Loin, et même à l’opposé du confort de la pensée positiviste normative moderne, Krishnamurti (1895-1986) était un homme à part. Il ne se définissait ni comme un philosophe, ni comme un gourou, ni même comme un penseur, et pourtant sa pensée est tout simplement saisissante, dans la monoculture idéologique de notre temps.

 

C’est pourquoi, dans ce court article, je voulais simplement vous encourager à découvrir le personnage et sa manière de voir les choses.

 

Quoiqu’il en dise lui-même, dans sa volonté de « tuer » la pensée, Krishnamurti est le libre penseur type. C’est l’homme qui, en dépit de sa naissance dans un milieu brahmanique (la plus haute caste hindoue), et son rapprochement avec des mouvements occidentaux tels que la société théosophique, décidera de ne s’identifier à aucune de ces mouvances, pour prôner une sorte de quête de liberté qui soit totalement dépouillée d’idées religieuses ou de connotations philosophiques potentiellement sectaires et limitatives.

 

Plus loin que cela, Krishnamurti critiquait également la politique et même l’athéisme, voulant débarrasser totalement l’homme des scories idéologiques de toutes natures, seule voie selon lui pour lui permettre d’accéder entièrement à lui-même, au-delà des conditionnements de toutes natures qui enferment les personnes dans l’illusion d’une individualité.

 

Mais plutôt que de faire de longs discours, je vais simplement laisser la parole à cet esprit brillant et sans concession, en faisant le moins de commentaires possible, et vous laisser rechercher vous-même des ressources sur internet. Vous verrez que cela sera enrichissant.

 

 

« Nous utilisons le mot « raison » non pas dans un sens philosophique avec toutes ses implications ; nous donnons à ce mot le simple sens d’une grande honnêteté dans la pensée, d’un équilibre mental sain, le sens d’un « insight » clair, d’une perception où il n’y a pas de tromperie ou d’auto-illusion. Sans la raison au départ, vous ne pouvez pas aller très loin. Parce ce que sans la raison vous êtes inévitablement conduits vers toutes les formes d’illusions, d’idées fausses, de peurs et tout le reste. Pour comprendre la nature et le sens de la méditation, il est absolument nécessaire de raisonner pas à pas, afin que votre esprit soit affûté, que votre cerveau soit clair, sans la moindre distorsion, sans la moindre pression. Cela ne demande aucune croyance, aucun système ; mais cela nécessite un cerveau qui soit sensible, affûté, clair, qui puisse procéder pas à pas, non de manière illogique, non en sautant des étapes, mais avec rationalité, avec équilibre. »

 

 

Un brillant trait critique de l’état d’esprit positiviste (vous savez que moi, chamanisant, je raisonne beaucoup en terme « d’état d’esprit ») :

 

« L’énergie est hors du temps et ne se mesure pas. Mais nos actions sont mesurables et nous ramenons ainsi cette énergie illimitée dans le cercle étroit du moi, et l’ayant circonscrite nous cherchons alors l’incommensurable. Cette quête fait partie de l’action positive et elle est par conséquent un gaspillage d’énergie psychologique. Il existe ainsi un mouvement sans fin dans les archives du moi.
Pour nous, l’objet de l’éducation, c’est de libérer l’esprit du moi. Comme nous l’avons dit à maintes reprises, notre rôle est de faire éclore une génération nouvelle libérée de cette énergie limitée qu’on appelle le moi.
»

 

 

Sur la notion d’effort et sans doute sur le lâcher-prise :

 

" Tout acte volontaire quelle que soit sa direction est violence.Tout effort est violence. Tout ce que vous faites avec le concours de la pensée pour créer en vous un état de paix utilise la force et, par là même, est violence. Vous tentez d'imposer la paix par la violence. Yoga, méditations, prières, mantras sont des techniques violentes. L'organisme est très paisible. Vous n'avez rien à faire"

 

 

Sur les conditionnements (mon cheval de bataille, dans l’ancienne version de mon blog) :

 

" La culture vous a insufflé ce désir d'être autre chose que ce qu'on est, cette aspiration à être autre, à être meilleur. Voilà le tour que votre héritage tout entier vous a joué.....vous devenez un rouage dans la machine à maintenir la continuité du système. Vous en faites partie intégrante.....

 

Vous êtes dans un état de névrose parce que vous voulez deux choses contradictoires en même temps. D'un côté vous voulez être autre que ce que vous êtes; c'est une nécessité sociale pour pouvoir en faire partie et aider au maintien de la continuité de la structure sociale. Mais d'un autre côté vous ne voulez pas changer. "

 

 

Une petite dernière pour la route, sur le manichéisme et le dualisme :

 

" Tant que vous pratiquez les vertus, vous êtes plongé dans le vice. Ils vont de pair. Si vous avez la chance de vous libérer de cette poursuite de la vertu, de cet idéal à réaliser, alors votre système va aussi se vider du vice. Vous ne serez plus un homme du vice...un tel être qui pratique la douceur, et la gentillesse et qui pratique les vertus est un danger public, une menace "