Introduction

 

Cela me trottait dans la tête depuis un certain temps. Une réflexion autour de la question de la rationalité à notre époque. Si ce genre de condition ne vous intéresse pas, je vous invite à passer directement au chapitre sur les faits, ou sur les arguments. En revanche, si le cheminement vous intéresse...

Récemment je me suis replongé dans des discussions diverses sur plusieurs sites, et c’est à la lumière d’un de mes derniers échanges que je me suis décidé à me lancer. Mes lecteurs habituels savent que je ne crains pas de dénoncer les dérives dogmatiques de la pensée contemporaine, aussi bien dans la science que dans le new-age, la spiritualité, mais pourquoi pas aussi la politique, etc. Il s’agit en fait d’une lecture en filigrane du déficit de rationalité dans tous les domaines de l’activité humaine. Attitude présomptueuse, me direz-vous, prétentieuse diront même certains. Probablement, mais nécessaire.

Mais venons-en au coeur du sujet. Je suis toujours frappé pas les biais que peut emprunter la pensée de mes contemporains. Non que je sois le détenteur de la bonne façon de penser, que j’ai raison en tout, non… Il y a des choses qui sont à abandonner aux domaines de l’opinion libre de chacun, et il est parfaitement sain et normal que nous ayons tous des points de vue différents. Ce n’est pas de cela que je parle. C’est que, quoique je fasse, je finis toujours par rencontrer quelqu’un qui, choisissant son argument d’autorité favori – ce peut-être la science, qui a toujours bon dos, ce peut-être un idéologue quelconque, ou pourquoi pas un Dieu ou un écrit sacré – parvient à prétendre que le blanc est bleu, ou que la guerre c’est la paix, ou ce genre d’énormités. Aussi, à chaque fois, je m’interroge sur cette folie qui prend parfois des gens apparemment aussi censés que moi. Ne m’arrive-t-il pas, moi aussi, de divaguer ? Oui, sans aucun doute, cela m’arrive. Mais dois-je pour autant laisser passer certains propos ? Entendons-nous, la plupart du temps, cela porte sur des choses assez anecdotiques et alors je me dis « Le chien aboie et la caravane passe. » Mais parfois cela porte sur des choses d’une telle gravité qu’il serait irresponsable de se taire. Et dans ces cas-là, à l’instar d’Orwell, je me dis « La liberté, c’est de pouvoir dire que deux et deux font quatre. »

Or, quelle ne fut pas mon indignation lorsqu’un interlocuteur, par deux fois, à propos de l’accident de la centrale nucléaire, ose me dire que « Tout va bien, il n’y a eu aucun mort à Fukushima. » ! Sidéré face au propos de ce monsieur par ailleurs cultivé, instruit, généreux de son savoir, je m’interroge. Comment peut-on en venir à dire de pareilles contre-vérités ? Est-ce l’effet d’un banal manque d’information ? Ou bien est-ce plutôt une sorte d’aveuglement auto-entretenu par la personne pour préserver son opinion pro-nucléaire ? Car oui en effet, ce bon monsieur, et c’est son droit, professe à qui veut bien l’entendre, entre deux cours magistraux sur divers points scientifiques, que le nucléaire n’est pas si dangereux que ça. Bref, ce monsieur vend sa propagande en se servant de la notoriété qu’il se donne autour de ses exposés scientifiques. Bref, il se donne un argument d’autorité de facto autour de sa simple personne et de son image. Ce n’est pas parce qu’on a un bagage scientifique qu’on doit s’autoriser à endoctriner les esprits sur un sujet politique.

Même cas sur un autre site, avec une autre personne, et sur un autre sujet. Pour cette autre personne, par ailleurs cultivée et capable de discernement sur certains sujets, fait montre d’un total aveuglement sur certains sujets qui portent sur des notions ethniques. Là, la personne se transforme en hystérique qui hurle à qui veut bien l’entendre les propos d’idéologues du Ku klux klan ou d’anciens membres des divisions SS comme autant d’autorité morale et de référence intellectuelle. Vous imaginez, là encore, mon indignation devant ces dérapages.

Dans les deux cas, une chose me frappe. Deux personnes intelligentes et cultivées deviennent soudain incapables d’affronter la réalité. Le relativisme, la minimisation des faits, voire leur déni pur et simple, leur tiennent lieu de bouée de sauvetage dans un océan de déraison. C’est que l’émotion submerge la raison, probablement lorsqu’un modèle du monde est mis à mal. Mais n’allons pas nous hasarder à faire une analyse psychologisante ou stigmatisante, même si je suis totalement indigné par l’indécence de ces propos et concentrons-nous sur les faits. Dans un cas comme dans l’autre, et c’est ce qui a le plus attiré mon attention et en même temps suscité ma colère et un sentiment d’injustice, il est question de victimes réelles. Victimes de la ségrégation politique d’un côté, victime d’un choix technologique dangereux dans l’autre cas, d’où le parallèle que je choisis de faire. Or, il se trouve que ces victimes sont doublement victimes, puisqu’à chaque fois elles sont soit instrumentalisées, soit oubliées, pour servir un point de vue. C’est ce qui me scandalise le plus. On ne peut pas se servir des erreurs de victimes de la ségrégation pour minimiser leur souffrance. On ne peut pas non plus se contenter de dire qu’il n’y a pas eu de morts suite à l’accident de la centrale de Fukushima – mensonge éhonté, eut-il pour origine une ignorance bien commode en la circonstance – pour nourrir ses illusions sur le nucléaire, et pire encore, tenter de les propager. Je dénonce ici une attitude irresponsable de la part de quelqu’un qui se laisse volontiers attribuer une posture de spécialiste. Or, j’ai promis sur ce forum que je ne laisserai pas cela sans réponse et que j’allais présenter les faits. C’est pourquoi je vais laisser ici cette introduction de nature philosophique et en venir au vif du sujet, car il y a à dire.

 

 

Les arguments

Ce point est survenu au cours d’une discussion à propos du survol des centrales nucléaires françaises par des drones, ou prétendus drones, car le doute continue de planer – lui aussi – sur l’affaire. Le forum, spécialisé dans l’ufologie, ne souhaitant pas développer des questions politiques, j’ai choisi de le faire ici, car il est dommage de ne pas profiter de cette occasion pour, précisément, et contrairement à ce que souhaiterait ce bon monsieur, s’interroger sur la menace que fait peser sur nous le nucléaire civil actuel, question ravivée par cette affaire des survols.

