Aujourd'hui, article de réflexion qui m'a été inspiré par cette conférence d'Etienne Klein :

 

https://www.youtube.com/watch?v=NlP8bom5F9k&t

 

Etienne Klein est de mes conférenciers favoris, en ce qui concerne la science fondamentale, et notamment parce qu'il a ces deux qualités : la précision des mots, et il n'hésite pas à mettre les pieds dans le plat.

 

Seulement voilà, j'avais déjà remarqué sa tendance à trahir ses propres propos dès qu'on s'approche de certains sujets, et c'est sur un de ces dérapages que je voudrais m'arrêter, parce qu'à mon avis, il est extrêmement représentatif du problème qui se pose à la science aujourd'hui.

 

En fait, tout va bien jusqu'à environ 47-48 minutes, et je vous conseille d'écouter entièrement jusque là pour découvrir le processus de pensée qu'il développe (même s'il n'est pas très en forme là, car un peu malade), et vous rendre compte à quel point, dès qu'il aborde la climatologie, il trahit tout ce qu'il a construit dans sa conférence jusqu'à ce moment.

 

Pour résumer, Etienne Klein parle dans cette conférence de l'état de la science dans la société actuelle, des écueils et embûches qui se présentent à elle, du fait qu'elle a supplanté la religion et qu'elle est donc devenue le socle de la société présente, ce qui me paraît en effet difficile à contester. Il rappelle ensuite à quel point certains scientifiques peuvent manquer de prudence lorsqu'ils prétendent que la science va expliquer la vie, l'univers, etc., s'emportant quasiment dans un rôle de nouveaux messies (et cela c'est moi qui le précise, car Etienne Klein ne va pas jusque là, mais on comprend bien que c'est le glissement qu'il sous-entend). En d'autres termes, la science a supplanté la religion, non seulement en la remplaçant en tant que discipline de base, mais aussi en lui volant une partie de sa fonction, fait que j'ai souvent pointé du doigt sur ce blog, en affirmant que la science est, pour beaucoup, devenue la nouvelle Église de référence, un clergé, mais scientifique.

 

Outre cela, Etienne Klein avance diverses notions philosophiques d'importance, comme l'idée que la science n'est, dans ses fondements, jamais aussi neutre qu'on peut le croire ou le prétendre, tout en rappelant la césure qui existe et doit exister entre la science et le domaine des valeurs. Il déplore cependant que la science et la philosophie évoluent désormais de manière totalement séparées.

 

Mais ce constat et sa rigueur lexicale ne l'empêchent pas de trébucher au passage dont je parle, et qui commence vers 47:40, à propos de la controverse sur le changement climatique.

 

Et là, sa phrase est terrible, et est pour moi un foirage en bonne en bonne et due forme. Je cite la phrase in extenso :

 

« Et vous avez bien vu au moment de la controverse sur le changement climatique, nous avons vu se développer toutes sortes d'arguments par lesquels nous étions invités à ne pas croire ce que nous savions. »

 

Puis il poursuit en dénonçant un doute portant sur ce qui aurait été démontré.

 

 

Il est temps que je repropose cette vidéo que j'avais citée très récemment dans un autre article, pour éclairer ma critique :

 

https://www.youtube.com/watch?v=gRdSckT1krI

 

 

 

Puisque ce qui est avancé par la science est non-faux, comme c'est très bien expliqué ici, Etienne Klein commet ici un sérieux faux pas, en tombant dans le piège grossier du « c'est prouvé ! » Particulièrement grossier pour un scientifique, conférencier et penseur de son calibre.

 

Toute la rhétorique qu'il déploie ensuite sert à lui dissimuler à lui-même le fait qu'il glisse lui-même dans ce piège ainsi que dans certains des travers qu'il a employé les 47 premières minutes à exposer à son public.

