qui ne serait pas fondamentalement néfaste.

 

Cherchez « sondage dictature » sur Google, et vous verrez qu'entre 2015 et 2018, cette tendance tournait autour de 40% dans la population française (si on en croit bien sûr la validité de ces sondages, et l'on pourrait aussi se questionner sur le pourquoi de tels sondages, d'où ils proviennent, etc., mais je coupe au plus court pour m'intéresser juste à la tendance). La justification donnée est souvent celle de la nécessité de tenir ferme les rênes du pays pour imposer des réformes, soit exactement ce que prétend faire Macron. Là aussi on peut se questionner sur le pourquoi de tels sondages dans la période pré-Macron et lors du début de son quinquennat...

 

Mais cela semble avoir progressé – toujours en mettant de côté tout doute concernant la validité des sondages – et désormais nous en serions là :

 

https://francais.rt.com/france/60450-un-francais-sur-deux-favorable-confier-pouvoir-dirigeant-militaire-en-cas-attentat-sondage

 

https://www.franceculture.fr/emissions/lhumeur-du-matin-par-guillaume-erner/lhumeur-du-jour-emission-du-vendredi-29-mars-2019

 

Ceci est intéressant, quelle que soit la validité des sondages, car même si l'on sait que les sondages sont forgés aussi pour fabriquer l'opinion, cela veut aussi dire que les dirigeants ont désormais une base chiffrée qui leur indique que le peuple est, dans une partie non négligeable, prêt à un basculement vers l'autoritarisme, y compris militaire, si celui-ci est présenté d'une manière « acceptable » et opportune.

 

C'est qu'on les y a bien habitués, au cours de décennies de fausse démocratie décourageante, où leurs tentatives pour influencer les décisions, le cours des élections et autres ont été totalement niées et inutiles, avec les élections « Hitler versus La Paix », le référendum de Lisbonne en 2005, l'unilatéralisme autistique des politiques en France depuis que l'UE décide pour nous, parvenu à un paroxysme avec Macron, etc.

 

Mais la situation est en réalité plus grave, car à cette « tentation autoritaire » (qui pour le coup n'est celle de l'état, mais d'une partie de la population conditionnée à cette possibilité) répond une velléité révolutionnaire qui pourrait donner raison à ceux qui évoquent une possible guerre civile en France. Ce n'est pas un point que je veux développer ici, car il me semble trop spéculatif, mais il faut l'avoir en tête.

 

Bien sûr, la critique du sondage faite sur France Culture est valide, mais la simple existence de tous ces sondages sur cette question depuis des années mérite en soi réflexion, de même que la tendance qu'ils font apparaître, et qui ne me semblent pas complètement artificielle, explicable par d'autres choses plus profondes que des artefacts sondagiers.

 

Mais la question qui me taraude plus particulièrement dans cet article est : comment qualifier le type de gouvernance que nous observons aujourd’hui en France ?

 

Pour moi, il est clair qu'il ne s'agit pas de démocratie, je l'ai assez développé en plus de 10 ans de blog, et s'il s'agit de république, alors c'est un peu dans le même sens que dans « République démocratique de Corée du nord » ou « République populaire du Bananistan ».

 

Nous étions déjà, depuis un nombre de décennies que je ne préfère pas fixer, dans un simulacre de démocratie, étant entendu que ce terme désigne le pouvoir du peuple, par et pour le peuple. Et cela n'a guère changé, mais est devenu plus évident pour tous sous le régime macronien qui devait trouver une réponse aux événements actuels, et n'a trouvé, étrangement, dans tout le répertoire démocratique censé être le nôtre que celle de la négation et de la violence avec beaucoup de faux semblants de débats, de blabla, de tergiversations à visée électoraliste, etc. Il faut être niais pour ne pas s'en rendre compte, mais on trouve tout de même beaucoup de gens, soit pour s’accommoder de cet autoritarisme, soit pour ne même pas le voir. Toute critique du régime français sera renvoyée vers la Corée du nord, le grand épouvantail. Comme c'est commode d'avoir des pays purement dictatoriaux pour neutraliser la critique, mais que ferions-nous sans eux ? Si leur existence n'est pas souhaitée, elle est néanmoins très pratique, en tant que grand méchant loup pour mauvais citoyens, c'est presque troublant. Car après tout, quel est le problème avec ça de ceux qui rejettent la critique ? La critique n'est-elle pas, justement, le signe d'une bonne santé démocratique, et la preuve qu'un certain degré de liberté est présent ?

 

C'est certes vrai, encore faudrait-il débattre de la notion de liberté, surtout quand vous vivez dans une prétendue démocratie dans laquelle on trouve encore des gens qui dissertent sur la nécessité d'être prêt à mourir pour la liberté. Je ne sache pas qu'il existe une quelconque liberté dans la mort, que ce soit pour le croyant ou pour l'athée, le premier étant soumis à la volonté de son ou de ses dieux, avec le fatalisme qui sied à cette mentalité, et le second ne croyant pas à la vie après la mort, ce qui est encore une autre version du fatalisme. La liberté n'est que relative, et ne voisine pas avec le fatalisme... Mais la conception de la liberté doit prendre en compte les contraintes de la vie, sans quoi elle n'est que vue de l'esprit, idéal impossible, pur fantasme.

 

Et c'est pourquoi je suis conscient qu'il est important d'être vigilant quant aux glissements de la démocratie vers des formes sournoises d'autoritarisme, car c'est alors que survient le risque de devoir défendre sa liberté, au risque de la perdre entièrement en même temps que sa vie. Aujourd'hui il est devenu très rare de mourir pour la liberté dans nos pays, et c'est très bien comme cela, sauf que les formes sournoises d'autoritarisme ou de totalitarisme s'attaquent en fait à des pans entiers de nos libertés, qui sont encore très actuelles, mais qui pourront tomber d'un coup, si certaines circonstances très particulières surviennent et font surgir l'opportunité, dont je parlais plus haut, d'en finir avec l'apparence de démocratie et les libertés que cette apparence rend nécessaires.

 

Et là est tout l'enjeu.

 

Or, comme le langage est au fondement de toute philosophie et de toute pensée, si nous ne pouvons désigner notre gouvernance actuelle que par des termes manichéens en noir et blanc, nous n'arriverons pas à casser cette logique et ce glissement, parce qu'appeler « démocratie » ou « dictature » le régime que nous connaissons n'est tout simplement juste dans aucun des deux cas.

 

Bien des termes ont été inventés pour qualifier les régimes autoritaires, comme despotisme, tyrannie, et les dérivés comme absolutisme, fascisme, stalinisme, autocratie, et nous avons encore à notre disposition les termes qui permettent de qualifier ce qui est aujourd'hui la panoplie des dérives de notre système comme la ploutocratie, l'oligarchie, etc.

 

J'ai déjà souvent abordé cela, et bien sûr le terme de démocrature est encore un de ceux qui sonnent le mieux, et qui soient les plus efficaces pour faire saisir l'idée que la démocratie est un prétexte à une gouvernance ne tenant aucun compte des revendications et bavardages de la plèbe. L'expression de « démocratie illibérale » est aussi récemment apparue, et est intéressante, mais je doute qu'elle résonne dans l'esprit des gens, le terme « libéral » étant déjà abscons et mal compris par la plupart, alors « illibéral »... On comprend que cela s'oppose au libéralisme, on a tendance à en déduire que cela s'oppose donc à la notion de liberté, et on tombe dans un nouveau manichéisme. En effet, ce terme a d'abord été revendiqué par des opposants au libéralisme, mais il est aujourd'hui employé indifféremment avec « fascisme », « populisme », etc. Par ailleurs, cela n'aide pas à comprendre que le libéralisme n'a pas besoin d'opposants pour porter en lui les germes d'un totalitarisme totalement dénué de caractère démocratique. Ce même libéralisme n'a en fait rien à voir avec la notion de liberté. Et en cela, les confusions avec les termes « libertaire », « libertarien » et autres aident encore moins. Ce n'est pas parce qu'on est opposé au contrôle des marchés que l'on est, dans les faits, pour la liberté d'une manière générale.

 

Le libéralisme porte avec lui d'autres confusions finalement bien commodes, puisque, finalement, on ne sait pas trop ce que désignent les termes « néo-libéralisme », « ultra-libéralisme », « ordolibéralisme », « capitalisme libéral », « capitalo-libéralisme », et comment il faudrait les délimiter. Certains courants de pensée séparent drastiquement le libéralisme et le capitalisme, les prétendant radicalement incompatibles entre eux, puisque le capitalisme se définit par l'accumulation de richesses (capitaux) et le libéralisme portant sur un tout autre domaine : celui du libre marché. On voit pourtant bien que les deux se complètent et marchent main dans la main, au point que les deux termes sont devenus interchangeables, même si les lois « anti-trusts » américaines sembleraient s'opposer à l'accumulation de capital, et donc favoriseraient le libéralisme au détriment du capitalisme. En fait, il suffit d'ouvrir le classement Forbes des milliardaires pour voir que le top 20 est monopolisé par les fortunes de capitalistes américains parfaitement adaptés à ce biome économique...

 

Un autre point à considérer est que tous les courants politiques de gauche ont été dévalorisés au cours du 20e siècle, au point d'être quasiment désactivés. Qu'évoquent aujourd'hui, globalement, des termes tels que « communisme », « bolchévisme », « soviet », « socialisme », « maoisme » ou même « anarchisme » sinon des dictatures de l'est, de la violence, de l'arbitraire, des modèles politiques qui auraient invariablement échoués, bref des tyrannies périmées et d'un autre temps ?

 

De même, « marxisme » est un terme qui donne lieu à d'infinies polémiques, et j'en passe. Ce qui me frappe, c'est qu'à l'inverse, le fachisme n'a pas réellement été combattu par les forces gouvernantes. Sans doute avait-il été considéré vaincu avec la fin de la seconde guerre mondiale, mais dans la foulée de celle-ci, le maccarthysme était bien trop occupé à combattre le communisme dans le monde qu'à s'occuper d'une résurgence éventuelle du fascisme. Or que voit-on ? Qu'aujourd'hui, le seul régime à s'opposer au capitalo-libéralisme qui règne en maître sur le monde globalisé semble être le fascisme, qui renaît dans diverses poches, même si l'on nomme aussi un peu tout et n'importe quoi « fascisme », de nos jours.

 

Mais c'est surtout le terme « populiste » qui est suspect, puisqu'on l'accole aux néo-fascismes pour l'y amalgamer et le condamner par la même occasion, exactement comme on le ferait, du reste, d'un néo-communisme aussi. Alors que le populisme désigne le peuple, et en ce sens, plutôt qu'un synonyme de fascisme ou de communisme, il pourrait être plutôt compris comme un synonyme de la démocratie, qui présente une étymologie équivalente.

 

On le voit, les mots sont empoisonnés, or nous sommes contraints de discuter avec... C'est déjà un premier problème à résoudre, car nombreux sont les exemples, dans de nombreux domaines de la pensée, où la novlangue a fait son œuvre destructrice au point qu'on n'y comprend plus rien, et qu'on peut employer un même mot pour évoquer deux choses opposées, ou parler de la même réalité avec des mots qui paraissent s'opposer.

 

Je ne suis personne pour résoudre ce problème sur mon blog, mais je pense néanmoins qu'il est utile d'y réfléchir. Aussi, je terminerai par une longue conclusion

 

 

Libéralisme, démocratie et totalitarisme

 

On a vu que les vieilles formes tyranniques sont en voie de disparition. La Corée du nord n'est guère plus qu'une curiosité planétaire pittoresque qui effectue lentement sa transition vers le mode de vie globaliste, tandis que les nations phares vivant suivant les dogmes du libéralisme ont plutôt tendance à aller dans la direction totalitaire. Les anciennes dictatures n'ont plus leur place dans le monde actuel, où elles sont trop difficiles à maintenir, mais dans le même temps, le libéralisme, comme les autres formes politiques, est parvenu au stade d'un échec que beaucoup n'ont pas encore réalisé, voulant croire que le libéralisme est « le nouveau monde », tellement synonyme de démocratie qu'on n'a pas le droit de suspecter le contraire, et même tellement la manifestation même de la démocratie dans le monde réel que les deux se confondent forcément. Ainsi, ce qui n'est pas libéral serait illibéral, c'est à dire populiste, fasciste, tout mais pas démocratique.

 

L'autoritarisme étant la marque des dictatures à l'ancienne, il est voué lui aussi à la disparition, ou c'est du moins ce qu'on voudrait nous faire penser.

 

Je crois plutôt que le monde qui s'annonce, et à moins que ce système ne finisse enfin par s'effondrer sur lui-même, aura des caractères autoritaires plus fréquents et plus « pro-actifs » que l'on trouvera toujours un moyen de justifier. Comme nous avons perfectionné nos méthodes d'ingénierie sociale (côté soft de la médaille du totalitarisme moderne), nous avons perfectionné nos moyens de contrôle des populations (aussi appelé « maintien de l'ordre », côté plus rude de la médaille), et je ne doute pas que nous progresserons encore dans ces deux domaines.

 

Tout l'enjeu est de toujours faire passer cela pour la démocratie, en jouant sur les mots et les représentations, en confondant libéralisme, liberté et libertaire, en faisant accepter les débordements par une certaine liberté de parole (quoique de plus en plus réduite) qui ne mange pas de pain (« cause toujours », quoi), et en faisant oublier que le véritable enjeu de la démocratie n'est pas d'avoir le droit de parler en l'air, à tort et à travers et à avoir une opinion sur tout et à l'affirmer sans cesse, mais de permettre, tout au contraire, au peuple et aux gens de ce peuple à se bâtir une opinion responsable et éclairée, basée sur une utilisation judicieuse et de préférence intelligente de la parole, tout cela dans le but de défendre des intérêts qui ne sont pas forcément ceux d'une caste de privilégiés qui tirent les ficelles, mais qui permettent, au contraire, l'existence et la perpétuation d'un bien commun sans quoi tout exercice du pouvoir a forcément une composante illégitime.

 

Nous manquons de termes pour dénoncer les simulacres et la toxicité de l'idéologie dominante actuelle, qui en se cachant derrière les termes de « libéralisme » et de « démocratie » a trouvé les éléments de langage positifs propices à légitimer un pouvoir qui ne l'est pas. Pour le moment, le terme de « capitalo-libéralisme » me semble être celui qui définit le mieux ce système, mais il est encore emprunt d'un caractère largement positif qui évoque les opportunités, le progrès, le bien-vivre qui serait le propre des pays riches. Nous parlons pourtant d'une idéologie qui, certes, a permis jusqu'ici une certaine prospérité, mais dont les effets secondaires en terme de pollution et de déshumanisation principalement, sont à combattre, car ils relèvent d'un totalitarisme rampant qui prétend en réalité de plus en plus régir chaque aspect de nos vies, en opposition totale avec sa fausse prétention libertaire, dont la finalité n'est qu'exploitation et aliénation. Je pense qu'à cet égard, il ne suffit pas d'invoquer Marx et sa lutte des classes, car le problème, s'il est réel, est plus profond. Il ne s'agit pas que d'une lutte des classes, mais d'une prétention absurde à une sorte de transcendance par l'argent et par la possession qui, si elle est effectivement permise par une lutte des classes qui a un vainqueur provisoire, est aussi continuée pour permettre la perpétuation de cette victoire et donc des privilèges de quelques uns au détriment de l'ensemble en même temps que de la majorité, car ce système est sans lendemain en réalité. Ce système de croyance « libéral » a acquis un statut religieux qui rend très difficile de le contester.

 

Mais nous manquons aussi d'un terme qui désignerait par quoi remplacer ce « libéralisme ». Non seulement d'un terme, mais surtout de l'idée réellement profonde et applicable d'un tel système, car ceux qui, actuellement, luttent contre ce système, sont réduits à de petites poches qui n'existent que par des moyens applicables, à ce jour, à petite échelle, comme la décroissance et les micro-mouvements qui en découlent autour de la permaculture et autres mouvements autonomistes, parfois survivalistes, que je vois d'un bon œil, mais qui ne peuvent que vivre en autarcie et ne constituent pas, à mon avis, une véritable réponse au système en train de ravager la planète et l'humain tout autour de ces poches d'impuissance relative. Il est donc important d'y réfléchir... Dans un coin de notre tête, demandons-nous donc : qu'est-ce qui serait mieux que le libéralisme ? Qui serait applicable au moins à l'échelle d'une région, de manière à la fois viable et stable dans le temps, humainement, économiquement, écologiquement, etc., en tenant compte du voisinage, des conditions mondiales, etc. Je n'en ai qu'une vague idée, et je ne sache pas qu'il existe réellement de tels systèmes actuellement, d'où l'importance de lancer ce chantier de la pensée, indispensable avant de passer aux actes, car il est possible qu'à un moment donné, il faudra remplacer le système plus ou moins « de force », peut-être après son effondrement. Sinon, il repoussera sur lui-même, à défaut d'alternative.

 

 

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31 mars 2019

Revue etc. N°46 - Désagrégation gouvernementale, autisme d'état, idiocratie et ingénierie sociale

Revue de presse et internet sur le totalitarisme rampant et la propagande élitiste N°46

 

Nouvelle fournée, en introduction, j'annonce que j'ai plusieurs articles en travail ou en projet, certains en prolongement de mes réflexions récentes, d'autres plus originaux, mais je veux faire mon habituel tour d'horizon de la propagande élitiste, avec cette fois-ci encore, les gilets jaunes et le gouvernement, le grand débat, etc.

 

Rappelons d'abord que les repris de justice (repris de justesse – Coluche) ont toujours voix au chapitre dans notre exemplaire démocratie que beaucoup trouvent encore à défendre, pris en étau dans leur paranoïa, craignant qu'on ne puisse avoir encore pire que le meilleur des mondes possibles tel que l'actuel :

 

https://francais.rt.com/france/59078-alain-juppe-conseil-constitutionnel-republique-exemplaire-en-marche

 

Démocratie exemplaire, qui ne serait pas celle des fusibles, mais des têtes tombent pourtant dans une discrétion relative, quoique pas au gouvernement, qui subit plutôt des défections volontaires en cascades de plus en plus nombreuses, dans la foulée des scandales et du vent de révolte qui souffle :

 

https://www.huffingtonpost.fr/2019/03/18/champs-elysees-fusible_a_23694714/

 

https://francais.rt.com/france/60106-affaire-benalla-emmanuel-macron-releve-alain-gibelin-de-ses-fonctions

 

https://www.lyoncapitale.fr/politique/benalla-le-prefet-delpuech-a-t-il-doublement-menti-sous-serment/

 

 

France 24 en parlait déjà il y a 5 mois, et cela continue en s'accélérant :

 

https://www.france24.com/fr/20181003-france-presidence-macron-demissions-serie-depuis-15-mois

 

https://www.francetvinfo.fr/elections/municipales/demissions-de-benjamin-griveaux-et-de-mounir-mahjoubi-ils-devraient-etre-a-leur-tache-plutot-qu-a-leurs-ambitions-personnelles_3253079.html

 

 

 

Quand il y a du vent, les cheminées tombent, même si on regarde ailleurs. Ainsi bien peu ne se sont pas rendus compte que le débat national n'était pas autre chose qu'un enfumage et une campagne politique déguisée :

 

https://francais.rt.com/france/60221-debat-macron-avec-intellectuels-descendu-flamme-meda

 

https://francais.rt.com/france/59192-grand-debat-national-consultation-ou-operation-communication

 

Utiliser les stars télévisuelles est un autre procédé qui aura été essayé :

 

https://francais.rt.com/france/59077-hanouna-invite-assemblee-nationale-pour-debattre-sur-les-familles-monoparentales

 

Dire qu'il y a 2 ans j'ironisai sur le fait qu'Hanouna serait le prochain président... Mais on est rassuré, puisqu'Attali a annoncé que ce serait plutôt une femme, « la prochaine ». Nabila ?

 

Quant aux gilets jaunes, et bien l'état d'esprit à leur sujet dans les hautes sphères médiatico-politique autorise impunément à continuer de les insulter et de les avilir :

 

https://francais.rt.com/france/59668-gilets-jaunes-ecurie-branquignols-chef-service-politique-france-24-donne-ton

 

Ou, pourquoi pas, de leur tirer dessus s'ils s'en prennent aux « symboles de la République »... Luc Ferry avait donné le ton, il a été entendu. Qu'on en finisse une fois pour toutes avec les « factieux » !

 

https://francais.rt.com/france/60289-acte-19-soldats-sentinelle-pourront-tirer-menace-general-le-ray

 

Dans cette ambiance, bien sûr, le gouvernement fait fière figure :

 

https://francais.rt.com/france/60213-entre-images-ski-boite-nuit-macron-furieux-gestion-acte-18-gilets-jaunes

 

Pourquoi prêter plus d'attention à cette vulgaire jacquerie de toute façon ? Tout ce qu'il y a à faire, c'est de décrédibiliser les médias qui s'autorisent encore à tenir un discours divergent, pour les pousser enfin, comme tous les autres, à l'auto-censure :

 

https://francais.rt.com/france/60310-infox-menaces-mort-gilets-jaunes-interview-quand-journaliste-france-inter-se-prend-pour-juge

 

Entretien édifiant que je recommande, tant il est instructif concernant l'état d'esprit dominant dans les hautes sphères de ce pays, totalement déconnectées de la réalité et du vécu de la population qu'elles sont censées gouverner et informer.

