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Avez-vous déjà entendu parler du D.A.R.D. ? Il s’agissait d’un mouvement humaniste à tendance révolutionnaire créé en début d’année par l’animateur de télévision très connu, Patrick Sébastien. Ce mouvement se proposait de mobiliser les citoyens autour de toutes sortes de problèmes civiques ou politiques proposés par les adhérents de l’association eux-mêmes, et analysés ensuite par des spécialistes, magistrats ou autres, chargés de les mettre en forme, pour ensuite les soumettre aux politiciens, dans l’objectif des élections présidentielles de 2012, tout à fait dans la même lignée que le pacte écologique de Nicolas Hulot, en 2007.

 

Bien sûr, l’on peut formuler toutes sortes d’objections et de critiques à l’égard de ce mouvement, mais on ne peut nier qu’il s’agit d’une initiative qui n’est pas dépourvue d’intérêt, dans le fond. S’attaquer aux fondements d’un système corrompu, et tenter de contribuer à rendre aux citoyens la place qui est la leur, dans une démocratie où ils sont paradoxalement les oubliés, n’est pas quelque chose que l’on peut critiquer a priori, à moins d’être du côté des puissants et des exploitateurs.

 

Eh bien, le D.A.R.D., c’est fini. Officiellement. Patrick Sébastien en donne l’explication, sur le site en question :

 

http://www.le-dard.com/news/dernier-message-avant-fermeture/

 

Il y a plusieurs choses que l’on peut retenir de ce message, et je me propose d’en souligner des passages, et de les commenter.

 

« Le flot de commentaires haineux, débiles, narcissiques que j’ai pu lire sur le site du DARD, à la suite de la vidéo de fin du rassemblement, de la part de certains (toujours les mêmes), ne peut que me conforter dans ma décision de le dissoudre dans sa forme actuelle.

Je vous laisse tomber ? Ah bon ! Qui a laissé tomber l’autre ? Engagés sur l’honneur à défendre le respect et la dignité, vous n’avez fait que vomir, vous masturber pour décharger du vide. Mon égo ? Je n’ai fait que parler de vous quand chacun parlait de soi. (…) Justiciers, mon cul ! Votre mal être a besoin de responsables, alors il fallait bien se défouler sur quelqu’un. Même pas capables de vous apercevoir que les seuls coupables de vos aigreurs d’âme, c’est vous même. Rongés par la suffisance, le mépris, l’auto compassion, vous vous êtes juste donné l’illusion d’exister. Et je m’y connais en illusions. »

Voilà donc la première partie de l’explication fournie par Patrick Sébastien. Le site aurait été « pourri » par quelques grossiers égocentriques, auxquels il s’en prend. Internet serait donc le mauvais terrain pour un combat ? Il est vrai que sur internet – il suffit d’en fréquenter les sites, forums, groupes pour s’en rendre compte – est le terrain d’expression privilégié de tous les lâches et de tous les frustrés primaires, qui vont déverser sur les autres leur mal de vivre, leurs déceptions, leurs aigreurs, comme le dit très bien l’animateur.

 

Est-ce pour autant une raison suffisante de laisser tomber le combat ? Ce n’est pas ce que semble dire P. Sébastien, ni ce qui semble être son intention véritable, si l’on lit la suite.

 

« Faites grandir l’idée, dans l’ombre, de bouche à oreille. Le moment venu, je sais que nous saurons nous mobiliser. Ne vous inquiétez pas, je vous appellerais. Multipliez-vous et soyez prêts. Le rassemblement était une approche. J’aurais bien sûr souhaité qu’il devienne une force. Je me suis trompé de moyen. C’est ma deuxième erreur. La première était dans le titre du manifeste « une révolte, pas une révolution ».. Je n’ai pas mis « révolte » et « révolution » dans le bon ordre. »

Ici, l’animateur confesse s’être trompé, dans sa manière d’aborder le problème, et de concrétiser son idée. Et il explique en substance que si le mouvement est terminé, dans sa forme officielle, il doit néanmoins continuer de faire son chemin dans les esprits, car au final, on ne révolutionne pas le monde par des moyens officiels ou légaux, mais par les mentalités. Et je pense qu’il a tout à fait raison, et tire probablement la bonne leçon de l’échec de son organisation. De toute façon, pouvait-on réellement croire qu’une approche par la pression électoraliste sur les candidats était la bonne voie ? N’est-il pas nécessaire de rompre également avec l’électoralisme, et d’aller plus loin ? Personnellement, je pense que si.

 

Un peu plus loin, nous avons un passage nettement plus troublant, sur ce qui motiverait la mise à mort du mouvement…

 

« Si j’ai reçu des menaces ? Oui, évidemment. Ont-elles été dissuasives ? Sûrement un peu. C’est le propre des menaces, sinon ça s’appelle des conseils. J’ai aussi une famille et des amis sincères auxquels je tiens, et je ne veux pas leur imposer les séquelles de mon engagement personnel. L’idéalisme est imparfait. Il s’arrête toujours à la sauvegarde de ceux qu’on aime plus que tout. »

Patrick Sébastien ne rechigne pas à admettre qu’il aurait été menacé. Cela rappelle immédiatement l’affaire Coluche… Ai-je besoin d’en dire plus ?

 

Peut-être pensez-vous que c’est lâche de céder aux pressions ? Moi je comprends l’homme qui est confronté à des risques réels, et qui veut protéger son entourage en même temps que lui-même, si c’est bien réel. Au niveau du pouvoir, il existe des gens qui ne reculent devant rien pour couler quelqu’un qui agit à l’encontre de leurs intérêts… Même de détruire la vie et la réputation d’une personne, et je pense qu’il suffit de regarder l’histoire et l’actualité lucidement pour admettre la chose.
L’animateur aurait donc plus ou moins cédé aux pressions, puisqu’il confesse ici que ces menaces auraient pu jouer un rôle dans sa décision.

 

Très franchement, je pense que ça ne peut pas être facile, pour quelqu’un comme lui qui a osé se mettre sous la lumière des projecteurs pour un mouvement idéaliste, et de maintenant devoir fermer boutique pour donner une autre forme à la lutte. On peut avoir le sentiment de trahir la confiance des gens, et être parfaitement conscient de ses responsabilités en temps qu’amuseur public et qu’homme de médias. C’est pourquoi je terminerai cet article en citant un autre passage de son message, qui me semble être le plus frappant de tous. Je ne le commenterai pas, chacun est capable d’en comprendre la portée, de la part d’un homme de télévision.

 

« Pourquoi rejoindre l’ombre ?

Parce que le pouvoir médiatique qui fabrique la lumière est à quatre vingt dix pour cent aux ordres du pouvoir politique. La presse a été ironique ou muette. La radio m’a fait comprendre, éviction à l’appui, qu’il ne fallait pas mélanger les genres. Quant à la télé, elle a d’autres chats à fouetter. Elle est là pour endormir, pas pour réveiller. »