 

C'est à cause de ce type de dévoiement, de rigueur inconsistante, que la science, en fait, se trouve dans la crise qu'il expose lui-même. Je reviens sur ses paroles, pour démontrer en quoi je les conteste, et que je les conteste d'autant plus dans le cadre de sa démonstration :

 

Tout d'abord, il parle du « moment de la controverse », comme si celle-ci avait eu un début et une fin, à l'instar de la controverse de Valladolid. Mais nous parlons ici de science, et plus particulièrement de climatologie, une discipline certes scientifique (que certains estiment être en fait une pseudo-science, et je ne suis pas loin de les rejoindre), mais qui ne relève pas de la physique fondamentale à base d'équations et de calculs précis, mais au contraire une science de la complexité recouvrant tout un panel de disciplines essayant d'analyser et de modéliser des phénomènes chaotiques complexes qui, à partir de même conditions initiales, peuvent fournir des résultats totalement différent après une certaine échéance.

 

Ce n'est pas pour rien si un Benoît Rittaud pointe du doigt le caractère pseudo-scientifique d'une science qui essaye de faire des prévisions futuristes, ce qu'il nomme climatomancie.

 

https://mythesmanciesetmathematiques.wordpress.com/a-propos/

 

Et sur les conditions initiales :

 

https://fr.sott.net/article/29852-Quelques-froides-verites-sur-le-rechauffement-climatique-avec-le-Pr-Gervais

 

 

Même les sites gouvernementaux rappellent ce principe d'incertitude :

 

http://www.drias-climat.fr/accompagnement/sections/177

 

 

Il est donc établi que nous sommes en face d'une discipline multiple, qui cherche à mettre de l'ordre dans du chaos en faisant des modèles et des prévisions, et franchement, qu'est-ce que cela a de très différent que de lire dans le marc de café ?

 

Par ailleurs, il est un fait que la controverse n'a pas eu lieu à un moment donné et serait terminée, mais au contraire qu'elle est toujours et plus que jamais en cours.

 

Le fait qu'Etienne Klein dénonce un doute alors que le doute est le fondement de la méthode scientifique est tout simplement ébouriffant, et je n'ai rien à ajouter à ce sujet.

 

Par contre, au moment où il se lance dans cette diatribe, il vient juste de dénoncer le fait que certains forment leur opinion en se basant sur leur intuition ou leurs sensations, alors que, comme on le sait, la science va la plupart du temps contre l'intuition lorsqu'elle nous explique comment fonctionnent les choses. Il est donc aberrant, en effet, de se baser uniquement sur ses sensations, par exemple pour essayer de déterminer si la terre est plate, si le climat change ou si la loi de la relativité est juste.

 

C'est pourtant en gros ce détour rhétorique qu'il va employer à la suite de ce raisonnement. Honnêtement, son soliloque entre 48 et 50 minutes est un grandiose étalage de mauvaise foi. Il est particulièrement symptomatique qu'il choisisse justement le thème de la terre plate à ce moment en pensant caricaturer le point de vue adverse, quand on voit ce qu'il en est, 3-4 ans après cette vidéo, à ce sujet, avec le nouveau délire qui a fleuri sur youtube notamment à propos de cela.

 

J'en viens à ce que je voulais dire : la science, les scientifiques, sont responsables de cette « crise de la vocation », de cette « crise de la science » qu'ils déplorent.

 

Lorsque même Etienne Klein en vient à de tels dérapages (que beaucoup cautionneront avec entrain, car cela leur donne la satisfaction de faire partie d'un même groupe de détenteurs de la vérité, des valeurs et des comportements qui doivent venir avec), après avoir peint cette crise, on ne peut en venir qu'à cette conclusion qu'en fait, l'homme n'échappe décidément jamais à certains de ses travers.

 

Il a beau se défendre de vouloir entraîner la science sur le terrain de la foi, de la religion et du dogme, plus il s'en défend, moins il se rend compte qu'il a les deux pieds dans le problème. Car après tout, ces dénégations m'apparaissent ni plus ni moins que comme un moyen de pratiquer la projection : tenir à distance la prise de conscience désagréable que sa discipline est entachée des tares qu'elle croyait avoir vaincues dans le domaine qu'elle avait détrône. Je veux bien entendu parler de la science prenant la place de la religion sur le trône de la société contemporaine.

