La première chose qui vient à l’esprit, à propos du terme new-age, ou nouvel-âge, c’est l’avènement d’une nouvelle ère. Une nouvelle époque, qui serait la fin des maux de l’humanité, et le début du paradis sur Terre. Outre le fait que cela n’est pas très original, puisque cela copie certaines théories de ces foutus témoins de Jéhovah, c’est en contradiction avec de nombreuses doctrines païennes ou de religions polythéistes, puisque les thèmes du Ragnarok, du Kali-Yuga, ou d’autres récits du genre, fournissent des exemples totalement opposés à un paradis sur Terre. Pourtant, ces théories new-age ont le culot de prétendre s’inspirer de l’hindouisme, du chamanisme, et d’autres pratiques spirituelles anciennes et primordiales. Tout cela pour se donner de la légitimité.

 

 La vérité est que le new-age vide de son sens toutes ces traditions, en les épurant de tout ce qui les dérange, dedans. Comment procède-t-on, dans le new-age, pour en arriver là ? En appliquant un filtre positiviste sur toute chose. Exactement comme le libéralisme. Car la vérité, c’est que le new-age ne tire pas sa filiation des traditions anciennes, comme « il » essaye de s’en convaincre, mais de la pensée libérale positiviste qui est typiquement l’idéologie qui domine notre époque. Le new-age ne fait donc que se positionner à côté de celui-ci, comme alternative, mais absolument pas comme une avancée par rapport à celui-ci, comme son discours tend toujours à le faire croire.

 

 Vous pensez sûrement que le positivisme est une bonne chose, une sorte d’aboutissement idéal de la pensée humaine, et qu’il n’y a rien de mal à le développer. C’est pourtant une erreur. Le positivisme n’est pas neutre. Il est déni de son opposé, refus de prendre en compte le simple fait que toute médaille a un revers. Il est donc pur aveuglement, refus de voir les choses en face. Dans cette perspective, il n’est pas étonnant que les gens versés dans le new-age ignorent leur ombre, et méconnaissent leur intériorité, leur âme, leur être, et se bercent de douces illusions. Il n’est pas étonnant non plus que le new-age vante la lumière et exclusivement la lumière, et tienne des discours totalement erronés et simplistes, comme je vais essayer de le démontrer, sur le fonctionnement de l’humain, sur ses capacités, sur son avenir…

 

 Prenons la conférence de Kiesha Crowther. De nombreux éléments sont révélateurs à cet égard.

 

Le premier point que je relève est un point d’ensemble, concernant son style d’élocution, et son langage non-verbal, qui nient en eux-mêmes certains de ses arguments. C’est particulièrement difficile à démontrer, et vous devez vous demander ce que je veux dire par là, mais laissez moi essayer.

 

Il me semble tout à fait évident, lorsque je la regarde, que cette personne joue le rôle du sage, comme un acteur le ferait : en essayant de se représenter comment parlerait et comment se comporterait un sage, en s’identifiant à une humilité factice, à une joie factice, à une profondeur factice. Vous trouvez cela convaincant ? Moi pas. Ses expressions sont peu naturelles, sur-jouées, et elle ressent d’emblée le besoin d’expliquer le choix de sa présentation pour en appuyer la crédibilité. Pour quoi faire, si elle est si sincère ? Qui irait lui en vouloir de ne pas se déguiser en fausse amérindienne ? C’est un point suspect, mais je vous accorde que ça ne prouve rien en soi.

 

Mais il y a plus important. A un moment dans la vidéo, Kishea parle de la manière dont nous dispersons notre énergie, par exemple en parlant trop pour dire des choses sans importance. C’est rigoureusement vrai, c’est même un point souvent retrouvé dans la recherche de visions, par exemple : on doit respecter la sobriété pendant toute une période, y compris au niveau de la parole.

 

Pourtant, elle tient pendant 1h25 un discours lénifiant tenant essentiellement sur deux choses : des éléments à peu près invérifiables, et du discours mental à base d’idées dont le but est de convaincre l’interlocuteur, sans qu’il n’y ait de concret derrière pour l’appuyer. Par exemple, je n’ai pas compté le nombre de fois qu’elle dit que nous sommes tous « Le Grand Je Suis » et que nous pouvons juste, comme ça, changer les choses comme nous voulons, rien qu’en… en faisant quoi au fait ? En y croyant ? En espérant ? En appuyant sur un bouton ? Elle ne le dit pas, ne l’explique pas, même si elle prétend de nombreuses fois qu’elle va le faire.

 

En d’autres termes, il ne s’agit que de discours. Où sont les faits ? Dans des apparitions d’ovni non expliquées ? Dans la promesse que de grands secrets nous serons révélés dans les six prochains mois ou d’ici 2012 ? Qu’à cela ne tienne, attendons alors, mais c’est pourtant le contraire de ce qu’elle affirme, puisqu’elle dit que c’est à portée de nos mains, et que nous n’avons même pas besoin d’attendre. Je suppose que l’on repassera, pour l’explication. Et s’il ne se passe rien ni en 2010, ni d’ici 2012, à part d’autres observations d’ovni, comme il y en toujours eu depuis des décennies ? Et bien nous saurons qu’elle se trompait, et peut-être arrêterons-nous de croire à ces salades ? Mais j’en doute… il y a toujours un nouveau grand détenteur ou gardien de la sagesse autoproclamé pour nous prédire la prochaine venue de(s) Dieu(x) sur Terre, ou l’apocalypse. Ça a toujours été ainsi, et n’est pas près de changer… de l’an mil en passant par la chute d’un météorite géant sur la planète à l’occasion de l’éclipse de 2001… on attend toujours.

 

Par ailleurs, la notion de « jouer un rôle » dans notre vie est une idée qui revient constamment dans l’idéologie new-age. Ce sont les premiers à le dénoncer… et les premiers à le faire également. Adopter le rôle d’une grande sage, n’est-ce pas tout simplement d’un orgueil écœurant ? Je n’ai même pas envie d’en dire plus, tellement ça me dépasse. En quoi cette grande sage est-elle différente d’un manager ou d’un coach ? Elle apprend juste aux gens à se débrouiller avec leur mental et leurs émotions qui les torturent. C’est le même rôle, ni plus ni moins, et le vernis pseudo-spirituel avec lequel c’est présenté ne rend pas la chose plus profonde.

 

Mais passons cela.

 

Il y a un certain nombre de points récurrents, dans le discours et l’idéologie new-age, et je les développerai dans mes prochains articles, histoire de rester digeste.

 

Au nombre de ces points, l’on peut compter le côté bisounours prononcé de cette idéologie, qui découle directement de son positivisme forcené et irréaliste. Il y a également l’idéalisation et la perversion des cultes premiers. Enfin il y a la croyance totalement invraisemblable que nous pouvons « changer le monde » avec nos pensées… Pour conclure la série, je reprendrai ce qui me semblent être les écueils du new-age, et vous expliquer comment, personnellement, je verrais une véritable alternative aux modes de vie actuels, à partir de ma propre pratique et de ma propre expérience.

 

A bientôt pour la suite, en espérant quand même ne pas vous avoir déjà découragés. Je pense qu’il est important d’entendre autre chose que le discours new-age de temps en temps, et de savoir regarder en face ce qui cloche, dans cette idéologie qui ne nous fera aucunement sortir des travers de notre temps, bien au contraire.