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Précautions oratoires en vrac : ce qui s’est passé est vraiment trop horrible, c’est un coup porté à (ce qu’on croit être) nos idéaux, le complotisme c’est le mal, et il ne faut jamais réfléchir quand il y a des victimes car réfléchir, c’est blasphématoire, dans ce cas là.

 

Bon ça y est, je peux dire ce que je pense maintenant ? Vous la voulez, ma liberté d’expression ?

 

Oui, j’ai été triste et choqué d’apprendre ce qui était arrivé. Oui, c’est vraiment une saleté, ce qui s’est passé. Oui, je me repasse le film dans ma tête de gens que je connaissais par médias interposés, se faire mitrailler, fusiller, déboiter, massacrer par quelques fous furieux sortis d’un autre temps, dans le cadre de leur travail. J’ai beaucoup de souvenirs de Cabu dans les émissions de Dorothée, de la sympathie bonhomme qu’il dégageait, derrière son tempérament un peu timide. Je ne connaissais pas vraiment les autres, à part Wolinski, mais je n’avais pas la même sympathie pour eux que celle que j’avais pour Cabu et son étrange coupe à la Jackouille. Je vois le sang, les balles, j’imagine les cris, la panique, l’effroi, la bousculade, la confusion, les dégâts, la souffrance extrême de ces pauvres gens dans leurs derniers instants. La mort sur le coup de certains, l’agonie atroce d’autres, le spectacle d’une violence absolue des locaux de la rédaction. Oui, je suis un écrivain, j’arrive à me représenter cette scène, à la ressentir, à en vivre l’atrocité.

 

Pourtant, je me pose des questions. Je réfléchis. Quel sens donner à tout cela ? Comment en est-on arrivés là ? Comment Paris en est-il arrivé à se transformer, momentanément et localement, en Beyrouth, en Damas, ou en Bagdad ? Car il faut bien remettre les idées dans l’ordre. Ce qu’on a connu ces derniers jours en France, c’est presque le quotidien de certains, en Syrie, en Irak, au Liban, en Libye, en Palestine, en Israël, et j’en passe. L’horreur s’est rapprochée de nous, et alors nous, pauvres occidentaux préservés des guerres, qui n’avons, d’habitude, rien de mieux à faire que de cracher sur les roms, les chômeurs, les SDF et nos politiciens minables, nous nous sommes rappelés qu’ailleurs dans le monde, on cultive la violence. Il y a des régions du monde où la télé, internet et les selfies n’occupent pas en permanence les esprits, et alors il faut bien que les gens « s’amusent ». Pas de problème, des hobbies, on leur en fournit aussi. Aux plus extrêmes, aux plus désespérés et aux plus stupides, qui baignent déjà dans une atmosphère de guerre permanente (rendez-vous compte de ce qu’est le moyen orient et certaines régions d’Afrique, à notre belle époque), on a même réussi à leur vendre une idéologie de violence, outre les armes et les moyens de l’appliquer.

 

Et nous avons le premier rôle, là-dedans. Non, pas nous, pas « vous et moi ». Moi, je n’ai rien à voir le dedans, et vous, lecteurs, non plus, on est bien d’accord. Je veux dire, « nous », les occidentaux. Car qui croyez-vous que ce soit qui encourage le terrorisme fondamentaliste islamique ? Qui a intérêt à déstabiliser des régions entières du monde, pour les maintenir sous contrôle, afin de mettre en place les dirigeants qui arrangent, et de pouvoir continuer à bénéficier de leurs ressources aux meilleurs prix, et sans conditions ? Sans parler d’autres enjeux géopolitiques, comme l’encerclement de la Russie et de ses alliés par la géographie, et par l’idéologie de guerre. Personne d’autre que nous, l’occident démocratique, républicain, libertaire et moralisateur. Les pires magouilles de la planète, ça vient de chez nous. Oh, pas de chez « nous », mais je veux dire de nos gouvernants, de nos idéologues, de nos « penseurs », nos « philosophes », prétendus quêteurs de sagesse. L’occident, ici, c’est BHL, c’est Dick Cheney, c’est Bush, mais aussi Brzezinski, Wolfowitz, Soros, et d’autres bienfaiteurs de l’humanité qui ne rechignent jamais à armer des « dissidents » et des « rebelles », même si ce sont des fondamentalistes patentés, du moment qu’ils s’opposent à des gouvernants qui ne partagent pas nos valeurs. Kadhafi avait mis en place l’état le plus prospère de toute l’Afrique. Oui, ça n’empêche pas que ce soit un salaud, nos dirigeants sont bien des salauds et des assassins, ça n’a jamais empêché en soi la richesse… Oui, Kadhafi avait des opposants. Ce sont ses opposants fondamentalistes que nos fomenteurs de guerre occidentaux ont armé. C’est avec les armes qu’on leur a donné que ces gens-là viennent tuer chez nous. C’est aussi avec ces armes qu’ils mènent la guerre chez eux, décennie après décennie. Voilà le résultat de nos agissements. Nous sommes forts pour parler de démocratie, de respect, et de liberté. Mais quand parlons-nous de nos responsabilités, quand tenons-nous compte de la dignité humaine ? Quand elle est frappée chez nous, uniquement ?

