Comme Jean-Pierre Petit l'exprime très bien dans un de ses dessins, l'ufologie conventionnelle consiste à chercher là où il y a de la lumière, même si on n'y trouve rien, et à ne surtout pas chercher dans les zones d'ombre, surtout si on risque d'y trouver quelque chose qui pourrait contredire définitivement la thèse dominante de l'HET (hypothèse extraterrestre).

 

À partir de là, avec de tels présupposés dans l'axiomatique, on ne peut déboucher que sur un débat vicié, où tous ceux qui proposeront ou suggéreront des voies de recherche autres, aussi éminents soient-ils, seront toujours classifiés parmi les débiles, les illuminés, ou encore, comme je l'ai vu récemment, parmi ceux qui ont quelque chose à vendre. Ainsi, les procès d'intention abondent, ainsi que les épithètes, mais ils visent toujours ceux qui cherchent dans l'ombre, emploient des méthodes ou des approches moins conventionnelles, ou apportent des idées plus excentriques. Faites cela, et vous êtes, sciemment ou non, étiqueté comme hérétique ou comme un idiot navrant.

 

La suffisance des gens qui nagent dans leurs propres certitudes débouche toujours sur les mêmes dérives, ô combien prévisibles, et alimente cette triste concentration des opinions similaires qui, par effet de grégarité, font fuir ceux qui ont des opinions divergentes jugées perverses.

 

On ne veut pas "perdre du temps" avec des hypothèses exotiques ou excentriques. Résultat, on le perd entièrement en faisant des hypothèses sur des hypothèses, sans jamais se soucier de prendre en compte ce qui semble invalider l'hypothèse de base elle-même. Cercle vicieux de la "pensée" qui laisse perplexe tout penseur logicien qui se respecte, car au moins faudrait-il, en ce cas, prendre en compte ce qui existe et est répertorié, et trouver la bonne raison qui fait qu'on devrait pour autant l'écarter. Mais on ne s'embarrasse pas de cela. Tous les pans qui dérangent le plonplon bien-pensant de l'ufologie conventionnelle ne sont pas critiqués ni pensés, non, ils sont tout bonnement écartés avec des raisonnements d'une profondeur inexistante, comme par exemple : "non mais ce n'est pas sérieux, les gens qui voient les choses autrement que moi sont forcément des clowns et des fumistes". Une façon fort efficace de faire rebondir sur le bouclier de l'ego toute occasion de remise en question, de ré-analyse de sa propre opinion, de révision de ses propres certitudes.

 

Comme on peut s'y attendre, cela prend les formes consternantes de l'invective, du défi posé à la logique, voire parfois de l'intimidation ou encore simplement l'attitude qui consiste à tourner en dérision un propos que l'on n'aura même pas cherché à comprendre honnêtement. On peut aussi se contenter de traiter l'intervenant par le dédain ou en l'ignorant complètement, ce qui me semble l'attitude la plus répandue.

 

Prétendez simplement que vous doutez du bien-fondé des thèses sur lesquelles repose cette forme d'ufologie, et l'on vous mettra de manière tout à fait absurde au défi de prouver que vous "avez raison", puisque toute objection risquera d'être interprété comme une affirmation.

 

Il ne faut pas, dans ces conditions, s'étonner que ces gens se montent le bourrichon les uns les autres contre les "sceptiques", puisque, sans être hermétiques au doute, ils n'en comprennent pas le rôle capital, dans la construction d'une hypothèse. Par conséquent, une hypothèse se transforme sans qu'ils s'en rendent compte en une forme de dogme, et le scepticisme devient une attitude à excommunier en soi.

 

Il est vrai que le scepticisme et zététisme tiennent davantage d'une autre forme d'escroquerie intellectuelle qui relève plus de l'incrédulité par principe – et qui est à juste titre qualifiée de pseudo-scepticisme la plupart du temps – que du doute méthodique et systématique tel qu'énoncé par Descartes. Il est cependant vrai aussi que, bien utilisée, cette méthode conduit à des résultats. Certes, ces résultats seront toujours décevants, car cette méthode est limitée et par ailleurs, la méthode scientifique en elle-même ne peut appréhender, à ce jour, que les effets qui ont des causes matérielles.