Tout d’abord, je le précise au cas où ça ne serait pas déjà assez clair : même si, pour ma part, je suis formellement opposé au nucléaire civile pour les raisons que j’exposerai plus bas, il ne s’agit pas de mener un énième débat pro/anti nuke, style de débat qui ne mène à rien, puisque chacun campe habituellement sur ses positions (jusqu’à ce qu’éventuellement la réalité les rattrape), mais de présenter dans un premier temps des faits, et ensuite quelques réflexions d’une autre nature.

L’argument contre lequel je me bats (« pas de morts suite à l’accident de la centrale ») n’est que l’axe de base d’une argumentation plus générale sur l’aveuglement dont certains veulent bien faire preuve concernant le nucléaire. Cet argument, faux comme on va le voir bientôt, prend place dans un argumentaire global qui peut se définir par cette citation approximative de ce monsieur que je ne nomme pas, et envers qui je n’ai pas d’animosité, mais disons, une certaine perplexité : « Le nucléaire n’est pas si dangereux que ça, c’est la propagande des anti-nuke qui répand cette idée fausse ». Fausse ou exagérée, on aura compris.

 

Bon, ça c’est un point de vue : « pas si dangereux que ça ». Emploi d’un lexique relativiste pour minimiser le discours de « l’ennemi ». Un ennemi, on l’aura compris, un peu simplet, un peu naïf, un peu inculte, un peu romantique, bref un gentil innocent qui n’a rien compris. D’autres auraient dit un bobo, un idiot utile à la solde des gangs du pétrole et du parrain CO2. Bon d’accord, il n’a pas dit ça, n’empêche que ça rentre dans l’argumentaire classique du défenseur du nucléaire civil ayant bien appris sa leçon. Et pour le coup on est typiquement dans mon sujet : un dangereux déficit de rationalité dans le traitement du sujet.

Tout serait de bonne guerre après tout, si des faits ne venaient pas étayer leur folle innocence.

Mais le pro-nuke aime gloser, voire se gausser plus ou moins ouvertement de ces enfants turbulents et peu assidus que représente l’ennemi anti-nuke, dans une logique manichéenne tout à fait désolante. Et alors, comme c’est typique de celui qui pratique l’aveuglement sélectif, il aime bien pratiquer la rhétorique, dernier refuge de celui qui décide de vivre dans le déni. L’amalgame, la moquerie, le relativisme et la minimisation sont particulièrement appréciés. Ainsi si l’on évoque la notion de risque, le rhéteur aura beau jeu de comparer le risque nucléaire avec des risques qui sont d’une nature sans commune mesure, par exemple les accidents de la route, les explosions de bouteille de gaz, le risque psychosociologique associé aux rapports sociaux, le danger représenté par les escaliers, ou encore les empoisonnements alimentaires. Bref, le pro-nuke pratique la mauvaise foi puisque, dos au mur, il ne peut se servir des faits, qui sont contre lui, pour venir à son secours. Et si l’interlocuteur balaie ces arguments rhétoriques et sans consistance d’un revers de la main, puisqu’ils ne sont que jeu de l’esprit utilisés pour réduire les faits, c’est que l’interlocuteur est un peu idiot, idéaliste qu’il est, et alors il faut lui réexpliquer en parlant lentement. Quitte à ressortir les mêmes « arguments » au mot près. Pas de morts à Fukushima. Vous avez compris, cette fois ?

Dans la catégorie des arguments visant à minimiser la dangerosité du nucléaire, on peut faire appel aux autres maux du monde industriel, par exemple la silicose familière des travailleurs du charbon. Autrement dit, mourir de la silicose ou d’une leucémie induite par la radioactivité, quelle importance ? Ce cynisme un peu court laisse pantois le stéphanois que je suis, vivant à moins de 400m d’une ancienne grande mine de charbon. On peut donc prendre des victimes d’une autre technologie et les mettre sur les plats d’une balance en face de ceux du nucléaire et dire « regardez, le nucléaire c’est pas si grave, il y a la silicose, aussi ! » Non mais vous êtes sérieux ? Est-ce que ça marche dans l’autre sens, aussi ? Les vieux mineurs de mon coin seraient tellement heureux de savoir que d’autres meurent du nucléaire à leur place, à présent… J’imagine si les tuberculeux d’il y a un siècle avaient su ça, ils se seraient vraiment tapés sur le ventre. Le problème est la civilisation industrielle productiviste-consumériste, mais ça ne viendrait pas à l’idée de pratiquer quelque chose d’aussi radical, bien sûr. Ce serait déjà s’attaquer au diktat de la techno-science bienfaisante, avec tous ses scandales médicaux, mais passons… Le nucléaire c’est pas si grave, on peut crever du Mediator, aussi… On ne connaît pas notre chance, vraiment.

L’une des plus belles analogies qui m’ait été servie, argument massue s’il en est, ce sont les volcans. Ah, là je m’incline. Les volcans. J’y reviendrai.

L’argument de fond qui est toujours passé sous silence, c’est qu’à la différence des volcans ou des accidents de brouette, le nucléaire est un choix de société. Un choix que l’on aurait pu ne pas faire. Et un choix qui a été pris par quelques uns au nom de tout le monde. Ce n’est pas parce que le monde est dangereux, ce n’est pas parce que le risque « c’est la vie » - argument phare du courageux visionnaire fataliste de haut vol – qu’il y a besoin de rajouter un risque majeur non-nécessaire à cette vie, à cette planète, à notre mode de vie déjà empoisonné de toutes sortes de façon. Que certains soient prêts à faire ce choix, je veux bien le croire, et ça les regarde, que des gouvernements aient imposé cela à des continents entiers, pour ainsi dire à la biosphère toute entière, incluant tous les peuples humains, c’est une toute autre chose qu’on ne peut pas écarter comme ça par le relativisme, le réductionnisme rhétorique, ou tout autre pirouette pseudo-rationnelle de gens soumis à un ordre établi. C’est une question planétaire, géopolitique majeure, et lorsqu’on a la prétention de se questionner de manière pertinente sur la question des rapports entre les OVNI et le nucléaire, c’est un point dont on ne peut tout simplement pas faire l’économie. Mais il est vrai que quand on pratique l’aveuglement quant à des victimes qui n’existeraient pas alors qu’elles existent, on peut décider d’appliquer sélectivement cet aveuglement à ce point là aussi, et à d’autres.

