Les élections présidentielles approchent, on entre dans la phase de compagne, et voilà que resurgit l'éternel marronnier de l'abstentionnisme. J'ai déjà souvent traité le sujet, je tiens à préciser d'emblée qu'une fois de plus, je m'abstiendrai (je n'ai même pas de carte d'électeur), pour que le lecteur sache à quoi s'en tenir.

 

http://www.agoravox.tv/tribune-libre/article/l-abstention-active-72664

 

Sous cet article, qui résume fort bien la question de l'abstentionnisme vu du point de vue des abstentionnistes, quelqu'un poste ce lien, sans doute pour illustrer un point de vue qu'il estime opposé à l'abstentionnisme :

 

http://dormirajamais.org/gramsci/

 

C'est là où ça devient intéressant. Car l'article parle d'abstentionnisme actif, et non d'indifférence ou de nonchalance, ou même d'agnosticisme, c'est à dire d'indécision. Je le revendique : pour moi, m'abstenir est un parti pris, et le fait de ne pas détenir de carte d'électeur, un acte militant. Mais il s'agit d'un militantisme totalement différent de celui de ceux qui sont captifs des partis politiques et de l'hypnose électoraliste générale.

 

Pour autant, et au risque de surprendre, je ne cautionne pas le terme d'abstentionnisme, et encore moins celui d'abstentionnisme actif. Pourquoi ? Principalement parce que ce terme est trop connoté. Abstention fait écho à absence, à un acte de non présence dans le champ politique. Or ce n'est pas ma position. Ma position est que la politique à laquelle on assiste, c'est à dire celle qu'on nous assène, est de la non-politique. Par conséquent, moi qui m'intéresse à la politique, je me sens insulté.

 

On veut m'obliger à prendre parti pour une mascarade qui se déroule comme un tour de passe-passe.

 

Un prestidigitateur agite devant moi des cartes, qui représentent les candidats, il les mélange, me les présente, souvent avec des biais de toutes sortes, bref il détourne mon attention en me forçant à considérer ces cartes et rien que ces cartes. Comme il y en a beaucoup, il se trouvera toujours quelqu'un pour dire : « Mais comment ne pouvez-vous choisir ? Il y a forcément, dans ce vaste choix, une carte qui correspond au moins un tant soit peu à vos goûts ! »

 

Oui, c'est vrai, mais celui qui dit cela s'est laissé prendre au jeu qu'on lui impose, et la règle qui va avec. Son attention captée par le conditionnement qui se reproduit désormais de génération en génération, par le biais des médias, ne peut plus s'apercevoir que, parmi le choix qui est proposé, le panel est en fait extrêmement étroit (toutes les cartes ne sont que rouges ou noires, et peuvent ou non comporter une figure d'importance) et ne représente en rien le panel de choix que la vie serait apte à proposer, si on sortait du cadre si étroit de la « démocratie électoraliste » dans laquelle on l'enferme.

 

Plus que cela, on m'oblige à choisir une seule carte, quand bien même je considère que la meilleure ne me convient qu'à 20 ou 30 %, tandis que la deuxième me conviendra à 15 ou 25%, et que même celle que j'aime le moins pourrait me convenir à 3%. Si, par exemple, on me permettait de construire une hiérarchie des idées proposées par tous les candidats, je pourrais éventuellement totaliser 75% de satisfaction. On me répondra alors que ce n'est pas réaliste, car il faut choisir un programme qui ordonne les propositions suivant une stratégie budgétaire, notamment.

 

Il est donc temps de donner mes arguments quant au fait de m'engager dans le non-engagement électoral.

 

 

Sur l'argument budgétaire et républicain :

 

C'est l'un des problème de fond, sinon LE problème central de l'électoralisme, qui est un système faussement démocratique. En réalité, on ne nous demande absolument pas de choisir un système politique, ou de nous prononcer sur des idées, et on nous le demandera jamais. On nous demande seulement de dire à quel gestionnaire nous accordons notre confiance.

