Aujourd’hui, parlons un peu d’un cas d’école qui illustre la manière dont une théorie au départ scientifique est déformée par le new age.

 

J’ai souvent critiqué le milieu scientifique sur ce blog, son dogmatisme, son monolithisme qui confine à la pensée unique, mais si il y a une qualité qu’on ne peut pas enlever à la démarche scientifique, c’est sa rigueur. La science, lorsqu’elle fonctionne, évite les affirmations, les certitudes, et fonctionne à partir d’idées qu’elle teste et vérifie.

 

C’est pourquoi la notion de consensus scientifique, avancée par exemple pour défendre les thèses di GIEC, est le plus souvent une imposture. Rarement, dans la science expérimentale, quelque chose finit par faire consensus. Lorsqu’on se penche sur divers domaines scientifiques de science dure comme de science humaine, comme l’astrophysique ou l’archéologie, on réalise qu’il n’y existe que très peu de consensus. Il faut certes, pour cela, s’intéresser aux chercheurs les plus excentriques (les plus « éloignés du centre », du « milieu » scientifique), qui sont aussi, immanquablement, les plus marginaux.

 

En bref, on peut dire que la science émet des hypothèses, qu’elle teste, dont elle vérifie expérimentalement la validité. On peut discuter sur la validité et notamment les limites de ses méthodes pour y parvenir, mais au moins, elle essaye. On parvient alors, lorsqu’une hypothèse a été testée, non pas toujours à un consensus, mais plutôt généralement à la domination d’une hypothèse parmi d’autres. Celle-ci s’impose, et demeure néanmoins une hypothèse, c’est un à dire un modèle explicatif, qui fonctionne à l’intérieur de son propre cadre, et dans celui des tests qui ont servi à le valider, mais pas nécessairement dans le cadre d’autres expérimentations faisant apparaître d’autres phénomènes, et faisant émerger d’autres critères qui n’existent pas dans l’hypothèse dominante.

 

On a donc toujours, et c’est sain, un débat, c'est-à-dire tout sauf un consensus. On a des hypothèses. L’hypothèse Gaïa, dont je vais parler aujourd’hui, en est une parmi d’autres, et des plus intéressantes.

 

Dans le milieu new age, on observe plusieurs stratégies, à l’encontre de la science. Les premières sont la dénégation ou le dénigrement, et surtout, la récupération, grande spécialité du milieu, qui recycle dans un même récipient aussi bien des spiritualités authentiques que des hypothèses scientifiques comme celle de la théorie quantique, qu’on met aujourd’hui à toutes les sauces, et pour « expliquer » tout et n’importe quoi. Je n’ai pas réellement d’avis tranché sur la validité de ces récupérations, en revanche j’en ai un sur la manière dont elles sont effectuées.

 

L’hypothèse Gaïa en est un exemple très intéressant, dont je ne pourrai pas faire le tour dans un article de blog, mais que je tiens à présenter, après avoir entendu à peu près tout et son contraire sur ce sujet.

 

Pour commencer, je vous suggère de faire un tour sur cette page wikipédia qui explique la chose en détail, mais je vais néanmoins tenter de la résumer en quelques lignes, pour introduire mon propos.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Hypoth%C3%A8se_Ga%C3%AFa

 

L’hypothèse Gaïa, pour faire court, est une théorie écologique (de la science écologique, et non pas de l’écologie politique, qui n’a rien à voir) qui, s’inspirant du nom de Gaïa, déesse grecque de la Terre dans l’antiquité, décrit la Terre comme un organisme complexe, dont les différents milieux sont en interaction dynamique constante. Elle fut inventée et proposée dans les années 70 par James Lovelock, un écologue anglais.

 

De cela découle une nouvelle vision de l’écologie, allant bien au-delà des idées anciennes, frustes et basiques, autour des écosystèmes, de la chaine alimentaire, etc.

