Le déclencheur de ce nouveau billet repose sur des événements anecdotiques mais très intéressants qui se sont déroulés tout récemment sur le blog les crises.fr. En vérité, le sujet dépasse de très loin ce qui a pu se dérouler sur ce blog, mais cette anecdote me paraît une illustration tellement parfaite et en même temps tellement paradoxale du principe que l'on nomme « borner le débat », qu'il était trop dur pour moi de résister à saisir l'occasion pour présenter de nouveau le dit principe.

 

On pressentait la chose dès mon précédent article, c'est à dire la 3e partie de ma dernière série sur l'intoxication de l'opinion par la propagande sur le climat.

 

http://seilenos.canalblog.com/archives/2016/06/09/33939767.html

 

La série d'articles d'Olivier Berruyer sur le changement climatique et sur la crue de la Seine, a immédiatement été suivie d'une série d'articles sur le cas du Pentagone, lors des attentats du 11 septembre. Le titre : « Les théories fumeuses du 11 septembre : le Pentagone ». Série en 10 article qui sera suivie plus tard d'une autre sur les tours du WTC. Je mets simplement le lien du premier article.

 

http://www.les-crises.fr/911-1-pentagone-1/

 

La première chose que j'ai envie de signaler, c'est que le blog se réclame des idées et principes de Noam Chomsky, linguiste et surtout analyste des médias, contestataire vis à vis des conséquences de leur hégémonie dans la diffusion d'informations.

 

On peut dire, pour résumer, que Chomsky explique les mécanismes par lesquels les médias ne livrent que des informations orientées et sélectionnées, non pas sciemment, mais simplement en satisfaisant à quelques contraintes pour ainsi dire « naturelles », qui font qu'à l'instar de l'eau, l'information suit toujours le trajet de la moindre résistance pour s'écouler.

 

Cela conduit à remarquer que les médias auront tendance à s'aligner sur le pouvoir, et notamment sur l'influence de ceux qui possèdent les médias, au moment de choisir quelle information faire passer ou non, et surtout sur la manière de présenter cette information. Il faut toujours avoir cela en tête, lorsque l'on lit n'importe quel article, ou qu'on consulte n'importe quel journal, mais encore faut-il ne pas s'arrêter en si bon chemin, et j'y reviendrai plus loin.

 

Le blog d'Olivier Berruyer est émaillé de citations de Chomsky et d'autres penseurs, comme certains décorent leur logement de citations ou de versets, d'immenses bibliothèques à la gloire de leur culture, ou encore, comme les diplômes décorant des murs de cabinets. On peut voir cela comme des signes de fierté, de probité, de vanité ou de compétence, ou ici en l'occurrence, une manière comme une autre d'asseoir le sérieux du blog, ainsi que de définir les contours des principes censés le régir, ou en guider la démarche.

 

Il se trouve que j'ai, comme Olivier, un grand respect pour Chomsky, auquel il m'est arrivé de nombreuses fois de me référer depuis que j'ai commencé à bloguer. Seulement, une chose me sépare d'Olivier, que j'avais déjà pointée dans l'article dont j'ai redonné le lien plus haut. Je ne voue jamais une confiance aveugle en personne, ni en aucune institution. Tout humain est faillible, imparfait, comme l'est tout rassemblement de personnes, et dès lors que l'on veut se fier aveuglément à l'un ou l'autre, par exemple en « la science » ou à une personne intronisée comme « le plus grand penseur » de son temps, dans son genre, sa spécialité, etc., on court à la désillusion à un moment ou un autre, ou pire, à un culte béat de toutes les inepties et aberrations produites par ce groupe ou cette personne, au milieu des autres merveilles de bon sens et de pensée éclairée qu'ils auront pu produire.

 

Mais qu'a donc dit Chomsky, à propos du principe médiatique qui consiste à borner le débat ?

 

http://souk-fares.blogspot.fr/2007/06/chomsky-borner-le-dbat.html

 

La vidéo de l'article nous présente le raisonnement de Chomsky, mais aussi la manière dont il est combattu ou déformé par des médias qui s'efforcent d'ignorer ou de minimiser qu'ils sont sous influence, ainsi que l'impact réel des contraintes qui pèsent sur eux, afin de préserver une image valorisante de ce qu'ils font.

 

Suivant le principe que « nul être sain ne livre volontairement une information susceptible de lui nuire », les médias s'orienteraient ainsi naturellement, sans qu'aucune pression explicite soit nécessaire, sur une position dominante qui est dans l'intérêt de ceux par qui ils sont possédés, et qui devient dès lors le leur, puisque ce dernier est donc leur employeur.