 

Lorsqu'à l'époque des lumières, la pensée scientifique vient supplanter le clergé dans la hiérarchie civilisationnelle que nous connaissons désormais, on s'aperçoit avec le recul que ce qu'elle fait n'est pas tant de remplacer l'âge de l'obscurantisme par l'âge de la lucidité, de remplacer la foi irrationnelle par une Raison suprême, mais bien plutôt de faire la même chose à sa place, avec une méthode et des arguments différents.

 

C'est que l'homme, lui, n'a pas changé. Si révolution idéologique et sociale il y eut, il n'y eut pas en revanche de révolution anthropologique réelle. La civilisation avait muté, on avait changé d'étape, d'ère, d'époque, tout ce que l'on veut, mais pas de paradigme. C'était seulement l'expression d'un rapport de force. Le sceptre de la domination mentale n'était plus entre les mains du pape, mais il était dans celles des idéologues du progrès, de l'éducation scolaire, qui avaient simplement d'autres attributs.

 

L’église avait Dieu, Jésus, les apôtres, la trinité, les péchés.

 

La science a le Hasard, Aristote, Descartes, Einstein, la neutralité, son éthique.

 

L’Église était un ciment de la société servant à solidariser la masse populaire dans une vision commune... tout comme la science.

 

Le techno-scientisme organise notre société façonne et même formate les esprits, jusqu'à les assécher. Il y a beaucoup de croyants qui s'intéressent à la science. Il y a énormément de scientifiques qui ont une vie ou une approche spirituelle également, et qui parfois conditionne leur approche de la science.

 

Mais y-a-t-il beaucoup de scientifiques qui sont également artistes ? Ou thérapeutes ? Ce sont pourtant là des fonctions premières dont l'humanité a besoin, et qu'elle tend à retrouver dans le new age ainsi que dans les nouveaux courants à tendance spirituelle ou philosophique qui se dessinent.

 

Beaucoup le déplorent, et spécialement dans la sphère sciento-athéiste, ressassant l'idée d'une régression aux âges obscurs de la bigoterie, aveugles à un phénomène qui est en fait plutôt un ressource à la source de jouvence de tout esprit humain.

 

Je ne crois pas pour autant, hélas, qu'aller dans cette direction suffira à sortir d'un nouvel âge d'obscurantisme qui est désormais celui d'une science sèche, parfois même stérile, qui se repose inconsciemment sur des principes cléricaux et dogmatiques. Ce sera probablement l’avènement d'un nouveau genre d'obscurantisme teinté de religiosité à peine avouée, où une pseudo-écologie prendra une grande place, prétendant supplanter la pseudo-science et la pseudo-spiritualité.

 

Mais je crois par contre que tout mouvement est préférable à un statu quo, car c'est de l'expérience nouvelle que se nourrit l'homme, et c'est de cela qu'on a plus que jamais besoin. Il ne faut pas abandonner la science, mais il faut l'expurger de sa Déraison, et rendre celle-ci à ceux dont c'est « le travail ». La science n'a pas plus à nous fournir que des explications, des solutions techniques, dont elle ne doit pas se servir comme offrande à sa propre grandeur, mais qu'elle doit délivrer à ceux qui en ont l'usage. Et je ne parle pas de ce dévoiement consumériste, de la miniaturisation, du passage à la 4G, la 5G, et tous ces putains de gadgets qui nous diminuent en réalité. Je parle d'une science qui, au lieu de nous promettre « le progrès », « la liberté vers l'espace » voire « le salut vers l'espace », ne se contenterait pas d'alimenter un confort qui nous affaiblit physiquement et psychiquement, mais d'une science qui reste à inventer, qui serait elle véritablement raisonnable, non-dogmatique, et au service d'une certaine sagesse. Une science qui renouerait avec la philosophie, avec la spiritualité, mais sans s'accaparer ces domaines.