 

 

 

Divers

 

Je ne m'étends pas plus, pour passer à des infos diverses qui ont retenu mon attention.

 

D'abord n'oublions que la France continue d'être vendue en pièces détachées :

 

https://fr.sputniknews.com/economie/201903281040530161-scandale-privatisation-barrages-france-union-europeenne/

 

Sur le scepticisme légitime mais interdit par le terrorisme intellectuel ambiant, le climato-scepticisme du co-fondateur de Greenpeace lui-même, qui a compris que le climato-catastrophisme était avant toute chose une entreprise juteuse pour des lobbies qui n'ont strictement rien d'écolo :

 

https://fr.sott.net/article/33634-Le-co-fondateur-de-Greenpeace-denonce-la-supercherie-du-rechauffement-climatique-cause-par-l-homme

 

Un texte intéressant à propos des rapports que l'on peut établir entre le moyen-âge et la situation actuelle, avec au passage la critique de diverses idées reçues sur ce moyen-âge, par Ugo Bardi :

 

http://versouvaton.blogspot.com/2019/03/que-pouvons-nous-apprendre-sur.html

 

Sur la religion du technologisme, deux articles très intéressants qui révèlent que les idéologues de la techno-science ont surtout comme idée derrière la tête de construire un story-telling en même temps que des méthodes toujours plus perfectionnées d'ingénierie sociale pour contrôler les populations, qui autrement ont un peu trop tendance à mettre des gilets jaunes, depuis quelques temps :

 

https://www.les-crises.fr/royaume-uni-luniversite-de-cambridge-et-le-ministere-de-la-defense-ont-travaille-sur-un-programme-de-guerre-psychologique/

 

http://versouvaton.blogspot.com/2019/03/la-vraie-raison-pour-laquelle-les.html

 

Et dans le prolongement, un texte sur Guénon par Nicolas Bonnal :

 

http://www.dedefensa.org/article/rene-guenon-et-notre-civilisation-hallucinatoire

 

Texte où j'ai relevé plusieurs choses, mais surtout ce passage :

 

« « La civilisation occidentale moderne a, entre autres prétentions, celle d’être éminemment « scientifique » ; il serait bon de préciser un peu comment on entend ce mot, mais c’est ce qu’on ne fait pas d’ordinaire, car il est du nombre de ceux auxquels nos contemporains semblent attacher une sorte de pouvoir mystérieux, indépendamment de leur sens. La « Science », avec une majuscule, comme le « Progrès » et la « Civilisation », comme le « Droit », la « Justice » et la « Liberté », est encore une de ces entités qu’il faut mieux ne pas chercher à définir, et qui risquent de perdre tout leur prestige dès qu’on les examine d’un peu trop près. »

 

Le mot est une suggestion (repensez à la psychologie des foules de Le Bon) :

« Toutes les soi-disant « conquêtes » dont le monde moderne est si fier se réduisent ainsi à de grands mots derrière lesquels il n’y a rien ou pas grand-chose : suggestion collective, avons-nous dit, illusion qui, pour être partagée par tant d’individus et pour se maintenir comme elle le fait, ne saurait être spontanée ; peut-être essaierons-nous quelque jour d’éclaircir un peu ce côté de la question. »



Et le vocable reste imprécis, s’il est idolâtré :

« …nous constatons seulement que l’Occident actuel croit aux idées que nous venons de dire, si tant est que l’on puisse appeler cela des idées, de quelque façon que cette croyance lui soit venue. Ce ne sont pas vraiment des idées, car beaucoup de ceux qui prononcent ces mots avec le plus de conviction n’ont dans la pensée rien de bien net qui y corresponde ; au fond, il n’y a là, dans la plupart des cas, que l’expression, on pourrait même dire la personnification, d’aspirations sentimentales plus ou moins vagues. Ce sont de véritables idoles, les divinités d’une sorte de « religion laïque » qui n’est pas nettement définie, sans doute, et qui ne peut pas l’être, mais qui n’en a pas moins une existence très réelle : ce n’est pas de la religion au sens propre du mot, mais c’est ce qui prétend s’y substituer, et qui mériterait mieux d’être appelé « contre-religion ». »

 

Propos très juste. Dans mes récents articles sur le sujet, cette idée m'avait travaillé, mais je n'avais pas trouvé comment la formuler, la voici dite ici tout à fait brillamment. Je n'en rajoute pas.

 

 

Enfin, pour terminer ce numéro, deux vidéos sur Thinkerview qui parlent de l'imposture de la pseudo-démocratie actuelle. Une imposture qui fonctionne encore sur beaucoup, sur ceux qui s'obstinent encore à allumer la boîte à cons (la télé) tous les jours, sur ceux qui votent Macron-président-du-changement, par peur du changement, etc. Donc vidéos et arguments à faire circuler et à faire connaître, toujours et encore, à tout le monde et à tous les conditionnés du système.

 

Vidéo youtube : Démocratie : Marketing politique pour les pauvres? Francis Dupuis-Déri

 

 

Vidéo youtube : L'illusion de la démocratie en France ? Juan Branco

 

 

Et finalement, j'en rajoute une troisième, la dernière vidéo de Michel Drac, sur « la vraie actu », qui complète toujours parfaitement ce que j'essaye de faire, avec ses vidéos qui donnent une lecture différente de l'actualité :

 

Vidéo youtube : La vraie actu (S02E10 - février-mars 2019)

 

 

Pas grand chose à ajouter sur ce numéro, je conclurai simplement en disant que je constate autour de moi que la propagande élitiste fait toujours son effet dans les têtes de beaucoup trop de gens et qu'il est vraiment important de continuer à travailler sur ce sujet, de produire satire, contre-propagande, décryptage, analyse, etc.

 

Nous vivons sous la gouvernance autistique d'un gouvernement hors-sol, résolu à faire le sourd et l'aveugle face à sa population, à poursuivre uniformément et unilatéralement des politiques nuisibles à l'intérêt commun, à la façon d'un robot, d'une intelligence totalement artificielle qui se bornerait à appliquer un programme défini pour lui par Bruxelles. Un gouvernement toujours aussi corrompu et intouchable, que rien n'atteint, ou en tout cas ne semble atteindre, mais qui est tout de même usé jusqu'à l'os en réalité, au-delà de l'image qu'il veut bien donner. Le mouvement des gilets jaunes et le scandale de l'affaire Benalla font leur travail de sape, mais la politique reste invariable sur fond d'enfumages, de grands blabla, derrière un président divinisé qui tombe en morceaux mais ne ralentit pas sa marche en avant vers le grand mystère de son « projet » qui serait le nôtre. La politique tourne à l'hyper-consternant autour d'Hanouna, Schiappa, et j'en passe, une idiocratie réelle qui s'installe de plus en plus profondément pour mal masquer une totale perte de sens au profit d'un « pragmatisme » décérébré et sans vision qui ravage nos modes de vie.

 

Continuons donc de nourrir nos esprits de réflexions profondes et intelligentes, si possible, pour aller à contre-courant de cette idiocratie, et de l'abêtissement général, qui voudrait la fin de l'esprit critique, des explorateurs et autres fouineurs qui n'avalent pas en bloc la mauvaise purée vaseuse qu'on nous sert sur toutes sortes de sujets.

 

 

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Références essentielles du blog

Je remets ici les références externes et internes du blog, l'article s'étant apparemment perdu dans une mise-à-jour de ma part.

 

Les liens importants (mise à jour partielle 1/12/2018) :

http://seilenos.canalblog.com/archives/2016/08/03/34149635.html

 

Les récapitulations thématiques et sémantiques :

http://seilenos.canalblog.com/archives/2016/08/03/34148911.html

 

Sites de référence principaux (à considérer toujours avec esprit critique) :

http://seilenos.canalblog.com/archives/2016/08/03/34148879.html

 

 

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27 mars 2019

Le livre des Damnés, présentation d'un livre audacieux et plus important qu'on ne le croirait

 

Donc je travaille depuis trois mois sur cet article, mais je n'arrive pas à terminer le livre de Fort, bien que je l'ai trouvé passionnant, délicieux et rafraîchissant pour un texte qui a un siècle.

 

Je redonne le lien :

 

https://fr.scribd.com/document/63994819/Fort-Charles-Le-Livres-des-Damnes

 

J'ai arrêté page 104, avant de commencer le chapitre 18, non pas parce que ça ne m'intéressait plus, mais parce que mon élan avait été stoppé, et je n'ai plus réussi à m'y remettre, parce que je lis sur écran, n'ai pas d'imprimante, et n'ai jamais réussi à retrouver la motivation. Je sais pourtant que je vais le finir, d'autant que je sais qu'il est question d'OVNIs dans cette dernière partie du livre, mais je ferai alors un nouveau compte rendu.

 

J'en profite pour faire un commentaire introductif un peu hors-sujet mais qui, vous allez le voir ensuite, s’emboîte parfaitement avec le fond du livre. Il s'agit pour moi de dire ici, un peu dans le prolongement de mes derniers articles sur aussi bien la critique de la science que celle de l'ésotérisme, que je ne dirai jamais « Lisez ce livre ! » comme une injonction. J'ai beaucoup de mal avec ce type d'injonction qui annonce implicitement qu'on ne peut pas comprendre un sujet sans avoir lu tous les ouvrages désignés arbitrairement comme essentiels sur cette spécialité. Pourquoi ? Parce que, contrairement à ce que quelqu'un m'a dit quand j'étais beaucoup plus jeune, et qui m'a toujours laissé extrêmement perplexe, la vie et le savoir ne se trouvent pas dans les livres. La vie se vit, intérieurement et extérieurement, à chaque instant de notre vie, et c'est en vivant cette vie avec conscience que l'on accède au savoir, celui-ci étant disponible partout et tout le temps à qui sait le dénicher, soulever les bons tapis et ouvrir les bonnes portes dans son esprit, qui est relié à l' « inconscient » ou à l'esprit de tout le vivant. Cela peut paraître surprenant de me lire écrire cela, mais j'ai acquis cette conviction dans mon cheminement chamanique, il y a un certain nombre d'années. Ce n'est pas une proclamation new age, une incitation à ouvrir ses chakras, non, c'est quelque chose de concret, tangible même, pour qui l'a vécu.

 

Dans la sagesse chamanique qu'il m'a été donné de rencontrer, la connaissance se trouve enfouie et sauvegardée dans les entrailles de la Terre, et plus particulièrement dans ses entrailles marines. On symbolise cela en évoquant des animaux marins tels que la baleine comme messagers et transmetteurs de ce savoir, ce qui peut arriver dans les « voyages chamaniques », mais je crois que, plus prosaïquement, le savoir se stocke dans un quelconque réservoir psychique commun à l'ensemble du vivant, dont les eaux océaniques pourraient n'être qu'un symbole, ou encore un catalyseur.

 

Mais peu importe l'explication, car le fond de ce que je veux dire, c'est que le savoir livresque et intellectuel n'est qu'un palliatif. Certains ont plus d'affinités avec cette façon d'acquérir du savoir, ils lisent vite et clairement, et auront tendance à dire « Lisez ceci ! », « Relisez tel et tel auteur ! » Oui, c'est important d'avoir un socle culturel sur lequel poser et assembler tout ce qu'on apprend, mais méfiez-vous de ces injonctions qui induisent l'idée que le savoir n'est accessible que dans les livres. La culture livresque est plutôt un guide à une réflexion autonome, selon moi, et c'est pourquoi j'évite autant que possible le « name dropping » sur ce blog. Pour ma part, je lis beaucoup et pourtant je suis très faible en lecture. Ma conscience divague, les mots que je lis lui suscitent des idées et des possibilités qu'elle explore. La lecture passive et docile m'ennuie et me fait quitter la lecture, et c'est pourquoi j'ai préféré ne pas insister à reprendre cette lecture qui, bien que passionnante, m'apportait de moins en moins, dès lors que j'avais déjà exploré, en fait, la logique de l'auteur. Par ailleurs, si tous ceux qui ont écrit des livres et apporté des idées nouvelles avaient raisonné comme ceux qui disent juste « lisez ceci et relisez cela », on n'aurait jamais avancé d'un pouce et on en serait encore aux tables de la loi.

 

C'est précisément parce que nous avons des structures différentes, qui se traduisent dans notre manière d'interagir au monde, que certains sont plus prédisposés aux idées nouvelles ou aux réflexions originales, qu'ils pourront transmettre par leurs écrits, tandis que d'autres sont plus prédisposés à lire et à digérer le savoir transmis par les premiers. Chaque démarche est utile, mais chaque démarche est propre à chacun, ou tout du moins à certains types de personnes.

 

Or justement, j'ai trouvé en Charles Fort, à travers ce texte, quelqu'un qui a certainement beaucoup lu et beaucoup digéré les écrits d'autres, mais dont le talent était surtout de faire sienne des idées qu'il avait transformées à sa façon, et d'en générer d'autres qu'il n'avait trouvé nulle part. C'est pourquoi, à défaut de vous enjoindre de le lire, je vous recommande de le faire, car pour un livre publié il y a exactement un siècle (1919), je le trouve encore presque innovant... Certes, plusieurs de ses aspects sont dépassés, ont été élucidés depuis par la science, mais son propos dépasse le cadre d'un éclaircissement des mystères, année après année, suivant une chronologie déterminée, et ce bien que Charles Fort cite toujours ses sources et les dates auxquelles se sont produits les phénomènes dont il parle. Son propos a pour moi une dimension intemporelle qui confronte la connaissance à l'inconnaissable, l'habituel à l'incongru, la certitude à ses limites.

 

Bien avant de lire ce livre, j'avais une idée assez juste de ce que j'y trouverais et pourtant, j'y ai trouvé bien plus. Son livre n'est pas qu'un inventaire de phénomènes inexpliqués qui, dans bien des cas brusquent la logique courante, c'est surtout un ouvrage de philosophie scientifique totalement hors des clous, dont l'apport à la pensée me semble indispensable. Je considère que ce livre a véritablement éclairé certaines zones d'ombre de ma propre pensée, ouvrant des pistes certes insondables, mais dont le mérite certain est de faire sauter des verrous dont l'effet sclérosant est d'autant plus évident après la lecture. Prise de conscience qui repousse encore plus loin le scepticisme souvent caricatural, certes nécessaire mais très souvent intellectuellement stérile, qui aujourd'hui s'étale partout sur le net (et dont je continuerai pourtant à me servir, car pour bien manger il est difficile de n'utiliser qu'une fourchette... du moins selon les normes de notre culture, et nos conditionnements limitants, intégrés dès la petite enfance, qui ont aussi leurs implications sur les limites de notre pensée).

 

Ce que je propose de faire ici n'est pas une note de lecture méthodique, encore moins une analyse exhaustive, d'autant que je n'ai même pas fini de lire. Ce que je veux faire, c'est faire le croquis de la pensée de Charles Fort à travers divers extraits commentés. Libre à vous de faire l'impasse, ou d'y revenir plus tard, après avoir lu ou non le livre (si ce n'est déjà fait), je signale simplement à mes lecteurs que tout l'intérêt de ma démarche est, je crois, d'essayer d'expliquer en quoi ce livre présente quelque chose d'indispensable à une pensée qui soit à la fois cohérente et « en dehors de la boîte », pensée elle-même indispensable pour découvrir les chemins encore non défrichés, pratique d'exploration audacieuse qui manque aujourd'hui cruellement à une science sévèrement pétrifiée dans de mauvaises habitudes et de fausses certitudes qui sauteront forcément un jour. Commençons donc.

 

Note : les pages que je cite sont toujours celles de la version PDF. Les citations sont toujours en italique, mes commentaires en caractère standard.

 

 

 

Le livre des Damnés

 

En préface, Tiffany Thayer, secrétaire de la société Charles Fort, New York, p.12

« Vous trouverez dans les pages qui suivent un certain nombre de phénomènes qui seraient assimilés aux soucoupes s'ils étaient observées aujourd'hui. Pour Fort, les objets volants non identifiés constituaient simplement un groupe de faits à partir desquels on peut commencer à saisir le Tout. Une tempête de pervenches ferait aussi bien l'affaire... »

 

Commentaire : c'est ce que ne comprennent pas nombre d'ufologues, que certaines personnes aiment aussi à nommer « ufomanes ». Pourquoi le(s) phénomène(s) ufologique(s) seraient-ils forcément distincts des autres phénomènes incompris ? Nous n'avons strictement aucun moyen scientifique, en tout cas à ce jour aucune donnée scientifique, qui nous autorise, en toute rigueur, à distinguer les phénomènes qualifiés d'ufologiques, d'autres phénomènes "paranormaux", et il y a dans cette insistance à vouloir le faire quelque chose de typiquement religieux. Certains ufologues, cependant, ne s'y trompent pas, et recensent les rencontres de lutins au même type que les "RR3", rencontres rapprochées du 3e type, qui qualifient les rencontres avec de supposés ET. Comment pourrions nous distinguer entre des entités vivant dans un autre plan d'existence, quel qu'il soit, et donc nécessairement dotées de capacités qui nous sont étrangères si elles accèdent au nôtre, et des entités extra-terrestres d'outre-espace, elles aussi dotées de capacités inconnues de nous, si elles peuvent accéder à notre planète ? Plus que cela, comme je l'ai détaillé dans certains de mes articles passés, nous ne pouvons différencier les niveaux d'étrangeté respectifs de ces deux types de rencontres, et comme l'indiquent – sans toutefois le démontrer – les paradoxes de Fermi ou l'équation de Drake, l'hypothèse des phénomènes « paranormaux » comme explication des cas ufologiques demeure tout à fait acceptable, et peut-être même à prioriser sur l'explication purement ET. Cela n'empêche pas un certain nombre d'ufomanes convaincus d'assassiner leurs adversaires par le terrorisme intellectuel et une attitude absolument bornée, tout cela pour s'enfermer dans la certitude d'une hypothèse dite "HET", expliquant tout par les ET. Certaines de ces personnes m'ont même soutenu qu'il fallait considérer le dossier ufologique globalement et l'accepter dans sa totalité comme vrai et indubitable, y compris l'explication ET des crop-circles, l'existence indéniable des ummites, ainsi qu'absolument tout le reste, toute attitude de scepticisme ou d'agnosticisme envers certaines rubriques du dossier étant absurdement reçue comme illogique. L'esprit critique au tapis.

 

 

p.17

« Je ne suis pas un réaliste. Je ne suis pas un idéaliste. Je suis un intermédiariste. Rien n'est réel, mais rien n'est irréel et tous les phénomènes sont des approximations d'une part ou de l'autre entre la réalité et l'irréalité. En sorte que toute notre quasi existence est un stade intermédiaire entre le réel et l'irréel. »

 

Peut-on postuler alors que certains phénomènes étranges pourraient se manifester dans le réel, tout en étant, dans leur gradation, proches de l'état d'irréalité ? Des phénomènes transitoires et instables, mais dont l'existence est néanmoins indubitable. Ou encore, leur existence peut-être mise en doute, du fait de leur fort degré d'irréalité, et alors ces phénomènes ne se manifesteraient qu'à un moment et un lieu donné, face à certaines personnes données, dont l'esprit aurait une certaine contiguïté avec le degré d'irréalité de ces phénomènes ?

 

Plus loin, Fort dit que l'imaginaire donnant naissance à des concrétisations réelles, pourrait être considéré comme une manifestation de quelque chose ayant un fort degré d'irréalité (un peu comme dans certains textes de Descartes, à propos des ombres, des reflets, si je ne m'abuse). Ceci est à mettre en parallèle avec le chamanisme, et avec mon « alter-monde » (note : un travail d'écriture expérimental que je mène depuis quelques années) qui s'influence mutuellement avec le nôtre, mais dont le degré plus fort d'irréalité fait qu'il est moins stable, moins immuable que le nôtre. Il évolue plus vite, et de manière plus importante, et s'il est ralenti par le nôtre, plus stable, il accélère aussi le nôtre. Ils sont donc en interaction dynamique, et le médiateur principal de ce mouvement en est justement l'imagination. Si mon idée, et celle de Fort, s'avéraient justes, cela signifierait que l'irréalité n'est pas un statut, mais un simple degré sur un curseur, et que plus un phénomène est « irréel », moins il aurait de chances de se manifester dans le monde, mais cette chance n'est jamais nulle, et dépend du degré de réalité de la chose, à un moment donné, et aussi selon un lieu donné, qui pourrait être plus ou moins ancré, imprimé dans le réel, ce qui pourrait expliquer que certains lieux soient particulièrement prolixes en phénomènes étranges : ils ont une familiarité avec l'étrange. Ils lui sont contigus. De la même manière, certaines personnes semblent plus « compatibles » avec ce type de manifestations.