 

Par gestionnaire, j'entends celui qui gérera au mieux le carnet de factures et les dettes de la nation, le patrimoine diplomatique dont nous disposons, et surtout le cheptel humain que la populace est devenu. Le président est aussi un super-représentant de commerce, dans le domaine militaire et industriel. En somme, il suffit de regarder comment fonctionnent toutes les nations du monde : il y a une tête qui représente le pays dans tous les domaines, point barre, qu'il s'appelle Hollande, Trump ou Poutine. Ces gens sont des super-gestionnaires, des super-diplomates et des super-VRP, rien de plus. Aucun des candidats n'échappe à cela, à l'heure actuelle. À aucun moment les citoyens et les électeurs n'ont la possibilité de se prononcer sur une autre forme politique, et jamais rien de ce genre ne pourra surgir par cette voie, tout simplement parce que ce n'est pas au programme. Tout est fait pour filtrer des candidats qui cautionnent le système dans une très large part, même et surtout lorsqu'ils se disent ou sont catégorisés anti-système, ce qui est la forme la plus aboutie d'être totalement pro-système.

 

Le plus ironique étant que, même dans ces tâches budgétaires ou diplomatiques, ils se montrent avec une régularité remarquable, assez incompétents, tandis que sur tout le reste, ils ne proposent finalement que des réglages et variations mineures ne portant pas à conséquence, avec généralement, dans leur programme, et au cours de leur mandat, une ou deux idées ou projets marquants, qui ont surtout pour but de signifier à la postérité leur passage dans le monde noble de la politique d'état. Le dernier fait en date, en la matière, n'étant autre que la fameuse « loi travail », dont on sait comment elle fut appréciée par ceux-là même qui avaient installé ces gens au « pouvoir ». Ce qui n'empêche pas que certains remarquent ceci :

 

http://www.dedefensa.org/article/pourquoi-les-socialistes-vont-rester-au-pouvoir

 

 

La politique spectacle oriente nos choix et occupe le terrain et le temps disponible.

 

La raison pour laquelle la si mal nommée « démocratie électoraliste » ne fournit comme seul résultat que cette alternance qui n'en est même plus une puisque la gauche fait de la politique de droite, et la droite de la pure gestion des grands chiffres, c'est bien entendu que le public est manipulé et maintenu dans l'ignorance, et donc dans l'incapacité à produire un choix éclairé.

 

La politique « politicienne » c'est la politique spectacle (qui n'est pas du tout de la politique, mais une simple représentation théâtrale des animaux politiques s'ébattant entre eux, loin des préoccupations de la masse), et elle a pour but de monopoliser l'attention. Elle fait partie intégrante de la gestion du temps de cerveau disponible, et participe de cette logique prestidigitatrice, où une représentation forcée est présentée au public, partielle et partiale, mise en spectacle de la confrontation des diverses logiques partisanes, dont aucune ne présente la capacité ou même la volonté d'en finir avec ce système. L'essentiel est de donner l'illusion qu'un panel suffisamment représentatif est fourni, afin qu'à l'arrivée, le public (car bien plus que d'un électorat citoyen, il s'agit bien d'un public, au sens où, dans la société du spectacle, il y a toujours un public dans la salle ou face à l'écran), ce public, donc, désigne un responsable, un maître, un gestionnaire. On ne demande surtout pas au public de dénoncer le système, et de toute façon, il n'existera jamais un candidat qui se désignerait pour renverser la table qu'est le système. S'il existait, il ne passerait pas le filtre des 500 signatures, et si par on ne sait quel tour de force, il y parvenait, il se retrouverait aussitôt en conflit. En conflit d'intérêt d'abord (puisque ne venant gagner que pour perdre le bénéfice de sa victoire), et en conflit avec le système, surtout, comme l'est Trump actuellement aux USA, puisque jugé si anti-système par ceux-là qui l'accusent pourtant d'être l'incarnation même de la caricature du système, qu'ils refusent de le laisser travailler. Ce qui, soit dit en passant, comme le dit Philippe Grasset à longueur d'articles sur dedefensa, représente peut-être d'ailleurs la seule chance de faire tomber ce système (mais pour le remplacer par quoi ?) par le fait du chaos engendré.

 

Sur le problème du conflit d'intérêt, Etienne Chouard sur Mélenchon et le suffrage universel :

 

https://www.youtube.com/watch?v=T_XXCpBD94I

 

 

 

Le rôle des partis dans le maintien du statu quo.

