Le nom de Ricken Patel ne vous est sans doute pas étranger si, comme moi, comme des millions de français et de personnes dans le monde, vous recevez les courriers d’Avaaz. Nous sommes plus de 3 millions, rien qu’en France, à avoir participé au moins une fois aux pétitions d’Avaaz.

 

Cette ONG caritative a été fondée en 2007, et je pense bien que j’ai été parmi les premiers inscrits. Je me rappelle même en avoir fait la pub au moins une fois, dans les premières années, convaincu que j’étais du bien fondé du travail et de la moralité de cette organisation.

 

Les choses ont changé.

 

Sur mon blog, j’ai multiplié les articles concernant les dangers du conditionnement, les problèmes posés par les moyens subtils et divers employés pour manipuler les masses. N’allez pas penser que je croyais y échapper. Nous sommes tous manipulés, et à moins d’être d’un cynisme pathologique et débordant, nous tombons au moins occasionnellement dans le piège de la bonne intention ou dans un certain degré de naïveté, ne serait-ce que parce que nous avons à cœur de rester spontanés face à certaines choses.

 

C’est exactement ce sur quoi comptent certains, qui eut sont doués d’une bonne dose de ce cynisme dont je parlais.

 

Au fil des années, à force de recevoir les mails lénifiants d’Avaaz, j’ai commencé à me méfier, à sentir le hameçon caché derrière le ver un peu trop juteux qu’on agitait devant mon nez. Au début, les causes me paraissaient incontournables, et puis elles sont devenues de plus en plus disparates, et le discours de plus en plus formaté.

 

A chaque mail, Avaaz vous explique, sans donner la moindre preuve, comment Avaaz a sauvé tel pays, telle catégorie de citoyens dans quel coin du monde, ou telle espèce en voie de disparition, ou comment Avaaz, avec ses petits bras musclés, a arrêté le réchauffement climatique. Avaaz a également le pouvoir étrange d’obtenir des victoires dont on ne perçoit jamais les conséquences. Avaaz est partout, mais jamais personne qui y était n’a jamais vu Avaaz. Bref… au bout de quelques années, ça commençait à sentir sérieusement la grosse arnaque.

 

J’ai donc commencé à traiter les mails d’Avaaz avec méfiance, puis avec mépris devant ces déclamations de victoires en grande pompe « Avaaz grâce à vous… L’Inde blablabla… Avaaz, les petits enfants opprimés, blablabla… Avaaz vous remercie… le droit des femmes chez les arabes arriérés, blablabla… Avaaz a besoin de vos dons… Avaaz est très fier d’avoir anéanti la violence chez ces vieux tordus en Asie, blablabla… Avaaz gagne sur tous les terrains… » etc., etc.

 

Le ton impérialiste et moraliste à l’américaine dépassait un peu trop par la braguette ouverte, quoi. Si Avaaz avait remporté toutes ces fantastiques victoires contre le mal, le monde devait être sacrément meilleur à l’extérieur ! Laissez-moi vérifier en ouvrant ma fenêtre… Hum… Toujours cette même odeur de corruption et d’abus, pourtant… Voyons un peu les journaux… Des espèces en voie de disparition, la glace qui fond toujours, la corruption en occident, la corruption en orient, la corruption chez les riches, la corruption chez les pauvres, les JO en Russie, la guerre en Libye, la guerre en Syrie, la guerre en Ukraine, et même les météorites ne s’arrêtaient pas de tomber ! Mais alors, que faisait Avaaz ? Où était notre super-héros américain ? Passait-il son temps derrière un clavier à écrire ses victoires imaginaires à un public qui cliquait, donnait, et ne vérifiait jamais rien ?

 

Tenez, hier encore, dans le mail d’Avaaz, intitulé « Quelle sera notre prochaine victoire ? », on pouvait lire : « En Tanzanie, des milliers de familles Maasai ont pu garder leur maison. Des députés condamnés pour corruption ne peuvent plus être élus ni en Inde ni au Brésil. Les abeilles d'Europe ont eu la vie sauve grâce à l'interdiction de certains pesticides. Tout ceci n'aurait sans doute jamais pu se produire l'an dernier sans les membres d'Avaaz. Et si nous envisagions quelles victoires nous allons remporter demain? »

 

Avaaz a sauvé les petits nègres, Avaaz a pourfendu l’infâme député, plus fort encore : Avaaz n’a pas seulement fait pression pour faire interdire des pesticides (uniquement en France), mais Avaaz a carrément… sauvé la vie des abeilles ! Mais ça y est ! Le monde il est sauvé ! Avaaz, il perd jamais ! Avaaz est synonyme de victoire, dans la langue de Dieu.

 

Bon. Maintenant que les abeilles ne meurent plus et que les « sauvages » ont pu conserver leur dignité grâce à la mansuétude et à la puissance indescriptible de cette ONG comptant seulement 100 employés dans le monde entier, que reste-t-il à faire ? Le mal n’a-t-il pas été vaincu ?