 

Dans l’hypothèse Gaïa, la Terre est constituée de plusieurs milieux qui sont notamment l’atmosphère, la biosphère, la lithosphère, etc. Ces milieux interagissent et réagissent en permanence entre eux de bien des manières, s’influençant mutuellement, mettant en jeu des mécanismes de rétroaction, au niveau du climat, du vivant, des mouvements même de la Terre, etc.

 

Ce qui est nouveau dans l’hypothèse Gaïa, relativement récente, c’est sa complexité, qui rentre dans le cadre de ce qu’on appelle la systémique, ou l’étude des systèmes. La Terre est un système, voire un ensemble de systèmes liés entre eux. Elle offre donc une vision plus globale que, par exemple, la climatologie, l’étude des écosystèmes, etc., sciences qu’elle tente de regrouper.

 

L’une des idées directrices importante de l’hypothèse Gaïa est celle que la Terre est un système homéostatique, c'est-à-dire qui préserve de lui-même son équilibre, en terme de température globale, de biomasse, etc.

 

C’est cette idée qui est le nœud de beaucoup de débats, et qui a certainement servi à la récupération de l’idée dans le milieu new age.

 

En effet, il est difficile de prouver une telle idée. La Terre a connu de grands mouvements au cours de son existence, des grandes glaciations aux grandes extinctions d’espèce, au nombre de cinq ou six, et il parait difficile d’en tirer une constante qui permette de démontrer une telle allégation. On observe tout au plus que la vie se régénère toujours, après une catastrophe, mais cela peut prendre des millions d’années.

 

Il existe donc des discussions sur ce point, que je ne détaillerai pas ici, mais que vous pouvez retrouver évoquées sur la page wikipédia, notamment.

 

Cette hypothèse, quoiqu’il en soit, ne décide pas si la Terre est un être vivant au sens strict, un véritable organisme au sens strict, ou encore une divinité. Une telle chose n’incombe de toute façon certainement pas à la science.

 

Alors, la religion de notre époque, le nébuleux new age, s’empare du sujet, et décide que la Terre est divinité et être vivant tout à la fois.

 

Pourquoi pas ? Mais aussi, pourquoi ? Une telle affirmation ne relève clairement, que de la foi. Cela ne me dérange aucunement. Ce qui me dérange, encore une fois, c’est la caution scientifique qui est recherchée et effectuée sans vergogne, à tel point qu’il a fallu changer le nom de la théorie… Et oui, car les scientifiques, inventeurs de cette hypothèse, se sont retrouvés discrédités par cette rapide récupération, d’une théorie qui ne manque pourtant pas de pertinence et d’intérêt.

 

On a donc décidé d’appeler ça la « géophysiologie » ou étude de la physiologie de la Terre. Et de laisser le nom d’hypothèse Gaïa aux croyants qui s’en étaient emparés, pensant y reconnaître une vieille idée païenne… Encore une fois, soit, pourquoi pas.

 

Mais cette idée religieuse de l’hypothèse n’est pas sans conséquence. Toute idée religieuse vient avec sa cohorte de normes, d’idées et de comportements à imposer, de morale plus ou moins immanente à respecter, au nom d’une tyrannie qui ne devrait pourtant concerner que les croyants.

 

A ce propos, je vous recommande la page youtube de Christian Laurut, qui fournit une très intéressante critique de l’imposture écologiste et de la tyrannie latente qui l’accompagne.

 

https://www.youtube.com/channel/UC-b2sPxkJXnDrpU4MsObCcQ

 

J’ai déjà abordé quant à moi cette notion, et je n’y reviendrai pas dans cet article.

 

Donc, au nom d’un nouveau genre de fanatisme religieux, « on » cherche à nous imposer des idées et des comportements, ce qi est une attitude que je n’ai vraiment pas besoin de comparer avec celle de l’Eglise, notamment à l’époque des croisades et des excommunications, tellement ça me parait évident. Et ce au nom de quoi ? D’une apocalypse à venir, non pas venant de Dieu, mais venant de Gaïa.