 

Dans ce système, et contrairement aux espoirs manipulés de la plupart de ceux qui prennent part à ce grand jeu électoral, les partis tiennent le rôle principal. Ils sont le principal rouage nécessaire à ce cirque, et tant qu'on aura cette recette républicaine à base de vote pour un candidat (les gens disent « pour un programme », mais ils se leurrent) représentant un parti, c'est à dire un lot d'idées plus ou moins immuables, et cependant fortement malléables au système en place, comme on l'a vu avec les divers mandats socialistes en France depuis Mitterrand, qui n'ont fait que s'adapter au système, au point parfois d'en constituer la plus parfaite incarnation et d'en être les plus parfaits défenseurs, rien ne pourra changer. Cela suffit à mes yeux à disqualifier le vote, qui n'est pas seulement inutile (pour qui que ce soit que l'on vote, il ne changera rien qui soit fondamental ou jugé nécessaire par le système pour perpétuer son existence et étendre son influence), mais néfaste, car constituant symboliquement un acte de soumission. Or, comme bien peu savent lire le symbolisme, alors qu'il est au cœur de l'essence humaine, des rapports des humains entre eux, et de la nature même de la cognition humaine, ils se laissent manier par eux, et d'une manière tout à fait inconsciemment animale, fournissent les signes de soumission que l'on exige d'eux.

 

On me rétorquera ici que j'exagère l'importance du vote, puisque, comme dit dans la vidéo du premier lien, quel que soit le taux d'abstentionnisme, les résultats des élections ont systématiquement été pris en compte, à l'époque moderne, en tout cas en Europe. Je répondrai alors que, puisque le vote n'est pas si important, cela me fait une raison de plus de ne pas en passer par là.

 

Par ailleurs, j'ai récemment lu le livre de Simone Weil, « Note sur la suppression générale des partis politiques ». Outre le fait que le texte est impeccable, et démontre très bien en quoi rien, en terme d'idée réellement novatrice ou pouvant avoir de réelles implications, ne peut sortir d'un quelconque parti politique, je voudrais citer ce passage qui conclut le commentaire d'André Breton dans ce livre, intitulé « Mettre au ban les partis politiques » :

 

« En attendant, on peut à tout le moins espérer que les prochaines consultations remettront en vigueur un mode de scrutin ne défavorisant plus systématiquement le candidat qui se tient pour responsable devant ses électeurs, au profit de celui qui ne doit des comptes qu'à son parti, - à plus forte raison quand c'est un parti dont les dirigeants en titre se bornent à exécuter des ordres reçus de fort loin. »

 

Cette note d'espoir remonte à l'année 1950, et force est de constater que les faits n'ont pas satisfait cette attente qui le méritait pourtant. C'est qu'au contraire, les partis politiques n'ont jamais été aussi enracinés, le public aussi conditionné à ne concevoir la politique que par leur entremise. En presque 70 ans, nous avons encore reculé en terme de libertés publiques, de probité républicaine, et, tout simplement, de démocratie. Les partis se sont accaparés totalement et pour ainsi dire irrémédiablement le terrain, et continuent de pourvoir ce panel illusoire, en détournant, captant et rendant inoffensif l'esprit révolutionnaire

 

Car c'est bien là le pire de leurs effets pervers, du point de vue que l'on qualifiera d'idéaliste par opposition au pragmatisme de bon aloi qui régit tout, érigeant le cynisme en modèle de société par excellence. Ce même cynisme qui permet que l'arrivisme des candidats représentants leurs partis puissent se hisser aux rangs les plus hauts au mépris des lois et de tous les principes, tout en se montrant ainsi comme exemples à la société civile, en tournant totalement le dos à la décence commune dont un Michéa nous rappelle l'importance fondamentale dans le contexte actuel où l'on tendrait à vouloir l'ignorer complètement :

 

http://www.les-crises.fr/jean-claude-michea-la-presidentielle-le-brexit-et-donald-trump/

 

 

La disparition des grands principes, la division et le clivage comme fondements politiques.

