1.La dérive électoraliste, ou la crise de la démocratie représentative

 

En préambule de cet article, et de manière paradoxale, je voudrais signaler qu’en l’écrivant, j’ai eu de bout en bout le sentiment de ne faire qu’enfoncer des portes ouvertes en écrivant des lieux communs à la suite les uns des autres. Ce sentiment désagréable est du à l’impression que nous avons quelque part tous conscience des défauts du système démocratique, sans pour autant arriver à nous défaire de l’idée que c’est un système idéal alors qu’il dessert en fait profondément nos intérêts…

Le premier des biais du système démocratique actuel me semble apparaitre dans son principe de représentativité qui conduit à ce que l’on nomme à juste titre péjorativement l’électoralisme. Faisons d’abord un bref tour d’horizon de l’origine de la démocratie pour en parler.

Je ne vais pas refaire l’histoire de la démocratie, ni son étymologie, partant du principe que chacun sait que tout cela nous vient de l’antiquité grecque. Elle n’était sans doute déjà pas parfaite dès son origine, puisqu’elle s’exerçait déjà à l’avantage des puissants et à l’encontre des plus faibles ou des gens marginalisés dans le système. C’est ainsi que sous la démocratie athénienne, seules certaines castes disposaient du droit de vote. Ceci avait néanmoins l’avantage d’éviter les dérives démagogiques et populistes. C’était du moins l’argument de certains philosophes de l’époque, qui s’opposaient à l’extension de l’exercice démocratique aux plus pauvres, car ceux-ci étaient plus malléables et manipulables, car moins instruits, et moins à même de se défendre face aux procédés rhétoriques qu’ont toujours employé les politiciens.

Faut-il comprendre que dès l’origine, le ver est dans le fruit, et que l’échec de la démocratie est annoncé ? Force est de constater en tout cas que dès le début, il existait des objections au principe démocratique, et que le modèle de la démocratie athénienne se termina en échec, après avoir tenu, sous différentes variantes, moins de trois siècles…

Si de nos jours, il existe un consensus quasi absolu pour l’acceptation du principe démocratique, dans les nations occidentales, à tel point que Winston Churchill déclarait que « La démocratie est le plus mauvais système de gouvernement, à l’exception de tous les autres qui ont pu être expérimentés dans l’histoire », en revanche Platon lui, considérait que divers systèmes politiques étaient meilleurs que la démocratie, ceux-ci incluant l’oligarchie…

Il faudrait bien sûr se replacer dans les contextes historiques de ces considérations, mais ce n’est pas mon sujet, et je me contenterai de relever qu’à plus de deux millénaires d’écart, Churchill et Platon tombent d’accord pour considérer que la démocratie reste meilleure que la tyrannie…

Si la démocratie représentative me semble aujourd’hui un échec, cela tient essentiellement à mon avis dans le problème de l’indépendance du pouvoir.

En effet, celui-ci, qui est censé représenter la parole du peuple, être un intermédiaire entre celui-ci et la réalisation de ses projets, ne le représente pas. Les membres du pouvoir s’auto-représentent entre eux, dans un mouvement circulaire et fermé qui n’admet l’intervention du peuple que dans une démarche électoraliste. Nombreux sont ceux qui dénoncent des aspects de cette dérive, comme le site http://www.deputesgodillots.info/, mais la dérive la plus évidente pour tous est la démagogie dont font preuve la plupart des aspirants-élus, dans le seul but de parvenir au pouvoir et de s’y maintenir, afin de profiter des privilèges afférents, et de les alimenter…

L’accès au pouvoir est devenu un but en soi, car l’exercice du pouvoir est devenu un métier dont on vit, et comme tout métier, il a ses ficelles, qui en l’occurrence consistent à perfectionner de décennie en décennie les techniques de manipulation des masses afin de préserver le pouvoir et l’ordre établi. Comme tout métier, il a ses inconvénients, mais celui-ci a surtout ses avantages et ses privilèges qu’il convient de chouchouter…

Mais s’il n’y avait que cela, l’indépendance du pouvoir serait encore presque acceptable. C’est sans compter sur l’intervention d’éléments extérieurs, comme les groupes faisant du lobbying, les groupes rassemblant des politiciens, mais aussi des personnes d’influences venant d’autres domaines, telle que la finance ou les médias, autant de sphères qui interagissent abondamment avec le milieu politique. Trop pour que celui-ci puisse avoir une chance raisonnablement substantielle de représenter encore les attentes et intérêts des peuples. Je fais bien sûr allusion à des groupes tels que Bilderberg ou d’autres sociétés secrètes dans lesquelles les politiciens de gauche et de droite se retrouvent copains comme cochons. Inutile de s’étonner alors qu’ils appliquent ensuite tous la même politique libérale, et ce sans grande nuance…