 

On a l'impression d'enfoncer des portes ouvertes, en vérité, et pourtant, beaucoup en doutent, voire ne le comprennent tout simplement pas aujourd'hui.

 

Il est pourtant de notoriété publique que les gens de pouvoir pèsent de tout leur poids sur les médias, au point de faire virer ou surveiller des journalistes, je vais donc considérer que les lecteurs de ce blog sont suffisamment avertis pour avoir conscience que cela n'est pas un pur fantasme et passer à l'étape suivante, qui est déjà beaucoup plus subtile et, elle, mérite d'être réfléchie un instant.

 

Pour nourrir cette réflexion, plusieurs liens d'abord :

 

http://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/la-desinformation-un-leurre-des-21347

 

Où Paul Villach explique en quoi le concept de désinformation, tout comme celui de « théorie de la conspiration » soit dit en passant, est un concept qui émerge des services secrets, et qui a été détourné pour satisfaire aux exigences du pouvoir en place. Que cela soit le produit d'une logique consciente ou non est hors-sujet. Ce qui importe, c'est que la sphère des médias se soit emparée de ces expressions pour se justifier dans leur rôle de pourvoyeurs d'informations vraies, par opposition à la subversion provenant d'acteurs extérieurs aux médias traditionnels (les mouvances contestataires, internet, etc.), qui serait nécessairement à prendre avec des pincettes, car politisée et orientée, alors que les médias sont eux aussi politisés et orientés, souvent de manière claire et explicite. Ce qui est pointé par les médias est, en réalité, la nature non-consensuelle de l'information qui se déroule hors de leur contrôle.

 

 

http://ripostelaique.com/Les-medias-la-manipulation-des.html

 

Autre article de la bande d'Agoravox, qui reprend l'idée simple mais visiblement pas si évidente, qu'un média est nécessairement au service de son possesseur et fournisseur, lui-même en conflit d'intérêt avec l'état pour les subventions, et n'oublions pas de mentionner les marques et leurs agences de publicité, dont l'influence est au moins aussi énorme. Tout cela se renforçant mutuellement, pour fournir des médias sous pression, qui auront de plus tendance à sélectionner les journalistes les mieux formatés pour servir un discours prédéterminé, et à écarter les autres, ce qui conduit à une intensification du problème avec le temps.

 

En effet, même si les journaux, face à la concurrence d'internet, voulaient réellement et sincèrement se rattraper, ils ne le pourraient pas, et seraient conduits à se justifier éternellement et à discréditer leur concurrent comme « non professionnel » et autres critiques superficielles, comme si une personne bien outillée et suffisamment motivée ne pouvait pas faire le boulot d'un plombier professionnel, au moins pour ce qui concerne les tâches qui ne demandent pas des moyens très spécialisés, pointus ou coûteux. Autrement dit, tout le monde peut produire une info aussi objective (ou peu objective) qu'un journal de référence, lui-même, pour peu qu'il s'en donne les moyens, et dans la limite de ces moyens, par exemple à l'échelle locale, ou sur son domaine de prédilection ou de spécialisation. C'est ainsi qu'internet a été investi par des intellectuels, des scientifiques, non achetés par l'agroalimentaire, big pharma ou dépendants d'un employeur tout puissant, cherchant à diffuser des informations souvent en contradiction avec le propos dominant. Or, c'est essentiellement ce qui leur est reproché, le plus souvent sous des prétextes fallacieux, ou au moins un peu légers.

 

Le précédent article nous conduit également à nous interroger sur le sujet de l'information extorquée présentée comme un leurre. Sujet partiellement évoqué dans cet article :

 

http://golias-news.fr/article4968

 

Où la discussion consiste à comparer les mérites et l'infamie de l'information extorquée, nécessaire dans certains cas, sale dans un autre. Mais ce sujet n'est en réalité à mes yeux qu'une diversion qui montre de quelle façon les médias officiels se débattent pour clamer leur légitimité, dans le contexte actuel où les ventes baissent, et où le discrédit s'étend toujours plus, à cause de leurs informations tronquées et parfois truquées, qui ne peuvent pas éternellement tromper un public qui n'est pas constitué que d'abrutis finis.