Le fait que cet aveuglement ne serve qu’à dissimuler des preuves des aspects délétères à une échelle hors du commun du nucléaire, est bien la preuve qu’il ne s’agit de rien d’autre que d’une posture partisane, et c’est pourquoi j’insiste dans cette dénomination « pro-nuke », bien qu’elle m’horripile. C’est en effet l’un des points de mon argumentation ici : pourquoi la rationalité s’éteint-elle, ou du moins pourquoi ferme-t-elle un œil, dès que survient un débat dans lequel on est partisan ? D’où le besoin que je ressens de démolir cette posture par excellence antirationnelle, dans laquelle nous pouvons tous avoir tendance à tomber à un moment ou à un autre.

Un dernier point avant d’en finir sur la partie argumentaire, pour en venir sur un autre argument massue du pro-nuke : « il est très improbable qu’un accident majeur survienne, il est donc irrationnel de craindre ce risque. » Irrationnel ? Si l’on met en chiffre tous les autres facteurs de risques liés aux choix énergétiques sur le territoire français, incluant les explosions de centrale à hydrocarbure et les ruptures de barrages hydroélectriques, risques qui sont très épisodiques, instantanés et très localisés, selon comment on calcule, on tombe sur des facteurs de risques qui vont de 0 à 10 morts par an, en arrondissant à la dizaine supérieure. Il s’agit de risques mineurs (sauf les ruptures de barrage qui peuvent faire de gros dégâts, mais un seul accident majeur a été répertorié en France en 100 ans, et il constitue d’ailleurs l’essentielle partie dans ce calcul, sans lui on serait en fait très très proche de zéro). A la différence, un seul accident nucléaire majeur en France ferait probablement aussitôt des centaines de milliers de victimes, or la France compte 1/8e des réacteurs de la planète sur son territoire… Sachant que même un accident lointain peut faire des morts, au fil des années, mais que cela est très difficile à établir, on fera une estimation basée sur les chiffres de Tchernobyl et de Fukushima en cas d’accident en France, et on tombera sur une évaluation qui va – en prenant en compte l’espérance de vie du parc nucléaire français, d’environ 60 ans – de 0 à 10 000.

Il n’y a plus qu’à comparer : un facteur de 10, à la louche, pour tous les facteurs de risque énergétique autres que nucléaire, un facteur de 10 000, soit mille fois supérieur, pour le nucléaire à lui seul. En quoi est-ce donc irrationnel de considérer le risque nucléaire avec plus d’égards que le reste ? Le risque n’est pas hypothétique, il est réel, et massif, seule sa probabilité est, en effet, difficile à évaluer. Mais ce n’est pas parce qu’un risque est improbable qu’il n’existe pas. Il y a une chance sur 13 millions de toucher le gros lot au loto, pourtant il y a toujours quelqu’un, parfois plusieurs à la fois, qui touchent le gros lot, à cause de la loi des grands nombres. Or, lorsqu’il y a en permanence plusieurs centaines de réacteurs en activité sur la planète, on finit par tomber potentiellement sous le coup de la loi des grands nombres : cela se vérifie par les faits. Savez-vous que Fukushima a obligé à réévaluer sérieusement le risque nucléaire ? En effet, avec Three Mile Island, nous en sommes désormais à un accident majeur tous les 20 ans, ce qui est statistiquement significatif… Il n’y a donc rien d’irrationnel dans le fait de considérer le risque nucléaire à part des autres. Il n’y a rien non plus d’irrationnel à considérer que le risque est statistiquement significatif. Ce qui est irrationnel, c’est de nier cela. Car cela, ce sont des faits.

Ceci étant dit, passons-en au plat de résistance. Les faits, justement.

 

Les faits

Les faits, donc. L’accident nucléaire de Fukushima aurait fait moins de morts que la seconde guerre mondiale, mais aussi que la première, moins que le Vésuve, moins que la dernière rixe à Naples, même moins que la dernière fois que je me suis rasé. Aucun mort. Tchernobyl aussi, c’était beaucoup de bruit pour pas grand-chose. Pas plus de quelques centaines de milliers de cancers, quelques misérables malformations et autant de vies gâchées, une région ruinée, des centaines de « liquidateurs » (vous savez, ces ouvriers envoyés manu militari sur le site juste après la fusion du cœur) tous morts de s’être sacrifiés pour éviter que la catastrophe ne prenne encore plus d’ampleur. Oui, parce que ça a failli être encore pire… Mais ok, on a compris, ça ne peut presque pas se reproduire, et puis on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs d’autruche. On m’a sorti je ne sais quel argument peu clair sur les sous-traitants. Parlons-en. Justement, en France, le nucléaire dépend en large partie de sous-traitants qu’EDF est incapable de chapeauter correctement. Si vous avez bien lus les différents articles passés pendant toute cette période d’hystérie autour des drones, vous aurez peut-être remarqué celui-ci :

http://journaldelenergie.com/nucleaire/reservoirs-fuyards-a-la-centrale-nucleaire-de-gravelines/

 

Mais ce n’est qu’un cas parmi tant d’autres.

Venons-en à la question centrale. Pas de morts après l’accident de Fukushima, vraiment ? Regardons donc de plus près, prenons la source la plus évidente, wikipédia :

Sur les 300 000 personnes de la préfecture de Fukushima qui ont évacué la zone, jusqu'en août 2013, d'après les chiffres de la Croix-rouge157, approximativement 1 600 morts seraient liées aux conditions d'évacuation, comme l'hébergement en abris d'urgence ou en logement temporaire, l'épuisement du aux déplacements, l'aggravation de maladies existantes consécutives à la fermeture d'hôpitaux, les suicides, etc., selon les chiffres de l'Agence de reconstruction complétés par une mise à jour effectuée par le journal Mainichi Shimbun.

