Je l'ai déjà fait sur ce blog, mais expressément pour ce sujet, je vais redonner ma définition de la science.

 

Dans notre société moderne, la science est perçue comme le domaine de l'expérimentation maîtrisée, régie par des principes précis tels que la méthode scientifique et les techniques d'expérimentation telles que l'expérimentation réfutable en double aveugle, etc.

 

Bon, mais en réalité, le terme science est bien plus vaste, et se réfère au savoir dans son ensemble, et non à une discipline particulière, régie par des techniques précises. C'est à dire que nous avons à notre époque une science bien caractérisée, définie par certains paramètres, et qui fut produite par un processus philosophique donné à travers les siècles et les millénaires.

 

Les fondateurs les plus marquants de notre pensée scientifique actuelle me semblent être, parmi d'autres, Aristote, Descartes et Popper.

 

Chacune de ces personnes a fondé ou précisé des blocs majeurs de ce qui constitue aujourd'hui notre méthode et notre conception de la science.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9thode_scientifique

 

A cet égard, il est important de rappeler le principe de réfutabilité, que les gens confondent souvent avec le principe de vérification. Dans le langage courant, cela aboutit à ces fameux « c'est prouvé » que des tas de gens vous assènent au détour de certaines conversations, souvent d'ailleurs pour soutenir n'importe quoi. En science, rien n'est prouvé, car tout ce qui est « démontré » est en fait considéré comme « non-faux » :

 

https://www.youtube.com/watch?v=gRdSckT1krI

 

Vous pouvez d'ailleurs explorer cette chaîne youtube qui propose d'autres morceaux de pensée critique très bien construits, mais bref.

 

 

Étant entendu que rien de ce qu'affirme la science n'est « vrai », il en découle deux considérations importantes pour l'ufologie :

 

1) Lorsqu'on prétend s'appuyer sur la science, et dénier par principe tout droit aux sceptiques d'exercer leur esprit critique sur la discipline ufologique, il faut avoir cela en tête. Ni les ufologues ni les sceptiques n'ont « raison ». Par contre, les sceptiques et zététiciens, malgré toute leur mauvaise foi, s'appuient bien davantage sur la méthode scientifique au sens vrai qu'une grande majorité d'ufologues proclamés. Savoir entendre la critique n'est ni une tare ni une faiblesse, c'est une marque d'honnêteté intellectuelle. Je conçois que beaucoup de remarques sceptiques sont en fait pure perte de temps, puisqu'il s'agit de tergiversations pseudo-sceptiques basées sur des raisonnements fallacieux, mais alors il faudrait les écarter comme telles, et non pas par principe, parce qu'elle vient d'un sceptique. Cette attitude est pourtant assez fréquente.

 

2) Puisque rien n'est au sens strict « vrai », dans ce qui est démontré par la science, cela signifie que tout est potentiellement réfutable un jour ou l'autre. Par extension, cela signifie qu'aucun dogme scientifique ne devrait pouvoir exister (bien que ce soit le cas...), et que la notion de consensus est à prendre avec précautions, car s'attacher à un consensus comme s'il était une vérité conduit à l'ériger en dogme.

 

Plus encore, cela signifie que les connaissances à un moment donné peuvent être mises à jour, voire complètement renversées par de nouvelles découvertes. Se contraindre à raisonner selon les principes de la science à un moment donné, alors qu'on explore un sujet qui, de toute évidence, dépasse les bases de la science connue, c'est se condamner à échouer et à ne jamais comprendre le phénomène.

 

Puisque la science évolue constamment – et il est toujours savoureux d'entendre cette affirmation dans la bouche d'un sceptique ou d'un ufologue qui essaye d'empêcher cette évolution en s'obstinant à se référer au connu, parce qu'il se sent incapable d'évoluer dans l'inconnu, a peur de faire appel à son imagination ou je ne sais quoi du genre – cela signifie que l'ufologie doit toujours être ouverte à ce qu'une nouvelle explication bouleverse complètement ses croyances à un moment donné.