 

A titre d'exemple très actuel de ce que les médias semblent avoir intérêt à relayer, on peut citer ceci :

 

http://lesbrindherbes.org/2016/06/15/instrumentalisation-vitres-cassees-de-lhopital-necker-pouvoir/

 

http://blogyy.net/2016/06/15/machiavelisme-du-pouvoir/

 

Si l'on suit la pensée de Chomsky, parler de machiavélisme du pouvoir est inapproprié, puisque les choix éditoriaux seraient naturels, et découleraient spontanément de la conscience des journalistes de devoir s'adapter aux attentes implicites qui pèsent sur eux. Cela aboutit à la notion péjorative de journalistes « chiens de garde », aboyant selon les injonctions de leurs maîtres, et dressés jusqu'au réflexe à le faire.

 

Cela est certainement en grande partie vrai, mais encore faudrait-il savoir jusqu'à quel point. Ce n'est pas comme si les journalistes n'étaient que des robots programmés, et qu'ils formaient un ensemble homogène d'individus soumis. Ce sont d'abord des êtres humains divers.

 

Par conséquent, il y en a forcément parmi eux qui sont à la base en harmonie avec le discours dominant, que ce soit par conditionnement ou pour d'autres raisons, et d'autres qui rechignent plus, jusqu'à quitter les rédactions, pour changer de métier, fonder leur propre antenne d'information, ou en rejoindre une autre qui correspond davantage à leurs convictions.

 

Cette dynamique est encore amplifiée par les « débarquements »  venant d'en haut, et l'on pourra citer ces deux exemples, parmi tant d'autres :

 

http://www.acrimed.org/Aude-Lancelin-viree-de-L-Obs-un-chef-d-oeuvre-de

 

http://www.lexpress.fr/actualite/medias/audiovisuel/canal-bollore-aurait-etabli-une-liste-noire-des-salaries-a-evincer_1778035.html

 

 

Bon, mais me direz-vous, quel est le rapport avec les crises.fr ? En quoi ces principes peuvent-ils être appliqués d'une quelconque manière à un blog indépendant, qui n'a à répondre de rien devant des publicitaires, des industriels ou l'état, et qui ne vit que des dons de ses lecteurs ? Mieux, son intérêt ne pourrait-il pas être de donner à ces lecteurs qui financent le blog l'info sensationnelle et conspirationniste qu'une certaine frange demande ?

 

C'est faire bien peu de cas de la personnalité indéniablement intègre d'Olivier Berruyer, mais aussi et surtout de son besoin d'obtenir de la reconnaissance, comme tout être humain, et des autres conflits d'intérêt dans lesquels il se trouve pris. Croyez-vous qu'on puisse passer sur le devant de la scène, presque comme un chef de file de la frange contestataire envers la propagande, sans avoir un certain souci de sa propre image ? Olivier Berruyer ne vit pas de son blog, il effectue des conférences, et travaille pour BFM, un média qui est tout sauf indépendant du pouvoir.

 

C'est là que la petite guéguerre dans les commentaires, mais aussi le choix éditorial de publier sur son blog des articles s'alignant plutôt sur une contestation soft de la version officielle des attentats du 11 septembre, et aucune contestation à propos de la propagande climatique, s'éclaire, et devient intéressante.

 

J'avoue que j'avais moi-même été pris un petit peu par surprise par le durcissement d'une politique de modération déjà serrée avant les derniers articles sur le climat. Les événements récents, tout anecdotiques qu'ils soient, m'ont fourni l'occasion de nuancer ma vision, quant à ce blog.

 

En effet, quel sens cela a-t-il de prendre Chomsky comme maître à penser, si l'on doit tomber à la première occasion dans un des pièges principaux dénoncés par ce même Chomsky ?

 

Il est intéressant de relever à ce stade que même Chomsky peut se trouver désemparé, face à certaine situations, où il se retrouve à son tour à borner le débat, et, comme reopen911 l'en accuse, de faire même involontairement le jeu de la fabrique du consentement, dans cet article :

 

http://www.reopen911.info/11-septembre/reopen911-repond-a-noam-chomsky-et-jean-bricmont/

 

Ainsi peut-on supposer qu'il s'agit là d'un calcul, autant de Chomsky que de Berruyer, de ne pas trop s'aventurer sur un terrain jugé glissant, sauf en cautionnant à demi-mots (ou, ici, à grands renforts d'éléments visuels) la thèse officielle. Tout ça dans le but de préserver sa crédibilité plutôt que de se retrouver assimilé au tout venant du scepticisme qualifié de « conspirationniste ». Déjà que ces gens-là sont facilement considérés comme proches de cette frange, ou d'une gauche qui franchit les limites de la bienséance, on peut les comprendre...