Mais que ces gens sont impressionnables, dites-moi… Que va-t-on me dire, à ce sujet ? Que les morts par suicide ou causés par la panique ne comptent pas, parce que c’est pas du jeu ? Les centrales à gaz, à pétrole ou à charbon (qu’on m’a servi comme « contre-argument ») causent-elles des morts par panique ? Causent-elles des évacuations de zones de 20km de rayon ? Il y a en permanence entre 100 et 200 volcans en éruption, sur Terre, dont 50/60 sont en surface. Combien font-ils de morts chaque année selon vous ? Cela dépend, en moyenne moins d’une centaine par an au total ; même le Mont Saint Helen n’a fait que 57 morts en 1980. Fukushima a tué plus de monde que tous les volcans du monde ces 15 ou 20 dernières années. Vous voyez… On peut prendre les problèmes par l’angle qu’on veut, on peut toujours se donner raison… lorsqu’on utilise la rationalité de manière sélective.

Mais on a sans doute voulu me dire que la radioactivité en elle-même n’avait pas causé de morts, ce qui, au demeurant, reste à prouver. Mais il est certain qu’il y en aura, et il est irresponsable, malhonnête, de le cacher pour préserver une vision fausse basée sur des mensonges que l’on se raconte. Car des victimes de la radioactivité, il y en a, il y en aura encore, et je ne peux pas accepter qu’elles soient passées sous silence sous prétexte que des fous manipulés dramatiseraient les conséquences du nucléaire, autre argument-prétexte type de la mauvaise foi du partisan : puisque les adversaires du nucléaire exagèrent, alors nions, c’est plus facile ! Mais voilà, là aussi il y a des faits qui ne s’embarrassent pas de politesse à l’égard des dénégateurs :

http://bistrobarblog.blogspot.fr/2014/06/les-enfants-de-fukushima-sont-en-train.html

Plus de 48 % des 375.000 jeunes – presque 200.000 enfants – testés par l'Université de Médecine de Fukushima, vivant à proximité des réacteurs souffrent aujourd'hui d'anomalies précancéreuses de la thyroïde, principalement de nodules et de kystes. Le taux est en voie d'accélération. (source : Université de Médecine de Fukushima)

Oh, seulement 200 000 victimes. Une paille. Et ce n’est qu’un fait que je relève pour ne pas multiplier les liens.

Les enfants à proximité ne sont pas les seules victimes de Fukushima. L'un des responsables de la centrale, Masao Yoshida est mort à 58 ans d'un cancer de l’œsophage. Masao a héroïquement refusé d'abandonner Fukushima au pire moment de la crise, sauvant probablement des millions de vies.

Ce qui fait au moins un mort direct par le fait de l’accident et de sa radioactivité. Mais un mort, ce n’est rien, nous vivons dans un monde où les statistiques font foi, et il faut beaucoup de zéros dans les chiffres des morts pour qu’on commence à s’émouvoir. Qu’à cela ne tienne, des zéros, en voilà :

À Tchernobyl, le rassemblement de 5000 études a montré un nombre supérieur à 1 million de décès.

Un million. 1 000 000. Plein de zéros. Et pas juste de misérables cancéreux, des morts, des décès, des trépassés, des cadavres. Des vrais gens, morts. Chuuut… Pas trop haut, l’image du nucléaire, vous comprenez… Et vous ne voudriez pas qu’on dise de vous que vous êtes un bobo naïf anti-nucléaire, hein, quand même ? Et puis, on vous l’a déjà dit, ça ne peut pas se reproduire, c’est improbable, tout est prévu. Bon ok, il y a eu Fukushima, bon ok, il y a des incidents répétés sur les centrales françaises, mais c’est normal. Puis ça ne compte pas. Ces victimes non plus. Cachez ces zéros que je ne saurais voir.

Vous croyez que ça m’amuse de soulever cet inventaire ? Pas du tout, c’est absolument sordide. Ça me scandalise qu’on puisse nier ce genre de choses tout en employant un ton docte et une attitude parfois hautaine à l’égard de ceux qui « ne comprennent pas ». Je veux bien trouver toutes les excuses du monde à la partialité que nous avons tous, mais pas à l’indécence, pas à l’irrespect, au mensonge, à la dissimulation, pas à l’ignorance volontaire propagée comme étant le « vrai ». Encore moins sous le couvert d’un argument d’autorité de fait. Ça c’est dit.

 

Mais ce n’est pas tout, revenons aux faits. La catastrophe a déversé du césium et d’autres isotopes radioactifs dans l’océan et l’on a craint pendant un moment le pire des scénarios possibles : le contact du corium avec les nappes phréatiques, ce qui serait particulièrement grave puisque cela aurait signifié une contamination majeure de toute la région. Ce scénario, on y est passé très près à Tchernobyl, et peut-être encore plus près à Fukushima. C’est ce qu’on appelle le syndrome chinois :

http://www.slate.fr/story/35497/reacteur-fukushima-fusion-nucleaire-syndrome

http://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_chinois

 

Inutile de dire qu’un tel scénario aurait eu des répercussions encore pires que celle que l’on observe déjà, et que certains spécialistes estiment qu’elles sont « pires que celles de Tchernobyl ». Rien que ça. Le contre-argument habituel est qu’on a tout prévu et que c’est « vraiment pas de chance mais que ça n’arrivera jamais chez nous ». Les japonais pensaient ça, aussi. Ils étaient à la pointe de la technologie nucléaire civile, avec l’aide de nous, les français. Ahem.

Le fait est qu’on a tout prévu… sauf ce qu’on n’a pas prévu. Un concours de circonstances à Tchernobyl, un autre concours de circonstance, complètement différent à Fukushima, et un autre concours de circonstances différents à la prochaine… « On a tiré les leçons de Fukushima » dit-on pour rassurer les masses incultes et incapables de penser (heureusement, des scientifiques assistés de journaleux leur dictent ce qu’elles doivent penser…), mais comment peut-on tirer les leçons de quelque chose de différent qui n’est pas encore arrivé ?

L’un des problèmes qui s’est posé à Fukushima, c’est le fait que le tsunami a fait tellement de dégâts qu’il a complètement neutralisé les moyens d’intervention pendant des heures, en plus de détruire une grande partie de l’infrastructure électrique. Voilà ce que c’est, l’imprévu, l’imprévisible, l’impossible à gérer. Et tiens, on parlait du Vésuve pour relativiser le risque nucléaire… Savez-vous que deux centrales italiennes sont à proximité de Naples et du volcan ? Savez-vous que des centrales nucléaires françaises sont en zone sismique ou en zone inondable ? Mais on a tout prévu. Tout. Sauf tout ce à quoi on n’a pas pensé.