 

 

p.19

« Dans la topographie de l'intelligence, on pourrait définir la « connaissance » comme « l'ignorance entourée par le rire ». »

 

Charles Fort se montre indéniablement espiègle tout au long du livre, mais je pense que cette phrase mérite véritable méditation.

 

 

p.21

« L'interprétation précise des sons extérieurs dans l'esprit d'un rêveur ne pourrait pas survivre dans un esprit rêveur, parce que cette touche de réalité relative n'appartiendrait plus au rêve, mais au réveil. De même l'invariable, c'est-à-dire le réel, le stable, ne serait rien dans l'Intermédiarité. La Science est cette tendance de réveil à la réalité : à la régularité, à l'uniformité. Mais le régulier, l'uniforme, supposent l'absence de phénomènes extérieurs qui puissent les troubler. Par l'universel, nous signifions le réel. Et la gigantesque tentative latente qu'exprime la Science reste indifférente à la justification même de la Science, laquelle voit dans l'esprit vital une tendance à la régularisation. Les cafards, les étoiles, les magmas chimiques ne sont guère que quasi réels. Il n'y a rien de véritable à apprendre d'eux. Tandis que la systématisation des pseudo-données est une approximation vers la réalité, vers le réveil final. »

 

Je disais plus haut que la pensée de Charles Fort transcende le temps, mais elle transcende aussi l'espace. En effet, comment concevoir une pensée holiste, c'est à dire qui colle au réel, à la complexité indivisible des choses qui le composent, en continuant à isoler et à séparer ? C'est une limite évidente et d'une très forte magnitude de la méthode scientifique moderne, soi-disant indépassable... version « TINA » (pas d'alternatives) appliquée à la recherche, qui me semble surtout due à des bornes intellectuelles que l'on s'impose, et que la nécessité de scientificité ne suffit pas à justifier, n'en constituant qu'un prétexte commode pour des esprits sclérosés et tout de même bien peu aventureux. La science et sa méthode feront un bon en avant quand ce verrou aura enfin sauté (sous les assauts des Sheldrake et consorts).

 

Par ailleurs, les notions de « quasi réel », de « quasi existence » ou de « pseudo-données » de Fort mériteraient commentaire, mais on y reviendra.

 

 

p.38-39

« Un bloc de calcaire tombé près de Middleburg, en Floride, a été exhibé à l'exposition sub-tropicale de Jacksonville (3). Le chroniqueur raisonna comme suit : il n'y a pas de calcaire dans le ciel; donc ce calcaire n'est pas tombé du ciel. On ne peut concevoir de meilleur raisonnement, car une prémisse majeure finale, universelle, exacte, inclurait toutes choses et ne laisserait plus matière à raisonnement : en sorte que tout raisonnement doit se baser sur « quelque chose » de non universel, sur un fantôme intermédiaire entre les deux finalités du néant et de la totalité, entre la négativité et la positivité. »

 

Encore une expression de l'espièglerie très fine et profonde de Fort, ou un cas bizarre lui sert avant tout à dérouler le fil d'une philosophie de la pensée, en même temps qu'une critique d'une science figée dans des pratiques mal assumées... A tel point qu'il m'est difficile de formuler mieux que lui ce qu'il tente de faire comprendre : la science se comporte, au moins de temps en temps et spécialement dans ce type de cas où aucune explication formelle n'a pu être donnée définitivement, comme une vulgaire religion. Le but n'en est plus alors la connaissance, mais l'abolition du raisonnement. Lorsque le raisonnement échoue à fournir une explication, mieux vaut qu'il soit court-circuité par une explication arbitraire et dogmatique qui coupera l'herbe sous les pieds de ceux qui seraient tentés de sortir des sentiers battus, c'est à dire de l'enclos... Cette expression de la science comme un clergé montre qu'il y a dans cette discipline, ce milieu, un inconscient qui lutte contre la science elle-même, en tant que méthode neutre d'acquisition du savoir, pour privilégier la science comme zone de conformisation du comportement comme de la pensée, comme toute autre religion. Il s'agit de conserver les ouailles avant toute autre considération, quitte à ce que soit par une bête et méchante manifestation d'autorité. Le scientifique ne sait pas, mais il sait quand même... par la grâce de l'autorité scientifique. Ainsi, la science « parfaite », selon cette conception, pourrait être celle qui a fini par tout expliquer, quitte à le faire par des arguments d'autorité, c'est à dire une science absolument religieuse.

 

Son usage du terme « positivité », ici par opposition à négativité, mériterait aussi commentaire, mais là encore, ce sera pour plus tard.

 

Juste en dessous, Fort nous fournit matière à approfondir certains concepts déjà rencontrés :

 

p.40

« Je suppose que l'un de mes grands desseins est de prouver que, dans la quasi-existence, il n'est rien que d'absurde - ou d'intermédiaire entre l'absurdité absolue et la vraisemblance finale - que tout ce qui est nouveau est d'apparence absurde, qu'il devient avant peu l'ordre établi, l'absurde déguisé. Et qu'enfin, déplacé un temps, il redevient l'absurde. Tout progrès chemine du scandaleux à l'académique ou au sanctifié, puis revient au scandaleux, modifié toutefois par une tendance à s'approcher de plus en plus du vraisemblable. Parfois, l'inspiration me fait défaut, mais je crois que nous sommes à présent accoutumés à l'unité de la totalité et que les méthodes de la science pour maintenir l'emprise de son système sont tout aussi insupportables que les tentatives des damnés pour se réintroduire. »

 

On comprend ici que par « quasi existence », Fort entend une existence où le monde demeure incompris. Incompris seulement en partie, bien sûr, puisque certaines choses sont expliquées et comprises, mais pourtant incompris en fait en totalité, car l'incompréhension partielle implique fondamentalement l'incompréhension des tenants et aboutissants de la mécanique d'ensemble, que l'on ne saurait séparer sans la dénaturer. C'est un point de vue que, s'il est très tranché, je rejoins cependant complètement. Car la méthode scientifique actuelle implique certains présupposés invérifiés, aussi appelés « axiomes » pour faire plus sérieux, mais qui ne sont en fait que des a priori constitutifs de la méthode et de la véracité qu'elle est censée nous permettre d'atteindre. En effet, un axiome est normalement un élément explicitement posé dans une démonstration, alors que le présupposé mécaniste (par opposition à, disons, animiste, mais c'est un raccourci simpliste) qui sous-tend la méthode scientifique n'est pratiquement jamais clairement exprimé. Nous sommes dans un postulat, c'est à dire un présupposé qui autorise une démonstration, un principe dont l'objectif est de simplifier l'approche. Sans cela, aucune méthode possible : le postulat est donc indissociable de l'approche scientifique, ce qui pose la question de la possibilité d'un accès à l'universalité, à la « révélation finale » qu'évoque Fort. Or, sans cette universalité, toute prétention à la vérité ne peut être qu'approximative, et en toute rigueur, nous devrions qualifier systématiquement la vérité de « quasi-vérité » obtenue par de « pseudo-données », puisque cette vérité comme ces données ne peuvent être que des objets obtenus et interprétés par un intellect, c'est à dire un outil mental soumis aux concepts, aux simplifications, aux raccourcis, etc.

 

Est-ce une façon de chipoter sur la performance de l'approche scientifique ? Non, c'est bien plus que cela, c'est une façon d'invalider radicalement sa justesse.

 

Comme le dit Fort, on s'approche sans cesse plus près de cette justesse absolue, du « vraisemblable », à distinguer du « vrai ». Nous nous rapprochons d'une apparence de vérité, mais nous devons pourtant sans cesse rejeter ce qui était considéré jusque là comme vrai, donc vraisemblable, pour adopter une autre théorie, plus vraisemblable encore, mais dont la véracité demeure fondamentalement relative, à cause des limites de nos méthodes comme de notre esprit (puisque c'est lui qui conçoit cette méthode).

 

Notons aussi, car c'est important, que ceux qu'il nomme « damnés » peut désigner absolument tout le monde à un moment donné. Les damnés sont ceux dont la vision des choses n'est pas acceptée à un moment de leur (quasi) existence, et donc, à moins d'être d'un conformisme impeccable, nous serons tous dans ce cas un jour ou l'autre, ou l'avons déjà été. Un scientifique de tout premier plan peut rapidement chuter au rang de damné, s'il est soudain considéré comme non orthodoxe... Une démarche totalement religieuse, comme l'indique d'ailleurs le choix du mot « damné ». Mais pour Fort, non seulement les personnes, mais même les faits les mieux étayés peuvent aussi être « damnés », c'est à dire ignorés et mis de côté s'ils ne correspondent pas à la conception du moment.

 

 

p.42

« En sorte que la lutte des exclusionnistes pour maintenir le traditionnel ou pour prévenir toute transition abrupte avec le presque établi, en arrive à ceci que, plus d'un siècle après l'inclusion des météorites, nulle autre inclusion notable n'a été achevée, excepté celle de la poussière cosmique, dont Nordenskiold a rendu les données plus réelles que celles de l'Opposition. En sorte que Proctor a combattu et ridiculisé sir W.H. Thomson pour avoir conçu l'arrivée sur terre d'organismes inclus dans les météorites: «C'est une pure farce », a-t-il écrit (25). Mais ou bien tout est farce, ou bien tout se situe entre la farce et la tragédie. »

 

Discours que j'ai moi-même souvent tenu sur ce blog. Dans la bouche de Fort, « exclusionniste » désigne les scientifiques orthodoxes, c'est à dire ceux qui collent au plus près à la méthode, qui consiste à la fois à isoler un phénomène (donc exclure ce qui peut parasiter son étude), mais aussi dans une perspective politique : exclure tout phénomène ou toute explication de phénomène qui ne colle pas avec le paradigme du moment. Ce qui fausse forcément les données, mais cela est vu comme un mal nécessaire pour préserver une méthode qui « fonctionne », quitte à ne pas avancer, préserver le connu comme un but en soi, au danger de ne pas avancer dans l'inconnu, qui est pourtant une fonction essentielle de la science. Ainsi, préserver l'intégrité d'une méthode aboutit à amputer la science, voire à la ridiculiser. Là sont la farce comme la tragédie.

 

 

p.49

« Je dirai plutôt que notre « existence » est une sorte de pont (ma comparaison se situe sur un plan statique) mettons le pont de Brooklyn, sur lequel des multitudes d'insectes cherchent une loi fondamentale et parviennent à une plateforme d'apparence ferme et finale. Mais la plateforme est construite sur un ensemble de supports, et ces supports d'apparence finale reposent sur des super-structures. En sorte qu'il n'est rien de final dans tout le pont, parce que le pont lui-même, loin d'être un élément de finalité n'est qu'un rapport entre Brooklyn et Manhattan. Si notre « existence » est un rapport entre le Positif Absolu et le Négatif Absolu, la quête d'une finalité est vouée à l'échec. Tout élément de l'existence est relatif, puisque le « tout » n'est qu'un rapport. »

 

Fort pose ici le dilemme, la question que j'ai soulevée plus haut par anticipation. Il se peut que notre existence ne se prête pas à accéder à une explication finale du monde comme un Tout, le tout pouvant lui-même n'être encore que relatif à autre chose, et alors on pourrait en conclure que nous sommes voués à une techno-science qui ne s'intéresserait qu'à des phénomènes partiels et à leurs applications techniques. Ce n'est certes pas la finalité de la science de proposer des raisons au fonctionnement du monde, bien qu'elle puisse trop souvent se poser en religion, mais je ne crois pas que ce soit exactement ce que Fort déplore. Je crois qu'il dit plutôt qu'au contraire, c'est elle qui se complaît dans ce rôle et qui fait ce qu'il faut pour qu'aucune vision holistique ne puisse surgir de son sein.

 

Je ne prétends pas traduire avec une parfaite justesse la pensée de Fort, mais je crois que ce qu'il entend par Positif et Négatif se rapporte à sa dichotomie réel/irréel. On sait que la science moderne est fille du courant positiviste qui cherche justement à expliquer le monde avec le présupposé mécaniste dont j'ai déjà parlé. Puisque le positivisme fait le choix – car c'est un choix et pas un non-choix – de ne pas s'intéresser à la nature profonde des choses, il nie en quelque sorte de fait la possibilité même d'une âme, en ce sens que, si une âme existait, cela aurait non seulement des implications fortes sur le sens des choses et de la vie, mais surtout, cela aurait des effets sur la manière dont les choses vivent et existent. En partant de ce postulat très marqué, la science positiviste moderne exclut l'âme, et exclut tout un pan de possibilités d'explications des choses, de leur fonctionnement, de leur interaction, etc. Certes, toute personne qui s'intéresse à l'histoire des sciences, à la logique, à la méthode, etc., a tendance à admettre ce postulat car il facilite grandement les choses, tout en tenant la science à l'écart des affaires religieuses. Sauf que dans les faits ce n'est pas ce qui se passe. L'humain étant ce qu'il est, il fait resurgir la pulsion religieuse (je crois qu'on peut l'appeler comme ça...) dans tous les domaines où il investit son existence, et donc dans la méthode scientifique qui est devenue l'un des principaux outils d'interactions entre l'homme et le monde, ainsi que dans le milieu scientifique qui constitue un groupe humain soudé par des croyances, des habitus, des normes, etc. Nous avons donc une situation où l'homme se voue à une religion qui nie l'âme... voilà tout, et pourquoi pas après tout... Une religion bien de notre époque, parfaitement en phase avec la zombification de masse et la « crise du sens ». Une religion qui ne propose pas de sens, juste d'expliquer les choses, de les « positiver » au sens de les faire pénétrer et de les inscrire dans le réel.

 

Le Négatif serait tout simplement l'inverse : l'irréalité, l'impermanence, l'instabilité, le chaos, la non-conceptualisation, le non-choix, la non-manifestation, etc.

 

Il faut noter que j'ai toujours utilisé, quant à moi, le terme « positiviste » dans un sens très personnel qui, je crois, s'expliquait de lui-même, pour caricaturer ce positivisme que je vois aussi bien dans la science que dans le new age, le coaching, la pensée magique et la pensée positive modernes, qui me semblent vraiment former un lot complet, avoir une dynamique et une logique d'ensemble cohérentes. Ce positivisme consiste en une inversion pieuse de la négation, en ce sens qu'il faudrait matérialiser sa pensée, réaliser ses rêves, transformer les pensées négatives, bref, rendre concrètes des choses abstraites de la même manière que si l'on nie l'âme, c'est bien dans l'objectif de se vouer entièrement, j'oserais dire « corps et âme » au monde matériel. Une religion de la matière, du concret, utilisant et détournant pourtant d'authentiques sagesses spirituelles anciennes, pour les pervertir dans un but vulgaire et souvent risible consistant quelque part à s'infantiliser face à la matière, puisqu'on lui voue un culte comme à un « Dieu le Père ». Rien de plus qu'une métamorphose de la pulsion religieuse, où la science positiviste mais aussi la pensée positive new age tiennent la même place, remplaçant, pour le meilleur et pour le pire, les monothéismes, mais aussi les paganismes, et tout le reste avec le gnosticisme, le mysticisme, animisme, chamanisme, etc.

 

Il y a donc certes une différence entre la définition stricte du positivisme, l'usage que j'en fais, et la manière de Fort de parler de positif, mais je ne peux m'empêcher de voir un lien sémantique fort entre ces trois idées. Ces trois idées manifestent une relation au réel, à l'existant, à l'explicable et à la manière de composer avec. Dans la vision de Fort, le positif semble se poser comme un objectif implicite de toute connaissance, et le négatif comme une force inverse qui, un peu comme si elle obéissait à la loi d'Archimède, s'oppose au positif à mesure qu'on s'en rapproche. Et les exemples en ce sens ne manquent pas dans le livre, où des événements irréels et pourtant enregistrés et étudiés par des scientifiques, s'en viennent comme pour rire de ce que nous tenons pour vrai...

 

 

p.50

« Il est impossible de faire la différence positive entre l'orthodoxie et l'hérésie. Il faut bien qu'elles se confondent et se rejoignent quelque part. »

 

Notion de fusion chromatique, nuances de gris entre deux extrêmes sur laquelle Fort revient souvent. Certains nommeront cela confusionnisme, mais personnellement, c'est une idée que j'ai toujours eu et que je qualifierais de réalisme. Où commence et où finit précisément un lac, une mer ? Les vagues, la hauteur de l'eau, le vent, les précipitations, l'érosion, et bien d'autres phénomènes, redéfinissent à différentes échelles de temps cette frontière, qui elle-même n'est définie que par des critères arbitraires de nature perceptive. La plage glisse sous l'eau, ne cesse pas d'exister à l'endroit où la vague s'arrête, et l'eau s'imbibe sous la plage, où l'on peut la retrouver si l'on creuse assez, même parfois des dizaines de mètres plus loin. Et le sous-sol marin n'est pas de la terre ou de la roche au sens propre, puisqu'il est saturé d'eau jusqu'à des profondeurs que nous ignorons. Notre corps lui-même, d'apparence solide, certes un peu mou, est essentiellement composé d'eau, il contient aussi de l'air, et est aussi composé, dans sa partie majoritaire, par des êtres vivants microscopiques ayant chacun leur degré d'autonomie. Il n'y a pas de limite claire aux choses, comme il n'y a pas de définition exacte d'une chose... qui demeure composée d'autres choses, et très souvent mouvante, en évolution constante, même les minéraux, les fossiles, les continents, ce que nous concevons comme de plus stable.

 

Il en découle qu'on ne peut connaître une chose par la parole, le concept, l'analyse, puisque toute chose nous est non seulement inaccessible dans sa nature profonde à un moment donné, mais qu'elle se transforme perpétuellement. On peut définir une brique comme de l'argile cuite. Mais on peut aussi la définir par sa couleur, sa forme, ou bien par les molécules qui la composent, par sa fonction de matériau de construction, par le résultat qu'elle permet d'obtenir (un mur de briques), mais nous viendrait-il à l'idée de la définir par son évolution dans le temps ? Pourtant, aucune de ces descriptions n'est moins pertinente qu'une autre, et toutes sont incomplètes, la brique étant une somme de toutes ces définitions et de bien d'autres, mais surtout... la brique est un concept. Le mot « brique » n'a de sens que pour celui qui sait ce que c'est. C'est dans le langage, ses subtilités, ses limites, que se forme la compréhension du monde, et que se construit une méthode scientifique. Notre méthode serait différente si elle avait été conçue par le biais d'une autre langue, et il peut être amusant de voir les scientifiques eux-mêmes buter sur les notions de « preuve », de « réfutabilité », etc.

 

Par conséquent, cette phrase de Fort est tout sauf inepte et bêtement confusionniste. C'est une idée fondamentale qui exprime les limites de toute analyse et de toute conceptualisation. Est-on bronzé quand on n'a que le visage bronzé ? Question frivole, mais sujet complexe car, imaginons la même question en d'autres termes avec « Combien pèse l'univers et de quoi est-il composé ? » ou « Un cadavre est-il vivant ? » Après tout, on ne connaît pas la composition de l'univers, mais on ne cesse de tirer des conclusions définitives sur celui-ci. Et un cadavre peut-être aussi vivant qu'un être vivant, en ce sens qu'il foisonne de créatures qui ne vivent que de lui... D'où l'idée de Fort que toute conclusion portée sur une chose qui n'est pas basée sur une compréhension générale ne peut être que temporaire et vouée à retourner au ridicule et à la damnation. Et d'où l'idée qu'il y a une forme de vanité à vouloir catégoriser absolument une chose. La médecine du corps humain évolue toujours, passant d'une idée à son extrême inverse, d'une croyance invérifiée à une autre que l'on croit vérifiée mais qui ne s'avère certaine que pour un moment. Et on ne sait même pas ce que sont les champignons, si bien qu'ils sont un jour des végétaux, un autre des animaux, et un autre encore autre chose, comme un enfant essaierait de déterminer si la couleur de la peau est rose, ou marron, ou jaune, cela dépendant surtout de l'éclairage, de la culture, mais aussi de distorsions culturelles et linguistiques... Bref, il y a dans cette assertion toute enfantine de Fort une grande profondeur, que nous avons tous à l'esprit au moins de temps en temps, mais que nous ne considérons pas assez sérieusement, la plupart du temps (bon, il est vrai qu'on ne peut, ni ne doit, tout analyser dans ses moindres nuances à chaque fois que l'on est confronté à quelque chose, mais je dirais que c'est tout de même une idée à avoir dans un coin de sa tête... et je crois que beaucoup d'enfants le font, et que l'on tend à perdre ce sens de la nuance ensuite, à force de se laisser conditionner par les catégories). Et s'il parle ici de l'orthodoxie et de l'hérésie, donc encore une fois du caractère profondément religieux dont est baignée la science, j'ai montré que cela concerne tous les domaines de la pensée humaine.

 

 

p.55

« Tout n'est qu'hypnose. Les maudits sont ceux qui admettent l'être. Si nous étions plus proches du réel, nous serions des raisons traduites devant un jury de phantasmes.