 

La principale et pour ainsi dire la seule utilité des partis est d'alimenter un faux choc des valeurs, et une division de la population par le clivage. Chacun y va de sa supérieure moralité, parfaitement équivalente à celle des autres par le fait d'un relativisme absolu qui est la finalité de l'électoralisme des partis. Comme Simone Weil le rappelle très bien dans son essai cité plus haut, vous pouvez trouver des nationalistes qui sont d'accord avec des communistes sur les points essentiels, ou des libéraux qui s'accordent parfaitement avec les socialistes sur les principales lignes de la gestion politique d'un état, c'est même un fait de plus en plus patent.

 

Mais on ne peut pas dissoudre les partis sans annihiler la principale arme de division dont disposent les dirigeants pour régner, puisque l'on sait très bien que diviser sert à régner et même, ne sert qu'à ça. Il faut donc cliver au maximum, jusqu'à perdre tout sens de la réalité. Ainsi, il demeure aisé de stigmatiser des idées qui seraient « extrêmes », parce qu'elles se situent en réalité au bout d'une certaine logique. Les idées « extrêmes » sont en fait simplement des idées « radicales », des idées « jusqu'au-boutistes ». Et c'est tout ce qu'on aurait à leur reprocher, si on n'avait plus l'argument de l'extrémisme et du fanatisme. On pourrait alors reprocher le consensus mou qui fonde les partis les plus puissants et qui s'allient en fait entre eux pour écarter des ennemis gênants et des idées qui bousculent leurs positions indécises faisant la place à toutes sortes de dérives, ce qui mène, à l'extrême (pour le coup) de cette logique, au système des primaires qui a fait son apparition en France, et qui relève ni plus ni moins d'un calcul politique visant à écarter définitivement les idées radicales du débat, fermant encore plus les perspectives politiques que ce n'était déjà le cas. Le plus ironique étant que, cette année, un candidat pourrait être nommé président précisément parce qu'il a navigué de manière à ne pas se faire capter par ces primaires qui auraient pu signifier pour lui un couper et lui fermant tout accès au « pouvoir ». Mais ses adversaires politiques en tireront-ils la leçon ? On peut gager que la prochaine fois, ils chercheront à mettre en place un nouveau stratagème visant à fausser les suffrages dans leur sens, stratagèmes dont nous avons eu droit à un florilège incessant, cette année. Car tout ne repose que sur ces calculs, avec la logique de parti. Et qui trouve à y redire ? La seule critique qu'on entend est que cela fausserait la « démocratie », quand bien même il n'existe pas une telle démocratie, dans les faits. Tout n'est, justement, que fausseté.

 

Les électeurs sont manipulés, piégés par leurs biais cognitifs et la propagande.

 

Même les plus malins, qui pensent avoir déjoué la propagande, et déniché parmi les candidats ceux qui sauront nous sortir de l'ornière parce que ceux-ci, par exemple, ont fait des propositions qui paraissent restructurer le système, même ceux-ci se font avoir, car ils ne voient pas que la propagande est comme un oignon et qu'elle a plusieurs strates. La manière dont les candidats se présentent et sont présentés fait que l'on en revient invariablement à ce que je disais plus haut, juste avec des nuances qui évoluent d'un scrutin à un autre.

 

D'abord, on vous présente les « principaux candidats », et on les fait débattre séparément des autres, ce qui induit l'idée que ces candidats sont plus solides, plus crédibles, et que le fameux « vote utile » doit nécessairement s'orienter vers eux. Beaucoup ont bien sûr perçu ce stratagème grossier, depuis des années, et réclament que l'on en vienne à un système plus juste. Ils ont parfaitement raison, mais ils s'imaginent que, quand cela sera accordé, nous pourrons alors dire qu'il y a « davantage de démocratie ». Comme si on pouvait remplir un seau troué.

 

Car une fois cela acquis, il faudrait encore s'apercevoir que les accusations d'extrémisme sont une manipulation, comme toute manœuvre visant à décrédibiliser ou stigmatiser un adversaire en se fondant non pas sur ses propositions, mais sur son étiquette politique. C'est l'une des fonctions du système de parti, mais je l'ai déjà dit.