 

L'explication est donc sans doute à chercher de ce côté là, mais les conséquences n'en sont pas moins les mêmes : Chomsky et Olivier Berruyer se trouvent, in fine, à leur tour dans la posture de chiens de garde de la pensée... comme nous pouvons tous l'être à un moment, à vrai dire, y compris moi-même, sur certains sujets, je le reconnais.

 

Pour en finir sur Chomsky, il est intéressant de noter quelques informations complémentaires que l'on trouvera ici :

 

http://www.reopen911.info/11-septembre/2154/#a7

 

Où l'on lit notamment que celui-ci semblait manquer d'imagination pour expliquer comment le gouvernement de son pays aurait pu se rendre complice des attentats, dans un pays où, prétendument, toute information finit par filtrer. Un de ses collaborateurs les plus proches tient un discours opposé, et, ayant travaillé au Pentagone, affirme :

 

« C’est un lieu commun de dire que "vous ne pouvez pas garder un secret à Washington" ou "dans une démocratie", peu importe le degré de sensibilité du secret, vous êtes susceptibles de le voir [publié] le lendemain dans le New York Times. Ces banalités sont parfaitement fausses. Ce sont des histoires qui servent de couverture, de moyens de flatter ou de tromper les journalistes et leurs lecteurs, et cela fait partie intégrante du processus qui permet de garder les secrets bien au chaud ».

 

Personnellement, il m'est difficile de suivre l'attitude de Chomsky sans passer par la spéculation, donc je me contenterai de remarquer qu'après tout, nous pouvons avoir des points de vue divers, sur divers sujets, même si cela ne semble pas former un ensemble cohérent, de l'extérieur. Je suppose que c'est aussi la part irréductible d'irrationalité humaine. Ce qui me conforte dans l'idée qu'il ne faut jamais se complaire dans une attitude béate vis à vis de qui que ce soit.

 

 

Sur le fond, les articles d'Olivier Berruyer sur le Pentagone sont tout sauf mauvais, et ils sont même très convaincants. On peut s'incliner devant son travail de fourmi, qui inclinent en effet à penser que la thèse qu'il propose est la bonne.

 

Cependant, certains commentateurs ont souligné les limites de la méthode (utiliser des images et vidéos trouvées sur internet), notamment la rigueur qu'elle ne permet pas. Par ailleurs, le ton sarcastique de certaines remarques dans les articles, ou de commentaires sous les articles adressés à ses lecteurs, ne risquent pas de plaire à tout le monde. Au crédit d'Olivier est à verser le fait qu'il reconnaisse lui-même que le sujet n'a que peu d'intérêt, mais qu'il l'a abordé pour pouvoir en fait s'en débarrasser.

 

De là à dire qu'il cherche, comme certains le suspectent, à purger son blog d'une frange de lecteurs et commentateurs « trop conspirationniste », il n'y a qu'un pas, que je serais très fortement tenté de franchir.

 

Le problème, avec le « conspirationnisme » est : où met-on la ligne à ne pas franchir, c'est à dire... à partir d'où borne-t-on le débat ?

 

Car nous voilà à présent les deux pieds dans le plat. Berruyer est en plein dans le piège pourtant dénoncé par Chomsky, avec cette attitude moqueuse et carrément irrévérente, envers tous ses lecteurs qui ne partagent pas ses vues sur le climat ou la version officielle sur le 11 septembre. Présenter une thèse élaborée et travaillée, ayant demandé des efforts, est une chose. L'imposer implicitement – malgré ses dénégations – comme celle qui devrait s'imposer auprès des non-idiots, en est une autre. Mais prenons ça comme un simple signe de vanité...

 

Il n'est pas question ici de dire qui a tort ou qui a raison, de débattre des arguments accréditant telle ou telle opinion, mais de dénoncer une méthode, devenue récurrente, entre le problème du climat et celui 11 septembre. Dans un cas on a des faits présentés qui ne relèvent de rien d'autre que du culte béat de l'autorité scientiste, et dans l'autre, un ton sarcastique qui renvoie le lecteur à ce même statut d'idiot face à quelque chose qui le dépasserait.

 

Mais ce qui est important, c'est surtout qu'Olivier Berruyer cède à la tentation, certes bien légitime, en pratiquant une distanciation aussi violente avec une frange accusée de conspirationnisme, de préserver avant tout son image, quitte à favoriser ce qu'il prétend dénoncer : le formatage de l'opinion.

 

On peut comprendre la position, mais on peut aussi s'en étonner, lorsque son blog produit aussi des articles allant dans le sens de la critique la thématique même du conspirationnisme dans les médias, c'est à dire leur tendance à eux de poser les bornes de ce qu'il est correct de dire ou de penser.