 

Regardons-y de plus près. Ricken Patel, que je citais en début d’article, est un anglo-canadien passé par les fondations Rockefeller et Bill Gates… les fondations des plus riches qui soignent leur image publique à grand renfort de gros billets lancés dans des opérations caritatives de grande ampleur. Qu’en penser exactement ? Je ne sais pas, mais ça montre en tout cas que ce type a fait ses armes aux côtés de gens qui ont des intérêts bien divergents de ceux des peuples en général. Le simple fait qu’ils aient ce besoin de couvrir leur business par des activités de blanchissage de façade par le caritatif m’incite à la méfiance.

 

Maintenant, venons-en aux faits. Que fait Avaaz, très concrètement ? Qu’en est-il de la véracité de leurs diverses allégations ?

 

Premièrement, Avaaz collecte des signatures pour des pétitions de toutes sortes. Avaaz fait du lobbying, comme Greenpeace, comme la fondation Nicolas Hulot, etc.

 

Deuxièmement, Avaaz collecte de l’argent sous forme de dons, dans le but de mener des actions sur le terrain.

 

Et troisièmement, Avaaz participe en effet à des actions sur le terrain, mais qu’est-ce que cela veut dire, exactement, et jusqu’à quel point est-ce efficace ?

 

Il nous faut déjà voir quelques liens et articles sur le sujet pour défricher un peu.

 

Avaaz et le « clictivisme » :

 

http://idees.clementgarnier.com/2012/10/23/avaaz-le-clictivisme-ou-limposture-du-militantisme-sur-internet/

 

En gros, le clictivisme a pour effet pervers principal de faire croire aux gens qu’ils font quelque chose, et que le simple fait de signer une pétition sur un écran d’ordinateur peut changer le monde, ou tout du moins y contribuer. Quel niveau de naïveté et de simplicité d’esprit faut-il pour s’en convaincre ? Je ne sais pas, mais en tout cas, ça « marche ». Les pétitions fleurissent sur leur site, quant à leur utilité et à leur efficacité, alors là…

 

On aura beau jeu de rappeler que l’activisme est d’abord un engagement, un investissement personnel, un effort à fournir, une énergie à déployer, pour parvenir à quelque chose. Qu’à cela ne tienne, le naïf pense « je clique, et Avaaz fait ». Et comme Avaaz confirme l’efficacité de la chose la semaine qui suit de cette façon : « Grâce à vous, nous avons vaincu la dictature au pays des arriérés », le naïf y croit. Il est content, son clic a sauvé le monde, et a vaincu le mal. Bon… On se demande quand même combien croient vraiment à cela, et surtout, combien se contentent, dans les faits, de ce clic, sans même vérifier les dires d’Avaaz ensuite… Je ne me suis jamais fait d’illusions sur les déclarations tonitruantes d’Avaaz, mais j’avoue qu’il m’est arrivé de « cliquer » en me disant « bon allez, ça se passe à 15 000 km, j’ai pas que ça à faire, on clique et on verra bien ». La conscience est propre, on a participé moralement à la tâche, même si on a fourni strictement aucun effort, ni aucunement participé activement. Croit-on vraiment que parce qu’il y a eu 100 000 autres clics, ça change quelque chose ? Cette ère de la pétition en ligne a vraiment quelque chose de fascinant et de navrant…

 

En fait, Avaaz a fini par se créer une mauvaise réputation dans certains coins de l’internet, et ça me rassure un peu. La plupart ne serait donc pas dupe ? Mais alors, qui fait fonctionner la machine à sous Avaaz ? Car Avaaz, sous couvert de pétitions de principe, est surtout une machine à collecter des dons. Et à quoi sont utilisés ces dons ? Je n’ai jamais donné, personnellement, mais les gens qui donnent se le demandent-ils, au moins ?

 

Cette mauvaise réputation se traduit de plusieurs manières. Les plus paranoïaques vont jusqu’à dire qu’Avaaz est piloté par la CIA, fiche les abonnés et les donateurs…

 

http://r-sistons.over-blog.com/article-alerte-avaaz-a-boycotter-instrument-de-la-cia-pour-ficher-les-signataires-111398758.html

 

D’autres, un peu plus modérés et sans doute un peu plus proches de la vérité, pensent qu’Avaaz ne fait que profiter de la bonté et de la naïveté d’une partie des masses, en utilisant à ces fins tous les sujets bidons qui à la fois remplissent les salles de cinéma qui passent des blockbusters pour abrutis, et permettent de servir de prétexte à bon compte pour soulever facilement des tonnes de dons, comme le prétendu réchauffement climatique, la souffrance du tibétain, ou l’oppression des femmes dans le monde :

 

http://terreetmer.canalblog.com/archives/2010/05/29/18025313.html

 

Pour eux, Avaaz est d’abord et avant tout une machine à fric, prête à utiliser tous les prétextes et tous les bons sentiments pour remplir la caisse, et ce dans des buts pas toujours avouables. Une vision assez simpliste et finalement une forme de cynisme inversé et teinté d’aigreur, mais est-ce si faux ?