Alors l’on parle de démocratie représentative, mais dans ce système, qui est représenté, et par qui… Les peuples sont-ils représentés par leurs élus ? Ou bien leurs élus représentent-ils les intérêts qui les démarchent en privé ? Tout porte à croire en réalité que nous avons à faire à un cirque politico-médiatique. Il n’est pas nouveau de le dénoncer, et j’ai vraiment le sentiment d’enfoncer une porte ouverte en le disant, mais cela est-il si évident pour tout le monde ?

Il a fallu des personnes comme Chomsky pour dénoncer les dérives des médias et la fabrication du consentement par ceux-ci. Il a fallu des personnes comme Bourdieu pour expliquer l’évidence que l’égalité des chances n’est qu’une illusion, et que ni les politiques ni souvent les analystes du système ne sont aussi neutres qu’ils veulent paraître…

Lors d’un précédent article, où je dénonçais l’abus de l’emploi du terme « pédagogie » par les membres du gouvernement, pour expliquer ce qui me semblait être une tentative de manipulation des masses, quelques personnes m’ont objecté que j’avais l’air de considérer le peuple comme une masse d’imbéciles incapables de comprendre les manipulations dont il est l’objet. Cela vient alimenter, alors que j’écris, mon sentiment d’écrire des évidences.

Pourtant, pardon mais si nous sommes tous si conscients que cela des dérives politiciennes et électoralistes, des biais du système démocratique, et de la perversion des politiciens dans un monde où le pouvoir est devenu un but et non un moyen, alors comment explique-t-on que les masses, si fines et conscientisées soient-elles, sans doute grâce à Cauet et TF1, persistent à vouloir se laisser opprimer et infantiliser de la sorte ?

« Grand François » nous explique ici comment il voit le problème, déclarant entre autres que nous vivons à l’heure nouvelle de l’obscurantisme par le fatalisme.

Sommes-nous tant que cela résignés à accepter les humiliations et les spoliations sous prétexte de quelques menus avantages en termes de consommation et d’assouvissement sans lendemain de désirs superficiels ? J’ai peine à le croire…

Ma thèse est que le système démocratique actuelle n’est qu’une sourde tyrannie qui, au lieu de servir les intérêts des peuples, les abrutit et les oblige, par différents moyens et techniques à la passivité et à la soumission. Ce n’est pas sous le régime de la liberté et des droits de l’homme que nous vivons. C’est sous l’égide d’une dictature masquée qui s’exerce de manière pernicieuse et perverse sous pratiquement tous les aspects de nos vies quotidiennes, nous aliénant en nous faisant croire qu’elle remplit tous nos besoins, alors qu’elle ne fait qu’en créer de multiples qui égarent nos consciences et notre vigilance. Nous sommes bien les esclaves d’un système qui élargit et amplifie le contrôle social, dans le but que puisse continuer la grande parade de l’électoralisme se suffisant à lui-même pour perpétuer l’oppression générale, dans une fausse harmonie qui dissonne pourtant avec nos consciences et notre sentiment réel de bien être.

De nos jours, la notion même d’honneur a déserté les rangs du pouvoir. Nous sommes dirigés par des gens qui, comme nous sont pervertis par les attraits de la société de consommation et la vaine ambition qui les dévore, à cause des messages subliminaux déversés par leurs complices que sont les médias, et plus particulièrement les médias officiels, ceux dont on retrouve les grands pontes chez Bilderberg…

C’est pourquoi, malgré ce sentiment de vanité qu’il y a à énoncer des lieux communs sur ce sujet, j’ai tout de même choisi d’écrire cette série d’articles. Dans la deuxième partie, j’essaierai de dire en quoi le contrôle s’est modifié ces derniers temps, et ce que cela dit sur la faillite en cours de la démocratie. Et dans la dernière, j’aborderai la question du pourquoi nous ne réagissons pas, pourquoi ce fatalisme ambiant face à cette dérive qui menace gravement nos modes de vie et nos idéaux. Car au départ, la démocratie était un idéal, mais aujourd’hui elle n’est plus qu’une utopie à côté de laquelle nous sommes déjà passés… à moins de mieux en comprendre l’échec pour la réinventer en un système plus juste et moins inégalitaire.