 

https://www.les-crises.fr/complotisme-et-anti-complotisme-par-francois-bernard-huyghe/

 

Dans les commentaires actuels sous les articles sur le pentagone, on constate par ailleurs la confirmation de la tendance récemment dénoncée dans mon article récent sur le climat. En effet, beaucoup se plaignent d'avoir été censurés, que leurs messages disparaissent de manière récurrente, surtout s'ils expriment un désaccord avec l'article. Flattez l'orgueil du chef local en le félicitant pour l'article, en proposant des liens qui vont dans son sens, pas d'inquiétude. Postez des commentaires plus critiques, ou des liens contredisant les liens postés par ces flatteurs, alors là, bon courage.

 

J'ai même vu disparaître des commentaires annonçant clairement qu'ils cesseraient de soutenir le blog si leurs liens étaient encore supprimé, alors qu'ils voulaient répondre à d'autres messages, ceux-ci laissés intouchés sans contradiction possible. On ne peut que spéculer sur les véritables raisons de tout cela, puisqu'il est impossible, comme j'ai pu en témoigner, d'obtenir des réponses aux questions sur la clarification de la ligne de modération.

 

 

Pour moi, ce n'est pas l'intégrité, ni l'honnêteté, ni la compétence d'Olivier qui est en cause, mais le bien-fondé de sa démarche. Pour proposer un point de vue encore autre, on pourra consulter ce lien, qui fournit encore un éclairage différent du mien, et plus proche d'Olivier Berruyer :

 

http://criseusa.blog.lemonde.fr/2014/07/31/pourquoi-je-ne-publie-plus-sur-le-site-les-crises-fr-de-o-berruyer/

 

L'auteur – que je ne connais pas du tout, mais qui semble avoir une vision plus mesurée qu'Olivier – y dénonce comme moi la rhétorique d'Olivier Berruyer, et ses partis pris et contradictions.

 

 

Mais il me reste encore un point important à traiter, pour être un peu plus exhaustif.

 

Dans les commentaires concernant ces articles, sont apparus des liens autour de Gérald Bronner, notre grand théoricien de l'anti-complotisme récemment mis en exergue dans les médias affiliés à la pensée unique.

 

Je vous gratifie donc d'une de ses vidéos, dont les propos lénifiants m'ont rapidement stupéfié sans pour autant me surprendre, puisque je connaissais le personnage.

 

http://www.dailymotion.com/video/xy0nk9_les-matins-gerald-bronner_news

 

Dès les premiers instants, le « sociologue » récite sa pensée à courte vue, stigmatisante et tout à fait propice à flatter les orientations d'une presse timorée et forcément acquise à sa propre cause. On ne s'étonnera pas qu'un tel personnage soit régulièrement invité à s'exprimer et à meugler avec le troupeau. Ayant déjà subi en entier certaines de ses interventions et conférences, je n'ai ici tenu que quelques minutes, mais si vous aimez ça, ne vous privez pas, vous avez dans cet article des sources contradictoires, au moins, et je ne fais aucun mystère de mon opinion.

 

Une fois mis en piste par l'interviewer, Gérald Bronner est lancé, et se suivent et s'enchaînent les stéréotypes sophistiques les plus élémentaires sur l'empire des croyances et la pensée magique qui concerneraient surtout, voire uniquement, ceux qui ne suivent pas la bien-pensance officielle, comme si on ne rencontrait pas, de part et d'autre, des mantras et des formules magiques censés suffire à circonscrire toute pensée. Quant à savoir qui remporte cette compétition de l'absurde, et ce en dépit des délires ovnicentriques que l'on rentre dans l'un des deux camps, je crois qu'il y a prolongations et peut-être tirs au but dans ce match. A ce propos, je crois qu'il est temps de vous fournir le lien indispensable de cette réflexion, qui remet un peu les choses à leur juste place, quant aux délires des uns et des autres :

 

http://www.dedefensa.org/article/eloge-de-la-theorie-de-la-conspiration

 

Je citerai notamment ces passages :

 

« Paradoxe : les théoriciens de la conspiration se veulent les dénonciateurs de la conspiration étatique ou oligarchique. Et cela finit comme dans le jeu d'enfants, « c'est celui qui dit qui l'est » : celui qui dénonce le criminel conspirateur devient le conspirateur criminel à ausculter et enfermer ! »

 

Cette dénonciation de la stigmatisation psychologisante de ceux qui sont en réalité des sceptiques, s'enchaîne avec cette non moins excellente remarque remontant à Guy Debord :