 

Je pense pour ma part que la logique, la science, l'art et la religion ne sont, dans le courant de notre «existence », que des prémonitions d'un réveil à venir, comme la conscience nébuleuse de la réalité extérieure dans l'esprit d'un rêveur. »

 

Autre conception fortéenne qui me parle d'autant plus que ma sensibilité chamanique me pousse à voir dans chaque moment de l'existence une transe ou une transition de transe... Ainsi avais-je réfléchi, pendant un temps, en terme de transes hypnotique, onirique, d'éveil, d'activité, de fatigue, d'inspiration (transe artistique ou créative), mystique, etc. D'ailleurs, cela se traduit en termes scientifiques par des ondes cérébrales (alpha, bêta, etc.) correspondant à des états de conscience, mis à part que je pense que les états sont plus divers qu'il n'existe d'ondes mesurées et peut-être mesurables. Encore une fois, le réel inaccessible à cause des limites de la méthode, des instruments.

 

La deuxième partie de l'extrait sonne un peu new age, mais je pense pourtant que c'est très juste. Le new age n'a fait que détourner cette intuition d'une évolution humaine perpétuelle par un idéalisme mièvre. L'évolution est au cœur du vivant, et peut-être l'homme, s'il survit à lui-même, pourra développer des capacités plus adaptées à la compréhension du monde dans lequel il vit, pourvu que cet espoir rejoigne la nécessité de la survie, car là est la seule finalité de l'évolution... L'adaptation aux conditions de survie. Une question qui se pose assez fortement à notre époque, il est vrai, ce qui pourrait précisément justifier et permettre une poussée évolutive nécessaire (dont nous ne savons pas du tout comment elles se produisent, soyons clair). Mais rien n'est moins sûr.

 

Pour prolonger un peu cette idée, notons que la modification de conscience a principalement été utilisée à ces deux fins : l'extase comme moyen de percevoir au-delà de l'ordinaire, accéder à un sens caché, et la vision comme outil de soin, pour aider les chasseurs, etc., bref à des fins de survie.

 

 

p.63

« Comment un Esquimau expliquerait-il un navire, venu s'approvisionner en charbon (dont abondent les plages arctiques, mais qu'ignorent les indigènes) et repartant sans esquisser la moindre tentative diplomatique ? Il sera difficile pour beaucoup de gens d'admettre que nous puissions ne pas être intéressants. »

 

Réflexion typique de l'ufologie, aujourd'hui bien conscientisée par certains et beaucoup moins par d'autres, qui semblent penser qu'au sein d'un univers quasi-infini, un animal aussi primitif que l'être humain doive forcément fasciner des espèces qui en ont vu sûrement bien d'autres... Sans parler de la possibilité que des êtres évoluant dans d'autres « dimensions » ne nous perçoivent pas plus que nous ne les percevons, s'il se fait. Et que ce type d'être pourraient ne pas avoir plus de considération pour nous que nous n'en avons pour les milliards de créatures microscopiques que nous piétinons durant notre existence. Nous savons pourtant qu'elles existent, mais les prendre en compte serait bien trop coûteux... même pour un vegan rigoriste.

 

En dessous, Fort propose son explication.

 

 

p.70

« Pourquoi des relations diplomatiques ne s'établiraient-elles pas entre les Etats-Unis et Cycloréa - c'est le nom, en astronomie avancée, d'un remarquable monde en forme de roue ? Pourquoi ne nous enverrait-on pas quelques missionnaires pour nous convertir ouvertement, nous arracher à nos prohibitions barbares et à nos tabous, et préparer la voie à un marché avantageux en ultra-bibles et en super-whiskies?

 

J'entrevois une réponse simple et immédiatement acceptable: éduquerions-nous, civiliserions-nous, si nous le pouvions, des cochons, des oies et des vaches ? Serions-nous avisés d'établir des relations diplomatiques avec la poule qui fonctionne pour nous, satisfaite de son sens absolu de l'achèvement ? Je crois que nous sommes des biens immobiliers, des accessoires, du bétail. Je pense que nous appartenons à quelque chose. Qu'autrefois la Terre était une sorte de no man's land que d'autres mondes ont exploré, colonisé et se sont disputé entre eux. »

 

 

 

p.70

« J'accepte pour ma part les Géants et les Fées. La Science d'aujourd'hui est la superstition de demain, la Science de demain, la superstition d'aujourd'hui. »

 

Rien à ajouter... J'ai déjà rencontré au moins une fée. Je ne peux pas l'expliquer, ni le réfuter, ni le prouver.

 

 

p.80

« Nous voyons les choses conventionnellement. Et non seulement nous pensons, agissons, parlons et nous vêtons tous de même, comme par reddition unicellulaire à la tentative sociale d'une entité, mais encore nous voyons ce qu'il est jugé «convenable » de voir. Il est presque orthodoxe de dire à un bébé qu'un cheval n'est pas un cheval, et de demander à un naïf si une orange est une orange. Je trouve toujours intéressant d'arpenter une rue, de regarder ce qui m'entoure et de me demander à quoi ressembleraient toutes ces choses si l'on ne m'avait pas appris à voir des chevaux, des arbres et des maisons là où il y a des chevaux, des arbres et des maisons. Je suis persuadé que, pour une vision supérieure, les objets ne sont que contraintes locales se fondant indistinctement les unes avec les autres dans un grand tout global. »

 

J'ai déjà abordé cela plus haut. J'ajoute juste que prendre conscience de l'importance et de la magnitude de nos distorsions perceptives dues aux conventions est capital pour élargir son champ de compréhension, la seule utilité des conventions étant la fonctionnalité sociale... Et cette fonctionnalité est plus un handicap qu'une force pour un esprit créatif, expliquant pourquoi les « artistes » de cour et de télévision sont surtout des médiocres, fortement dotés en capacités sociales, où le talent n'est qu'une capacité secondaire pour se prévaloir artiste. Mais c'est un autre sujet.

 

 

p.82

« Je tiens qu'il y a, dans l'espace céleste, des mondes vagabonds que les astronomes ont exclus parce que leur manque apparent de sérieux constituait un affront direct pour le pur, le précis et le positif. Et aussi parce qu'on les aperçoit très rarement. Les planètes reflètent obstinément la lumière du soleil et, sur cette uniformité, on a bâti tout un système que j'intitulerai Astronomie Primaire. Le matériel de l'Astronomie Avancée se composera à l'inverse de phénomènes célestes aussi obscurs que lumineux, variables à l'instar de certains satellites jupitériens, mais sur une portée plus vaste. Obscurs ou lumineux, ces phénomènes ont été vus et signalés si souvent que la seule raison importante de leur exclusion semble être leur inaptitude à se plier aux convenances. »

 

Pour soutenir cette idée, Fort se fonde sur des observations diverses et inexpliquées de choses vues dans le ciel, avec parfois la lune ou le soleil en arrière-fond, et qui ne rentrent nullement dans ce que nous tentons pour connu, c'est à dire dans notre système de croyance, puisque celui-ci se fonde sur un mélange entre le connu et ce que nous imaginons de l'inconnu. Fort n'a pas de scrupule à imaginer des mondes, des choses, des créatures, des phénomènes qui sont totalement hors de notre univers de raison habituel. Notons que son idée d'une astronomie avancée prenant en compte des phénomènes « obscurs » est amusante, bien que probablement un hasard du à l'audace, lorsque l'on considère l'astronomie actuelle, ses matière et énergie « sombres »... Une sémantique d'ailleurs critiquée par Jean-Pierre Petit comme relevant plus d'un imaginaire assez particulier que de la science. Bon, c'est un point de vue, mais là aussi, amusant de voir comme les deux se rejoignent... JPP n'a pas hésité, bien qu'il soit un scientifique, à qualifier la science de système de croyance (c'est d'ailleurs aussi la conception de figures qui font autorité dans l'église scientifique comme Thomas Kuhn), ce qui est complètement le propos de Charles Fort, en filigrane de ce livre.

 

 

p.88

« Mélanicus. Sur les ailes d'une chauve-souris gigantesque, il couve la terre et les autres mondes, en tirant peut-être sa pâture, plane sur ses appendices en forme d'ailes, comme un monstre maléfique qui nous exploite. Maléfique parce qu'il nous exploite. Il obscurcit une étoile puis bouscule une planète, c'est un vampire, vaste, noir et terrifiant. »

 

Un paragraphe totalement lovecraftien (Lovecraft s'est beaucoup inspiré de Fort, parait-il) et d'une poésie sombre que je n'ai pas manqué d'apprécier que je sers ici avant de passer à la conclusion. Pour l'anecdote, Mélanicus est une explication proposée aux phénomènes obscurs dont il était question juste au-dessus, en forme de dérision de la raison scientifique et de la raison absolue, bien sûr.

 

 

 

Conclusion (provisoire)

 

Je n'ai donc pas fini le livre, aussi je me réserve la possibilité d'y revenir et de refaire un article dessus, éventuellement, mais l'essentiel me semble ici. Je n'ai pratiquement pas cité de passage concernant les phénomènes à proprement parler, pour ne pas alourdir, parce que je voulais me concentrer sur le fond du discours.

 

Charles Fort nous expose avec de très nombreux exemples les limites de la science, ridiculisée par des phénomènes absurdes, incompréhensibles, parfois choquants. Mais une science aussi ridiculisée par elle-même, s'enfermant dans ses présupposés, préservant le paradigme comme une table sacrée tout en se cachant derrière de beaux principes, souvent aveugle à ses défaillances, proposant fièrement des explications d'autant plus extravagantes qu'elles n'expliquent justement rien d'une grande partie des phénomènes mis au jour par Fort alors que, pour la plupart, ils avaient été enterrés, bien cachés sous le tapis.

 

Son style est souvent brillant, parfois un peu difficile à suivre, jamais répétitif, la plupart du temps suscitant un sourire, voire un éclair d'intelligence à la lumière de son propos, que l'on qualifiera de relativiste, de confusionniste ou, comme lui, d'intermédiariste.

 

Comme il le disait lui-même, Charles Fort ne savait pas s'il devait se considérer comme un savant ou comme un humoriste. A mon avis les deux, mais jamais dans une perspective conventionnelle. Un régal à lire pour se rappeler qu'il y a bien des façons de voir le monde et qu'après tout, même la méthode explicative dominante relève de choix et de présupposés qui sont peut-être efficaces dans bien des cas mais en tout cas indubitablement arbitraires, parfois même dogmatiques, et pas toujours fonctionnels... Une méthode, en tout cas, laborieuse, inapte à aborder certaines choses, et qui nous est régulièrement imposée et présentée avec une grande condescendance. Pourtant, cette foi dans la science ne relève en aucun cas de la raison, qui ne sert la plupart du temps que de caution et de rationalisation en terme de justification de cette foi. Mais le propre de la foi est qu'il est difficile d'avoir vraiment conscience des raisons qui la sous-tendent...

 

Il y a, enfin, un autre aspect à mettre en lumière à propos de ce livre, dont on ne parle, à mon goût, pas assez souvent, et qui concerne l'ultra-spécialisation de la science. Comme certaines créatures, la science s'est ultra-spécialisée, chaque discipline s'enfermant dans une ultra niche qui ne communique plus avec les autres. Quand j'entends un chimiste dire que les physiciens et les chimistes ne se comprennent plus, c'est tout de même hallucinant.

 

Et cela m'amène à faire remonter cet extrait trouvé sur dedefensa, déjà cité sur mon blog. Je le reprends comme je l'avais cité à l'époque :

 

[Enfin, sur Frederic Schiller (Friedrich von Schiller) et la faillite occidentale :

 

http://www.dedefensa.org/article/frederic-schiller-et-la-faillite-occidentale

 

(note : le texte est répliqué, doublant la taille de la page)

 

« Ce fut la civilisation elle-même qui infligea cette blessure à l’humanité moderne. Dès que d’un côté une séparation plus stricte des sciences, et de l’autre une division plus rigoureuse des classes sociales et des tâches furent rendues nécessaires, la première par l’expérience accrue et la pensée devenue plus précise, la seconde par le mécanisme plus compliqué des États, le faisceau intérieur de la nature humaine se dissocia lui aussi et une lutte funeste divisa l’harmonie de ses forces. L’entendement intuitif et l’entendement spéculatif se confinèrent hostilement dans leurs domaines respectifs, dont ils se mirent à surveiller les frontières avec méfiance et jalousie ; en limitant son activité à une certaine sphère, on s’est donné un maître intérieur qui assez souvent finit par étouffer les autres virtualités. »]

 

Je ne pense pas qu'il n'existe d'entendement que soit intuitif soit rationnel. Je pense qu'il y a au moins une troisième approche, qui se trouve dans le senti ou ressenti. L'intuition et la raison ne s'opposant pas, ni n'étant des passages obligatoires, on peut rencontrer des personnes qui n'utilisent ni l'une ni l'autre (elles sont alors orientées vers une des formes du ressenti, par les sensations ou les émotions), ou des personnes qui utilisent les deux, ou encore un mélange de ces choses. Mais force est de constater qu'une scission a eu lieu, et s'est renforcée autour des domaines supposés rationnels et supposés intuitifs (bien que je pense finalement que cette catégorisation soit trop simpliste), où un domaine est devenu la religion dominante et l'autre la religion des rebelles et des bien-pensants. Selon la logique de Fort, aujourd'hui la religion de l'entendement intuitif serait donc celle des damnés.

 

Je ne pense pas que cette scission n'ait eu que des effets négatifs, mais ils me semblent aujourd'hui tout de même aujourd'hui écrasants, et pour aller dans le sens d'une pensée scientifique holiste telle qu'ébauchée et prônée par Charles Fort, il serait temps d’œuvrer concrètement à un rapprochement entre les divers domaines de la connaissance. Aujourd'hui, la religion de la science rationnelle dominante se comporte en tribunal des autres domaines, les passant à son crible et les déclarant toutes nulles, tout comme une religion à tendance intégriste utilise son propre crible de lecture du monde pour décréter les autres religions impies ou hérétiques... Pourtant, nous gagnerions tous à une union des diverses disciplines et des divers domaines de la connaissance, qui même au sein de la science dominante n'arrivent plus à travailler ensemble, signe évident d'un état avancé de décadence, voire de perversion de cette science.

 

Et comme cette scission dans ce domaine est le résultat d'une scission sociale, comme l'explique très bien von Schiller, il est également grand temps de réfléchir à faire de nouveau travailler les classes ou les castes ensemble plutôt que les unes contre les autres, comme c'est le cas aujourd'hui. L'humanité s'est engagée sur une voie bien dangereuse, y compris eu égard à la question de sa survie, et il me semble qu'il est primordial de réfléchir à ces sujets profondément. Or, la vision de Charles Fort, toute espiègle et apparemment légère et surannée qu'elle soit, peut largement contribuer à ce travail de prise de conscience et de re-solidarisation des éléments de la société entre eux. Pour moi : un livre très important, en plus d'être agréable à lire pour quiconque est disposé à remettre en cause toute forme de doxa sclérosante.

 

L'évolution se produisant par phase et la société humaine progressant par cycle, il est tout à fait possible de saisir les opportunités qui se présenteront pour œuvrer à cette tâche pour une plus grande cohésion et un meilleur fonctionnement de nos systèmes sociétaux, et ce combat transcende de très loin les stupides guéguerres actuelles autour du genre, de l'origine, du mode d'alimentation et toutes ces revendications sociales superficielles quand on observe les grandes dynamiques civilisationnelles humaines et l'histoire de l'espèce. Tout en plaisantant sur les phénomènes qui font se gratter la tête aux chercheurs, Fort a produit un livre qui soulève en réalité de grandes questions...

 

 

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14 mars 2019

De mon embarras face aux disciplines ésotériques

 

Suite à mes réflexions personnelles sur ma propre évolution à travers l'écriture sur mon blog, m'est venue une autre réflexion qui sera l'occasion de nouvelles digressions un peu nombrilistes, mais que je me sens obligé de mener, pour être plus complet. Encore une fois, nous verrons bien où ça nous mènera, et puis on pourra reprendre sur le contenu plus habituel du blog.

 

C'est que je ressens le besoin de soulager mon esprit du poids d'une nouvelle réflexion tournée vers moi-même.

 

Un lecteur m'a fait passer un lien sur la géobiologie que j'en profite pour partager. Le site avec toutes les précautions oratoires de l'auteur ne voulant pas que son livre soit commercialement exploité par des opportunistes, ce que l'on peut très bien comprendre :

 

https://www.georgesprat.com/

 

Le lien du livre lui-même :

 

http://www.georgesprat.com/telechargements/larchitectureinvisible.pdf

 

 

 

J'ai rapidement parcouru le livre et y ai surtout trouvé des choses déjà très familières, puisqu'étant formé en géobiologie, et ayant qui plus est un parcours dans le domaine de l'étude des mégalithes, j'ai déjà un rapport assez avancé avec ce sujet, bien que j'en parle assez rarement. C'est l'occasion de le faire, car cela va me permettre d'expliquer mieux ma gêne, non seulement vis à vis des disciplines scientifiques, mais aussi vis à vis des disciplines ésotériques.

 

J'ai très souvent critiqué sur ce blog les abus et effets pervers de la science, comme je viens de le faire une fois de plus dans ma série récente, et j'ai aussi régulièrement, mais moins souvent, attaqué les dérives des disciplines ésotériques. Un ancien article sur Castaneda m'a ainsi valu une volée de réactions désobligeantes, par exemple, ou encore, mes articles critiques sur les fleurs de Bach ou l'homéopathie ont déplu à beaucoup, bien qu'ils étaient, je le crois, intellectuellement honnêtes.

 

Quelque part, j'ai du mal à « choisir un camp ». Non seulement j'ai du mal, mais je m'y refuse absolument. J'ai beau pratiquer moi-même des disciplines ésotériques, sans rejeter du tout pour autant la pratique de l'esprit critique ou la méthode scientifique (encore une fois, je n'en critique que les abus), je ne peux pas leur prêter entièrement une foi absolue. Là aussi, trop d'abus ont été commis. Même si je ne rejette pas davantage l'homéopathie – que j'ai utilisé pour moi-même – que la méthode scientifique, qui elle rejette absolument l'homéopathie pour son caractère non-scientifique, je ne peux pas accepter de proposer aucune de ces approches sans les critiquer d'abord.

 

C'est sans doute une sorte de « travers psychologique » qui m'est propre, mais je pense que je peux l'expliquer, après tout.

 

Même si je progresse régulièrement dans ma compréhension de moi-même, je n'ai jamais pu « choisir un camp ». Je crois qu'il y a du bon dans les deux approches (scientifique et ésotérique), mais aussi de dangereux travers à chaque fois, et je crois que je voudrais unifier les deux approches en une seule, en dépouillant chacune de ses effets pervers. Probablement une quête à la fois sans fin et bien orgueilleuse, que je ne vois pas, à ce jour, comment je pourrais faire déboucher. Mais ce n'est pas une raison suffisante pour totalement abandonner cette ambition secrète.

 

L'une des approches qui m'a le plus éclairé dans mon auto-compréhension a été celle de C.G Jung (ainsi que l'ennéagramme, au moins dans les débuts, pour défricher un peu le terrain).

 

On trouve ici par exemple un test de personnalité inspiré MBTI basé sur les travaux de Jung :

 

https://www.idrlabs.com/fr/test.php

 

Ces tests peuvent paraître puérils à beaucoup, notamment lorsqu'ils sont plutôt versés dans le côté scientifique de « la force », mais ils sont pourtant riches en instruction sur soi-même, lorsqu'on accepte de s'y verser. Ces tests m'ont permis de découvrir que j'étais partagé entre deux ou trois typologies du MBTI, qui se rapportent aux personnalités dites « concepteur/penseur » (INTP), « thérapeute/protecteur » (INFJ), ou encore « médiateur » (INFP).

 

Je sais que ce truc ressemble surtout à du coaching d'entreprise, mais ce n'est pas parce que le système de Jung a été détourné à ce type de fin utilitariste qu'il ne vaut pas beaucoup mieux que cela... Ce système m'a permis de comprendre que j'étais plutôt orienté introversion et intuition, et que le reste varie suivant les situations. Cela, je pouvais certes le déduire de ma propre auto-observation, mais un système bien établi est souvent plus pertinent que toutes les observations désorganisées que l'on peut faire sur soi, surtout, justement, lorsqu'on est plus intuitif qu'autre chose, et que la pensée rationnelle ne prédomine pas non plus. D'où, sans doute, mes articles à rallonge qui démontrent mon besoin d'explorer bien plus que d'organiser.

 

Ce mélange particulier qui est le mien explique très bien que je ne puisse faire un choix entre pensée scientifique et mode de pensée ésotérique, puisque je me trouve à la frontière entre les deux. Je suis autant penseur qu'aidant, autant médiateur que concepteur, et cela me situe sur une frontière étroite où les besoins de soutien et de décision sont perpétuellement en balance. Trancher et considérer tous les points de vue, tout à la fois.

 

Par conséquent, la méthode scientifique a un attrait pour moi, car elle aide à trancher. Mais simultanément, elle oblige à séparer des choses que mon esprit intuitif perçoit comme liées, et que ma tendance à l'introversion me pousse à examiner soigneusement avant de prendre une décision, ou de trancher une matière.