 

Combien de fois n’ai-je pas lu ou entendu que, bientôt, la planète allait nous expulser, nous punir, nous faire disparaître ? Combien n’ont pas dit que la Terre allait exprimer sa divine colère, et nous faire connaître mille maux ? La Terre, si aimante, tout comme Dieu qui est Amour, va donc nous montrer sa rage…

 

Il y a aussi l’autre catégorie d’idées apocalyptiques : la Terre ne va pas nous punir avec méchanceté. Elle va simplement tomber malade (si elle ne l’est pas déjà), avoir une fièvre, et ses anticorps vont détruire la maladie, et la maladie, c’est nous.

 

Dans tous les cas, il y aura au choix un déluge, des séismes, une grande nuit, etc. Ça ne vous rappelle rien ? Les sept plaies d’Egypte, l’arche de Noé, etc. On est en plein dans le discours religieux de type moraliste et à tendance monothéiste. L’argument scientifique ? Zéro. La raison ? Absente.

 

On nage dans le sentiment d’une injustice qui doit être corrigée, et si un jour une météorite nous tombe dessus, évidemment, ce sera Gaïa qui se venge, car rien n’arrive par hasard.

 

Entre le Dieu Hasard des scientifiques, et le « Tout Est Déjà Ecrit et Rien n’est Hasard » de la pensée superstitieuse dominante actuelle, n’y a-t-il pas un juste milieu à trouver ?

 

Je vais vous dire ce que je crois. La catastrophe dont on nous parle est déjà en marche. Mais l’homme ne la doit qu’à lui-même. Non pas parce qu’il a été mauvais, ou parce qu’il a été inintelligent, car l’homme sait être bon et intelligent presque autant qu’il sait être l’inverse.

 

La catastrophe écologique rampante qui est déjà en cours n’est pas un réchauffement climatique, ce n’est peut-être pas non plus un méga-séisme ni une chute de météorite (bien que ça pourrait). C’est la pollution de l’air, du sol, de l’eau, de l’alimentation, des écosystèmes, etc. Cela fera infiniment plus de victimes qu’un misérable degré de plus ou deux, et cela a déjà commencé.

 

Voilà. Cela a déjà commencé.

 

Mais ça fait pas de feu d’artifice, d’explosions comme à Hollywood, ça ne fait pas de tapage. Le plancton ne meurt pas en se prenant une balle dans le cœur et en disant ses dernières paroles à son meilleur ami. Il crève en silence. La fièvre de Gaïa, elle est là.

 

La Terre ne va certainement pas, un jour, avoir un grand frisson, et nous tuer par sa propre méthode. Car la Terre, elle n’est pas en danger.

 

Ce qui est en danger, ce sont les biotopes, la nature qui peuple sa surface et dont rien ne dit qu’elle ne peut pas se passer. Les autres planètes vivent sans cela. Elles n’ont puni personne pour ce faire. Elles sont.

 

Le drame bruyant, le cataclysme sensationnel, c’est l’homme qui l’imagine, car c’est pour lui un divertissement comme un autre que de s’imaginer vivre quelque chose d’exceptionnel. Mais le virus qui nous tuera ne fera pas de trailers bien rythmés, ni de clips techniquement maitrisé pour s’annoncer. Il est déjà là, nous ronge, ronge le milieu dont nous dépendons.

 

Nous n’avons pourtant commis aucune faute. Nous avons vécu notre vie, nous avons eu des idées, des croyances, mais il n’existe pas d’espèce complexe qui ait survécu plus de quelques millions d’années. L’homme peut encore se montrer être l’exception, mais rien n’indique que ça doive être le cas. Nous avons vécu une seconde sur les 24 heures d’existence supposée de l’univers. A la prochaine seconde, nous aurons disparu, peut-être, simplement parce qu’ainsi va la vie, et qu’à l’homme succèderont des formes vivantes adaptées à l’environnement surchargé de polluant qu’il aura généré.