 

C’est un fait connu, que l’occident finance lui-même le terrorisme, sans quoi ce terrorisme ne serait pas aussi puissant et étendu qu’il l’est :

 

http://www.mondialisation.ca/lattaque-terroriste-contre-charlie-hebdo-porte-la-marque-des-reseaux-gladio/5423725?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=lattaque-terroriste-contre-charlie-hebdo-porte-la-marque-des-reseaux-gladio

 

Les faits sont que, ce qu’on nomme à juste titre « l’Empire du Chaos », c'est-à-dire le bloc atlantiste regroupé autour des USA et constituant une large partie de l’occident, fait son œuvre. Il répand le chaos dans des régions du monde en même temps que dans les esprits.

 

http://fr.sott.net/article/24429-Charlie-Hebdo-strategie-du-chaos-strategie-de-la-tension-strategie-mondialiste

 

Il est bien évident que les fondamentalistes qui ont agi à Paris sont, comme nous, mais simplement avec d’autres techniques, manipulés, intoxiqués. La vérité est qu’ils servent bien plus les intérêts de la politique américano-atlantiste que ceux de la communauté musulmane, qui sera encore plus durement frappée par les discriminations après ce massacre que certains n’hésitent pas à qualifier de 11 septembre français.

 

https://twitter.com/entrefilets/status/552936823203590144

 

Les « théories du complot » abondent, et avec elles, les « esprits brillants » qui les combattent. Dos à dos. Aux premiers, il faudra répondre qu’il n’y a pas besoin de théorie, les faits se suffisent à eux-mêmes : on manipule et on se sert d’esprits faibles et radicalisés pour commettre des actes de guerre à la place des dirigeants occidentaux. Leurs actes marquent les esprits bien mieux que des discours engagés de nos gouvernants mous et aliénés à la machine de guerre américaine. Et aux seconds, il faudra encore répondre que complot il y a de toute façon, puisque c’est bien par un complot que ces gens ont réussi à prendre tout le monde de cours et à accomplir leur odieux massacre. Là encore, rien que des faits, pas de théorie : le complot est une composante irréductible de l’histoire humaine, du fonctionnement humain. Il y aurait beaucoup à dire sur cela car j’en ai marre de ce terme novlangue de « complotisme » qu’on utilise à tort et à travers pour neutraliser et stériliser une certaine critique de l’ordre établi, mais je le dirai dans une seconde partie.