 

« Tous les experts sont médiatiques-étatiques, et ne sont reconnus experts que par là. Tout expert sert son maître, car chacune des anciennes possibilités d’indépendance a été à peu près réduite à rien par les conditions d’organisation de la société présente. L’expert qui sert le mieux, c’est, bien sûr, l’expert qui ment. Ceux qui ont besoin de l’expert, ce sont, pour des motifs différents, le falsificateur et l’ignorant. »

 

En ce sens en effet, est désigné avant tout comme expert, celui qui est l'expert de la confirmation du système dans son bien-fondé, qu'il participe lui-même à fonder, justement, n'en étant pas un analyste extérieur, mais bien l'un des rouages, lui-même au service d'autres rouages, et lui même servi en retour par ces autres rouages. Chacun se sert la soupe à la cuillère.

 

« Car il y a un autre problème : celui de la destruction de l'histoire par les historiens modernes en général, surtout depuis l'époque romantique et scientifique. » nous dit encore l'auteur de l'article, soulevant là un point fondamental, rappelant que l'histoire ne fut jamais vraiment une science mais, dans cette quête du système actuel avec ses représentations, s'appuie sur l'image de l'histoire comme discipline entrant dans le cercle des sciences, pour être touchée par la caution que cette dernière produit. Autrement dit, l'histoire se présente comme une vérité, à l'instar du scientisme qui a la même prétention à une vérité qu'il est interdit de discuter, et qui s'affirme comme une évidence par elle-même, comme si elle était écrite par d'autres que les vainqueurs, qui l'écrivent sur le marbre des tombes de leurs ennemis, comme la nouvelle foi à suivre. Rappelons que c'est exactement l'attitude d'un Olivier Berruyer, lorsqu'il est question du climat, ce qui permet de situer un peu plus, soit son niveau de proximité avec le système, soit sa lucidité vis à vis de la dérive scientiste, et probablement un peu les deux.

 

On lit ensuite :

 

« La crise de la science historique n'échappa bien sûr pas au bon Alexis de Tocqueville :

« Les historiens qui vivent dans les temps démocratiques ne refusent donc pas seulement à quelques citoyens la puissance d’agir sur la destinée du peuple, ils ôtent encore aux peuples eux-mêmes la faculté de modifier leur propre sort, et ils les soumettent soit à une providence inflexible, soit à une sorte de fatalité aveugle. (2) » »

 

Puis, juste après :

 

« On se mettra d'accord pour dire que la vision magique de l'histoire favorise bien sûr la théorie de la conspiration. Cette théorie de la conspiration est liée à un monde mal expliqué, digne de l'histoire « racontée par un idiot et pleine de bruit et de fureur »... »

 

Bien vu en effet, de rappeler que la foi en l'histoire officielle, telle qu'interprétée comme elle nous est imposée, n'est pas différente de la foi religieuse, ou superstitieuse. La dissonance qui est produite chez certains par le décalage entre cette narrative et les faits, produit de fait la nécessité d'une nouvelle interprétation, nécessairement fantaisiste si elle s'appuie sur des faits insuffisants et des fantasmes sans fondement solide, mais on ne peut y échapper. Par conséquent, reprocher aux conspirationnistes de l'être est un peu court, et équivaut à reprocher à des pauvres d'être pauvres.

 

Je vous laisse découvrir la suite de l'article, mais j'en profite pour glisser un autre lien du même site, sur un autre sujet, où je relèverai notamment leur critique de la stigmatisation automatique de certaines sources sur internet, sous prétexte qu'elles seraient jugées fantaisistes par le pouvoir en place :

 

http://www.dedefensa.org/article/hillary-emailgate-moscou-wikileaks

 

L'article a le mérite de relativiser intelligemment la manière dont il est possible de traiter différentes sortes de sources pour nourrir une réflexion toujours prudente, mais toujours curieuse, et qui ne s'impose pas des tabous hors de propos, comme peut justement le faire un Olivier Berruyer, qui d'un côté dénonce la propagande médiatique un peu trop unanime sur certains sujets, et d'un autre la rejoint sans vergogne lorsque cela va dans son sens. Toute la différence entre deux sites pourtant tous deux financés par les dons, où l'un cherche visiblement à faire son trou, et où l'autre demeure visiblement plus distant vis à vis de cela.

 

 

Avant de finir, j'en reviens à notre Gérald Bronner, pour proposer des liens instructifs sur le personnage, en recopiant mot pour mot un commentaire posté sur les crises.fr, de l'utilisateur « Alberto ». Vous noterez en passant qu'il illustre exactement ce que j'expliquais plus haut.

