Je ne voulais pas trop polluer mon article sur le placebo par ce type de considération, mais je voudrais quand même porter un peu l'argumentation autour de ce que j'ai rencontré depuis longtemps, pas tellement sur ce blog mais ailleurs et en général dans la société. Je songe également à des sites sur lesquels je n'ai pas la place d'argumenter, et donc je me sers de mon blog pour ceci.

 

J'ai déjà, sans doute, dit tout cela dans ce blog, et je m'étais promis de ne plus revenir sur des points que je considère acquis, mais puisque je constate, sans surprise, que les argument sont toujours les mêmes, ressassés avec une belle régularité par des gens visiblement incapables de penser par eux-mêmes (leurs propos sont ni plus ni moins ceux d'une doxa, d'une opinion normative de masse), je m'accorde tout de même quelques paragraphes pour le faire.

 

Ces arguments, quels sont-ils donc ?

 

 

1) L'impartialité dans le débat scientifique

 

Ce premier argument est celui qui consiste à dire que toute délibération sur une hypothèse est intense, que chacun y a sa place, que les désaccords sont la norme, et que le résultat est irréprochable. On ajoute aussi que, lorsqu'une théorie est dépassée, elle est immanquablement remplacée par une nouvelle, encore plus pertinente, plus juste, plus proche des faits.

 

Non seulement les contre-exemple sont si nombreux qu'ils sont en vérité la norme, et donc beaucoup trop long de les citer (se référer à certains articles de ce blog, comme je l'ai dit, je ne souhaite plus me répéter ni m'auto-référencer à l'infini alors que je ne fais que reprendre des études souvent de nature sociologiques qui ne sont pas de moi pour nourrir une réflexion philosophique), mais ce travers est du au fonctionnement même de la société, dans laquelle le milieu scientifique est imbriqué, et c'est surtout cela qu'il est important de saisir. Bien sûr, il est difficile de saisir quoique ce soit lorsqu'on l'on fonctionne par la foi et la confiance, et par conséquent qu'on n'a ni le courage, ni l'envie de réfléchir réellement par soi-même. En ce sens, les injonctions et prétentions d'esprit critique que le milieu scientifique veut bien s'accorder à lui-même sont prises en défaut dès lors qu'on s'y penche.

 

Le milieu scientifique est emprunt des mêmes défauts et des mêmes difficultés que l'humanité dans son ensemble, et lui prêter un tel degré d'idéalisation ne peut relever que d'une volonté de s'illusionner à son sujet.

 

Il n'y a aucune raison que tout ce qui est dysfonctionnel chez l'humain devienne soudain totalement rationnel et fonctionnel dans le milieu scientifique où, ce qui fait en réalité rage sont les mêmes rapports de force et d'influence qu'ailleurs.

 

Plus, comme le milieu est imbriqué dans la société, et non pas isolé dans une tour d'ivoire comme certains aiment à se le représenter, il est susceptible d'être manipulé par des intérêts, qu'ils soient industriels, politiques, commerciaux ou autres.

 

Un simple exemple de manipulation de la science par la publicité, déjà cité sur ce blog :

 

http://www.vivelapub.fr/fumez-cest-bon-pour-votre-sante-selon-la-pub/

 

La médecine s'est laissée préconiser le choix de la cigarette industrielle comme instrument de bonne santé pendant près d'un siècle. Que reste-t-il à rajouter pour montrer que la « science » n'est ni indépendante, ni impartiale, ni infaillible ? Peut-être dire que ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres.

 

 

2) La Science est tellement rigoureuse qu'elle est rarement prise en défaut

 

C'est au fond le même argument, qui est celui d'une idéalisation de la science. Ainsi, certes, la science serait lente, lourde, mais au bout du compte et à ce prix justement, elle ne se tromperait presque jamais. On devrait donc la remercier de prendre toute la place, d'imposer sa caution ou sa non-caution à toutes sortes de pratiques.