 

Je suis donc dans une situation inconfortable, mais qui a un avantage : je suis obligé de considérer les deux approches d'une manière aussi équilibrée que possible, et de voir aussi bien les limites de l'une comme de l'autre, simultanément, ce qui, probablement, m'empêche de tomber dans un quelconque caractère sectaire. C'est probablement ce qui m'a conduit, sur ce blog, à combattre toute forme de sectarisme, de militantisme et d'extrémisme pouvant conduire des personnes à des extrémités dommageables, qu'il s'agisse de violence, de dogmatisme, ou d'autoritarisme, par exemple. C'est donc aussi une force, mais une force inconfortable, qui impose en permanence un équilibre, un refus de choisir définitivement.

 

Ainsi, mes choix ne peuvent être que temporaires, si possible adaptés en fonction des situations.

 

Par ailleurs, ma spécificité me pousse à être à la fois souple et rigoureux, ce qui peut être difficile à comprendre pour soi, et encore plus pour autrui. C'est ainsi que j'ai vécu des situations à la fois cocasses et inconfortables, par exemple dans mon apprentissage en naturopathie.

 

Ainsi, lorsque je suis surtout avec des personnes scientifiques et rationnelles, je suis la personne qui a déjà vécu des situations plutôt irrationnelles, qui est incapable de les leur expliquer, et je passe pour le lunatique de service. Et lorsque je suis surtout avec des personnes orientées vers le sentiment, l'aide, la thérapie, je passe pour l'empêcheur de tourner en rond, qui a toujours une objection rationalisante à formuler... Mais, et c'est amusant, je suis aussi, parfois, même avec ces personnes, le seul qui a de véritables et puissants ressentis dans certaines situations car, étant très intuitif, je ressens par exemple avec une grande acuité la puissance de certains lieux, tout en demeurant incapable d'expliquer et rationaliser mes ressentis. Et dans certains autres cas, je suis complètement éteint alors que d'autres ressentent des choses très précises. En bref, je n'ai jamais vraiment l'impression d'être à ma place... je n'ai jamais su où, précisément, exercer ma structure de personnalité, si ce n'est dans l'écriture elle-même, qui permet toutes les explorations, autorise aussi bien la raison que le sentiment ou l'intuition, et le mélange de toutes les sensibilités existantes.

 

Ceci étant exposé, il devient plus facile de comprendre mon orientation particulière, et de saisir pourquoi je perçois mieux que personne les failles et les limites de la plupart des approches liées à la connaissance.

 

Ainsi, sans que le chamanisme m'ait vraiment déçu, il m'a un jour laissé sur ma faim. J'ai, grâce à lui, soigné ou tout du moins soulagé des gens, mais je ne savais pas comment je faisais, et cela était perturbant. J'ai fini par perdre mon assurance avec cette technique, car toutes mes rationalisations finissaient par tomber à l'eau et me mettre face à face avec le danger d'une certaine radicalisation de l'esprit face à une technique puissante mais inexplicable. Je crois que c'est ce qui m'a toujours dérangé chez les figures faisant autorité dans ce domaine, comme Castaneda : on se range derrière ces personnes à cause de leur charisme, et on ne sait pas où cela peut s'arrêter, nous conduire ou nous échouer. On boit leurs paroles puisqu'on ne peut rien faire d'autre, puisque leur propos est au-delà de l'explicatif. Et c'est ainsi que l'on fait des « sectes ». Des lieux de religion où le gourou n'est pas là pour être compris ou critiqué, mais pour être obéi et écouté. Comment tolérer cela ? Je ne sais pas. A l'inverse, j'adore Krishnamurti, parce que même si son langage est intuitif et ouvert, on peut toujours analyser et comprendre ses propos, qui ne sont pour autant pas que pure raison : c'est aussi de l'amour. On peut confronter son discours au réel, tandis qu'avec les Castaneda, on ne peut que sauter dans le vide et espérer qu'il en surgira un sens avant qu'on s'écrase au fond... On me répliquera sans doute que c'est comme ça, ok mais cette approche cause énormément de dégâts : des tas de gens s'écrasent effectivement au fond, j'en ai connu, et à la fin on les ramasse à la petite cuillère, ce qui est particulièrement difficile à accepter pour quelqu'un comme moi qui a aussi une inclination à la thérapie.

 

La géobiologie est un autre cas particulier. J'ai une forte affinité avec ce domaine, notamment avec tout ce qui se rapporte aux sensations liées aux vieilles pierres. J'ai eu des expériences très fortes et indéniables dans ce domaine, où je me retrouvais même en position de guide pour faire sentir à d'autres des sensations qui étaient pour moi évidentes, et pour eux un peu moins. Je n'ai jamais eu besoin d'outil pour cela, mes mains suffisaient, parfois aussi un peu mes oreilles ou mes yeux. Lors de certains cours de géobiologie sur le terrain, j'ai eu des sensations ou des intuitions très fortes d'être sur un lieu chargé et signifiant, avec parfois des visions très précises. J'ai eu par exemple une fois la vision d'être sur un site de justice druidique, point qui m'a été confirmé par le prof, sauf que ma vision allait bien plus loin que ce qu'il avait à en dire et demeurait incommunicable. Tout ce que je pouvais faire était de dire aux autres ce que je voyais, sans pouvoir avoir aucune certitude (à part au niveau du ressenti) que ce que je voyais n'était pas le fruit de mon imagination (comme avec beaucoup de mes visions chamaniques, par exemple). On pouvait aussi bien me prendre comme un prophète que comme un illuminé. J'ai nettement plus eu le sentiment d'être pris pour un illuminé, ce qui, ma foi, était parfaitement légitime. Pourquoi les gens m'auraient-ils cru ? Pourquoi m'auraient-ils questionné pour approfondir ce que je disais, alors que cela impliquait qu'ils auraient pu se mettre à boire mes paroles et tomber dans la bête profession de foi ?

 

C'est une expérience que j'avais d'ailleurs déjà vécu à l'époque du lycée, quand mon esprit s'éveillait à ces choses. J'ai souvent senti que les gens m'écoutaient comme un prophète, et je détestais profondément cela, tout en en tirant une sorte de jouissance. Mais j'étais surtout conscient du danger que cela impliquait, ainsi que de la responsabilité qui venait avec, et dont je ne voulais pas. Si je m'exprimais sur certains sujets, cela soulevait invariablement un mélange de réactions : du rejet chez beaucoup, et un attrait chez une minorité. Cette minorité avait tendance à me répugner par son attitude, et je me demande combien se sont trouvé par la suite un gourou, ou encore un conjoint qui userait de leur fragilité pour les manipuler. Toujours ce sentiment lié au rejet de l'abus...

 

Dans mon parcours, j'ai aussi été diplômé en ayurveda et en kinésiologie, disciplines que je n'ai par la suite jamais pratiquées. J'aurais aussi pu être diplômé en réflexologie, mais je n'aimais pas masser les gens, et j'ai donc passé mon tour.

 

Toutes ces disciplines sont formidables et très intéressantes, mais d'une part, et même si j'y étais à l'aise, avec des notes supérieures à la moyenne, je n'y étais pas en confiance, et d'autre part, j'avais le sentiment qu'on pouvait aller beaucoup plus loin que ce que j'avais appris, que ce n'était jamais suffisant.

 

Je n'y étais pas à l'aise, parce que ce ne sont pas des disciplines qu'on comprend. Ce sont des disciplines qu'on apprend, et qu'on régurgite, parce qu'elles sont tellement hors de la rationalité traditionnelle, que vous pouvez seulement vous fier à la pertinence de vos ressentis pour y tracer votre chemin ou, du moins, c'est comme ça que j'y ai été confronté et que je les ai apprises.

 

Lorsque, comme moi, vous avez un besoin de compréhension et de rationalité tout en étant très intuitif, ces disciplines sont très perturbantes, parce qu'elles vous mettent en face de vos hésitations, tout en vous semblant extraordinairement pertinentes. Vous sentez que vous êtes en face de quelque chose de très juste et de très profond, que votre esprit ne peut pas saisir, qu'il ne peut pas analyser, et que la science telle que nous la connaissons ne peut pas appréhender. Pourtant, les résultats sont là lorsque vous les pratiquez, tout comme ils l'étaient pour moi, dans le chamanisme ou la géobiologie, sans que je puisse en appréhender les fonctionnements, ou les tenants et les aboutissants.

 

Dire que par rapport à ces choses là, il suffirait de lâcher-prise, n'est pas quelque chose qui me rassure ou qui me convainque. Cela fonctionnerait certainement avec quelqu'un qui a précisément la bonne configuration d'esprit et qui, imprégné de culture occidentale ultra-rationnelle, hésitait seulement à le faire. Mais avec quelqu'un comme moi, qui a une structure en balance entre la rationalité et l'intuition, à mi-chemin entre le besoin de compréhension et la tendance à la rêverie, je ne suis vraiment pas sûr que cela peut vraiment fonctionner. Ma véritable voie n'est peut être vraiment que dans l'écriture et l'approche artistique et nuancée des choses... bien que ce ne soit pas exactement ce que pointe la connaissance que j'ai acquis de moi, et qui semble encore au-delà de cette forme d'utilitarisme là. Je ne suis peut-être qu'un explorateur des différentes possibilités, qui utilise l'écriture à cette fin... Dans ce cas, si j'avais un rôle, ce ne serait peut-être que celui de défricher pour de plus spécialisés que moi, pourquoi pas ? Je suis toujours, je le confesse, en recherche de ma propre voie en ce monde...

 

 

Bref, je pense qu'après mon récent discours sur la science, il n'était pas inutile d'équilibrer en critiquant aussi le versant ésotérique des choses... afin d'expliquer aussi bien au lecteur qu'à moi-même pourquoi je me méfie tout aussi bien des deux approches.

 

Sans doute ma sensibilité artistique me rapproche autant qu'elle ne m'éloigne des domaines de la connaissance. Je crains au fond de moi les pontifications qui égareront les esprits fragiles et influençables, sans doute car je me sens moi-même influençable... Mais pas seulement. Aussi parce que je sens qu'il y a en moi une inclination à ne pas forcément vouloir savoir. Est-ce que, finalement, la volonté de savoir n'est pas autre chose qu'un très grand orgueil de l'être humain ? Est-ce qu'elle n'est pas, aussi, un écueil face à l'immensité de l'univers ? Est-ce qu'une créature peut vraiment connaître le monde qui l'a créé ? Est-ce que, finalement, la poésie et la tragédie de l'être ne suffisent pas à l'existence ?

 

Il suffit de faire très légèrement varier les réponses aux tests MBTI, et je tombe sur une quatrième orientation, fréquemment nommée « artiste », même si je tombe souvent sur le résultat « médiateur », qui est encore une orientation de personnalité plus étrange et moins déterminée, plutôt rare au demeurant d'après les statistiques, que l'on trouve ici :

 

http://www.16-types.fr/16types.html

 

Seulement 4% de médiateurs (INFP), et 1 à 2 % de thérapeutes (INFJ) chez les hommes, d'après ce que j'ai lu. Il est vrai que je suis presque constamment le seul homme, partout où je m'installe temporairement. Les psy que j'ai croisés me trouvent une personnalité « originale », au sens où elle n'est pas commune. Peut-être mon dilemme n'est-il réellement rien d'autre que celui lié à une personnalité peu commune, et donc forcément mal adaptée à un fonctionnement social optimal, ce qui m'oblige à me retrancher dans des recoins mystérieux et discrets du monde dans lequel je suis contraint de vivre.

 

Je suis parfaitement conscient, encore une fois, que les propos que j'avance peuvent être vus comme parfaitement candides voire bêtement puérils (les tests sont juste des trucs de bonnes femmes, quoi !) par mes lecteurs, mais peu importe. Je prends le risque de les étaler publiquement, comme une bouteille à la mer. Vivre cette situation a quelque chose de génial, si l'on veut, mais c'est surtout, surtout, très inconfortable, incertain, impose plein de questionnements sans fin, et il y a bien un moment où il faut les poser pour mieux les réfléchir, peut-être pour mieux les dépasser, justement, et enfin aller au-delà de ce caractère candide, quasi mièvre pour beaucoup (je me sens largement incompris dans ma vie en général, ne le cachons pas). Moi je trouve leur rejet stupide, quasi mesquin, bête et méchant, banal, mais chacun son point de vue, après tout...

 

Bref je m'en arrête là pour cette fois, car je ne sais pas trop où me conduit cette réflexion, mais je voulais la partager... Et la prochaine fois, je reviendrai un peu aux affaires courantes du blog. J'aimerais notamment m'arrêter sur le texte de Charles Fort dont je parlais, car je crois que le moment est venu, même si je n'arrive pas à le terminer.

 

 

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13 mars 2019

Une révolution intérieure, partie 3/3 : instantanés du moment, pour illustrer et conclure

 

Cette troisième partie sera plus courte et me servira de conclusion finale, aussi bien pour ma réflexion concernant la perversion de la science que mon état d'esprit actuel par rapport au blogging mené en première partie.

 

J'y parle de ma révolution intérieure, mais je dois tout d'abord préciser. Rappelons qu'une révolution est le retour à un état premier : lorsque la Terre mène une révolution autour du soleil, elle ne mène pas un changement en profondeur, elle se contente de faire un tour complet qui correspond à une année, c'est à dire un cycle.

 

Mais les êtres, et qui sait peut-être la Terre aussi, ne se contentent pas de bouger et de revenir à la même place : ils évoluent en effectuant leurs propres cycles. D'ailleurs la Terre ne revient en fait pas à la même place au bout d'un an : elle bouge dans la galaxie et se retrouve en fait bien plus loin, elle n'a que retrouvé sa position relative par rapport au soleil.

 

Une révolution intérieure serait donc une façon d'évoluer tout en revenant apparemment à la même place, de cycle en cycle, d'année en année, et ainsi de suite, à mesure de la vie. Je peux témoigner d'une telle révolution. Mon état d'esprit a au moins autant évolué que le contenu et le style de mes articles, en 11 ans. Ce qui m'a moins semblé bouger, c'est l'état d'esprit du monde autour de moi. Mais il l'a pourtant fait. En 11 ans, nous avons eu des guerres, des prises de conscience, l'évolution de l'internet, une baisse de l'influence des médias, des mouvements migratoires, des évolutions climatiques, économiques, idéologiques, des crises, et j'en passe. Rien de tout cela ne peut être sans conséquence sur l'évolution de la planète, de l'humanité et du monde, quoiqu'en disent ceux qui se complaisent, probablement par un défaut de leur psyché, dans une vision immobiliste des choses qui prétend que l'humanité ne ferait que s'agiter pour revenir sans cesse à la même place. Cela est peut-être vrai, relativement, dans une perspective nihiliste. Mais il suffit de regarder le chemin parcouru par l'humanité, même en mettant de côté les évolutions techniques – ce qui serait déjà malhonnête, car cela fait partie intégrante de notre manière d'évoluer – pour s'apercevoir que nos conceptions ont changé constamment, en dépit de tout ce que l'on peut dire sur le perpétuel retour au même point. Ce n'est pas parce que des problématiques identiques se sont constamment produites au fil de notre histoire et dans des contextes très différents que, justement, ces contextes n'étaient pas différents, et que ces problèmes ne se sont donc pas posés chaque fois d'une manière inédite.

 

Ainsi, notre actuelle occupation de la quasi totalité de la planète, avec situation de globalisation de l'économie et de l'exploitation des ressources est en soi une situation non seulement inédite, mais aussi totalement exceptionnelle et inconnue dans notre histoire. Aussi, dire que l'on sait comment cela va « se terminer », juste parce qu'on est parfaitement désabusé quant à l'être humain, est totalement abusif. Oui, nous connaîtrons des cycles similaires à ce que nous avons connu, probablement, mais tout se passera plutôt différemment à chaque fois, avec de nouvelles occasions de prises de conscience, voire de mutation de la conscience, comme certaines technologies prédominantes ont pu en produire (j'ai déjà évoqué le cas de l'imprimerie).

 

La raison pour laquelle je tiens à écrire tout cela est probablement pour préciser et concrétiser certains des changements que j'ai expérimenté à mesure de mon écriture sur ce blog, mais je voudrais aussi me servir de cette occasion pour me pencher sur quelques liens récents qui illustrent d'après moi ces évolutions qui sont en fait simultanément extérieures et intérieures, car nous sommes inextricablement liés à notre milieu de vie, en tant qu'humain, et donc animal (là aussi, quoiqu'en disent certains qui estiment que, bien que nous soyons être biologiques exposés à des besoins primaires et des instincts, nous nous serions prétendument totalement affranchis de notre essence animale).

 

La première chose sur laquelle j'attirerai l'attention porte sur le complotisme des élites, puisque j'ai déjà abondamment parlé de cette ambiance perpétuelle de suspicion et de vérification supposées redorer le blason des médias.

 

Le problème c'est que cette vérification ne s'applique qu'aux petites gens. Ainsi, un président peut se livrer sans gêne et publiquement à la maladie du complotisme sans attirer nullement l'attention d'aucun média... sauf bien sûr de radio-Poutine, puisque comme chacun sait, les russes veillent, et sont probablement à l'origine même du complotisme de Macron. En tout cas je ne serais même pas surpris qu'on en trouve très bientôt pour avancer cette idée...

 

https://francais.rt.com/france/59821-ultras-chez-gilets-jaunes-ingerence

 

Macron contre ses services de renseignement, donc, mais aussi le gouvernement et les médias qui voient une ingérence « folle » dans les affaires de la France, de la part de l'ONU. C'est vrai qu'on n'a pas l'habitude de subir des ingérences, mais plutôt de les exercer nous-même, ça fait tout drôle.

 

https://francais.rt.com/france/59769-gilets-jaunes-qui-susurre-oreille-onu-interrogent-commentateurs-lci

 

Là aussi, en totale roue libre, qui peut bien influer sur l'ONU, se demande-t-on, nous qui avons un siège spécial et un droit de veto, et qui exerçons depuis des décennies une influence toute particulière sur cet organe qui est entre autres créé par notre propre initiative. Perdrions-nous les rênes ? Sont-ce donc les russes, les italiens ou les franc-maçons ou les illuminati qui tirent les ficelles de l'ONU dans l'ombre ? Mais n'y voyez surtout aucun complotisme, puisque le complotisme, c'est vous, mesdames et messieurs de la plèbe. Et cela sera probablement démontré par je ne sais quel service de fact-checking ou tel groupe de zététiciens indépendants, à l'esprit totalement libre de toute influence ou de toute drogue.

 

De toute façon, on peut accuser les gilets jeunes de tout, et c'est bien pratique, puisqu'on en trouvera toujours forcément un pour avoir un jour dit telle ou telle bêtise que l'on pourra faire rejaillir sur l'ensemble du mouvement.

 

https://www.acrimed.org/Thomas-Legrand-France-Inter-se-lache-sur-les

 

Certains donc se lâchent, mais la pertinence du propos nous échappe au point d'en paraître totalement absente. Il faut dire que, lorsqu'on a été habitué toute sa vie à pouvoir dire n'importe quoi en totale impunité, on ne perd plus son temps à argumenter ou à construire un discours basé seulement sur quelque chose. Ici un florilège de grand n'importe quoi, affirmations gratuites et légères non étayées par quoi que ce soit, un délice...

 

Tout le monde ne peut pas avoir la pensée complexe d'un Macron, faut dire.

 

https://www.les-crises.fr/12-fake-news-macronistes-sur-les-gilets-jaunes-2-eme-partie-par-laurent-daure/

 

Deuxième partie de l'article, mais la première est en lien au début. On peut y lire cette pensée complexe qui rend possible un complotisme autorisé, c'est à dire plutôt de dire tout à la fois et en même temps, tout et son contraire, impunément.

 

Ici, on appelle cela le « métacomplotisme » du fake-président Macron :

 

http://www.dedefensa.org/article/notre-sublime-crise-de-la-communication

 

Ça se passe de commentaires... voilà donc où conduisent ces excès de « science » et de quête de rigueur dans le discours : à des excès encore plus grands, plus ridicules et plus absurdes, comme quoi il serait préférable, parfois, de laisser ouvertes les vannes de la folie, plutôt que de laisser ainsi la vapeur s'accumuler jusqu'à ce que, à force d'une excessive volonté de vérité (qui devrait toujours se ranger naturellement de notre côté, c'est bien connu), on finisse par entendre absolument n'importe quoi, dans la bouche des plus hauts représentants de l'autorité ou tout du moins, qui seraient censés l'être. Ici, un chapelier fou sans chapeau, au plus haut niveau du pouvoir.

 

 

 

Enfin, je terminerai par ce texte, dont le rapport avec le reste du sujet laissera probablement le lecteur perplexe :

 

http://www.dedefensa.org/article/le-bonheur-entre-tragedie-et-bien-etre

 

Je sais que j'ai une certaine tendance à sauter du coq à l'âne et à étendre mes textes de plus en plus à l'infini, mais je crois que c'est le prix à payer pour euh... ma pensée complexe. Je veux dire, pour ma pensée en arborescence qui me conduit à faire des liens naturellement entre des sujets parfois apparemment éloignés.