 

 

« Mon envoi précédent ayant été supprimé, mais le lien renvoyant aux analyses de Gérald Bronner étant conservé, je me permets de mettre en doute à nouveau son honnêteté :
Membre du du Conseil d’orientation scientifique de la société Areva, Gérald Bronner remet en place ceux qui considèrent que la vie à proximité des centrales nucléaires favoriserait les leucémies.
http://www.lied-pieri.univ-paris-diderot.fr/spip.php?article49
Au Cerin, bras armé « scientifique » de l’industrie laitière, il ridiculise les crédules antilaits, anti-aspartames, anti-gluten, anti-alimentation conventionnelle.

http://www.cerin.org/a-la-une/croyances-et-rumeurs-en-matiere-dalimentation.html
Son entreprise Cognition & Strategies (conseil de gestion, conseiller en relations publiques, conseiller en communication, lobbying) propose ses services aux entreprises.
http://www.adgency-experts.com/nos-experts/gerald-bronner » 

 

 

 

Ce à quoi j'ajoute également ce lien :

 

http://www.reopen911.info/11-septembre/11-septembre-gerald-bronner-ou-le-cote-obscur-de-la-sociologie/

 

 

On voit donc se dessiner ici assez précisément les contours d'un autre cas d'école d'expert d'une pensée bien maintenue dans le cadre étroit d'une norme bien établie, et de conflits d'intérêt patents, pris comme modèle d'une pensée rigoureuse, pourtant seulement étayée par des raisonnements circulaires et partiaux sous l'apparat d'un spécialiste proclamé de l'optimisation du raisonnement. Mission réussie en tout cas pour l'optimisation de l'intégration dans le sérail des idéologues de la pensée pro-système.

 

 

En guise de conclusion, j'aimerais affirmer encore que tout un chacun a le droit de douter, mais non seulement cela, a le droit de ne pas adhérer à une thèse, sous prétexte qu'elle semble appuyée par des faits. Les faits ne sont jamais neutres, et c'est d'ailleurs une erreur fort commune dans le milieu journalistique que de le croire.

 

Dans le cas du climat, j'ai déjà montré assez d'éléments qui montrent que la science n'est en aucun cas parvenue à un consensus, et que croire ceci est la résultante d'une propagande assénée sans relâche.

 

Et si Olivier me convainc nettement plus dans ce qu'il présente concernant le Pentagone, je considère en revanche qu'il va trop loin, lorsqu'il considère que son travail suffit à qualifier tout ce qui a été produit par les sceptiques comme du pipi de chat conspirationniste.

 

Je n'entrerai ici dans aucune discussion des faits, étant ouvert à toutes les possibilités, quitte à ce qu'elles bousculent les idées que j'ai pu me faire au fil du temps, qui n'équivalent de toute façon pas à des convictions. Je refuse en revanche d'entrer dans son jeu, qui consiste ici à glisser en direction de la complicité envers un système d'oppression des masses humaines. Au risque de me répéter, ce qui me dérange n'est pas que son article renforce la thèse officielle, du moment qu'il se base sur des faits, mais que la manière dont il a eu d'entourer cela d'invectives à peine retenues, et sa politique de modération totalement arbitraire, ont rendu les débats malsains et déplaisants. Ses fanfaronnades n'ont vraiment rien d'honorable, et d'ailleurs, elles n'aident pas son message à passer, ce qui est idiot, et c'est un comble pour quelqu'un dont la thèse tourne entièrement autour de la bêtise des dirigeants américains, qui aurait à elle seule permis les attentats. Version trop simpliste que je ne rejoins qu'en partie, et qui est surtout bien commode.

 

Quoiqu'il en soit, et comme je le disais en introduction, cette anecdote fournit un remarquable exemple de manière dont, en présentant une version orientée des faits et en empêchant les gens de la discuter, on peut borner le débat. Tous les éléments sont réunis, en particulier le fait d'accréditer une thèse qui est parfaitement consensuelle, et de stigmatiser ceux qui s'y opposent. Les bornes étant placées jusque dans les sites contestataires, il n'y a plus qu'à citer ce qui est dit dans le 3e lien de mon article, concernant Chomsky :

 

« En effet, si la presse semble déjà tellement critique vis à vis du pouvoir, alors chercher à se montrer encore plus critique, encore plus radical, ce serait nécessairement tomber dans l'extrémisme.