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/20110317trib000608882/ces-centrales-nucleaires-construites-sur-des-zones-sismiques-.html

Au Japon aussi, des marges avaient été prises. Mais personne n'avait prévu un séisme de 9 sur l'échelle de Richter entraînant ensuite un tsunami avec un vague de dix mètres. Selon le concept à la mode de "cygne noir" ("black swan"), la particularité des événements exceptionnels est souvent de...ne s'être jamais produit avant.

Au moins 5 centrales françaises sont en zone sismique « modéré ». Il faut savoir que modéré ne veut pas dire grand-chose. On ne parle pas du chat de Schrödinger qui est dans un état indécidable. On parle de quelque chose qui arrive ou qui n’arrive pas. Et pour le moment c’est ça qui est indécidable : la survenue ou non d’une catastrophe majeure pendant le temps d’exploitation d’une centrale. Alors parler du risque de cataclysme naturel pour le mettre en balance avec le risque nucléaire alors qu’il en est potentiellement un facteur aggravant prête à sourire… jaune.

L’inondation d’une centrale pourrait-elle arriver en France ? Le pro-nuke me dira « c’est extrêmement improbable, vous pouvez dormir tranquille. » Je dors tranquille, je ne vis pas dans la peur, j’essaye au contraire de vivre dans la raison, c’est pour cela que je n’habite pas dans une cage aux lions ou un nid de serpents.

C’est donc très improbable. Pourtant c’est arrivé.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Inondation_de_la_centrale_nucl%C3%A9aire_du_Blayais_en_1999

Pourtant on croyait avoir tout prévu… Depuis, des mesures ont été prises, lisez-bien la rubrique « les suites », c’est édifiant. Bordeaux ne fait pas partie du périmètre de sécurité, et la route d’accès à la centrale demeure inondable. Non vraiment, dormez tranquilles, braves gens. Le nucléaire c’est l’avenir… Mais quel avenir ?

http://www.dissident-media.org/infonucleaire/page_blayais.html

Ce jour-là, selon la presse alternative Dissident Media3 : on a frôlé la catastrophe majeure2,4. De nombreux journaux ont mentionné un « accident »5. Pourtant, l'incident a été classé au niveau 2 seulement sur l'échelle INES.

L’accident de Fukushima avait d’abord été classé de niveau 4, puis 5, 6, avant d’être reclassé au niveau 7, qui est le maximum prévu par cette échelle. Certains spécialistes ont tout de même envisagé qu’un niveau 8 soit ajouté, spécialement pour Fukushima, notamment dans l’éventualité ou le cas du « syndrome chinois » se vérifierait, ce qui heureusement, ne fut pas le cas. On voit qu’il est très facile, selon cette classification, de sauter 3 ou 4 degrés d’un seul coup, donc jusqu’à quel point peut-on faire confiance à cette classification, et jusqu’à quel point doit-on considérer que la crainte d’un accident majeur au Blayais relève de l’alarmisme de paranoïaques ou de la vigilance de citoyens responsables ?

Comme l'explique Christophe Quintin, responsable de la division nucléaire à la DRIRE (Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement) de Bordeaux, « si le SEC avait lâché, on se retrouvait dans la configuration de l'exercice fait à Golfech en novembre dernier, où l'on avait simulé la fusion du cœur de la centrale au bout de dix heures ». La fusion du cœur étant l'accident le plus grave qui puisse survenir à une centrale nucléaire et peut conduire à la rupture de l'enceinte de confinement.

Cette possibilité est tellement prise au sérieux que les experts de l'Institut de protection et de sûreté nucléaire (ISPN) calculent actuellement quelle a été la probabilité de s'en approcher le 28 décembre dernier.

Il semblerait que ce ne soit pas si fantasmatique que cela… Encore une fois, il suffit d’un concours de circonstances malheureux et c’est le drame. Le propre de ces évènements étant de se révéler sous un jour qu’on n’avait pas prévu.

Selon le commentaire de Jérôme Goellner, " notre appréciation, c'est qu'on n'est pas passé près de la catastrophe, mais qu'il s'agit d'un incident vraiment sérieux, le plus grave de l'année, et qu'il s'agit d'un problème de conception. L'eau s'est répandue par des galeries techniques munies de portes coupe-feu conçues pour protéger d'un incendie, qui n'ont pas résisté à l'eau. C'est aussi sérieux que l'incident de Civaux en mai 1998. "

Donc, l’accident majeur est-il vraiment un fantasme improbable qui n’existe que dans la tête des fous et des inquiets ? Ces incidents se produisent tout le temps. Il y en a encore eu un aujourd’hui, pendant que j’écrivais ces lignes. Synchronicité ? Non, probabilités élevées, tout simplement. C’était le 6e incident en 6 jours.

http://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incidents-des-installations-nucleaires

L’immense majorité de ces incidents sont sans gravité, mais il ne faut pas les ignorer. La plupart du temps, c’est un truc bête comme des règles de sécurité non respectées mais sans conséquences factuelles. Il n’empêche que c’est un problème sérieux, car justement, l’argument habituel du « pro-nuke » c’est que les protocoles de sécurité sont rodés, efficaces, redondants, c'est-à-dire que pour chaque problème imaginé, plusieurs vérifications sont prévues, et que tous ces signalements et la transparence qui va avec sont même la preuve que tout cela fonctionne bien. Regardons-y de plus près en prenant un incident récent, pratiquement au hasard :

http://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incidents-des-installations-nucleaires/Indisponibilite-du-turbo-alternateur-de-secours2

Evènement daté du 5/12/2014, il y a trois jours.

Le 19 octobre 2014, l'exploitant de la centrale nucléaire de Cruas-Meysse a déclaré à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un événement significatif pour la sûreté relatif à l’indisponibilité du turbo-alternateur de secours du réacteur n°3.

Défaillance significative d’une partie du système de sécurité, tiens. Et si… un problème plus grave arrive en même temps ? Vous savez, le fameux concours de circonstances… Erreur humaine, catastrophe naturelle, voire erreur humaine conséquente au stress d’une catastrophe plus dysfonctionnement de la hiérarchie de la centrale parce que le chef est en vacances au pire moment, ou un technicien qui ne retrouve plus ses clefs, etc.etc. Ah oui mais alors là, quelle paranoïa, vraiment… Vous êtes fous mon bon monsieur, ce sont des choses qui n’arrivent jamais ! … sauf quand elles arrivent.