 

Mais ce texte me semble avoir parfaitement sa place dans ma réflexion et pour « introduire cette conclusion » finale. Ce texte a fait écho à certaines de mes connaissances récemment, ainsi qu'à moi. Après tout, ne parle-t-il pas justement de cette lutte entre le new age, une religion moderne médiocre et légère, bercée de fausse lumière, et quelque chose de plus profond et de plus tragique qui définit bien mieux l'existence en général ? C'est un thème souvent développé sur ce blog, qui rejoint mon propos sur la science, devenue à son tour bastion d'une pensée légère et superficielle, se prêtant parfaitement à la religion, c'est à dire à l'adoration bête et superficielle du plus grand nombre, qui y trouvera toujours à piocher pour justifier n'importe quoi et le contraire de n'importe quoi (on a vu que n'importe quel discours exploratif et interrogatif mené par une personne du peuple pourra donner lieu à accusation de complotisme, tandis qu'un président en totale roue libre et flagrant délit de complotisme n'attirera pas le moindre haussement de sourcil). L'important est de mettre la science de son côté, à son service, et la vérité se rangera du même côté. C'est moral, et non pas rationnel...

 

L'existence, elle, est plus grande et plus exigeante qu'une bête hygiène mentale. Aujourd'hui, se vouer à la science, c'est bien davantage faire ses ablutions que rechercher la vérité... C'est bien plus se ranger du côté d'une vérité officielle que chercher sa propre vérité intérieure, sujette à aucune expérience réplicable, à aucune vérification expérimentale, à aucune « vérification de faits ».

 

Car la conscience est au-delà de l'expérimentable, tout en n'étant qu'expérience, mais une expérience personnelle quasiment impossible à partager. Cela est d'un domaine qui échappe absolument et certainement pour toujours à la science, y compris aux neurosciences, y compris aux outils qui veulent contrôler les foules. Il y a toujours une part indicible et inatteignable dans les profondeurs de la conscience, de l'expérience de la vie, le drame, la comédie comme la tragédie sont inaccessibles à ces esprits geeks baignés dans la science comme dans le formol, et il y aura donc toujours une part du vivant et du cosmique qui échappera, je pense, à toute forme d'expérimentation ou de méthode scientifique. C'est surtout cela que je voulais dire lorsque je parlais de pousser les choses plus loin. La science s'arrête à certains seuils que rien ne peut lui permettre de franchir, malgré la créativité de certains chercheurs (je pense notamment à Sheldrake), et avec tout le respect que j'ai pour ces recherches plus ouvertes, je crois que même ces chercheurs resteront toujours devant ce seuil, où ils sont déjà ridiculisés par les chercheurs les plus routiniers qui n'aiment rien tant que de se moquer de ceux qui vont plus loin en échouant à moitié, car quoi de mieux qu'échouer pleinement en réussissant à faire du sur-place toute sa vie ?

 

C'est ce que je reproche à cette science... se conforter dans des méthodes sans risque, sans courage, qui donnent perpétuellement raison à ceux qui s'enferment dans ces méthodes, ne parvenant jamais à être rien d'autre que des exécutants de méthodes éprouvées mais totalement impuissantes à explorer d'autres domaines, ou à découvrir d'autres façons de faire... Cette science essentiellement stérile et rendue obscure et obscurantiste, c'est celle que notre époque a érigé au rang de super-religion.

 

Et cette religion s'étend désormais dans tous les domaines de la société comme une toile qui, on l'espère, parviendrait à maintenir ensemble tout ce système dysfonctionne et à bout de souffle qui se délite. Cette science, c'est le symbole de la manière actuelle de penser, c'est à dire de ne plus penser, car quel génie comparable à un Einstein pourrait exister ou émerger dans la science routinière et exécutante du prêt à penser actuel ? Non, les hommes de science actuels sont surtout des animateurs télégéniques parvenant à parler de la science sur un ton entraînant pour la faire paraître encore attractive : des évangélistes du « savoir ».

 

Et c'est pourquoi – et je vais terminer là-dessus -, au point où j'en suis arrivé aujourd'hui, et bien que j'ai le sentiment d'avoir perpétuellement évolué, d'avoir largement fait ce qui était possible pour ne pas m'enfermer dans des certitudes et des confirmations, et c'est sans doute mon état d'esprit essentiel qui veut cela, ce blog ne m'a décidément pas permis de me réconcilier avec cette science, qui ne m'a toujours démontré que sa mesquinerie, son esprit de clocher, sa sclérose intellectuelle généralisée, bref je suis sans doute déçu d'une science dont je n'attendais pourtant plus grand chose.

 

Pourquoi en attendais-je quelque chose ? Sans doute justement ne voulais-je qu'elle m'aide à éclaircir certains mystères de l'existence mieux que le chamanisme ne l'avait fait. Mais ça ne marche pas ainsi. A moi de découvrir, désormais, la meilleure façon de composer avec ces mystères sans attendre des réponses qui ne me sont certainement pas dues, et qui existent pour d'autres raisons, que j'ignore.

 

 

Posté par Seilenos à 01:14 - Commentaires [0] - Permalien [#]

12 mars 2019

Une révolution intérieure, partie 2/3 : le culte des faits, de l'orthodoxie et du simplisme

 

La raison pour laquelle je tiens à conduire cette réflexion jusqu'à un certain terme, c'est dans l'espoir peut-être illusoire de ne plus y revenir, pour enfin passer à autre chose. Nous verrons bien si ce sera le cas, mais lançons-nous...

 

La première chose qui me vienne à l'esprit est que, lorsqu'on tient un blog, on ne connaît pas la plupart de ses lecteurs. Cela implique un minimum de volonté de convaincre tout un chacun, et donc de revenir sempiternellement sur des choses déjà dites et sur des arguments déjà donnés. Je suppose que cela est d'autant plus inévitable que je ne tiens pas un compte de tout ce que je dis sur ce blog, que je ne suis pas quelqu'un de particulièrement organisé, et donc cela fait obstacle à ma volonté de dire les choses une fois pour toutes sans y revenir, les ressasser, les reformuler, etc.

 

Je suis donc souvent revenu à l'assaut sur les problèmes sociologiques liés à la science ou aux médias, par exemple, et je vais le refaire une fois de plus ici, en espérant pousser ma réflexion plus loin. Car après tout, si je pousse mon sujet un peu plus loin à chaque fois, alors les répétitions ne sont plus aussi vaines et lassantes... Bref.

 

 

Ce que je déplore aujourd'hui est peut-être du à un problème de perception du à internet (qui ne peut pas avoir que des bons côtés non plus). Ainsi, j'ai déjà expliqué que le véritable problème qui se pose aujourd'hui, par exemple autour de la question du féminisme, n'est pas du au féminisme en tant que tel, qui demeurera toujours en soi un combat respectable, mais au fait qu'internet met en avant des points de vue divergents et dissonants sur ce genre de thématique, tout en mettant toujours plus en avant les personnalités les plus bruyantes, les plus extrêmes et finalement les moins subtiles et les moins intelligentes, et que cela discrédite entièrement des causes. Ainsi le fait que les causes contre le racisme ou contre le sexisme, ou encore pour le végétarisme, soient aujourd'hui prises en otage par des obsédés et des fous qui tiennent le haut du pavé tient un grand rôle dans le fait, non seulement que ces causes ont tendance à être décrédibilisées et à agacer le monde, mais aussi dans le fait que certaines de ces thématiques ont acquis, sans fondement, un véritable statut universitaire qui a poussé, par exemple aux USA mais aussi de plus en plus chez nous, la théorie du genre sur le devant de la scène où, comme le féminisme instrumentalisé par Bernays dans les années 30, il permet de faire écran à des thématiques finalement bien plus importantes. Ainsi, pourquoi la cause de la femme serait-elle plus importante que la question de la condition de tout humain dans un système déshumanisé ? Pourquoi la thématique féministe vampiriserait-elle une thématique qui, en réalité, la servirait, et servirait plus largement l'ensemble de l'humanité ? Je crois que ce genre de détournement et de manipulation a quelque chose d'intentionnel qui a pour but et pour effet de désamorcer des combats.

 

Il serait important par exemple de comprendre pourquoi et comment le marxisme a desservi sa propre cause en combattant ses alliés objectifs parce que ces alliés défendaient des thématiques annexes et connexes. Mais j'avais déjà parlé de cet écueil du militantisme qui aboutit à ce que tout combat finisse par être desservi par la quantité d'énergie que l'on y met... Une compréhension ou une intuition profonde chez moi qui explique que je préfère articuler des idées entre elles qu'en faire des chevaux de bataille...

 

Ainsi un ami belge me faisait remarquer avec une certaine pertinence à mon avis que la prochaine révolution sociale en France se verrait ravie par une thématique annexe d'importance anecdotique en comparaison. Regardez par exemple comment on a essayé de détourner l'attention du mouvement des gilets jaunes avec des questions aussi diverses que le mariage pour tous, l'antisémitisme, la violence policière dans les banlieues, le racisme, le féminisme, ou encore l'immigration. Autant de sujets qui sont bien plus connexes qu'opposés ou antagonistes, certes, mais on trouve toujours quelqu'un pour agiter les antagonismes bien plus que les connexions. C'est toujours par cette porte que les militantismes pénètrent dans la place, détournent un mouvement de sa substance et en récupèrent l'énergie, souvent pour... construire un nouvel échec encore plus grand.

 

La volonté d'arriver à ce résultat n'est pas toujours délibérée, mais cela arrive. La manière, notamment, dont on mélange en ce moment des problématiques apparemment liées mais en réalité très diverses autour d'une accusation d'antisémitisme des gilets jaunes est particulièrement parlante, puisqu'on y trouve mêlées les questions de l'antisémitisme lui-même, mais aussi et surtout de l'anti-judaïsme, de l'antisionisme, de la conviction anti gouvernement israélien actuel, et j'en passe. Déjà que l'on confond les juifs comme membres de la communauté juive, comme croyants et/ou pratiquants dans la religion juive ou encore comme habitants de l'état d'Israël (ou il n'y a pourtant pas que des juifs), voilà un bel exemple de sac de nœud d'où on fera émerger selon les besoins des idéologues, des extrémistes et d'autres idiots en tous genres qui diront tout et son contraire. Ça permet de discréditer le mouvement, et surtout d'occuper et détourner l'attention, car toutes les occasions sont bonnes pour des manipulations idéologiques et politiques, instrumentaliser tel ou tel sentiment ou impulsion, etc.

 

Quoiqu'il en soit, vous ne trouverez quasiment jamais personne pour faire une analyse de fond, le terrain étant constamment occupé par des idéologues et des extrémistes (souvent institutionnels et institutionnalisés, genre BHL), pendant que l'on dénonce l'extrémisme ambiant, celui-là même qui est organisé, mis en avant et mis en scène...

 

Mais tout cela se rapporte finalement à mon propos de fond sur la manipulation de masse, dont je viens que de donner quelques autres illustrations. Le vrai sujet est plutôt qu'aujourd'hui, tout sujet est pris en otage par des castes qui s'érigent en autorité. J'ai parlé dans la première partie de la science, et j'y reviendrai, mais terminons d'abord sur les médias.

 

 

Fake news, fact-checking, debunking, complotisme et autres tours de prestidigitation médiatiques

 

Tous ces chiffons rouges régulièrement agités depuis quelques temps dans le milieu médiatique ne sont rien de plus que cela : des manières de détourner et occuper l'attention. Lors d'un débat sur internet, quelqu'un me soutenait qu'il s'agissait aussi de bien plus que cela : l'ultime stratégie d'une élite médiatique pour se conserver à sa position, c'est à dire en haut du pavé.

 

C'est bien possible qu'il s'agisse d'un calcul, mais je crois bien plutôt qu'il s'agit d'une simple conséquence mécanique de la dynamique actuelle qui s'élève contre les médias officiels, qui fait face à un bulldozer surpuissant en la matière de l'opinion publique qui se construit elle-même sur internet, par une sorte de processus d'auto-éducation, comme un retour par la porte de derrière de l'éducation populaire qu'on avait voulu reléguer dans l'oubli.

 

Inutile de débattre ici sur chacun de ces termes, cela a déjà été fait abondamment sur ce blog, et j'y reviendrai lors de la troisième et dernière partie. Tout ce que je veux dire, c'est que j'ai acquis un profond dégoût pour ces anglicismes et l'idéologie qu'ils cachent très mal.

 

Déjà, cette pseudo rigueur anglo-saxonne qui s'immisce par force jusque chez nous n'est rien de plus qu'un énième avatar de la propagande officielle essayant de se laver sous les eaux aseptisées d'une pensée qui serait factuelle et scientifique dans son essence. Le retour, par le biais des médias, de ce culte scientifique pour une prétendue vérité qui serait au-delà de l'interprétation, de la littérature, du subjectif. Un culte des faits.

 

Il est intéressant que cela apparaisse simultanément avec les premiers signes d'émancipation des populations vis à vis de la « narrative » imposée par les médias détenus par les oligarques. Pendant longtemps, ces oligarques pouvaient donner l'illusion d'une neutralité et d'une diversité de par le fait que, le terrain des idées étant totalement déserté par un peuple tenu à distance par une ignorance organisée et une indifférence construite sur le socle du désespoir, les journaux de ces oligarques pouvaient faire semblant de s'opposer en défendant les intérêts de tel ou tel milliardaire face à tel autre, en tenant des discours de pseudo-gauche et de pseudo-droite, défendant tous des manières subtilement différentes d'appliquer le néo-libéralisme, selon les préférences de chaque privilégié détenant des pans entiers des médias.

 

Mais ce rapport de force a changé avec internet, et avec lui la nécessité d'acheter de plus en plus grosses portions des médias, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien à prendre. Une fois cette étape atteinte, le rapport de force effectue un virage à 90° qui du coup oppose la population aux détenteurs des médias et aux « élites » qu'ils défendent. Le faux clivage gauche droite disparaît quasiment pour montrer le véritable clivage : celui du peuple démuni contre les privilégiés, détenteurs du pouvoir et du pouvoir d'influence. Une lutte quasiment perdue d'avance pour ces derniers, qui n'ont pour l'heure aucun moyen de récupérer leur monopole, et se retournent du coup vers les réseaux sociaux pour leur reprocher leurs « excès » et les censurer, puisqu'ils ne peuvent pas tout bêtement les racheter... trop chers, trop puissants... ironique revirement de situation, qu'une branche du capitalisme soit devenue tellement hors de contrôle qu'elle met en péril le reste du monde capitaliste, sans véritablement vouloir empêcher cela, puisque le capitalisme n'est que l'autre nom civilisé pour « loi de la jungle ». Les « winners » du système actuel sont, par la force des choses, opposés par des intérêts au reste de la faune de cette jungle, et jouent sans le vouloir le rôle de trouble-fêtes dans ce système... D'où le fait qu'on s'en prenne à Zuckerberg et que celui-ci fasse semblant de s'excuser, tout en continuant pareil ce qui l'a conduit dans la situation où il se trouve... pourquoi changerait-il une stratégie qui l'a porté là où l'on sait sous prétexte que d'autres sont mécontents ?

 

Puis il n'a qu'à appliquer le même artifice que les autres : mettre en place un pseudo outil de contrôle de la vérité, de lutte contre les fake news, et le tour est joué, son honneur est sauf et il en devient de nouveau inattaquable. Pareil pour Google et compagnie. Un petit coup d'éponge sur les fake news un peu trop visibles sur le moteur de recherche, et c'est réglé. Ou comment ce mécanisme se retourne une seconde fois contre ses créateurs...

 

Résumons : le debunking et le fact-checking sont du nettoyage de réputation, tout comme les accusations de fake news ou de complotisme sont du souillage de réputation. On ne joue que sur l'image, en prétendant jouer sur le fond et sur les faits... Parce que c'est ce qui, aujourd'hui, est si important pour l'opinion publique et la population générale : l'apparence de vérité, le fait que quelque chose soit apparemment convaincant bien plutôt que juste.

 

Quand je vous disais que la science n'avait jamais perdu ses lettres de noblesse... Bien au contraire, elle sert aujourd'hui bien plus que jamais de caution à n'importe quelle idéologie, à n'importe quel arbitraire, pourvu que celui-ci revête les habits de la méthode scientifique et de sa prétendue garantie d'irréfutabilité, de justesse, de vérité, de « factualité ».

 

 

 

La science comme tribunal des faits

 

J'y arrive enfin... car aujourd'hui, encore plus qu'une simple religion, qu'un banal culte, la science a un statut qui va au-delà du sacré traditionnel, en ce sens que l'on importe les méthodes de la science dans tous les domaines que l'on peut, y compris jusque dans la politique et les médias.

 

Cela m'exaspère au plus haut point.

 

Mais mon sentiment sur cela n'a que bien peu d'importance, même si ce sentiment est motivé par le fait que cette sur-sacralisation de la science n'a que pour pendant que sa désacralisation. La science est tellement partout qu'elle n'est plus nulle part, à force de servir de caution à n'importe quel abus politique, à n'importe quelle manipulation du langage, à n'importe quel babillage sur youtube.

 

 

Le plus fort est que lorsque vous vous habituez à fréquenter, disons le discours scientifique à défaut du milieu, fermé sur lui-même comme une secte de pratiquants dans ses labos et ses centres, vous rencontrez un système d'une forte solidité et d'une grande cohérence dans le domaine sémantique et méthodique, capable d'auto-justification, très souvent d'une très grande indulgence envers lui-même, tout en étant prodigue en méthodes rhétoriques et dialectiques dont la fonction est bien plus d'éviter la dissonance cognitive que de permettre l'avènement qu'une quelconque vérité supérieure : la science actuelle produit bien plus des techniques et une surabondance de textes que des résultats probants et utiles à toute l'humanité, au-delà de l'apport d'objets technologiques finalement relativement inutiles tout en étant fortement addictifs.

 

On redécouvre chaque jour 1000 façons de couper le beurre, sans qu'en plusieurs décennies on ait mis en avant quelque chose qui, à part internet (qui n'est qu'un réseau), ait réellement changé notre façon de voir le monde où d'être en relation avec lui. On a découvert le feu, puis l'écriture, mettons l'électricité, et puis... à part ça, rien que des techniques. La maçonnerie, l'imprimerie, la réfrigération, tout cela a changé notre relation à l'environnement, mais pas notre compréhension du monde. Quant au nucléaire...

 

Nous ne comprenons qu'un peu mieux la structure et la dynamique des choses... mais cela suffit visiblement à établir un culte du savoir, de la méthode scientifique. Ne nous a-t-elle donc apporté que du bon ? La dépendance au pétrole, à l'énergie nucléaire, aux différentes techniques qui permettent l'exploitation des ressources... c'est donc seulement ça la science ?

 

Mais non, c'est bien plus. C'est un outil de légitimation. Un prétexte même à l'exploitation dont il est question, et qui, pour l'exploitation et la transformation des ressources, exige celle de l'être humain lui-même. Et tout ça pour sortir des produits de consommation et légitimer la société qui va avec, ainsi que les idéologies fallacieuses qui la permettent.

 

Une religion : la structuration d'un schéma idéologique auto-justifié, permettant le maintien d'un ordre social. Avec ses dogmes, ses mythes et ses chefs. Qu'on me montre que la science est bien autre chose que cela...

 

 

Et l'obédience à ce culte est permise par des techniques de manipulation du langage et de la psyché qui n'ont rien à envier aux pires sectes, puisque celle-ci fait cela bien plus efficacement et à bien plus grande échelle.

 

Ainsi, celui qui est totalement formaté à la religion scientifique a-t-il appris à maîtriser divers outils, et à composer habilement avec ses dissonances cognitives.

 

Ainsi, on lui apprend à « penser contre lui-même ». Outil suprême de pensée critique que chacun devrait manier très simplement, mais que le disciple de la science demande surtout à autrui d'appliquer. Et pourquoi seulement autrui ? Parce que lui sait déjà. Appliquant déjà la sacro-sainte méthode et la pensée critique qui va avec, il est déjà arrivé. Il se doit, en bon prosélyte, d'apprendre à autrui à se convertir soi-même à cette divine approche.

 

Beaucoup ajoutent, légitimement et pour se défendre, qu'ils appliquent pourtant cette foi envers eux-mêmes, et que c'est précisément ce qui leur permet de la recommander à d'autres, comme celui qui ne mange pas et n'a jamais mangé, disons du porc (mais j'aurais pu dire du chevreuil ou du lapin, pour éviter de connoter mon propos, mais je suis taquin), sait que son approche est incomparable avec la manière de vivre de celui qui en mange. Il le sait parce qu'il le sait, parce qu'il applique ce qu'on lui a dit comme on lui a dit, et il voit que c'est bon pour lui. Nul ne doit donc ne pas pratiquer la pensée contre soi et la pensée critique.

 

Je suis plutôt d'accord, mais rien n'interdit de voir plus loin... J'y viendrai.