 

C'est pourquoi je ne prône pas l'utilisation du doute cartésien comme élément central d'une pensée bien construite, mais comme d'un outil qui la compose, et qui en est cependant indispensable. En d'autres termes, le doute méthodique est un moyen, pas une fin en soi, et c'est surtout cela que je reproche à la mouvance zététique, qui semble plus s'employer à cultiver une certaine forme de déni qu'à agir de manière constructive, et c'est un point que j'accorde aux tenants de l'ufologie classique.

 

Chez la plupart des "ufologues" de service que l'on rencontre sur les forums, ce doute ne sert par contre bien souvent qu’à douter de l’honnêteté intellectuelle de ceux qui pensent différemment, ce qui n'est finalement pas différent du pseudo-scepticisme que ces gens s'empressent le reste du temps de dénoncer. Avec un usage aussi sélectif et imbécile, on aboutit au résultat dont je parle. Une ufologie qui prend l'une de ses hypothèses pour une réalité indéniable, sans même se rendre compte que les preuves matérielles sont pour ainsi dire inexistantes.

 

On atteint le comble de l'absurde lorsque cette ufologie s'attaque aux témoins. Dans un sursaut inexplicable de sérieux, l'on va prétendre qu'un témoignage n'est qu'un témoignage (façon de dire que ça ne vaut rien), alors que c'est quasiment tout ce que nous avons, et que même eux en sont réduits à se reposer uniquement sur cela, au point que c'est la rubrique majeure censée fonder la crédibilité d'un certain forum. Il faudrait savoir.

 

En plus, on écarte tout élément psychosociologique, alors que la connaissance d'une telle discipline est forcément indissociable de la boîte à outil de l'analyste. Ce sous prétexte que la psychosociologie, là aussi, fonde l'une des hypothèses considérés comme adverses de l'HET.

 

Par conséquent, j'en déduis que l'ufologie que j'appelle conventionnelle n'est pas de l'ufologie, mais une entreprise d'étude de l'HET. A coup de « soyons sérieux », on assène l'hypothèse extra-terrestre, ce qui ne manque pas de laisser perplexe tout penseur critique. Il ne suffit pas d'invoquer la rigueur et le sérieux à tout bout de champ, encore faut-il les pratiquer de manière irréprochable. Il ne suffit pas de s'en prendre aux sceptiques, aux zététiciens et aux incultes qui versent dans le new age, il faut être meilleur qu'eux, aller plus loin, aller jusqu'au bout de sa logique. L'ufologie se réclame souvent de la science, au point de verser très souvent dans le scientisme, mais rares sont les ufologues qui ont une véritable maîtrise, et de la méthode scientifique, et de la pensée critique, et d'une discipline scientifique quelconque. Heureusement, il y en a tout de même, rendons-leur ça, mais nous verrons lorsque je citerai une interview de Fabrice Bonvin que, précisément, le fait que la masse des ufologues ne soient finalement que des curieux relativement profanes n'aide pas forcément à faire avancer les choses. Lui parle de majorité paralysante, dans le sens que, dès qu'une théorie est adoptée par cette majorité, le nombre fait alors obstacle aux recherches et aux hypothèses minoritaires, les considérant comme excentriques, comme si c'était un critère de sélection valable. Encore une fois, l'inertie propre aux groupes humains, mais nous y reviendrons.

 

En tout cas, ce constat me consterne. À vrai dire, la démarche zététique serait préférable. Seulement elle a été laissée à d'autres esprits bornés qui ne veulent – eux aussi – voir que la part du réel qui les arrange, du moins pour ceux qui fondent le noyau de cette discipline, et on en revient à cette dynamique grégaire d'inertie qui fait que les groupes se transforment presque invariablement en troupeaux où tout le monde finit par penser pareil. Et n'allez surtout pas le leur dire !

 

Avec les « sceptiques » comme avec les ufologues scientistes, on ramène toujours tout au connu ou au supposé connu. Et l'on ose parler du progrès... Le progrès ne se fait pas sur le connu, mais sur ce qui n'est pas encore connu, encore faudrait-il prendre cette évidence en compte...