Et oui mais il faut vivre dangereusement. N’est-ce pas.

Pour la petite histoire, cet évènement a été classé niveau 1. 7 c’est 1+1+1+1+1+1+1 = concours de circonstance. Voilà. Du calme, « Aucun mort » me souffle-t-on à l’oreille. Encore heureux ! Sinon on en aurait parlé et il aurait encore fallu déployer des trésors de rhétorique pour calmer ces fous qui croient irrationnellement au danger du nucléaire civil.

 

Revenons à Fukushima. On a évité le pire : pas de syndrome chinois. Bon. « Seulement » un mort direct, « seulement » 1600 morts, « seulement » 200 000 pré-cancers de la thyroïde chez presque la moitié des enfants de la région. Seulement 300 000 personnes évacuées (tant pis pour les autres, beaucoup de gens restent en zone contaminée…), seulement 27 000 téra-becquerels répandus en 4 mois dans le pacifique, et ce, seulement jusqu’en 2018 où la radioactivité se sera diluée. On nage dans le bonheur. Là aussi, regardons de plus près.

http://www.sudouest.fr/2014/03/10/pollution-de-fukushima-la-chaine-alimentaire-touchee-par-la-contamination-1486541-5010.php

La centrale fuit dans l’océan, malgré le dispositif installé par Tepco. Une partie de la radioactivité est donc déversée directement dans le pacifique… Cette radioactivité est considérée comme « relativement élevée » par l’Agence japonaise de sûreté nucléaire elle-même. Mais le problème principal ne serait pas là :

Mais force est de constater qu'il y a de plus en plus de spécimens analysés contaminés. Notamment un bar, en juin 2013, dont la teneur mesurée était de 1000 bq par kilo ! Quand la teneur maximale admissible est de 100 bq par kilo.

Le véritable danger serait donc pas la pollution de l'eau elle-même ?

Exactement. La teneur en Cs 137 de l'eau de l'Océan Pacifique est préoccupante. Mais le danger réside bien dans la concentration de la radioactivité dans certains organismes marins tout au long de la chaîne alimentaire.

 

La chaine alimentaire du pacifique est touchée, et la pollution s’étend au moins jusqu’en Amérique du nord, et les pays de la côte pacifique se nourrissent en partie du produit de la pêche océanique, or :

Cette contamination ne va avoir qu'une seule tendance dans les prochaines années : l'augmentation. Les thons sont des poissons qui peuvent vivre jusqu'à 30 ou 40 ans. Ils ont tout le temps de concentrer les produits radioactifs en mangeant des petits poissons qui eux-mêmes ont mangé du plancton radioactif. Il ne faut surtout pas oublier, par ailleurs, que les rejets n'ont pas cessé à Fukushima. Ils sont diffus, plus ou moins contrôlés, plus ou moins connus. Mais la catastrophe n'est pas arrêtée. La source n'est pas neutralisée. Cela continue.

Il est important en effet de le savoir. Les rejets continuent, et à l’inverse de l’eau qui elle va inévitablement diluer la pollution, au contraire celle-ci se concentre dans les organismes vivants…

J’en vois d’ici venir pour comparer les mérites respectifs de cela et d’une marée noire… Mais les isotopes provenant de Fukushima ne se contentent pas de faire trempette puisqu’ils sont détectés sur toute une partie du continent nord américain, pas découragés par les frontières ni par le littoral. Sans danger pour la santé, disent les médias en chœur, ça va de soi, le relativisme étant la règle dans le traitement de ce type de problème, pour ne pas alarmer les populations. Entre les mensonges d’états et l’alarmisme pseudo-écolo, on ne sait qui croire, d’autant que, si vous suivez l’affaire, on sait que Tepco a menti en permanence depuis 3 ans et demi, adaptant à chaque fois son discours à de nouveaux faits qu’ils ne pouvaient plus nier. Tepco estime désormais, de son propre aveu, qu’il faudra au moins 30 ans de travaux pour réparer les dégâts, c'est-à-dire qu’il va falloir dépenser la force de travail de plusieurs milliers de travailleurs pendant 30 ans, uniquement pour limiter les dégâts, éponger un peu, puis ensuite seulement, démanteler si possible.

http://french.ruvr.ru/news/2014_10_28/Nucleaire-le-Japon-relance-une-centrale-trois-ans-apres-Fukushima-2123/

Des traces de césium et d'iode radioactifs ont été détectées dans le sol, l'eau de mer et les denrées alimentaires à plusieurs centaines de kilomètres de la centrale. Les autorités ont évacué la population vivant dans un rayon de 20 km autour de la centrale. Les travaux de décontamination et le démontage des réacteurs accidentés devraient prendre de 30 à 40 ans.

Et ce n’est pas tout. Comme il est difficile de trouver une telle main d’œuvre, voilà-t-y pas que Tepco et ses sous-traitants (car la catastrophe est un magnifique business dont profitent des agences) embauchent des SDF. Oui, des clochards pour mettre la main à la pâte, ou plutôt dans le cambouis radioactif. Moi qui avais cru que les pro-nuke seraient volontaires pour nettoyer les petites salissures de leur industrie favorite. Ach, ils ont raison, je suis vraiment trop naïf !

http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_cinquante_de_Fukushima

Les conditions de vie dans la centrale sont précaires en matière d'alimentation (biscuits et riz), de dortoir (en salle de réunion). Les travailleurs sont également privés de leur famille8.

L'opérateur TEPCO a également admis avoir oublié d'avertir les ouvriers du fort niveau de radioactivité dans l'eau8.

Quel malencontreux oubli, vraiment…

Selon El Mundo, les sous-traitants travaillant à Fukushima seraient recrutés notamment par les yakuzas, et dans certains cas, aucun diplôme, aucune qualification ni aucune expérience ne seraient exigés9.

D'après Le Monde, leur nombre serait de l'ordre de 3 000 alors que leurs conditions de travail seraient plutôt désavantageuses par rapport aux effets sur la santé ainsi qu'aux risques encourus10.

Alors que dans les premiers temps de bons salaires étaient versés aux employés, déjà en 2013, les niveaux de rémunération avaient baissé, alors même que les intermédiaires retiennent une partie du salaire. De ce fait, certains employés cachent leur dosimètre pour faire croire qu'ils n'ont pas atteint la limite et ainsi travailler plus, même si les heures supplémentaires ne sont pas toujours payées11.