 

 

Par conséquent, une ufologie qui se restreint à l'HET est une ufologie sclérosée, obstinée dans sa possible erreur, et condamnée à l'échec.

 

Entendons-nous. Il est bon que des chercheurs se spécialisent dans l'HET. Cela pourrait être la bonne hypothèse, et on ne devrait alors pas passer à côté. Bon, mais « tout le monde » fait déjà ça. Allez sur les forums, vous verrez : on n'y parle que de « civilisations extra-terrestres », de l'équation de Drake ou du paradoxe de Fermi, des voyages interstellaires, bref, d'humanoïdes qui traversent l'espace par l'usage d'une technologie de pointe. (à moins que vous n'alliez sur les forums d'ufologie new age et alors là... c'est pire, il faut bien le dire)

 

Et si aucun de ces points n'était juste ?

 

Mais avant d'aborder cette question, et puisque cet article est centré sur les aspects philosophiques et scientifiques, restons un moment sur les points que je viens de soulever.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89chelle_de_Kardachev

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quation_de_Drake

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_de_Fermi

 

 

 

Prenons dans l'ordre. L'échelle de Kardachev imagine une classification de civilisations en trois classes :

 

« Une civilisation de type I est capable d'accéder à l'intégralité de l'énergie disponible sur sa planète et de la consommer. Une civilisation de type II peut consommer directement l'énergie d'une étoile. Enfin, une civilisation de type III est capable de capter la totalité de l'énergie émise par sa galaxie. »

 

Sur cette échelle, la « civilisation terrienne » (mais existe-t-il et peut-il exister une telle chose ? Nous sommes constamment en guerre les uns contre les autres) est de classe I, et devra évoluer vers la classe II, pour prétendre à devenir une civilisation « spatiale ».

 

L'équation de Drake tente d'évaluer le nombre de civilisations qui pourraient exister dans une galaxie donnée, en examinant toutes sortes de paramètres, dont beaucoup sont impossibles à fixer car nous n'avons tout simplement aucune base pour le faire. Néanmoins, son intérêt est d'essayer d'estimer les probabilités d'entrer en contact avec ce type de civilisation.

 

Enfin, et pour unifier un peu les trois principes, le paradoxe de Fermi consiste à s'étonner que, étant donnée la probabilité supposée de l'existence de nombreuses civilisations de classe III susceptibles d'entrer en contact avec nous, cela ne semble pas encore être arrivé.

 

 

De là, on peut poser plusieurs objections et faire plusieurs remarques. Ma première remarque est que, sur les forums ufologiques, l'un des exercices de style les plus appréciés consiste à dénigrer le paradoxe de Fermi. Certes, il est critiquable, imparfait, présente en effet plusieurs objections qu'on peut lui faire très facilement. Par exemple :

 

Est-il vrai que nous n'ayons jamais reçu de contact ET ?

 

Il semble en effet possible que des contacts aient pu avoir lieu, soit avec de simples habitants (affaires d'abduction et rencontres du troisième type) sans être médiatisés ou validés par les autorités. Ou encore que des gouvernements aient pu être contactés, sans avoir officialisé la chose pour des raisons x ou y. Je précise que je n'y crois pas trop, mais peu importe.

 

Mais le simple fait que cet exercice soit si répandu et si apprécié montre surtout que l'on aime préserver ses croyances ou ses certitudes. On ne voit jamais un ufologue s'attaquer à quelqu'un qui défonce le paradoxe de Fermi, et pour cause.

 

 

Pourtant il y a bien d'autres réponses que peut susciter ce paradoxe. Si l'on cesse pour un moment de considérer qu'il est faux ou illusoire, on peut aussi se borner à constater que nous n'avons aucune preuve d'un contact, et seulement des récits de rencontres rapprochées. Aucune preuve matérielle digne de ce nom.

