A maintes reprises sur ce blog, j’ai abordé le sujet du conditionnement en général. Je voulais cette fois-ci évoquer plus particulièrement le rapport avec le thème dit du « conspirationnisme ».

 

Je ferai relativement court, car Frédéric Lordon en parle d’une manière tellement brillante que je préfère vous renvoyer sur son article sur ce sujet, mais néanmoins, quelques mots là-dessus.

 

Si je me suis intéressé plus précisément à cet aspect, c’est parce que j’ai réalisé qu’autour de moi, même certains de mes amis considèrent que se poser des questions sur le 11 septembre ou sur d’autres évènements marquants de l’époque moderne (généralement) relève d’une pathologie mentale spéciale, qui porte justement pour nom « conspirationnisme ».

 

Qu’est-ce qu’un conspirationniste, selon eux ? C’est quelqu’un qui n’accepte pas la version officielle qui nous est présentée de certains faits, qui va chercher derrière des raisons cachées, des objectifs non-avoués et des agendas secrets. C’est une pathologie, donc.

 

Il est pathologique de considérer que nos médias et nos dirigeants ne nous présentent pas toujours, et de manière constante et parfaitement sincère, honnête et non influencée, les faits exactement tels qu’ils sont, tels qu’ils se sont déroulés, et les motivations précises qui les ont provoqués. Selon ces gens qui voient une forme de délire paranoïaque chez ce « conspirationniste », nous sommes donc dans un monde où tous ceux qui nous entourent sont fondamentalement et foncièrement honnêtes, n’ont jamais d’intérêts divergents des nôtres, jamais de conflits d’intérêt, jamais de compromissions quelconques. Bref, à les entendre, nous vivons dans un monde où la corruption n’existe pas.

 

Quelle dose de naïveté faut-il pour en arriver à de telles croyances ? L’humain est ainsi fait que, malgré toute sa bonne volonté, et les valeurs que certains revendiquent, et tout le prouve autour de nous, le profit, les honneurs, la gloire et les intérêts personnels restent les moteurs principaux de la société, pour une raison simple. Ceux qui fonctionnent avec ce type d’ambitions sont ceux qui recherchent et obtiennent les positions d’influence et d’autorité dans le système, et cela a toujours été ainsi. Par conséquent, il y a une proportion non négligeable de personnes, parmi les sphères influentes, c'est-à-dire le monde politique, financier, mais aussi les médias qui créent l’opinion, qui sont dans cet état d’esprit qui est résumé par ce proverbe : « la fin justifie les moyens ». Croire qu’il en est autrement, et que les puissants qui dirigent ce monde sont majoritairement des gens intègres et principalement soucieux des intérêts des autres avant les leurs, sous prétexte qu’ils se disent nos représentants, ou les relais de l’information, c’est vivre dans le doux monde des Bisounours.

 

Il est donc pour moi indubitable que, dans ces sphères influentes, il existe de la corruption (il n’y a qu’à voir toutes les affaires qui le prouvent), et que cette corruption se manifeste parfois, sinon souvent, sous la forme de coups montés d’ampleur diverses, pouvant aller du petit arrangement minable au sein d’un conseil municipal jusqu’au complot de dimension internationale. Ces derniers complots sont certes sans doute très rares, pour diverses raisons. D’abord il est difficile de réunir beaucoup de monde à cette échelle dans des intérêts communs, ensuite cela demande une organisation très lourde et risquée, qui engage le silence de certains, qui requiert des complicités à très haut niveau, et demande donc beaucoup de moyens. Mais qui a dit que c’était impossible ? A cœur vaillant, motivé par les très gros gains, et une mentalité inhumaine insouciante de la souffrance d’autrui et des conséquences de ses actes pourvu qu’on en retire un très large avantage, rien d’impossible. Vous pensez que ce type d’individu n’existe pas, ou est très rare ? Vous vous faites des illusions. Tout le fonctionnement du système actuel encourage leur ascension sociale et leur concentration dans les plus hautes sphères décisionnelles, avec des capacités d’influence telles qu’ils peuvent jouer de leur pouvoir sur tout un tas de personnes inférieures dans la pyramide, qui fermeront leur bouche si on les sucre assez, ou si on leur fait suffisamment peur. Il y a des tas de moyens de faire plier des gens réticents, quand on a les moyens.

 

Bref, pour moi il est clair que la corruption est l’un des modes de fonctionnement courants dans les sphères de pouvoir les plus hautes, car plus on s’élève dans la société moins on trouve de scrupules chez les gens. Je ne dis pas que ça concerne tout le monde, je ne dis pas qu’ils sont « tous pourris », je pense en revanche qu’ils y sont tous confrontés un jour ou l’autre, directement ou indirectement, consciemment ou inconsciemment, car il va de soi que tout cela se fait par les dessous de table et dans l’ombre des bureaux, pas au su et au vu de tous, en particulier on évite d’exposer ces pratiques aux yeux de ceux qui ont des principes, qui sont facilement repérables, dans ces milieux…  A ce sujet, connaissez-vous la pièce de théâtre « Topaze » de Marcel Pagnol ? C’est en plein dans le sujet, et je recommande par exemple le film avec Fernandel.

 

En somme, je ne vois aucun argument plausible qui permette d’écarter la possibilité de complots, y compris occasionnellement de très grande ampleur. Il me semble donc pour ma part que si pathologie il devait y avoir, ce serait plutôt celle d’une forme de sidération, d’hypnose inconsciente, chez ceux qui refusent seulement d’envisager la chose, sous prétexte de leur foi aveugle en l’être humain. Croire en l’humain ne doit pas faire oublier ses travers, sinon forcément, chaque nouveau fait divers nous fait hurler de surprise, de honte et de colère, et l’on a jamais avancé… parce qu’on a jamais réfléchi vraiment à ce qui fait que les choses sont ce qu’elles sont. Il y aura toujours des meurtres, des viols, et il y aura toujours de la corruption et des coups montés (synonyme de complot), et il y en aura d’autant plus qu’on aura décidé de rester aveugle, et de faire ce qu’il faut pour prendre ces maux à la racine.

 

Le conditionnement, ici, réside donc dans le fait de s’être enfermé et endoctriné dans l’idée illusoire que l’homme est essentiellement honnête, ce qui n’est pas le cas.

 

Enfin, pour une réflexion plus avancée sur ce phénomène de rejet dont font l’objet les simples sceptiques qui refusent d’avaler tout rond les couleuvres qu’on leur livre, car il s’agit bien en réalité de cela, tout simplement, je vous renvoie vers l’excellent article de Frédéric Lordon, sur son blog :

 

http://blog.mondediplo.net/2012-08-24-Conspirationnisme-la-paille-et-la-poutre

 

Et je vous souhaite une bonne journée, et une bonne lecture. Merci à vous de continuer à passer par ici de temps en temps.