Tout cela est déplorable, et le mot est faible. L’essentiel c’est qu’il n’y a eu « aucun mort » selon les plus convaincus, ceux qui ont tout compris et qui savent tout ! Cette déclaration prend de plus en plus de sel, vous ne trouvez pas ? Mais un sel plutôt amer. Le reste de l’article wikipédia en atteste.

Le 14 mai 2011, un travailleur de 60 ans meurt d'une crise cardiaque sur le chantier de la centrale, en ayant débuté sa mission la veille18. Le 24 février 2012, les services d'inspection du travail de Yokohama attribuent officiellement sa mort à une charge de travail excessive physiquement et mentalement19.

Oh, un autre mort ! Chut, pas trop fort…

D’autres sources sur ce fait :

http://www.fukushima-blog.com/2013/12/des-sdf-recrut%C3%A9s-pour-nettoyer-fukushima.html

http://www.fukushima-blog.com/article-le-scandale-de-la-sous-traitance-dans-les-centrales-nucleaires-71652280.html



Et avec ces histoires de SDF, esclaves dociles, faciles à ignorer et bon marché de Fukushima, on se rapproche là d’un autre problème presque exclusivement posé par le nucléaire qui est celui du biais du prix de l’énergie nucléaire. Si vous êtes bien renseigné, vous savez que tous les coûts à venir ne sont pas inclus dans le prix que l’on fait payer. Ce qui signifie qu’un jour, il faudra bien que quelqu’un paye la facture des démantèlements, du retraitement, et j’en passe. Qu’à cela ne tienne, laissons-ça aux générations futures, comme les déchets. Des preuves ?

http://www.reporterre.net/spip.php?article1781

EDF demande à l’Etat d’augmenter le prix de l’électricité de 30% en 5 ans. Principale raison de cette nouvelle hausse : EDF doit investir dans un parc nucléaire vieillissant, les chantiers du futur EPR et le centre de stockage de déchets à Bure s’avèrent beaucoup plus onéreux que prévu. Alors que le géant de l’électricité française reconnait lui-même que les prix de l’électricité en France sont sous-estimés, France Nature Environnement analyse les coûts réels de l’énergie nucléaire.

http://www.reporterre.net/IMG/mp3/Lepage3.mp3

Il est vrai que le milieu de l’industrie nucléaire, consciencieux qu’il est, n’est jamais à cours de solutions :

http://atomicsarchives.chez.com/tcherno_sous_marin.html

Au total, ce sont des millions de milliards de becquerels qui reposent au fond des mers, soit plusieurs fois la dose que la catastrophe de Tchernobyl a injecté dans l'atmosphère. Cette radioactivité accidentelle s'ajoute à celle qu'une poignée d'Etats, Royaume-Uni en tête, ont déversé volontairement, durant 36 ans, dans une cinquantaine de sites, pour se débarrasser de leurs déchets nucléaires prétendus de faible ou moyenne activité.

Les premiers déversements volontaires remontent à 1946, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale; les Américains avaient alors choisi des sites dans le Pacifique non loin des côtes de la Californie. Le dernier a eu lieu en 1982 dans l'Atlantique nord, à un millier de kilomètres environ des côtes françaises. Ce mode de rejet a finalement cessé sous la pression des pays qui s'y opposaient. Car, jusque-là, il était autorisé et réglementé par la Convention pour la prévention de la pollution marine, signée en 1975 et connue sous le nom de Convention de Londres. C'est ainsi que des centaines de milliers de fûts de déchets enrobés dans du bitume ou du ciment, parfois groupés dans des containers, reposent au fond des mers. Il suffit de 10 à 15 ans pour que ces matériaux se désagrègent sous l'effet de l'eau de mer ! Et il est arrivé, dans les tout débuts, qu'on verse directement les déchets sans emballage, en vrac, voire sous forme liquide !

Lâcher dans les océans des futs qui fuient ou ne résistent pas à l’érosion dans la pratique, voilà-t-y pas une bonne idée ? Il est vrai que ça soulage le portefeuille du contribuable, et ça règle le problème du stockage : d’une pierre deux coups !

On pourrait continuer encore longtemps sur ce sujet. Je me contenterai de dire pour conclure sur cette partie qu’on n’en a pas fini avec la centrale de Fukushima. Outre les décennies qu’il va falloir pour démanteler, la centrale fuit toujours, et la piscine de combustible faisait encore peser une menace très sérieuse jusqu’à il y a quelques jours :

http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2014/12/fukushima-la-piscine-du-r%C3%A9acteur-4-vid%C3%A9e.html

Prioritaire dans le plan d'action des Japonais, elle avait comme objectif d'éliminer un risque important du site, en cas de séisme majeur. La piscine du réacteur n°4 contenait lors du séisme et du tsunami du 11 mars 2011 un "cœur" entier, tout juste sorti du réacteur et donc au maximum de sa radioactivité et de sa puissance thermique. L'affaiblissement des structures en béton et en métal du bâtiment pouvait faire craindre une perte brutale de l'eau de la piscine en cas d'effondrement, puisqu'elle se situe en hauteur.

En clair, si l’opération avait échoué – et elle comportait de gros risques – ou si un nouveau séisme majeur s’était manifesté, on aurait pu assister à une 2e catastrophe de niveau 7 sur le site… Or il s’agissait d’une opération délicate qu’il était nécessaire d’accomplir et qui aurait pu dégénérer gravement. Comment peut-on décemment comparer ce type de difficulté avec celles posées par le charbon ?

 

Considérations annexes et conclusion

En résumé, le nucléaire pose un grand nombre de problèmes inédits à l’humanité. Problèmes qui, pour plusieurs d’entre eux, ne sont pas solutionnés. Ces problèmes, que certains veulent bien « dédramatiser », voire ont la prétention de « démystifier » comme s’ils pouvaient se résumer aux fantasmes de peuplades incultes, impressionnables et influençables, sont réels. Oui, le nucléaire rend aussi bien des services, mais je déplore personnellement l’utilisation civile qui en est faite (qui pour moi est totalement distincte de l’usage militaire). L’amalgame fait avec d’autres formes de risques relève de la mauvaise foi ou d’une ignorance feinte, puisque, comme je l’ai dit en introduction, il s’agit ici d’un risque d’une nature particulière, que l’on décide pourtant de considérer selon les mêmes critères que les autres. En effet, le nucléaire est le principal risque que l’on puisse choisir de prendre ou non et qui ait une portée globale, quasi-planétaire, en tout cas continentale.