 

Cette montée des debunking et fact-checking qui abondent sur internet, comme youtube et ailleurs, se fait dans le sillage d'une remontée de la zététique, qui a eu l'occasion de faire ses preuves sur ce terrain. Il est vrai que certaines théories débiles comme la terre plate ou le trucage cinématographique des missions Apollo lui ont fourni un sacré terrain d'entraînement, renforçant sa légitimité et sa probité aux yeux de tous ceux qui acceptent effectivement d'exercer leur esprit critique, mais aussi de toutes sortes de croyants d'un autre genre qui n'attendaient que d'être convaincus que la « Bible » est vraie, c'est à dire que la parole scientifique est vraie, et donc indubitable et sacrée. Une victoire sans gloire – difficile de s'enorgueillir de vaincre au M16 des papous avec des lance-pierres – mais qui a eu ses effets...

 

Comme je l'ai dit, j'ai relayé pas mal de ces choses sur mon blog, parce que je ne trouvais pas inutile ou contre-productif de donner parole à des gens qui ont un discours sensé, pertinent, et qui ramènent à quelques vérités : un combat contre l'obscurantisme ne peut pas être mauvais.

 

Sauf quand ses vainqueurs favorisent en fait un obscurantisme à un autre degré.

 

J'ai eu mes démêlés avec ce type de personne, plus une certaine lucidité à observer leur façon de faire et de discourir.

 

Avec l'arrogance de l'assurance, le disciple de la science ne se rengorge pas des certitudes que pourtant il nourrit, ni même de la solidité de sa science et de sa méthode, mais il s'enorgueillit de, finalement, ce manque de courage, de prise de risque qui consiste à se cacher derrière la rigueur de la science pour ne s'aventurer nulle part ailleurs. On cite Popper ou Kuhn pour rendre plus bénins les changements de paradigme ou admettre que la science est davantage fondée sur la réfutabilité que sur la preuve, mais on se refuse à sortir de l'enclos que laissent pourtant apercevoir ces idées, et qui implique un monde bien plus large au-delà.

 

Le « respect » dont font prétendument preuve les tenants de la science pour tout ce qui ne rentre pas dans cet enclos est en fait plein d'une incroyable condescendance, parfaitement comparable à celle d'un missionnaire en terrain conquis qui explique au sauvage que non, la terre qu'il voit n'est pas plate et que les dieux auxquels croient ses ancêtres depuis cent générations n'ont aucune forme d'existence. On n'hésitera pas à monter des démonstrations de toute pièce pour arriver à démontrer ces « faits », comme par exemple discréditer tous les crop-circles dans leur ensemble en montant un canular isolé qui aboutira davantage à ridiculiser des crédules qu'à démontrer quoique ce soit. J'ai dit à l'époque de ce canular que c'était sans doute une expérience instructive, et qui aura d'ailleurs eu pour effet positif de « décapiter » plusieurs charlatans qui s'étaient servi de ce crop-circle comme de bien d'autres auparavant pour asseoir leur influence dans un milieu new age peuplé de crédules livrés en pâture à un obscurantisme à l'ancienne, et je ne reviens pas sur ce propos.

 

Ce que je déplore avec ce type de méthode est que cela a donné lieu a une flopée de vidéos sur cet événement, dont une partie était intéressante, mais dont l'essentiel n'aura servi qu'à nourrir ce nombrilisme des geeks qui ont organisé ce coup, et dont l'attitude s'est montrée finalement bien plus toxique que productive.

 

Ils ont prouvé qu'il y avait des charlatans autour des crop-circles. Non... Sérieux ?

 

Encore une fois, je ne dis pas qu'il ne fallait pas le faire, mais on pouvait aller plus loin. Cette expérience aurait pu servir, bien plus que de leçon à quelques escrocs, et de spectacle malsain à un public qui ne demandait que quelques bouc-émissaires à moquer bêtement et indéfiniment, à discuter des limites de la rationalité par exemple.

 

Or, la majorité, je dirais même la plupart, en fait tous sauf un youtubeur parmi tous ceux que j'ai regardé, ne s'est servie de cet événement que pour se renforcer, nourrir son fameux biais de confirmation et asséner des « vérités » et des leçons à propos du charlatanisme.

 

J'ai fait cela, un peu, dans les débuts de mon blog, quand je m'attaquais à quelques escrocs particulièrement dégueulasses qui récupéraient les sagesses amérindiennes, par exemple, parce que cela me touchait et me scandalisait. Je comprends que des tenants de la science soient agacés par les escroqueries grossières, et je trouve que leur canular était fondé et avait un certain sens. Seulement, si ce n'était que pour faire du sur place au lieu de défendre une véritable cause, disons l'esprit critique, et pratiquer cette cause, alors c'est vraiment une occasion perdue.

 

Pourquoi si peu se sont-ils servis de cette expérience pour parler de l'esprit critique, dire qu'un canular ne prouve pas la fausseté de tous les autres crops ? Il aurait pourtant suffi de pas grand chose, et sans se compromettre... Par exemple j'aurais applaudi si quelqu'un avait dit que, peut-être que tous les agroglyphes sont faux mais que cela reste à prouver par des méthodes plus larges et plus rigoureuses. Qu'en attendant, il est permis de supposer qu'il en existe d'authentiques.

 

Au lieu de cela, on a laissé planer une incertitude pratique autant pour les sceptiques que pour les escrocs, en se disant qu'on restait sur une victoire pour la pensée critique et l'hygiène mentale. En fait, on a renforcé certains escrocs et victimes d'escrocs dans un sentiment d'opposition, et par dessus le marché, ceux qui savaient déjà que beaucoup de crops sont faux n'auront rien appris et auront seulement ri sur le dos d'autrui. Une idée intéressante qui tourne au minable, et une preuve supplémentaire que la pensée critique s'arrête aux limites d'une certaine bienséance permettant l'exercice ambigu d'un obscurantisme déplorable, des deux côtés de ce champ de bataille.

 

J'ai entendu toutes les mauvaises excuses pour ne pas pousser l'expérience plus loin. Ces gens, c'était un paquet de chaînes youtube mises ensemble, au moins 4 ou 5 je crois. Ils pourraient analyser d'autres crops, soit pour prouver leur fausseté, soit pour montrer la similarité entre le leur et celui-là, et ils pourraient même « recruter » des gens pour le faire à leur place. Si j'avais du temps et un véhicule pour ça, je me porterais candidat, quitte à découvrir qu'ils sont vraiment tous « faux ». Au lieu de ça, j'ai juste été utilisé comme spectateur parmi tant d'autres d'une opération d'humiliation qui n'a servi à rien d'autre... C'est bien beau de sortir des vidéos youtube à la chaîne, comme le créateur de ce canular le fait, et de prétendre ensuite que « il n'a pas que ça à faire » de continuer l'expérience... C'était un pavé dans la mare totalement inutile, au final. Il aurait pu approfondir un sujet, mais il a préféré se disperser dans plein d'autres, qui sont certes sa passion, mais cela a pour effet de ne faire que le renforcer dans ses certitudes et de grossir son ego comme on a pu le voir par la suite, au lieu de faire de cette expérience quelque chose de plus grand qui aurait pu trancher une question qui perturbe pas mal de monde. Je suppose qu'il faut garder une part de mystère... part de mystère bien utile aux charlatans et à toutes les formes d'obscurantisme.

 

Qu'on m'entende bien, j'aime les mystères, et je publie beaucoup sur des sujets étranges que je n'ai pas les moyens de creuser. Mais je ne peux cautionner ceux qui naviguent en eau trouble, dans le but inavoué de probablement conserver leurs certitudes confortables, en fait.

 

Bref cette expérience n'est qu'un cas anecdotique mais tout à fait révélateur et assez déplorable d'un certain état d'esprit qui existe dans le milieu scientifique et son microcosme que constituent certains geeks... Un microcosme au demeurant assez méprisable fait d'une sous-culture inférieure à médiocre, une vénération du déplorable cinéma hollywoodien, des comics, de la sous-culture des jeux vidéo japonais, etc. Et ce n'est pas parce que je suis moi-même très proche d'être un geek attiré par ce type de jeu et biberonné à cet univers que je peux accepter de cautionner cette mentalité médiocre bien de notre époque. Mais c'est comme ça. La « science », aujourd'hui, est « défendue » par ce type de groupuscule bien peu admirable, ce qui participe justement à sa désacralisation par la sur-sacralisation. Ne pourrait-on pas juste la laisser à sa place de méthode efficace, mais pas omnipotente ?

 

 

C'est que la science vit sa propre vie, tout en étant sans cesse actualisée par les mouvements humains qui l'utilisent ou qui se revendiquent de celle-ci comme d'une mouvance.

 

La science en devient une sorte d'entité qui vit par elle-même et qui en devient supra-humaine. Bien sûr, ce fait passe complètement sous les radars de ceux qui ont la tête dans le guidon en permanence, qui la pratiquent comme une religion tout en croyant ne la considérer que comme une discipline. La science est bien plus qu'une discipline : c'est tout à la fois un milieu, une méthode, une idéologie, une dynamique, un système de croyance, et bien d'autres choses encore qui contribuent à en faire quelque chose d'autonome qui échappe à l'humain.

 

Ce n'est pas la seule chose dans ce cas, on pourrait parler des nations, de certaines idées, de mouvances politiques ou idéologiques, ou encore du système civilisationnel lui-même, ou de l'industrie, qui se comportent bien plus comme des entités ayant leurs propres objectifs et leurs propres agendas que comme de simples disciplines ou sous-ensembles soumis au contrôle de l'humain. Mais je ne veux pas trop élargir à présent.

 

Ce que je veux dire ici, c'est qu'il y a des choses qui échappent complètement à l'homme, y compris jusque dans l'appréhension de leur existence. Essayez d'adopter mon idée de la science comme entité autonome et de l'évoquer avec une personne lambda et vous comprendrez ce que je veux dire : vous aurez l'impression de parler à un sauvage d'une autre époque, tout juste capable de grogner et de tirer sa femme par les cheveux. Alors imaginer que la science peut mener sa propre vie, que l'industrie tire l'homme dans une direction bien plus que l'homme ne s'en sert à son profit...

 

Dans le même ordre d'idée, faire saisir que le combat contre l'obscurantisme porte les germes d'un nouvel obscurantisme est une chose difficile à faire comprendre, que je n'ai probablement pas su faire passer ici, mais si j'ai planté quelques graines...

 

 

Mais il me faut conclure cette seconde partie, quitte à ne pas développer totalement chaque idée que j'aurais voulu développer. Les limites d'un blog, malgré la longueur de mes articles (autre différence avec mes tous premiers articles).

 

 

J'ai essayé de dire à quel point nous vivions dans une époque paradoxalement abrutie par une science qui prétend nous éclairer et nous éduquer à la pensée critique, alors qu'elle participe à nous maintenir dans les tréfonds d'un marécage obscur, prétentieux puant d'effluves d'un autre temps.

 

La zététique, la pensée critique, le doute méthodique, bien qu'outils indispensables pour éclairer une pensée dans un premier temps, et toujours utiles ensuite, peuvent devenir des boulets incroyablement lourds à traîner dès lors que l'on veut conduire une pensée plus loin.

 

Il vient un moment où, comme lorsque l'on doit enfin effectuer ses premiers pas, il faut abandonner ce qui nous avait permis jusque là de tenir debout, de construire ce qui allait nous permettre d'avancer dans la vie. Il faut réaliser que chaque savoir succède à un autre, et que l'ancien savoir doit faire place au nouveau. Qu'une méthode éprouvée jusqu'à un certain moment devient un lest néfaste pour aller au-delà.

 

Il y a la science, il y a ses résultats, mais il y a aussi ses écueils. Nous en sommes à user de cette pratique presque éculée pour justifier des mensonges, pour améliorer et perfectionner des techniques de propagande, tandis que pour d'autres, c'est un moyen potache pour se moquer d'arnaqueurs... La science est dépassée par elle-même et par les abus qu'on lui impose. Je n'ai rien à proposer de « mieux », je crois juste qu'il faut la dépasser. Non pas passer à la « post-science » comme on serait passés à la « post-vérité », mais enfin lâcher prise avec ces trucs du vieux-monde qui ont démontré leurs limites à ceux qui veulent bien les voir.

 

Changer de paradigme scientifique ne sera pas suffisant, car ce qu'il faut, c'est carrément un nouveau paradigme civilisationnel, qui emportera avec lui le vieux monde et sa vieille science, qui aujourd'hui n'est qu'une bouse encroûtée qui ne sert que de soin palliatif à un monde en état de gériatrie avancée.

 

Qu'on arrête de mettre la science « universitaire » au service d'idéologies stupides et anti-humaines comme l'idéologie du genre et sa cohorte d'hystéries consternantes, qu'on arrête de justifier l'ingénierie sociale et humaine par des méthodes d'eugénisme scientifique, qu'on arrête de vouloir fliquer tous ceux qui seraient des « complotistes » ou d'authentiques escrocs, de favoriser la guerre des sexes et la guerre des pauvres contre les encore plus pauvres, et qu'on en finisse avec ce culte des faits qui stérilise la pensée et l'intelligence.

 

Il y a des idées qui sont dans l'air. Dans la pluie et dans le vivant, dans la cellule et dans le pétale, dans le scintillement d'une étoile ou dans la larme qui coule sur une joue.

 

Et contre cela, la science toute puissante ne peut rien. Elle ne peut rien pour non plus, d'ailleurs.

 

 

 

Posté par Seilenos à 12:14 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Une révolution intérieure, partie 1/3 : 11 ans d'évolution à travers l'écriture

 

Nous sommes le 11 mars 2019. Il y a exactement 11 ans et 6 mois, je commençais à bloguer avec un article daté volontairement du 11 septembre 2007. Dans mon second article, daté du même jour, je parlais de chamanisme, et j'appelais ce simple texte « éveil chamanique ». Mes préoccupations étaient alors largement tournées vers cette thématique qui occupait presque la moitié de mes textes, à l'époque, et qui a quasiment disparu de mon blog depuis.

 

Qu'écrivais-je, à l'époque ?

 

http://seilenos0.canalblog.com/archives/2007/09/11/13508580.html

 

La grande question qui me préoccupe aujourd'hui est : ai-je évolué, en 11 ans et demi ? Ai-je évolué, ou bien ma vie, pendant toutes ces années, y compris au niveau de l'écriture sur blog, ne s'est-elle résumée qu'à ressasser les mêmes sujets, les mêmes thématiques, les mêmes choses en général, pour me conforter, me renforcer, me confirmer dans mes biais, mes obsessions et mes erreurs ?

 

Je ne me sens pas capable de relire les 284 articles que j'ai écrits depuis (270 sur ce blog et 14 sur la première version aujourd'hui disparue) mais je crois d'intuition que la réponse est plutôt satisfaisante : j'ai laissé des choses mourir en moi, j'en ai laissé d'autres en jachère, je ne me suis pas juste programmé pour reproduire les mêmes erreurs et engendrer une vision du monde qui se réplique elle-même pour s'auto-satisfaire.

 

Pourtant je ne suis pas, et ne serai jamais arrivé au bout du chemin.

 

Ce dont je veux parler aujourd'hui, ce n'est pas vraiment d'un bilan de ces 11 ans années et demi, mais plutôt de faire un retour sur moi pour me donner un aperçu du chemin parcouru, chemin sans lequel toute démarche intellectuelle comme spirituelle serait vaine. Et s'il est impossible de savoir exactement quel chemin a été parcouru, parce qu'on ne peut plus vraiment savoir de quoi on était fait, plus d'une décennie auparavant, on peut en revanche se retourner et voir ses pas, voir si l'on avait perdu bien trop de temps à tel endroit, à quoi a servi de faire tel détour, et ce genre de choses. C'est donc une ébauche de ce travail (ébauche, car il serait idiot de croire qu'un simple article de blog, aussi fouillé soit-il, puisse faire ce boulot de manière exhaustive ou même suffisamment complète pour espérer être bien plus qu'une ébauche d'une évolution personnelle) que je propose ici au lecteur.

 

Et pourquoi est- ce que je propose cela au lecteur plutôt que de garder cet examen de conscience pour moi-même ? Parce que je pense que cela peut servir à d'autres, et parce que je pense que soumettre ce genre d'examen à la lecture d'autrui est un excellent exercice d'honnêteté.

 

Chacun jugera donc de la pertinence de cette tentative et de réalisation, et chacun peut bien sûr en faire l'impasse également, s'il estime que ça ne l'intéresse ou ne le regarde pas. Ce n'est pas un exercice en voyeurisme que je propose ici, encore moins que je n'impose.

 

 

Ma volonté, en bloguant, j'en ai une conscience aiguë, a toujours été d'explorer la vérité, qu'elle concerne le monde, soi-même au sein de ce monde, et ce afin de construire une place toujours plus juste au sein de ce monde.

 

Il m'est apparu depuis longtemps que le monde dans lequel je vivais (caractérisé avant tout par l'époque que je traverse au sein de ce monde) était fait d'une grande malhonnêteté, et ce à bien des égards.

 

Avènement de l'ère des fake news

 

Est-ce que cela peut donc être considéré comme un hasard si nous sommes, plus de 11 ans après ce premier constat, entrés dans l'ère des fake news ? Sans aucun doute, les fake news sont l'éruption bubonique qui manquait pour révéler la véritable fièvre qui couvait depuis le début, et depuis déjà longtemps.

 

Il m'a frappé à quel point beaucoup de gens écrivent, sur des sites, des blogs, dans les commentaires de tel ou tel article, notre époque n'aurait pas inventé les fake news, et qu'il y a toujours eu des mensonges dans les journaux, la propagande, etc. Il est vrai que ces choses ne sont pas nouvelles, mais de même, les bactéries qui sont dans votre corps ne le sont pas plus. Pourtant, ce biome intérieur, sous certaines circonstances et alors qu'il est sain par ailleurs, peut dégénérer et, à partir des mêmes composantes, participer à créer un nouveau contexte, lorsqu'il est poussé dans une certaine direction ou que des mains invisibles le travaillent, le sculptent et l'organisent d'une certaine façon.

 

C'est ce à quoi nous assistons aujourd'hui, et si tous les ingrédients étaient déjà là depuis 11 ans, depuis 44 ou depuis 444 ans, il est arrivé à ce stade inédit où nous assistons à une poussée jamais vue dans plusieurs domaines de la société, qui pouvaient pourtant être prédite, en effet, il y a un certain temps. Cette poussée se caractérise notamment par l'ère de la fausse information, de la vérification, ou prétendue vérification de cette information (on parlait déjà d'info/intox il y a des décennies, on parle maintenant d' « infox » pour exprimer le virage dans lequel nous sommes actuellement... et je me rappelle que Coluche, il y a plus de 30 ans, animait déjà l'émission « 1 faux »), mais pas seulement, puisque cette époque est également agitée par une mouvance autour d'une idéologie liée au genre, et je crois que les gilets jaunes ont également toute leur place dans cette peinture d'une époque précise dans laquelle s'inscrit ma personne.

 

C'est une époque d'hystéries racistes-anti-racistes, de tolérance-intolérance autour des questions du genre, de haine-anti-haine autour de questions liées à la discrimination, à la minorité, à la particularité, dans un contexte de pseudo-individualisme, mais c'est aussi une époque d'agitation mentale intense autour d'une nouvelle orientation de l'esprit des lumières, et une époque de jaunisse du peuple envers ses élites et ses représentants, et de peur de ces derniers à l'égard de ces premiers.

 

Rien de tout cela n'est arrivé par hasard, et si tout cela pré-existait, et si tous ces remous avaient déjà été soulevés au cours des décennies, des siècles et des millénaires passés, ils ont prit, aujourd'hui, un aspect jamais vu jusqu'alors, à l'époque d'internet, de la pseudo-communication qui isole toujours plus les individus, de l'hyper-technologisme à l'aube d'une chute par l'usure des ressources ou par les macro-évolutions du monde, qu'elles concernent le climat, la géopolitique, la dynamique des médias, celle de la science et de la connaissance, et ainsi de suite.

 

C'est dans ce contexte bien particulier que je me propose d'examiner ma propre évolution, et si je prétendais faire l'impasse de ce contexte, je passerais forcément à côté de moi-même, qui suis conditionné par mon époque, par le milieu dans lequel je vis, grandis, m'instruis et me nourris. D'où la difficulté.

 

 

Retour sur soi

 

Je relis ce que j'écrivais il y a 11 ans et 6 mois. Premier constat, il y avait 10 700 000 skyblogs et des poussières, à l'époque. C'était visible en première page, et le nombre augmentait de seconde en seconde. Aujourd'hui, cette info est invisible en première page. Symptôme général d'un monde qui pratique de moins en moins la transparence ? Symptôme d'une atténuation du sensationnel ? Ou simple signe que skyblog a bien plus décru en 11 ans qu'il n'avait cru pendant la période précédente ? On sait que l'internet d'aujourd'hui n'est plus vraiment celui qu'il était alors.

 

Après le boom technologique qui a donné la bulle internet autour de 2000, certains sites ont explosé tandis que d'autres ont implosé. Que dire des GAFA/GAFAM, dont on ne parlait pas alors ? A l'époque, skyblog était à la mode, aujourd'hui plus tellement.