 

Pas de générique mélodieux ni personne devant l’écran pour sangloter devant notre destin. Juste la vie qui suit son cours, la Terre qui poursuit son mouvement autour du soleil, jusqu’à ce que, elle aussi, toute divine qu’elle puisse être, elle finisse calcinée et dévorée par celui-ci.

 

Voilà. Ce n’est que mon avis.

 

J’ai beau être « chamane », je ne vois pas, lorsque je regarde le monde autour de moi, de morale, de punitions ou de récompenses. Ça n’existe que dans notre imagination d’êtres faibles et fragiles qui veulent que les choses aient un sens et une finalité qui puisse s’intégrer à l’étroitesse de nos vues. Nous sommes des enfants qui ne comprenons pas le monde, qui essayons de le comprendre et de le maitriser, que ce soit par la connaissance ou par la croyance, par la science ou par la religion.

 

On taxera cette vision de nihiliste. Et alors ? Moi je trouve beau le monde tel qu’il est. Oui, l’homme le salit. Oui, ça lui retombera sur le coin du nez. Oui, c’est de sa faute, et non pas de celle d’un créateur qui l’aurait conçu imparfait pour qu’il ne puisse rien faire d’autre de son existence que de se tromper, de commettre des fautes dont il faudrait alors s’amuser à le punir. Tout ça ne tient pas debout, en aucun point, ni en aucune façon.

 

L’homme est le fils de la nature. Il a une responsabilité envers lui-même, et envers sa mère qu’est la nature. Je parle de relations filiales, familiales, voire pour quoi pas, amicales, ou même d’amour et de passion.

 

Si cet homme a commis tant d’erreurs, ce n’est ni parce qu’il était mauvais, ni parce qu’il était inintelligent. C’est parce qu’il ne s’aimait pas, qu’il n’aimait pas sa condition, et qu’il lui a fallu lutter contre cette condition, et ce manque d’amour, en recherchant toujours plus d’accumulation de biens qui lui donnaient un sentiment de sécurité, d’utilité, de puissance et donc de valeur. Cette valeur qu’il recherche, tente de combler son manque d’amour, mais elle le conduit dans cette fuite en avant perpétuelle qui fait qu’il ne peut jamais se contenter de ce qu’il a. Et donc, il poursuit des buts de productivité qui exercent une telle pression sur la nature que celle-ci ne peut plus suivre. Elle se gorge de ces polluants et de ce désamour que l’homme verse sans discontinuer dans son milieu.

 

Ce dont l’homme mourra, ce n’est pas de la colère de la Terre, pas de la punition d’un Dieu. Il mourra de n’avoir pas su se contenter de ce qu’il est, d’avoir trop demandé à lui-même autant qu’à son milieu.

 

Je ne sais pas si j’ai raison. Je sais en revanche que j’ai présenté ici une vision plus spirituelle des choses qu’aucune religion ne vous donnera jamais. La religion ne donnera toujours qu’un sentiment de confort né de l’ignorance, qui elle-même s’alimente à la source de l’impuissance que le croyant a envers le monde.

 

C’est pourquoi, si je devais faire un choix entre esprit religieux et scientifique, malgré tous les travers de ces deux domaines humains, je choisirais sans hésiter la science. Une science différente que celle d’aujourd’hui, plus aimante, plus compatissante, moins froide, plus intuitive, plus complexe, plus acceptante, moins repliée sur elle-même. Car la science, messieurs-dames, signifie Connaissance. Là où la religion n’a jamais vendu que la croyance, qui n’est qu’ignorance pour les masses.