 

Par exemple, pour les anglophones, ici c'est John Keel qui parle de la faiblesse et de la bizarrerie inexploitable matériellement des très rares preuves physiques que nous avons :

 

https://fr.scribd.com/document/24360372/The-Flying-Saucer-Evidence-Everyone-Ignores-by-John-A-Keel

 

J'en parlerai peut-être plus avant un jour dans un article séparé, mais en attendant, cette absence totale de preuves solides interpelle. Il arrive parfois qu'on rencontre des implants, de possibles artefacts, voire des modifications presque inexplicables de la flore, mais mesurables. Seulement, ces « preuves » sont toujours incomplètes, inutilisables ou insuffisantes. Les implants ? On en a, mais ça ne ressemble pas à grand chose... Des objets ? Selon John Keel, oui mais ça pourrait être n'importe quoi... Il y a eu un cas de brûlure par contact avec un ovni au Canada. On a constaté les brûlures, qui avaient la forme de la surface de l'OVNI. Oui, mais seule la personne touchée a pu voir l'OVNI, et que prouve une simple brûlure, même étrange ? Les traces radioactives (comme par exemple à Valensole) ? Oui, on en a trouvé, mesuré, mais et après ? Ce ne sont que des mesures...

 

Voilà à quoi se réduisent les « preuves » du phénomène OVNI, et si on y rajoute des enregistrements radar qui ne sont pas beaucoup plus déterminants, on en a pratiquement fait le tour.

 

 

Alors je ne suis pas en train de nier le phénomène, car je le dis tout de suite, je « crois » à ce phénomène. Je veux dire que je crois à son existence, à sa réalité. Peut-être même à sa matérialité, puisque, malgré tout, on en trouve des traces. Mais ce ne sont toujours que des traces. Imaginez-vous pister un chevreuil dans la neige. Ses traces sont faciles à suivre, mais maintenant, elles se terminent en plein milieu d'une clairière, comme ça. Et bien c'est ça, le phénomène OVNI. Et il y en a pourtant beaucoup pour soit nier son étrangeté, soit la considérer par défaut comme une simple « preuve » supplémentaire de sa dimension d'ordre technologique.

 

C'est le serpent qui se mord la queue. Même face à l'absence de preuves physiques, l'ufologue lambda conclut encore que ça prouve la nature physique du phénomène. N'y a-t-il vraiment pas un problème là ?

 

Si je vous disais que j'ai vu superman voler et rattraper un avion de ligne en pleine vrille, pourriez-vous me dire un truc du genre : « Tu vois, les extra-terrestres sont vraiment forts. Ils traversent l'espace intersidéral en un clin d'oeil, se déguisent en superman pour mieux nous tromper, et ils sauvent nos avions ! »

 

En tout cas, cette attitude ne m'étonnerait pas vraiment de la part d'un ufologue. C'est pratique, car cette explication supra-technologique peut tout expliquer. C'est la manifestation parfaite d'un conditionnement à la pensée magique de type scientiste... Pour le moment nous ne pouvons presque pas aller sur la lune, mais bientôt, on pourra porter des avions de ligne à main nue grâce à la cybernétique.

 

Excusez-moi de trouver ça plus fantaisiste que les explications « paranormales »... Qu'est-ce qui prouve, au fond, qu'il existe une civilisation ET capable de nous rendre visite ? Selon le principe de la réfutabilité dont nous avons parlé plus haut, nous pouvons imaginer une infinité d'explications qui peuvent parfaitement se passer d'une explication de type HET... ce qui ne signifie pas que l'HET soit fausse pour autant.

 

Le fait est que nous ne savons pas. Pourtant, la masse s'accroche à cette explication toute faite. Comme dans d'autres affaires où on nous en a soufflé une... Voyez-vous où je veux en venir ?

 

Mais bon, je crois qu'il est temps de conclure sur cette partie. Ces derniers points avaient surtout pour but de préparer la prochaine partie de cette série, alors... à demain pour ceux qui me suivent.