Les gens ont beau dire que la politique ne les intéresse pas, que ça les dépasse, que ce n'est qu'un spectacle, nous vivons au rythme de ce spectacle qu'on nous impose. Les abstentionnistes ont beau dire que ça ne change pas leur vie, ceux qui mettent en avant leur sens du devoir ont beau dire qu'il faut se mobiliser et former un front républicain, le résultat est le même à l'arrivée, mais avec des détours qui ont sans doute leur importance.

 

C'est pourquoi je voulais faire ce billet d'humeur. J'étais l'autre soir dans une petite soirée à quatre, où nous étions quatre français peu concernés par la politique et plus par la vie, mais néanmoins happés par ses développements récents. Un "mélenchoniste", deux abstentionnistes (dont moi) et un qui aurait voté Lassalle, mais était sans aucun doute le moins au courant de nous tous. Au deuxième tour, nous serions trois abstentionnistes, et un qui irait faire "barrage au FN". Vous devinez lequel ? Et oui, le moins informé, le plus "ça me dépasse". Un très bon ami à moi néanmoins. Mais je trouve cela révélateur.

 

Ne voulant pas l'écoeurer, lui faire la morale ou encore lui faire passer une mauvaise soirée, je saisissai cependant au cours de la soirée les occasions d'éclairer sa conscience d'abstentionniste qui s'ignore. Attention, je ne cherchai pas à le convertir à l'abstentionnisme ni mêmeà le convaincre de ne pas aller voter Macron, juste à lui faire prendre conscience que, nous trois qui nous abstiendrions au second tour, nous n'étions ni de mauvais citoyens, ni des lepenistes qui n'assument pas, mais selon toute évidence des individus mieux informés que lui sur la question.

 

Je crois qu'il était tout à fait prêt à l'admettre, mais comment, pour quelqu'un au cerveau lavé par des décennies de bienpensance de gauche, accepter de ne pas porter sa voix contre Marine Le Pen ? C'est qu'il s'agit quelqu'un qui refuse internet (par je ne sais quel détour de la pensée, il estime que c'est avant tout un instrument de conditionnement des comportements, des nouvelles habitudes de vie) mais qui continue de regarder la télévision, certes avec esprit critique. À mes yeux, il s'agit finalement surtout d'une attitude de refus d'une quelconque modernité, mais comment lui faire comprendre que cette modernité n'est portée par personne mieux que par cette pseudo gauche bien-pensante, "progressiste", et toujours à la tête des luttes pour un monde toujours plus dépersonnalisé, où les petites habitudes de chacun sont cernées, où le cash est progressivement éliminé, les préférences personnelles laminées, les orientations sexuelles nivelées, les repères sociaux écartés, les cultures rabaissées, les identitarismes attisés, les consensus fabriqués, le terrorisme excité, et j'en passe et des meilleures ?

 

Il est contre le terrorisme, contre le racisme, pour la paix dans le monde, pour la tolérance, la joie, un monde où chacun a sa chance, sans flicage, sans dépendance excessive à la technologie.

 

Mais qui ne le serait pas, d'ailleurs n'est-ce pas l'avis du plus grand nombre ?

 

N'est-ce pas l'opinion de la majorité de ceux qui s'apprêtent à voter Le Pen ?

 

N'est-ce pas, même, l'expression même d'une opinion toute faite, sans réelle substance, oserais-je dire d'un certain manque de personnalité forgé par et dans un monde où nous finirions par tous penser pareil ?

 

Ce manque de relief est à l'image de ce que cette gauche bien-pensante voudrait fabriquer en formatant chacun à de pseudo idéaux censés former la base d'un futur gouvernement mondial qui se fonde entièrement sur le point de vue macronesque selon lequel il n'y aurait pas même de culture française.

 

 

De l'instrumentalisation du progrès des mentalités

 

J'ai souvent parlé dans ces pages des outils scientifiques qui étudient l'évolution de l'humain et des sociétés humaines. Qu'il soit dit clairement : j'appelle de mes voeux une révision profonde de nos mentalités guerrières, conquérantes, prédatrices, colonisatrices, identitaires, impériales, etc. Je souhaite la fin du scientisme, du néo-libéralisme, du nationalisme, de la mentalité dogmatique et religieuse qui régit la totalité des institutions humaines.

 

On pourrait donc penser que je vois favorablement l'évolution dans le sens d'un peuple mondial qui serait uni au lieu d'être divisé en nations, qui aurait des intérêts communs à mettre en avant, plutôt que des intérêts particuliers à confronter les uns aux autres. Et bien évidemment que c'est le cas.