 

Et il faudrait encore s'apercevoir que, même s'il existait un débat exclusivement intéressé aux questions de fond, ce débat occulte encore totalement la question du changement de système politique, sauf à y inclure de « sages propositions » qui ne sont sages que parce qu'elles sont à peu près acceptables par le système, c'est à dire parce qu'elles ne le mettent pas en danger. Et s'il existait des propositions aptes à le mettre en danger, il suffirait de les tuer dans l'oeuf avant même qu'elles n'aient une chance de surgir dans un débat. Confer les propositions d'Etienne Chouard, que l'on dit par exemple « gourou » maintenant que ses propos ont une audience, comme si tous les représentants politiques n'étaient pas en eux-mêmes des super-gourous, comme si l'humain n'avait pas une sorte de besoin de gourou pour exprimer voire représenter ses idées. Il est tout de même ironique de constater que, sous prétexte que quelqu'un exprime des idées qui relèvent de la vraie démocratie, il devrait s'effacer pour être en adéquation avec son propos, alors même que ce qui fait que ces idées ont progressé, c'est parce qu'il les a défendues et continue à le faire... De toute façon, ce pseudo-jusqu'auboutisme n'a toujours été qu'un artifice rhétorique dont la finalité n'est que de faire taire les voix dissidentes.

 

Un dernier exemple de biais touchant l'électorat, avant de passer à un survol de l'élection qui se présente. Je l'appellerais le biais du sentiment d'agir. Il s'agit d'un biais perceptif qui se présente ainsi :

 

Celui qui vote agit. L'action est valorisée (force, courage, affirmation, etc.).

 

Celui ne vote pas n'agit pas. L'inaction est dévalorisée (lâcheté, paresse, irresponsabilité, etc.)

 

Mais ce ne sont que des apparences. Celui qui vote a simplement déplacé son corps jusqu'à une urne et y a introduit un bulletin. Celui qui n'a pas voté l'a fait pour des raisons et n'est pas resté inactif pendant ce temps, il a simplement fait le choix de faire autre chose. Dans bien des cas, l'abstentionniste peut même avoir été plus actif que le votant, dans l'intervalle entre deux votes. Par exemple, combien de votants donneurs de leçon ont écrit autant d'articles que moi sur le sujet politique ? Combien d'électeurs « actifs » ne sont rien de plus que des moutons engagés dans aucune démarche de conviction quelconque, se contentent de se déplacer en troupeau pour les élections, pendant que des abstentionnistes agissent dans des associations, des communautés, et réfléchissent à comment remplacer le système en place par un système plus juste, plus représentatif et plus égalitaire ?

 

Il me semble que la passivité est bien partagée entre les deux camps, mais attention, mon propos n'est pas de tracer un clivage entre ceux qui votent et ceux qui ne votent pas, ni de dire que ceux qui s'abstiennent sont plus vertueux que les autres. Il s'agit juste de rétablir une vérité : chacun choisit en fonction de ses convictions, quoique bien plus souvent en fonction de son absence de conviction, et on ne fera jamais croire que l'absence de conviction est l'apanage des abstentionnistes.

 

Enfin, l'argument du « vous cautionnez l'oligarchie », souvent servi par ceux qui font le choix de voter est l'un des plus pauvres. En effet, qui cautionne le plus l'oligarchie, entre ceux qui font le choix conscient de ne pas cautionner un système dans lequel l'oligarchie s'en sortira toujours, et ceux qui se soumettent à ce système électoral qui donne invariablement raison à cette oligarchie ? Mais là encore, mon propos n'est pas de tracer un clivage, seulement de souligner une contradiction et de constater que chacun se rejette la faute, ce qui équivaut à jouer dans la pièce de théâtre de la division que l'on nous impose.

 

Je ne cherche pas à dire non plus « il faut s'abstenir, et ceux qui votent sont des cons », je défends simplement ma conviction que le fait de ne pas voter est (ou peut être) un acte engagé, aussi respectable, sinon plus à mes yeux, que de prêter crédit à tel ou tel candidat dont on pense avoir aperçu la vertu anti-système (ceux qui votent sciemment pour perpétuer le système ne sont pas ici mon sujet). Et je vais, dans un second article, proposer ma vision de l'élection qui se présente à cette date du 20 mars, pour montrer en quoi cette élection « pas comme les autres » ne remet pas en cause mon choix de persister à ne pas participer à ce système.