 

Quand on s'intéresse à l'ufologie avec un esprit ouvert et des connaissances ouvrant d'autres perspectives, et qu'on a de tels "amis", on n'a vraiment pas besoin d'ennemi.

 

Il n'y a pas à dire, je comprends pourquoi l'humanité n'avance pas en voyant par quels procédés l'ufologie s'ingénie à ne pas avancer. Et je comprends de mieux en mieux pourquoi ceux qui détiennent un savoir d'ordre initiatique refusent de le partager, ce qui explique au passage l'état risible de la communauté new age, qui n'a accès qu'aux succédanés de ce genre de savoir, ridiculisant d'autant plus le domaine, mais c'est une autre histoire, quoique pas si éloignée de ces ufologues qui se plaignent que leur discipline est souvent moquée.

 

C'est amusant de voir comme certains ésotéristes ne veulent pas être mêlés à l'ufologie de peur d'être déconsidérés (ils le sont déjà, qu'ils se rassurent), de la même manière que beaucoup d'ufologues refusent toute forme d'assimilation ou de comparaison avec le paranormal ou tout ce qui rapporte à l'ésotérisme ou à la spiritualité, par volonté de sortir du ridicule dans lequel est tenue leur discipline. Chaque domaine est séparé de l'autre, sans se rendre compte que ces disciplines partagent au minimum un trait commun qui n'est pas infamant en soi : le fait de se trouver à la marge du domaine de la connaissance, qui lui-même à ses tares terribles, je veux bien sûr parler de la science moderne.

 

En vérité, c'est même une chance à saisir, selon un certain point de vue. Quand on n'est pas absolument tenu par les rênes d'une science sclérosée et sclérosante, on a la liberté d'explorer des chemins de traverse, quitte à s'y perdre, et pourquoi pas ? Qu'y a-t-il de si terrible à ce que l'ufologie, comme d'autres disciplines, soit tenue en marge ? Elle n'en sortira que quand ce sera le moment. Pour le moment, le monde n'est pas prêt, et l'ufologie n'est pas prête non plus, car elle est une discipline d'exploration d'un inconnu, et n'a quasiment rien à fournir à la société, sinon des suppositions, des traces radar, des récits...

 

Ce qui n'empêche pas qu'une partie de la faune ufologique prenne parfois la forme d'une espèce de plèbe sûre d'elle-même, qui a des leçons à donner au reste du monde qui est décidément trop aveugle. Au royaume des aveugles... ?

 

Qu'on me pardonne cette manifestation de mépris mais vraiment je me sens parfois désemparé quand j'observe les gesticulations et l'agitation mentale lors de certains échanges. Bien sûr, tout cela est humain, sans doute inévitable dans quelque groupe humain que ce soit, mais cela donne toujours de l'urticaire au penseur libre et solitaire que je suis.

 

Que peut-on réellement construire dans le brouhaha de ces échanges où la plupart pensent de manière identique, et poussent les idées différentes dans le fossé ? Je me le demande souvent. Non que je pense détenir la Raison ou la Vérité, mais je crois par contre en la vertu des débats sains, et ce n'est pas souvent ce que j'y trouve. Nul d'entre nous ne détient la vérité, et il faut savoir faire la part entre les élucubrations pures et les théories divergentes, mais argumentées. Et cesser de se replier majoritairement comme un troupeau autour du même abreuvoir, bon sang ! C'est comme si l'homme était captif de ses instincts « sociaux » au point que ceux-ci doivent en toute circonstance prendre le pas sur la raison.

 

En tout cas, voilà en gros ce que j'avais à dire sur ce point. Ma conclusion sera simple : l'ufologue n'est qu'un animal-humain comme un autre. Et cela est dommage. C'est vraiment dommage, lorsqu'on explore un domaine hors du champ des dogmes conventionnels, d'y ré-importer ces dogmes : notamment le scientisme et l'humano-centrisme. Car l'hypothèse HET découle finalement de cela : tous les ET y sont très humains, et l'on parle invariablement de « civilisations extra-terrestres », parce qu'on est totalement inapte à imaginer une vie intelligente qui ne soit pas organisée en civilisation technologique... Mais cela fera l'objet d'une réflexion plus loin dans cette série.