 

Par curiosité, une recherche sur Google, le « moteur » des GAFA m'indique qu'en 2014, il existait déjà plus de 200 millions de blogs dans le monde, que skyblog a désormais 17 ans, presque la majorité, ou que, selon tumblr, il existait 380 millions de blogs créés rien que sur ce site entre 2014 et 2017. Mais finalement, cet afflux de données n'a aucun intérêt pour déterminer qui a un blog et qui n'en a pas. Rien que moi, j'ai au moins 5 ou 6 blogs, dont 4 ne me servent plus à rien. N'importe qui peut avoir un blog pour chaque thématique qui lui importe. Des tas de gens créent un blog, écrivent 3 articles en une semaine, et n'y reviennent jamais. Rien ne les empêche d'en faire 30 ou 300 durant leur existence. S'il y avait aujourd'hui, mettons 4 milliards de blogs sur l'internet mondial, cela pourrait très bien signifier que 9 humains sur 10 n'ont jamais lu un article de blog... Estimation sans doute complètement fausse, mais jusqu'à quel point ? Qui se soucie vraiment de ce que n'importe quel particulier peut inscrire sur internet, à part leurs proches et les grands collecteurs de données qui nous préparent la grande dystopie à venir ?

 

Je ne sais toujours pas combien il y a de skyblogs au moment où j'écris, mais je sais que l'immense majorité sont en friche, non-lus ou sans aucun intérêt. Que le nombre des blogs et sites sans intérêt noie le nombre des sites dignes d'intérêt mais que, néanmoins, des sites d'intérêt ont émergé au cours de la dernière décennie, et que j'ai réussi à en référencer quelques uns sur mon propre blog, qui m'aident à avoir une meilleure lecture de mon époque, une meilleure compréhension du monde dans lequel je vis.

 

Et c'est bien cela qui compte : arriver à repérer et utiliser ce qui est digne d'intérêt sur internet, si possible sans trop s'enfermer dans sa bulle de confirmation, a toujours rester « en vie » quant à cette recherche.

 

En 2007, je parlais de maison d'édition, même de créer la mienne. Aujourd'hui, cela n'a plus aucun intérêt pour moi. Trouver un éditeur est une sinécure, se faire remarquer parmi des millions de textes encore plus, et la vanité qui impose de laisser une trace dans l'univers ne présente aucun intérêt lorsque l'on a épuré un tant soit peu ses intentions. L'ambition n'est pas l'orgueil, et mon ambition est désormais toute autre que d'essayer de « devenir célèbre », d'écrire un « chef d'oeuvre » (qui ne pourrait être que celui d'une époque navrante) ou que de compenser je ne sais quel manque existentiel pour essayer d'exister par le biais de mes créations ou d'une artificielle célébrité qui sera juste instrumentalisée et digérée par le monde pervers qui me fait encore exister. Je peux, si je veux toujours exercer mon amour de l'art, me faire publier « gratuitement » sur internet, c'est très simple et à la portée de n'importe qui. Je laisse aux amoureux de la célébrité et de la vanité le loisir d'aller sur les plateaux télé parler de leurs livres... il en sort aujourd'hui à la tonne, et même si beaucoup sont sans doute dignes d'intérêt, il est humainement impossible de les trier et de les lire, de faire connaître plus particulièrement ceux qui feront date, et l'immense majorité rejoindront simplement les montagnes de déchets que produit notre époque... Créer un chef d'oeuvre dans ce contexte n'est que pure perte, dans l'extrême majorité des cas. Mieux vaut se nourrir d'humilité et de simplicité, si possible, denrées qui ne coûtent rien et sont aussi accessibles à tout un chacun.

 

C'est pourquoi bloguer dans le quasi anonymat me satisfait très bien. Je ne suis pas dupe, il y a certainement une composante égotique dans cette inclination, mais à quoi bon croire que l'on peut tuer l'ego en soi ? Une quête d'une grande vanité, également, que j'ai aussi laissée à l'abandon. Se développer et examiner son développement est plus gratifiant et plus intéressant que de tuer tout ce qui, en soi, pourrait donner lieu à de l'existence. Sans doute un credo très anarchiste et assez nombriliste ou narcissique, mais c'est ainsi. Je suis aussi le produit d'une époque qui m'encourage à exister sans m'en laisser aucune place. Alors je prends de force cette place, là où j'en trouve encore. Il faut bien que le vivant s'exerce, s'exprime. A fortiori dans un monde de zombification intense et de pseudo-individualisme. Mais bref.

 

Je parlais d'ailleurs déjà de cela en 2007... Mais je ne suis plus du tout sûr que ce soit une volonté de laisser ma trace dans le monde qui m'y pousse. Non, je crois plutôt qu'une quête de compréhension est ce qui me pousse à m'exprimer et à exister dans un monde où l'anonymat est inévitable de toute façon. Que cet anonymat n'est pas du tout un véritable drame, mais plutôt un contexte qui, tout au contraire, permet à l'individualité véritable de trouver sa place pour s'épanouir, car il n'y a pas de possibilité de se développer sainement sans un certain degré d'anonymat. Beaucoup d'écrivains n'ont en fait jamais rien publié sous leur propre nom, parce qu'ils savaient, plus ou moins confusément, que publier (rendre public) sous son propre nom est une activité extrêmement restrictive qui ne permet pas de se connaître, mais seulement de se faire connaître en tant que personnage (et non en tant que personne) public exprimant telles et telles idées qui seront revendues comme une simple et vulgaire marchandise. Heureusement, publier sur un blog ne me coûte ni me rapporte rien (même si cela a un coût en terme de ressources). C'est entièrement gratuit, et c'est cela qui fait en grande partie la richesse de la chose. Alors quand je lis ça, je me gausse :

 

https://www.contentologue.com/20-idees-de-blogs-visionnaires-pour-se-lancer-en-2018/

 

Aujourd'hui, être un visionnaire (ou se comporter comme on supposerait que le ferait un authentique visionnaire) a pour but de produire quelque chose de lucratif. On n'arrête pas le capitalisme qui est un véritable raz-de-marée anti-spirituel qui remplit tous les vides, renverse sur son chemin tous les barrages. Dans l'argumentaire, la mise en parallèle des termes « rentables » et « gratos », laisse songeur. Dans une logique comptable, tout ce qui est « gratos » et qui rapporte est forcément « rentable »... Mais dans une économie spirituelle, ce qui rapporte a plutôt tendance à coûter, malheureusement... Et donc se servir de la gratuité d'une activité pour « gagner » (devenir un winner) est l'assurance d'une sacrée perte... Mais il est vrai que nous vivons, aussi, l'ère de la publicité et d'une certaine forme de prostitution généralisée à travers l'uberisation, la précarisation matérielle de l'ensemble de la population... éléments de la dystopie à venir qui prépare aussi une grande misère spirituelle, car il est impossible de se réaliser spirituellement – en tant que personne – si vous devez employer tout votre temps de vie à la gagner, à en déployer la « rentabilité ». Mais cette logique, jusqu'à ce qu'on l'enraye, est certainement appelée à tout toucher et à tout souiller... Et si ce n'est pas nouveau non plus, c'est néanmoins une dynamique qui prend de la force d'une manière également assez préoccupante.

 

En tout cas, la créativité des 20 propositions laisse songeur. Tout cela ressemble bien plus à une liste créée par un générateur aléatoire utilisant et mixant toutes les tendances qui ont toujours marché pour les blogs, qu'à une liste d'idées créées par un esprit humain inventif. La cuisine, le voyage, l'habitat, le coaching, etc.etc.etc, j'en passe et des meilleures... C'est ce que font déjà les blogs depuis qu'ils existent. J'aurai un autre conseil : si vous voulez faire un blog qui vous soit profitable, commencez par être honnête avec vous-même, et à vous demander ce qui pourrait vous apporter quelque chose, à vous, à vos proches, à autrui... Peu de monde lit mon blog, mais ceux qui le lisent ne s'en plaignent pas, ils y trouvent apparemment quelque chose... Peut-être juste un bout de mon authenticité que je lance à chaque article, aussi maladroitement cela soit-il, dans un monde d'illusions et d'illusions brisées... Car rien ne peut détruire l'authenticité, et je crois que l'authenticité se nourrit par elle-même, de son propre miel.

 

Je ne sais pas toujours très bien pourquoi je fais ce que je fais, mais jamais je n'écris un article par pure obligation, ou parce que je dois maintenir un certain rythme, remplir des pages, me donner l'impression d'avoir quelque chose à dire sur l'actualité, ou je ne sais quoi de ce genre. J'écris parce que j'en ai envie, et parce que je sens que cela m'apporte quelque chose, et que si cela m'apporte quelque chose, alors il y a au moins une autre personne quelque part qui peut trouver nourriture à ce miel...

 

 

 

De quoi ai-je vraiment voulu parler, au départ ?

 

Bien que j'essaye de définir ce but à l'époque, je crois que je n'en avais pas la moindre idée. Et je crois qu'aujourd'hui je peux enfin dire que ce que je voulais vraiment faire, ce n'était pas parler d'écriture ou de chamanisme, ou de la société. Ce que je voulais, c'était écrire tout court...

 

Puisqu'il n'est pas réaliste d'être publié et lu, puisqu'il n'est pas réaliste de percer, d'écrire un chef d'oeuvre reconnu, mon être s'est faufilé dans une crevasse qui s'offrait en grand à moi : l'internet avait créé un espace infini d'expression, que la plupart n'ont su saisir qu'en terme de rentabilité, d'ambitions mal placées, mais toujours à mon avis avec une réelle et authentique impulsion d'exister à travers cela.

 

Alors j'ai tout simplement écrit sur tout ce qui était important pour moi, et qui n'a que très peu en commun avec les préoccupations terre à terre ou médiocres de la plupart (cela passera pour de la prétention, mais je préfère dire les choses comme elles m'apparaissent), qui sont simplement conditionnés à renvoyer l'image d'une pseudo existence, d'une pseudo personnalité, et ce pour que cette dynamique miroir leur renvoie quelque chose de positif d'eux-mêmes, dans un monde tellement étouffant qu'il nie en réalité l'individualité de tous et de chacun, parfois jusqu'à la mort (réelle ou symbolique, nous battons toujours des records de suicide, de dépression et d'isolement à l'heure où je parle).

 

En cela je ne suis pas meilleur que n'importe qui d'autre. J'avais besoin de m'exprimer avant tout, point barre.

 

Ce n'est qu'incidemment que mon esprit m'a poussé à choisir comme expression d'autres sujets que la consommation ou la production de poèmes, de recettes de cuisine, de décorations d'intérieur ou que sais-je encore parmi l'éventail infini de sujets frivoles qui peuvent exister. Aucun mérite, donc.

 

La société, les mystères de la vie, la vérité qui se cache derrière les voiles médiatiques ou propagandaires, mes thèmes m'étaient imposés par un genre de directeur éditorial intérieur qui m'a mis sur le chemin d'une connaissance dont j'étais avide, et dont les détours m'ont surpris. Aussi parlons un peu de ces détours, car ils contiennent leur propre histoire et leur propre enseignement.

 

 

 

Les obstacles à la connaissance

 

Je crois que ce titre exprime le thème caché de mon blog, l’œil du Selen. L'on veut voir les choses de plus haut, de la lune, lorsqu'on ne les voit pas assez bien d'en bas, et lorsque tout nous suggère que l'essentiel est en vérité caché à travers une brume plus ou moins épaisse et aveuglante, mais sans réelle substance. Une brume qu'il suffit de scruter avec les bons outils et la bonne façon, pour la transpercer.

 

Ainsi, des voiles font obstacle à la connaissance, et si cela est un thème pas nouveau, qui est ni plus ni moins celui de l'ésotérisme, c'est un thème fondamental qui hante toute personne qui a pris conscience du ou des mensonges dans lesquels nous vivons et baignons en permanence.

 

Ainsi, rien ne m'insulte davantage – moi et mon ardente recherche de vérité, d'honnêteté et d-authenticité – que tout ce qui fait sciemment obstacle à la compréhension et à la connaissance.

 

Ainsi j'ai combattu, comme je crois tout disciple de l'éveil, tout ce qui encourage et permet les conditionnements. Bien que le conditionnement soit aussi nécessaire et inévitable pour la vie organique, il est surtout et avant tout un outil et une résultante de tout processus de contrôle. Et un outil qui n'a jamais été autant utilisé qu'à notre époque où l'on fabrique les moutons humains par milliards. De manière pratique, internet proposait un contre-outil à ce conditionnement de masse, qui promet d'éclairer l'ensemble de l'humanité sur sa propre condition et sur les ressorts pervers de la société dans laquelle elle accepte de vivre, précisément parce qu'on la conditionne à le faire. Internet comme outil de déconditionnement de masse. On en voit les résultats, au bout d'une vingtaine d'années, avec les gilets jaunes par exemple, tout comme toute invention de masse (l'imprimerie, la télévision, la voiture, etc.) a produit ses effets positifs comme négatifs au bout d'un certain temps.

 

Il me fallait donc porter des coups contre les manipulations médiatiques, contre les propagandes idéologiques et politiques qui empoisonnent les masses, contre les biais biologiques et psychologiques nous affectant, mais il fallait aussi fissurer certaines des institutions humaines les plus sûres et les plus respectables. Car si la solidité de certains savoirs et de certains acquis garantit un certain degré de vie en société, il ne sert à rien de vouloir préserver une société qui, dans l'ensemble, pratique bien plus l'obscurantisme qu'elle ne le combat, et porte à terme un bien plus grand danger de déstabilisation psychologique de masse qu'elle ne permet une stabilité matérielle à cette masse : nous vivons, je l'ai dit, à l'époque de la précarisation généralisée, et dans ce contexte, la science sert bien plus d'instrument désillusionnement des masses que de vénérable pilier de la connaissance prenant ses sources dans les Lumières.

 

 

La science comme religion postmoderne

 

On lit trop souvent et à tort que la science est attaquée, qu'elle est fragile, en danger, jamais aussi peu suivie et écoutée qu'aujourd'hui. Je ne peux pas témoigner de ce qu'elle fut il y a 100 ou 300 ans, de quel statut elle jouit avant la seconde guerre mondiale par exemple. Je peux seulement témoigner que, toute comparaison mise de côté, nous vivons à une époque où la science sert de caution à tout et surtout n'importe quoi.

 

Elle est utilisée pour soutenir des objectifs publicitaires, politiques, pour faire du lobbying en tout genre et, in fine, pour servir des objectifs anti-scientifiques dont la finalité est bien davantage obscurantiste, manipulatoire, illusoire, et surtout dystopique.

 

C'est pourquoi je me suis tant insurgé contre le discours sur le climat, quel que fut, en fait, son contenu véridique. La vérité sur le climat m'intéresse moins que la manière dont elle sert en politique. Hier, j'ai encore vu un graphique sur le pôle nord qui prétendait démontrer irréfutablement la fonte massive des glaces. Ce graphique, vu dans une très longue vidéo que je vous épargne étant donné le manque d'intérêt de son contenu, et qui n'avait d'ailleurs aucune visée réellement scientifique, se présentait plutôt comme une image de synthèse de la fonte du pôle entre 1987 et aujourd'hui. Présentée ainsi visuellement, la chose était impressionnante et apparemment convaincante, avec à l'appui le fameux discours sur « tous ces ours polaires qui maigrissent et qui meurent ».

 

En vérité, ce genre de manipulation (encore une fois, que le contenu soit vrai ou faux est secondaire ici) est anecdotique et courant. Il n'y a tout simplement aucun moyen existant qui me permettrait de vérifier la véracité de la « démonstration » (une simple image de synthèse bâtie à partir de je ne sais quoi), et donc je suis tenu de la prendre pour indiscutable, et d'en tirer les conclusions qui s'imposent d'elle-même.

 

C'est insupportable.

 

C'est anti-scientifique...

 

On me demande de croire, point final. Et contre cela, je m'insurge. On pourra me montrer pendant encore longtemps les « preuves » d'un réchauffement par le climat, tant que rien de scientifiquement vérifiable et de factuellement indubitable ne me sera présenté, je serai contraint, et j'en suis bien désolé, de me détourner de ce que je considère jusqu'à ce jour encore comme ni plus ni moins qu'une manipulation dont tout indique que la véritable visée n'est que politique. Et étant donné le climat actuel de persuasion du plus grand nombre sur cette thématique, je risque d'être rapidement réduit à l'état de simple hérétique à abattre. Pourtant, je ne suis même pas vraiment « climato-sceptique ». Je suis juste sceptique tout court... Les chiffres et les images sur les glaciers ne m'impressionnent pas, parce qu'on peut leur donner toutes sortes d'explications de facto ou ad hoc qu'on arrangera ensuite en théorie dominante. Je ne peux m'empêcher de me rappeler que la Terre subit, de toute façon, des variations climatiques, qui peuvent être ou ne pas être en cours aujourd'hui (en toute rigueur, elles doivent être en cours, puisque ce mouvement ne s'interrompt jamais, il change seulement d'intensité et de direction), qui posent bien davantage une contrainte d'adaptation qu'une obligation d'explication... Et si l'on se situe dans une obligation d'explication appelant une réponse technique, alors on renforce ce côté religieux de la science actuelle, et c'est dans le fond tout ce qui me dérange, parce que cela poussera (et c'est ce que l'on observe) dans le sens de solutions politiques bien plus que scientifiques, ce qui imposera de nouvelles occasions de manipulations et dé détournements du plus grand nombre. Ainsi mon « fantasme » de la dystopie pseudo-écologique autoritaire déjà en préparation, dont on verra bientôt s'il n'était rien qu'un fantasme, ou plutôt l'occasion de nouveaux débordements, conditionnements et manipulations dont la finalité sera le contrôle des masses bien plus que l'avènement d'une société écologiquement consciente... Malheureusement, je suis à peu près sûr de mon intuition sur ce fait, et je crains de la voir se vérifier avant ma mort...

 

 

Mais ce qui est encore plus insupportable que de voir la science se présenter, en fait, comme une vulgaire religion, c'est d'assister à cela dans les moindres détails, et de devoir supporter ce spectacle répugnant.

 

 

J'ai voulu, au cours de ces dernières années, expérimenter certains outils utilisés par la science, au sein même de mon blog. J'ai usé le fil du rasoir d'Ockham, j'ai publié pas mal de textes relatifs à des expériences en double aveugle, j'ai relayé énormément de vidéos relatives à la méthode scientifique, au doute méthodique, au cracking social pris sous l'angle scientifique (la chaîne horizon-gull notamment). Et si cela a pu me permettre de vérifier l'efficacité de ses approches (je ne suis pas du tout scientifique de formation ou de sensibilité, mais j'ai une certaine affinité naturelle avec ce domaine, néanmoins), cela m'en a aussi démontré les limites, que je supputais et sentais déjà intuitivement depuis longtemps, et que j'avais abondamment critiqué durant une longue période de mon blog, où je renvoyais dos à dos new age et science avec leur « positivisme » malhonnête et désespérant en réalité, qui les pollue irrémédiablement. Et si je donne un sens assez particulier et personnel à ce mot : « positivisme », je crois qu'il exprime bien ce côté péniblement candide et désespérément mièvre à cette orientation scientifique de l'esprit humain, qui lui fait voir quelque chose de parfait en quelque chose d'imparfait, qui lui fait croire qu'une démarche, parce qu'elle est puissante (et la méthode scientifique l'est indubitablement) doit par la même occasion être traitée comme si elle était infaillible, et toutes ses faillites comme pardonnables, ce qui relève d'une tournure d'esprit profondément fallacieuse, orientée et donc très loin de la neutralité et objectivité prétendues par ce courant de pensée lui-même.

 

Par cette tournure d'esprit fausse, on aboutit à un dangereux résultat : la science ne peut être jugée que par elle-même, elle est de toute façon indépassable (il n'y aurait pas d'alternative, comme avec le néo-libéralisme qui va de paire avec), et ses défauts ne sont que l'expression de ses qualités. Ils doivent donc être soigneusement ignorés, laissés de côté, voire vénérés comme preuves de la perfection de l'ensemble, perfection alléguée et imaginée qui, dès lors, fait de la science non pas un simple outil au service de la recherche mais un absolu universel et intemporel qui doit être vénéré pour cela, fusse avec des discours qui fleurent apparemment la raison, quand la science est, pour beaucoup, bien plus une passion et un objet de culte qu'un simple outil puissant et performant.

 

 

Je ne regrette pas d'être passé par cette phase, très instructive, et je continuerai à publier des articles dans le domaine scientifique, mais je tiens à faire un retour sur cette phase pour l'analyser un tant soit peu, tant cela me semble important aujourd'hui.

 

Par contre, je vais garder cela pour une seconde partie, histoire de ne pas trop alourdir ce texte déjà long, car cela me conduit à une réflexion à part entière, et je termine donc abruptement cette première partie ici-même.

 

 

Posté par Seilenos à 01:12 - - Commentaires [0] - Permalien [#]