On va me rétorquer que non, puisqu’il y a le CO2, ce fameux Deus ex machina des débats pro/anti nuke… Et l’on voit venir les fameux « si vous êtes contre le nucléaire c’est que vous êtes payé par le lobby du pétrole » (mais si, mais si, ça vient à chaque débat, ça…).

Voilà bien un autre sujet où trouver des propos rationnels et non orientés relève du parcours du combattant… Donc là, je passe mon tour, et renvoie à un lien. Mon propos c’est le nucléaire, pas cet autre faux débat miné et biaisé. Mais comme il me semble tout de même bon, dans un article qui porte sur la problématique de la rationalité, de donner au minimum une chance d’aller au-delà de la pensée unique et du terrorisme intellectuel, voilà du grain à moudre pour ceux qui pensent que le débat est clos depuis longtemps et qu’il est hérétique de douter :

http://www.pensee-unique.fr/effetdeserre.html

 

 

Revenons donc à nos moutons. Une autre matière à réflexion qui me semble importante à propos des polémiques pro/anti nuke. Sur le plan sociétal, le problème du nucléaire n’est peut-être pas tant le nucléaire en tant que risque global, mais en tant que risque global imposé à tous par certains. Je veux dire par là que si on pouvait avoir deux planètes, une avec les « pro », une avec les « anti », tout irait « bien ». Mais, précisément, la situation présente où tout le monde doit cohabiter avec le monstre fait que les « pro » (ou ceux qui s’en foutent) se retrouvent systématiquement dans la position du « relativiste » tandis que les « anti » se retrouvent très facilement dans le rôle de « l’exagérateur ». C’est bien légitime, seulement cela pollue irrémédiablement le débat. Mes congénères ont constellé les deux hémisphères de centrales, et ce pour le seul bénéfice d’un mode de vie consumériste que je ne cautionne pas non plus. Il n’y a pas plus, ni moins, de légitimité à critiquer ces choix qu’à les accepter, sauf que ces attitudes révèlent deux états d’esprit assez différents. Je considère pour ma part qu’il est au minimum normal, sinon un devoir, de questionner les choix risqués pris par quelques-uns au nom de tous. C’est même ce qu’on appelle la politique, au sens vrai du terme, pas au sens dévoyé dans lequel ce terme est constamment utilisé. Certains se contentent du cynisme, voire du fatalisme, et préfèrent tourner les yeux quand quelque chose arrive pour que ça leur paraisse moins grave. Je trouve cela irresponsable. On joue avec, peut-être pas une planète, mais disons au minimum une biosphère, et on en a qu’une.

Je conclus là-dessus : je ne suis pas là pour des bagarres rhétoriques de coqs pour savoir qui est détenteur de la Vérité ou encore de la Véracité Scientifique, qui n'est toujours relative qu'à un paradigme, et dans laquelle la notion de consensus est totalement hors-sujet. Ni pour une mêlée philosophique sur la notion de risque et par extension celle de son acceptation. Il y a des faits qui se moquent bien des arguments de pure rhétorique – je n’ose dire de mauvaise foi, voire de mensonges ou d’illusions bien entretenues quand on ose prétendre qu’il n’y a pas de morts. J’espère simplement avoir fourni une contre-argumentation décente, et ce en ayant essayé d’être le plus factuel possible. J’ai donné les arguments les plus importants qui me venaient à l’esprit, même s’il y en a d’autres : vulnérabilité possible des centrales, vulnérabilité du réseau électrique due à la dépendance aux centrales nucléaires (et sur un autre plan, dépendance au nucléaire tout court), radioactivité résiduelle probablement causée par effet tunnel autour de toutes les centrales de la planète, tandis que l’un des classiques arguments massue des « pro » – d’une terrible mauvaise foi lui aussi – étant que le nucléaire est prétendument « propre », et ce malgré cela, malgré les déchets, malgré les diverses pollutions qu’il cause, etc., etc., etc. Clairement, j’ai du mal à voir en quoi ces océans pollués et ces zones d’entrepôts de déchets sont propres… Est-ce qu’un cancer de la thyroïde ou une leucémie, c’est propre ? Est-ce que des poissons contaminés au césium 134 sont propres ? Est-ce que les déchetteries nucléaires sous-marines qu’on trouve partout dans le monde sont propres ?

 

Mise à jour :

Après recherches, j'ajoute ceci. Les rejets gazeux des centrales nucléaires, réputés n'être que de la vapeur d'eau, sont en fait la source de la radio-activité résiduelle constatée autour de toutes les centrales du monde, et on ne parle jamais de cela. Encore une preuve que le nucléaire n'a de propre que la réputation.

http://lagazettedesaintaubin.pagesperso-orange.fr/centrales_nuc/centrales_nuc.html

G2 - Rejets radioactifs gazeux

D'où proviennent-ils ?

  • Les effluents issus du dégazage du circuit primaire : ils sont constitués de gaz rares radioactifs (xénon 133, 135, argon 41, krypton 85), d’iode 131 et 133 et de poussières contaminées (aérosols de césium 134 et 137). On y retrouve aussi : tritium, cobalt 58 et 60, carbone 14, manganèse... Ces effluents hydrogénés sont stockés pendant un mois au minimum en réservoirs sous pression pour décroissance des produits de fission à vie courte à vie courte (iodes et xénons).
  • l’air de ventilation des locaux : bâtiments des combustibles, des auxiliaires nucléaires, de traitement des effluents et bâtiment réacteur pendant les arrêts de tranche.
  • Les fuites gazeuses éventuelles des circuits dans les bâtiments mis en dépression, sont évacuées par des ventilateurs d’extraction d’air après filtration.

Activité volumique moyenne maximum hebdomadaire ajoutée dans l’environnement, aux points de mesure, après dispersion :

  • 500 becquerels/m^3 pour les gaz
  • 10 millibecquerels/m^3 pour les halogènes et aérosols

Les rejets se font dans l'atmosphère par une cheminée de 75m de haut