 

Etienne Klein est un penseur et une pointure. C'est quelqu'un dont il faut s'inspirer en tenant compte du fait qu'il emprunte aussi bien à la science qu'à la philosophie pour construire sa pensée. Mais à condition de se détacher de l'idée fausse que la science nous fournit de l'incontestable, en se gardant de considérer qu'en élargissant le domaine du connu, elle atteindrait à une sorte de statut sacré qui confond notre raison.

 

En l'état actuel, la pensée d'un Etienne Klein exprime la grandeur et la décadence de la science tout à la fois : elle est forte, précise, rigoureuse, tranchante, et pourtant elle vacille sous son propre poids, sa propre ambition à fournir en toute circonstance des vérités. C'est un travers que cette pensée va chercher, clairement, dans le refoulé, c'est à dire dans l'inconscient : pour moi, le moment où Etienne Klein trébuche et entre de plain pied dans la mauvaise foi est comme un gigantesque lapsus qui trahit tout le refoulé de notre époque autour de la science et de la foi.

 

Et c'est dommage, mais c'est sans doute inévitable. Il n'est comme nous tous et comme moi qu'un être humain, et j'ai sans doute commis moi aussi bien des erreurs de raisonnement dans ce blog. Le problème étant qu'Etienne Klein, personnage public, icône de la science française dans le milieu de l'éthique scientifique, ne peut pas se permettre ce genre de dérapage, pourtant bien pardonnable dans l'absolu. Mais cela a au moins pour moi un mérite : ce retour du refoulé permet de mettre le doigt sur une manifestation concrète du problème, dans le discours scientifique actuel.

 

 

Pour conclure, mon propos n'était pas de descendre Etienne Klein, que j'apprécie toujours, ni de glisser au passage mon point de vue sur la question du climat. Peu importe après tout qu'il y ait ou n'y ait pas réchauffement d'origine anthropique.

 

Ce qui me dérange vraiment et profondément est la trahison de la pensée scientifique, preuve que j'y suis tout de même attaché, car la méthode scientifique nous est indispensable pour appréhender notre monde, ou tout du moins, certains de ses aspects. Je voulais surtout rappeler que chaque chose doit être à sa place, qu'il faut savoir conserver son esprit critique même et surtout face à la science et à ses représentants les plus notables, car nul n'est infaillible, et aucune discipline humaine n'est exempte de biais et d'erreurs possibles.

 

Je voulais aussi montrer en quoi la science est responsable de son propre état, et que plus elle se compromet, plus elle ampute sa propre capacité à atteindre ses objectifs. Plus elle a des prétentions hors de propos, plus elle se condamne à décevoir, et plus elle déçoit, plus elle renvoie de gens vers les domaines tels que celui de la foi. Par conséquent, non seulement la science est largement responsable de sa propre crise, mais elle est aussi responsable (ou co-responsable, dans un mouvement de diverses tendances humaines entrant mutuellement en conflit et en interaction) de la résurgence de la foi, y compris religieuse, et pas seulement de cette nouvelle tendance spirituelle qui se dessine et préfigure sans doute quelque chose du futur.

 

Comme un objet solide qui tomberait sur une surface fluide, la science, en chutant, fait refluer en différents sens, le fluide de la conscience. Si la conscience humaine, qui inclut sa pulsion d'auto-préservation, ne trouve plus refuge dans une science qui s'est dévoyée et trahie, alors il est naturel qu'elle reflue vers d'autres grands domaines, tels que la sagesse, la créativité, etc. C'est comme une loi de la nature, mieux, c'est une loi de l'univers.

 

Car faut-il le rappeler ? L'univers n'est pas que la matière physique que tant de chercheurs zombifiés analysent. L'univers contient aussi l'esprit, et celui-ci est tout de même la grande inconnue, quoique la science puisse en dire, et cela, aux tréfonds de lui-même, l'humain le sent bien. C'est pourquoi ce mouvement de reflux vers la sphère de l'esprit est inévitable, et qu'il est parfaitement vain de le déplorer, surtout quand on a accrédité une science qui amplifié ce reflux.