 

Le new age est la forme que la religion a pris de manière majoritaire, de nos jours. Une religion sans pape, mais pleine de gourous. Une religion sans bible, mais pleine d’ouvrages incultes qui noient les œuvres de l’esprit les plus intéressantes dans un océan de conneries. Une religion sans dogme, mais pleine de certitudes qui se prétendent lumineuses parce qu’elles prôneraient soi-disant l’amour. Une religion qui se résume en fait aux marchands du temple qu’un certain messie aurait sévèrement botté, il y a quelques temps. Une religion qui, comme toutes les religions, parle aux masses de gens qui n’ont ni les moyens ni le temps de trier les informations, et qui donc les gobent. Ah, qu’il est de bon ton de cracher sur la science « cerveau gauche », et ainsi mieux mettre à l’écart un sentiment désagréable d’infériorité lorsqu’on est confronté au savoir… Le cerveau droit exclusif ne donne rien de mieux. Il est même souvent pire.

 

Dans la construction de l’être vivant, l’émotion vient avant la réflexion. Dans la constitution de la personne humaine, l’émotion est donc une formation primaire par rapport à la réflexion, qui est une construction plus évoluée. Ce n’est pas le « cerveau gauche » qui est responsable des maux de la Terre et de l’homme. C’est le manque d’équilibre entre les deux modes de relation au monde.

 

On pourrait même, si on le voulait, démontrer en quoi la pollution pourrait être un effet d’un excès de cerveau droit « intuitif » et « aimant ». Car c’est bien l’émotion qui conduit à ce manque d’estime que l’homme a envers lui-même. La réflexion, elle, pourrait l’aider à prendre de la distance vis-à-vis de cela, à considérer que ce n’est pas si important, que ça ne vaut pas de construire des cathédrales et des usines à la gloire du génie humain… L’homme court après sa propre estime, et c’est ainsi que le cerveau droit (intuition, religion, new age), cherche en vain l’accord et le réconfort du cerveau gauche (réflexion, analyse, science). C’est donc l’excès de cerveau droit, la prédominance des émotions, par comparaison à un état d’équilibre, qui, en dépit de sa bonne volonté, peut-être responsable des maux humains, de la bêtise humaine : un déficit d’utilisation de l’intelligence (et non l’inintelligence).

 

Bon, je vous épargne les idées qui relativisent les stéréotypes sur les hémisphères cérébraux, qui ne seraient pas aussi typées qu’on veut bien généralement l’affirmer mais l’idée est là : l’homme court, à cause d’une sorte de carence émotionnelle chronique, après les réalisations, au lieu d’apprendre à être. Au lieu de rechercher l’équilibre, au lieu d’user enfin de son intelligence tant utilisée à l’ingénierie ou à la conquête territoriale ou de ressources (autre nom de la guerre), et si peu à prêter attention à soi (pour commencer), et aux autres (pour continuer). Car pour comprendre l’homme, il faut se comprendre soi, d’abord. Aucune religion, même new age, avec sa cohorte de machins de développement personnel visant prétendument à l’expansion de l’être (mais bien souvent en fait à le faire fonctionner en adéquation avec les fonctionnements primaires du système dominant), ne vous l’apprendra. Car pour se comprendre soi, il faut commencer par avoir un minimum confiance en soi, au lieu de confier une partie de ses responsabilités de développement à des « maitres » et à des gourous en tout genre, fussent-ils managers, coachs, et j’en passe.

 

Je me suis joyeusement éloigné de mon sujet, mais j’ai estimé que ce hors-sujet était en fait tout à fait dans le propos. Et puis c’est mon blog, je fais ce que je veux, non ?

 

Pour résumer. L’hypothèse Gaïa fait l’objet d’interprétations et de récupérations diverses. J’ai parlé des interprétations religieuses propres à la sphère new age, mais j’aurais pu choisir de m’intéresser aux interprétations et critiques scientistes. Tout le monde a tort (moi aussi, sûrement). L’hypothèse Gaïa n’est qu’une étude de la géophysiologie. Il n’y a pas à la critiquer comme trop spiritualiste, ni à la ramener dans le giron d’une religion qui ne s’admet pas comme telle (le new age, si vous avez suivi). Il n’y a qu’à la prendre comme telle, et à la faire évoluer pour qu’elle colle au maximum à la réalité. Il y a à commencer à mettre en œuvre notre intelligence, au lieu de céder à toutes formes de paresses comme « Bof, Dieu nous punira de toute façon, repentissons-nous. » ou encore aux idéologies sans courage ni pertinence comme celle du développement dit durable.