 

Et puis il y a ceux qui pensent, plus prosaïquement, qu’Avaaz est surtout une machine à faire beaucoup de bruit pour pas grand-chose. Pour eux, le site Avaaz est un distributeur de spam d’un genre des plus honteux, qu’il faut classer parmi les sources d’ « hoax », ou canulars. Autrement dit, ils ne croient aucunement au blabla redondant et bien-pensant constamment desservi par le site, et je ne saurais les en blâmer.

 

Mais allons plus loin encore. Puisqu’Avaaz ne serait pas ce qu’il prétend être, et ne fait pas ce qu’il prétend faire, que fait Avaaz, au bout du compte ?

 

J’ai trouvé une seule source sur le net permettant d’avoir un début de réponse à cette question, et elle est en anglais… Dommage, car c’est de loin l’article le plus basé sur les faits, concernant l’ONG et les controverses et allégations qui se tissent autour.

 

http://www.newrepublic.com/article/world/103330/syria-avaaz-activist-group-journalism

 

Je vous fais un résumé, car je ne me vois pas de tout traduire ici. Les faits remontent au 22 février 2012 en Syrie. Des journalistes internationaux sont victimes de l'explosion d’un obus tiré par les forces de sécurité syriennes. Deux sont tués, quatre sont blessés.

 

Parmi ces quatre rescapés, le journaliste irlandais Paul Conroy, envoyé à l’hôpital et traité pour des blessures sérieuses.

 

Avaaz va se vanter d’avoir, par la suite, entièrement mené et coordonné la sortie de Paul Conroy du territoire syrien ver le Liban, au prix de 13 activistes sous la tutelle de l’ONG.

 

Or, l’enquête menée par Simon van Zuylen-Wood, journaliste de The New Republic, va démontrer que ces allégations sont fausses, et au minimum largement exagérées ou enjolivées pour arranger l’image d’Avaaz.

 

Dans les faits, si Avaaz a effectivement joué un rôle pour transférer des informations, qui ont sans aucun doute aidé à l’évasion de Paul Conroy, il s’avère qu’Avaaz n’a fait que l’accueillir à son arrivée au Liban, après qu’il ait été escorté par une escouade de la FSA, l’armée syrienne libre, soit la milice révolutionnaire. Et que la plupart des 13 « activistes » décédés lors de l’opération ne sont autre que des soldats de cette FSA, et non pas des membres d’Avaaz.

 

Ce mensonge a beaucoup choqué dans le milieu, car Avaaz n’était pas la seule ONG présente sur les lieux, que la plupart des activistes présents étaient sans bannière, et que beaucoup se sont sentis trahis ou insultés par ces déclarations fallacieuses.

 

 

Je pourrais rentrer dans les détails, mais est-ce vraiment nécessaire ? On a ici deux preuves :

 

Avaaz agit bel et bien sur le terrain.

 

Mais Avaaz n’agit jamais seule, Avaaz n’est pas surpuissante, et Avaaz n’hésite pas à mentir sur ces points, à la fois sciemment et par omission, sans visiblement se soucier de l’aide dont elle a bénéficié par le biais d’autres organisations, de milices, et d’activistes indépendants. Avaaz semble surtout performant dans le fait de tirer la couverture à soi, et pourquoi fait-elle donc cela ? Pour s’attirer des dons ? Il y a fort à le parier.

 

Avaaz est donc tout sauf un organisme tout blanc et désintéressé. Certes, Avaaz fait du boulot, mais se retrouve aussi souvent dans des coups douteux, toujours du « bon » côté sur les territoires de conflit, c'est-à-dire du côté des Etats-Unis et de la démocratie. On peut légitimement se demander ce qu’Avaaz cache encore derrière ces mensonges et ces petits arrangements avec la réalité. On pourrait se demander notamment pourquoi Avaaz choisit de lutter « contre le réchauffement climatique », plutôt que « contre les manipulations autour du réchauffement climatique », et aussi pourquoi Avaaz se soucie tant que ça de la corruption dans les pays arabes, ceux du tiers-monde, ainsi que dans les pays émergents, et si peu de la corruption aux USA, le pays où elle est installée, puisqu’Avaaz a son siège à New York.

 

En bref, Avaaz semble surtout être une entreprise experte en communication à l’américaine, un agent parmi tant d’autres à notre époque qui préfère agir par la manipulation que par l’honnêteté. Et pour moi, rien que cela suffit à les disqualifier à mes yeux. Merci de m’avoir lu.