 

Avons-nous besoin de la science pour déterminer les charlatans ? Pas réellement, le bon sens et l'expérience suffiront largement, mais il faut que la science, en autorité religieuse, appose son sceau sur toute vérité qui soit dite en notre temps, car elle en serait, selon certains – beaucoup encore – la seule détentrice.

 

Le fait est que la science, on l'a dit, n'est qu'un outil. Elle ne peut être une chose idéale que dans l'esprit de ceux qui veulent bien lui accorder cette qualité, et elle est en réalité influençable et manipulable.

 

L'affaire de la tectonique des plaques est à cet égard l'une des plus révélatrices d'un dogme imposé et maintenu par une « élite », en réalité une sorte d'oligarchie qui n'a de scientifique que le nom, s'accrochant à sa vérité biblique du moment, pour repousser aussi longtemps que possible l'avènement d'une nouvelle connaissance de la planète, qui pourtant s'imposait depuis des lustres.

 

http://www.linternaute.com/science/magazine/article/la-derive-des-continents-une-longue-controverse-scientifique.shtml

 

Il aura fallu près de 50 ans pour qu'une théorie pourtant solidement étayée et fonctionnelle s'impose. Ici ce n'est pas de lenteur qu'il faut parler, soyons sérieux ! Mais bien de résistance à la vérité.

 

Le même phénomène s'observe aujourd'hui avec les maladies cardio-vasculaires, l'effet de serre, et tant d'autres croyances non validées scientifiquement, ou pire, invalidées scientifiquement, mais toujours en cours... Notre époque n'est pas si différente d'une époque moyen-âgeuse laissant place à l'inquisition, n'en déplaise aux grands naïfs qui dépeignent une science toujours progressiste, avide de connaissance, irrésistiblement objective, humaniste et j'en passe.

 

Les génies scientifiques existent. Ils ont contribué à l'édification du mythe d'une science irréprochable, lente mais tendant implacablement vers la vérité, quand bien même dans les faits, des tas de théories invalidées demeurent en cours, et des tas d'hypothèses solides devront encore attendre que les vieux esprits obtus s'éteignent pour laisser place à une nouvelle génération.

 

Voilà une autre réalité de la science, avec un petit s. Mais pour avoir déjà suffisamment parlé de ça sur ce blog, je m'en arrêterai là. Il serait trop fastidieux de citer tous les arguments, exemples... et cela me semble tellement inutile, face aux esprits fermés et arriérés qu'on peut rencontrer... J'aurais sans doute l'air moins « réactionnaire », si j'évoluais dans un monde un peu plus sensé et un peu plus lucide sur ses propres travers... Car s'accorder cette lucidité, c'est s'accorder la possibilité, le droit, de dépasser ces travers. Or j'ai souvent l'impression de n'assister qu'au déni, à des hordes de gens borgnes et sourdingues qui ne veulent entendre que le mythe de notre bonne société civilisatrice, prospère, humaniste, toute qualité que sa science incarnerait mieux que n'importe quelle autre chose. Mon œil. Le milieu scientifique n'est qu'une autre pataugeoire à esprits médiocres. Et je plains les scientifiques dignes de ce nom qui se doivent de s'y baigner, et essuyer ces propos de cul-bénis qui croient à la science immaculée, certes imparfaite, mais au fond parfaite car il n'y a rien de tel que ce cynisme de bon aloi pour rendre acceptable et plaisant ce qui ne l'est pas.

 

Qu'on ne se trompe pas dans mes propos : la méthode scientifique est bonne, mais elle n'est ni la seule, ni inattaquable. Tout outil à ses défauts et tous manquent des subtilités nécessaires à certaines tâches. Essayez-donc de fixer une vis avec un marteau et vous comprendrez ce que j'ai voulu dire. Le problème étant qu'on refuse à celui qui dispose d'un tournevis d'entrer. Cause toujours, qu'on lui dit, et on appelle ça le débat scientifique impartial.