 

Sinon, l’homme mourra de sa bonne mort, et il n’y aura personne pour enterrer le dernier cadavre.

 

Quand on me parle de spiritualité et qu’on me balance des théories new age qui utilisent des petits morceaux choisis de théories scientifiques, je ris intérieurement (car je suis poli). Mais je ris jaune, car ces récupérations honteuses sont l’œuvre de la paresse intellectuelle autant que de la soumission à des idées bigotes moyenâgeuses que je préfèrerais voir éteintes depuis longtemps, mais qui ont simplement pris une forme moderne, une forme adaptée à la société de consommation, adaptée à cette société qui réclame performance et obéissance, ce en quoi elle n’a rien de différent d’une armée de croisade médiévale. Je ris donc jaune, car les croisés sont toujours parmi nous, ignorent qu’ils en sont, sont souvent souriants et sympathiques (parce que ça aider à « performer » et à être intégré), et mènent des croisades délirantes contre des moulins à vent.

 

Et pendant qu’ils font planter des arbres pour qu’on puisse continuer à vendre des journaux imprimés avec des encres contenant des métaux lourds toxiques, et infiltrent des centrales nucléaires pour créer la sensation, on continue, lentement mais sûrement, de scier la branche sur laquelle on est assis.

 

Je ne sais pas trop comment conclure ce très long article qui m’a mené à aborder différentes problématiques à différents niveaux. Je suppose que je dois résister à la tentation de le reprendre et de le corriger, pour laisser ma réflexion intacte, et montrer quelle continuité je fais entre la déformation d’une théorie, et ce que cela dit à la fois de l’homme, et d’une certaine époque à laquelle il vit, c'est-à-dire celle-ci. Car tout est imbriqué, tout est lié, et nos compromissions à des niveaux parfois anecdotiques peuvent révéler quelque chose de très lourd et de très signifiant sur notre nature. Nos moindres actes, nos façons par exemple d’être constamment dans le compromis entre vivre notre vie et quand même trier et recycler les déchets (alors que c’est en fait un business qui s’intègre dans le capitalisme moderne et ne résout absolument rien…), en disent long sur l’incapacité de l’homme à faire ce qu’il faudrait vraiment pour « sauver » la nature.

 

Je me hasarderai donc à une conclusion qui pourra choquer certains : peut-être n’y a-t-il tout simplement rien à faire pour sauver la nature. La nature nous survivra, même si elle sera encore polluée dans des millions d’années (car c’est déjà irrémédiable avec le nucléaire, les PCB et j’en passe), et ce qui importe est peut-être ailleurs.

 

Pour enfin avoir une relation saine avec notre environnement, il faudrait commencer par nous. Non pas essayer d’avoir des pensées et des comportements sains. Je ne crois pas à ces théories de « lumière et d’amour », du tout. Je crois à l’honnêteté et à l’authenticité, or la lumière fait toujours écran avec la vérité. Elle génère ombres et aveuglement jusqu’à l’intérieur de l’être. Etre halluciné signifie être en quelque sorte « touché par la lumière ». La lumière est donc à l’origine des illusions. Mais plutôt donc être honnêtes avec nous-mêmes. On ne peut pas vivre en harmonie avec la nature sans faire des renoncements. Il faut donc faire un choix. Renoncer, ou continuer. J’observe que l’homme continue, et ne renonce pas. C’est comme ça, sans doute. Faudrait-il l’obliger à renoncer ? Lui créer une dictature écologiste ? Ça me semble déjà bien en route… mais je doute qu’une telle tyrannie puisse parvenir à quoique ce soit de bon, et donc, je ne crois pas à une telle solution. Je crains pourtant qu’on en voit le bout de la queue, dès aujourd’hui, pourtant.