 

Mais ce n'est absolument pas ce que nous propose ce système qu'on est en train de nous imposer à la sauce totalitaire, et qui vise non pas l'addition de toutes les cultures au sein d'une culture mondiale qui respecterait les spécificités propres à chacune, mais la fonte de chaque peuple dans un melting-pot global où les spécificités sont refusées, car adverses de leur volonté d'imposer à tous, du prolo français au bédouin en passant par le chinois et l'indigène amazonien, une même post-culture où tout est ramené à un rapport aux choses où le commerce et la "réussite" financière sont l'alpha et l'omega. Une post-civilisation, ou contre-civilisation, qui nie profondément les spécificités culturelles, individuelles, locales, ignore les aspirations spirituelles, l'humanité profonde qui nous caractérise tous.

 

Une civilisation déshumanisée, donc, une post-civilisation qui nous mène à la post-apocalypse.

 

Une société mondiale où les penchants humains les plus encourageants sont encouragés dans le sens d'une finalité qui les écrase et les annihile.

 

Il n'y aura jamais de paix dans ce monde macronesque et banquier qu'on nous prépare, où l'on brevète le vivant, où l'on finance le terrorisme en faisant semblant de le déplorer, où l'on exploite l'humain avec un vice et une vilénie historique, sans souci aucun de son bien-être, puisque dans cette vision cauchemardesque du monde, l'individu n'est qu'outil au service de la "réussite" du plus grand nombre, dans une sorte d'esprit-ruche qui ne sied absolument pas à notre espèce. Jamais nous ne serons des fourmis, jamais nous ne pourrons épanouir l'âme qui siège en nous par ce rabaissement à l'état mécanico-animal que certains planifient à l'échelle globale, et ont déjà réussi à mettre en place à un certain degré (voir le mal être de la société japonaise, profondément spirituelle, réduite à une nation entrepreunariale où l'homme ne parvient même plus à regarder la femme en face).

 

Moi-même, je ne parviens pas toujours à faire la lumière dans mon esprit. Comme je me le disais récemment, il se pourrait que ma dimension autistique soit l'avenir qu'on prépare pour l'entièreté de l'humanité. Une société où on ne parvient plus réellement à voir le global car nous y serions noyés. Une société où tous les mouvements de pensée sont en réalité des lames de fond envoyés par la propagande systémique, de l'anti-racisme au féminisme. Une société où il ne subsiste plus grand chose des spécificités individuelles, tribales, culturelles, où l'humain s'anéantit dans un super-globalisme qui le dépasse et le dévore.

 

Mais je ne veux pas me perdre dans cette vision dépressive et dystopique, sans espoir et sans avenir, car en réalité, de l'espoir il y en a, même s'il est lui aussi, comme il se doit, totalement instrumentalisé par le système. Mais celui dont je parle est réel, irrécupérable, au-delà de la portée de ce monstre hideux, ce golem sans cervelle et sans intelligence que notre modernité a engendré. Parce qu'il ne voit jamais plus loin que ce qu'il s'est inculqué à percevoir : comme toute entité fabriquée pour une certaine fin, il ne perçoit que ce qui entre dans le cadre de cette fin, et comme sa vision exclut en réalité (et contrairement aux déclarations vides d'un Macron qui n'a jamais su de quoi il parlait profondément) toute possibilité de transcendance, ce monstre restera éternellement borgne, une sorte de cyclope au champ de vision étriqué, et tout ce que nous avons à faire, c'est de nous rassembler en une sorte d'Ulysse collectif pour le rouler.

 

Car ce cyclope parle beaucoup, mais de plus en plus, il ne parle qu'à lui-même, sa clique médiatique de moins en moins suivie, et seulement par les moins informés, ne pourra qu'être vaincue par ceux qui, en revanche, détiennent le savoir. Car le savoir finit toujours par avoir raison de l'ignorance.

 

Et si ce n'est pas le cas, alors nous traverserons les temps jusqu'à ce qu'une apocalypse nous réveille, et nous renaîtrons après la fin de cette nouvelle période sombre.

 

C'est le seul vrai choix qui nous reste, le seul qui compte. Voter ou ne pas voter, s'opposer à la bête immonde où au fachisme ultra-libéral, ce n'est pas là la vraie question.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Polyph%C3%A8me

 

https://fr.vikidia.org/wiki/Ulysse_et_le_cyclope