 

Ce que je voudrais dire avant tout, c’est que d’un côté je suis Charlie car je suis favorable à la liberté d’expression, à l’humour, et que d’un autre côté, je ne suis pas Charlie parce que je ne me reconnais pas dans leur haine de la religion qu’ils se plaisent à cultiver, numéro après numéro. Non pas que les religions soient intouchables, non, et il ne faut pas qu’elles le soient. Mais il y a une façon de le faire. Certains disent qu’il y a une limite à la liberté d’expression. Je ne crois pas qu’il doive y en avoir, je crois en revanche qu’il y a des façons intelligentes de le faire, et d’autres… moins intelligentes. Or je n’ai jamais aimé ce journal. Autant, je le dis franchement, je trouve que la religion c’est un truc de cons, autant je crois que Charlie Hebdo c’était/c’est encore pire…

 

Que des gens soient pratiquants ne me dérange pas. Je trouve ça con, mais je suis aussi conscient que nous avons tous un besoin de nous attacher à des points de repère, de se rassurer, de réchauffer nos cœurs parfois durement éprouvés par la vie dont on peine autrement à cerner le sens. Mais je ne ris pratiquement jamais des blagues racistes et sexistes, parce que ces blagues, la plupart du temps, ne font rien avancer. Elles ne font, au final, qu’entériner une détestation ordinaire d’autrui, de la différence, la rendre banale, amusante, la justifient, voire l’excusent. Or moi je n’excuse pas la haine, même s’il m’arrive de la ressentir. Peut-être ne suis-je qu’un idéaliste, mais qu’y a-t-il d’honorable à déshonorer ceux qui sont différents de nous en les ridiculisant, en les insultant, en roulant leurs symboles dans la boue ?

 

Dites-moi quelle est la différence entre suggérer dans un dessin la sodomie du prophète Mohammed et brûler le drapeau américain, ou le drapeau français ? Ce sont, à mes yeux, et sans doute aux yeux des croyants et des patriotes, des offenses de même nature, des violences d’intensité comparable. En ce sens, les graphismes vulgaires et orduriers produits par ce journal n’ont rien de plus admirable qu’un acte de terreur. Les deux se parent dans leur vertu pareillement. Les uns, la liberté d’expression, doctrine impérialiste occidentale, les autres dans la pureté de leurs éléments religieux, doctrine fondamentaliste comparablement porteuse de violence et de conflit.

 

Oui, c’est vrai, ce ne sont pas les sympathiques et drolatiques dessinateurs de Charlie Hebdo qui sont allés manier la kalachnikov dans les mosquées yéménites ou irakiennes. Ils n’en auraient pas eu le courage, occidentaux bercés d’idéaux lénifiants qu’ils sont, comme vous et moi, nourris au sein de la société du profit, de la consommation, de la « libération sexuelle ». Nous sommes réduits à l’état de jouisseurs stériles, accros au plaisir immédiat, parmi eux celui du rire. Nous avons bien de la chance.

 

Il n’empêche que Charlie Hebdo portait une responsabilité dans tout cela. Oui, ils savaient ce qu’ils risquaient, ce n’était d’ailleurs pas la première fois, mais la troisième, qu’un attentat dirigé contre leur journal avait lieu. Et il ne faut pas oublier une chose essentielle : plusieurs membres du journal l’avaient fui, en dénonçant une dérive idéologique nauséabonde qui s’y était installée depuis une quinzaine d’années. Citons par exemple Olivier Cyran, auteur d’un article absolument exemplaire sur ce point, où il explique en quoi, si les gens de Charlie Hebdo n’étaient peut-être pas tout à fait racistes, ils n’en véhiculaient pas moins un racisme décomplexé et bien orienté envers les arabes et musulmans en général :

 

http://www.article11.info/?Charlie-Hebdo-pas-raciste-Si-vous

 

Je vous encourage vraiment à le lire, si vous voulez vous faire une idée de ce qu’était vraiment Charlie Hebdo, d’autant que c’est très très bien écrit. Personnellement, même si ce n’est que mon avis, je n’ai jamais aimé ni leur style graphique, ni leur style d’humour graveleux, bête, vulgaire et puéril qu’ils ont toujours cultivé. Même Choron, le fondateur historique de cette lignée éditoriale, n’a pas embarqué dans les dernières versions de Charlie. Il aurait même déclaré (mais j’avoue ne pas connaître le contexte, si quelqu’un peut me le dire, ça m’intéresse), lui qui n’a jamais mâché ses mots « Charlie Hebdo, c’est d’la merde, et qu’ils crèvent ! » Al quaïda Yémen l’a exaucé.

 

Reste une question importante. Quelles conséquences cet évènement aura-t-il sur la société française et sur l’occident ?