Il décrit un autre phénomène important : le processus de marginalisation qui frappe ceux dont les propos se situent hors du cadre que les médias auront définit comme acceptable. Tout en prônant la pluralité et la diversité, les médias vont avoir tendance à marginaliser, à exclure et à éliminer les points de vue dissidents. » 

 

Nous n'assistons à rien d'autre ici que cette marginalisation par l'effet de la limite imposée à ce qu'il serait raisonnable de penser ou non.

 

Par ailleurs, en agissant comme il l'a fait, Olivier Berruyer a fourni à une partie de ses lecteurs un sentiment légitime de trahison, dont, j'en fais la prédiction, il payera le prix très bientôt. Soit l'on cherche la vérité, soit l'on cherche à préserver ses propres intérêts. La compatibilité entre les deux fournit une marge de manœuvre très faible, dont l'anecdote actuelle sur son blog fournit un excellent exemple de sortie de route.

 

Nul doute que la première conséquence sera, comme sur d'autres sites de contestation plus ou moins soft, comme par exemple le blog de Paul Jorion, et dans une moindre mesure sur Agoravox ou sott.net, et sans doute bien d'autres, une stérilisation des échanges par sélection d'un public uniformisé qui sera heureux de n'être qu'entre gens plus ou moins tous d'accord entre eux, tout en favorisant parallèlement la radicalisation des sites classés comme conspirationnistes. Cela est un problème majeur d'internet, déjà soulevé dans un précédent article, qui retarde, voire empêche complètement, l'apparition d'un véritable mouvement citoyen de contestation systémique. C'est donc clairement faire le jeu du pouvoir en place, que de refuser la pluralité des opinions, dans tous les cas, car cela renforce encore les divisions créées ou favorisées par ce même pouvoir.

 

L'article de dedefensa cité plus haut sur l'éloge de la théorie de la conspiration fournit de loin les meilleurs réflexions sur ce sujet, et je vous encourage à le lire, si vous ne devez choisir qu'un lien dans cet article. En mettant en lumière le caractère fondamentalement pacifiste de ceux qui cherchent à comprendre comment un pouvoir corrompu peut les mener à la guerre et à leur propre perdition, il restaure le point essentiel qu'il faut avoir en tête à propos des prétendus « conspirationnistes » : ces gens ne forment pas un ensemble de malades mentaux qu'il faudrait psychanalyser, mais sont des gens qui cherchent des réponses et des solutions à leur condition, et cela est au contraire très sain, même si cela peut passer en effet par des délires.

 

Mais les délires sont parfois nécessaires pour explorer les possibles et revenir ensuite à un état plus harmonieux. Puissent les agents actifs et passifs de la police de la pensée le comprendre, au lieu de jeter la pierre et de nourrir leur propre vanité de n'être eux, ni fous, ni idiots. Il est tellement plus facile d'être toujours du bon côté des bornes qu'on a soi-même posé, n'est ce pas ?

 

Addendum : dans cet article, j'aurais pu parler de la manière dont Olivier Berruyer interpelle Daniel Schneidermann à propos de la bonne façon de traiter le conspirationnisme :

https://www.les-crises.fr/conspirations-un-controle-democratique-des-medias-reste-a-inventer/

Je me contenterai de mentionner le lien, pour montrer que, chacun à leur manière, et chacun avec des limites différentes, participent à circonscrire les limites de la bienséance, l'un se défendant à l'autre d'avoir voulu laisser trop de place aux "conspirationnistes", et les deux étant habituellement dans une position critique vis à vis de la posture dominante. Il s'agit d'une autre illustration du principe de poser les bornes d'un débat, dans lequel les acteurs des médias se surveillent les uns les autres, et se réfèrent les uns aux autres pour décider de la bonne attitude. En définitive, ils sont tous victimes de cette dérive, et en même temps tous complices involontaires de celle-ci, comme les médias qu'ils analysent ou critiquent, et leur position habituelle de critiques ne fait que rendre cela plus ridicule. L'on voit bien ici que leur rôle n'est pas en réalité d'exercer un principe de recherche de la vérité en toute chose, comme devrait l'être un travail de journalistes ou d'investigateurs, mais simplement de gérer le placement d'un curseur à ne pas dépasser pour un débat "honnête". Honnête, vis à vis d'une bienséance décrétée par rapport à la position de référence du journalisme perverti, et non pas par rapport à la vérité elle-même. Comprenez bien que la vérité ne se chargera pas de défendre votre image de marque, car elle est intraitable, là où ce genre de compromissions fait en revanche bien plus pour préserver une probité apparente des acteurs des médias, en protégeant leur image vis à vis du sérail.