 

On peut parier que cela aura tout un tas de conséquences délétères. Sur la perception de l’islam, d’abord. Sur la libération d’actes de vengeance violents envers ceux-ci, notamment. Il y a déjà eu plusieurs agressions et actes malveillants allant dans ce sens, depuis mercredi, et c’est particulièrement détestable. C’est immonde que ces magouilles de guerre au Moyen-Orient, qui conduisent sans vergogne l’occident à faire porter le chapeau à toute une communauté religieuse, mènent à stigmatiser encore plus une population qui, dans son immense majorité, n’a strictement rien à voir avec ça.

 

On peut espérer qu’il y aura aussi des répercussions positives, un tel évènement ayant le potentiel de re-solidariser un peu les gens, dans un pays où l’on avait oublié qu’il existe des guerres, des tueries, dans un contexte dit de crise, où l’on a bien besoin de se serrer les coudes.

 

Mais pour ma part, je mise plutôt sur, d’un côté des dérives sécuritaires où l’on nous serre un peu plus la bride, où l’on nous surveille un peu plus, « pour notre bien ». Il y aura sans doute une prise de conscience plus ou moins superficielle de ce à quoi sert la liberté d’expression, certains s’en serviront, d’autres oublieront vite, et le paradoxe est que l’on pourrait en fait voir la liberté d’expression se réduire par l’autocensure dans les médias, par la crainte, et par des lois qui vont « encadrer » les choses dans l’esprit de la loi contre le voile, des lois pour la discrimination positive et toutes ces inepties inégalitaires dans leur fondement, dans un pays qui prône l’égalité en même temps que la liberté.

 

On ne pourra jamais tout dire sur ce sujet, d’autant qu’il faut attendre d’autres développements de l’affaire. On pourra s’interroger sur certaines incohérences de l’attentat, que même des médias officiels reprennent :

 

http://www.francetvinfo.fr/faits-divers/terrorisme/video-charlie-hebdo-les-tireurs-ont-commis-des-erreurs-troublantes_792121.html

 

Et qu’analysent d’autres médias indépendants :

 

http://www.medias-presse.info/desintox-emission-speciale-charlie-hebdo/22370

 

Mais comme toujours, on ne saura sans doute jamais la vérité, ou alors pas avant longtemps. On peut juste sentir, deviner, que c’est douteux, pas net, suspicieux… Qu’on cherche à nous diviser, à occuper nos esprits, à justifier des dérives, des guerres, des oppressions… Des lois liberticides, entre autres, mais pas que.

 

Pour finir, je vous laisse sur un article de fond sur ce sujet, que j’ai trouvé très intéressant, et qui mérite d’être considéré.

 

http://www.dedefensa.org/article-un_11-septembre_la_fran_aise__08_01_2015.html

 

Je ferai une seconde partie, plus globale. J’ai dit grosso modo ce que j’avais à dire sur ce sujet très sensible. J’évoluerai probablement avec le temps, car je n’ai que très peu de certitudes, mais ce que je sais, et que je retiendrai, c’est qu’il y a forcément dans cet évènement une composante manipulatoire, un autre écueil de la pensée, un recours aux émotions très fortes pour la court-circuiter. On nous impose directement les coupables, on désigne l’islam, ce n’est jamais neutre. On intoxique les esprits, petit à petit, par à coups, en les plongeant dans un bain vénéneux, on inocule la haine et la méfiance de l’autre, et peut-être même de soi, car à qui peut-on se fier ? Si on ne sait plus rien, si on ne comprend plus rien, parce que tout est trop complexe, il n’y a plus qu’à s’en remettre à nos chefs… Mais c’est précisément sur cela que je reviendrai dans ma deuxième partie.

 

Tout de même une bonne année à tous. N’oubliez pas que c’est notre attention que l’on cherche à détourner, à focaliser, à éloigner de l’essentiel, du beau, du bon. C’est important, ayez cela à l’esprit. Ne nous laissons pas pourrir et assombrir, nous allons déjà suffisamment vers un âge noir de la décadence civilisationnelle occidentale.