Donc voilà, après le président poire, nous allons avoir, comme prévu, le président bonne poire de l'oligarchie et du lobby financiaro-industriel. Et ce n'est pas fini, car après le chantage "Votez contre le FN !", nous allons en avoir un autre, et il a déjà commencé : "Votez aux législatives contre Macron !" Tant il est vrai que nous avons – apparemment – échappé à un fascisme pour mieux nous jeter dans un autre, si tant est que le FN actuel représente un quelconque fascisme, par rapport à ce que nous propose le totalitarisme financier dont Macron n'est que le porte-étendard.

 

Mon sujet du jour est d'anticiper ce chantage intensif, de montrer en quoi l'abstention aux législatives ne sera ni pire ni meilleure qu'aux présidentielles. Montrer en quoi le vote est parfaitement dispensable, une fois de plus, mais surtout, aller plus loin et essayer de faire entrevoir de véritables alternatives futures pour espérer en finir avec ce système qui n'est qu'une prise d'otage toujours renouvelée d'un peuple réduit à une masse électorale dépolitisée.

 

Je devrai procéder en plusieurs parties, pour ne pas avoir un article de mensuration encyclopédique. Commençons par un bilan des dernières semaines, pour poser le décor relativement banal qu'expose le paysage politique dans nos "démocraties" modernes. Dans une seconde partie, j'aborderai la question du facteur humain dans la politique, et dans une dernière partie, je proposerai des perspectives qui peuvent permettre d'envisager échapper à la dystopie que l'on nous prépare, avec le piège de la dite "démocratie" comme cheval de Troie du globalisme ultra-libéral ne favorisant qu'une minuscule élite.

 

État des lieux d'une république démocratique occidentale

Nous avons tendance à sourire, voire à pouffer, lorsque nous entendons ces noms de pays : République (populaire) démocratique de Corée (la Corée du nord), ou République démocratique du Congo. Nous savons que ce sont des dictatures militaires se parant sous les maigres oripeaux de la moralité que représente la démocratie. C'est rechercher la caution de la Vertu, comme d'autres recherchent celle de la Vérité Scientifique.

 

Nous sommes tout à fait sérieux en revanche quand nous évoquons nos supposées démocraties occidentales. C'est que nous ne savons plus voir comment les rictus patibulaires des dictateurs d'une époque désormais quasiment révolue (la Corée du nord est un anachronisme et les dictatures africaines ou latino-américaines des versions plus polies – à part le Congo ou les états en guerre civile – des dictatures d'autrefois) se sont transformés en sourire à dentifrice d'autocrates hypocrites et manipulateurs, maniant de plus en plus parfaitement soit la colère populaire, soit ses aspirations légitimes, souvent les deux à la fois.

 

C'est ainsi que nous avons eu cette élection encore plus nauséabonde que les autres, où le choix se présentait entre un extrémisme xénophobe et rétrograde que l'on caricaturait avec le terme de fascisme, et un fascisme financier et banquier bien réel, lui.

 

En ce qui me concerne, et bien que non-inscrit par principe sur les listes électorales car absolument et irrémédiablement convaincu que rien ne peut sortir de convenable (sauf dans les apparences) de notre système, j'ai envisagé de voter Le Pen (je n'aurais certes pas pu, mais je veux dire, en tant qu'hypothèse) dans cette optique de protestation d'ailleurs tout à fait vaine et impuissante que l'on fait miroiter aux dominés de ce pays depuis des décennies. Ce tout en rejetant foncièrement ce que représente ce parti, et même si je suis convaincu également que Marine Le Pen est bien loin du fascisme imaginaire que nos médias veulent bien nous imposer pour policer les esprits.

 

Nous savons donc maintenant quel fascisme va nous diriger, très concrètement, et il est bien pire, d'autant qu'il a l'odeur printanière d'un slogan souriant et publicitaire, qui nous dit exactement ce que nous voudrions entendre. Peu y croient cependant. 40% de votes pour Macron, 40% de personnes ne désignant aucun candidat.

 

http://www.les-crises.fr/07-05-2017/

 

Faites le total... Malgré les injonctions à voter et à faire barrage, ce président n'aura dépassé l'abstention et le vote blanc et nul ni au premier, ni au second tour, ce qui est une première dans cette 5e république. C'est la raison pour laquelle je pense qu'il est temps de prendre conscience que ce système ne nous proposera jamais rien de mieux, en réalité, que cette présidentielle. On peut arguer, enculer les mouches, sur les degrés de pire ou de mieux, moi je dis que c'est toujours la même chose depuis que ce système existe, et à ceux, qui se disent insoumis mais dont beaucoup se sont soumis au vote Macron au second tour, et qui réclament de leurs vœux une 6e république, je leur rétorque que si l'on est passé de la 4e à la 5e, c'était pour les mêmes raisons (à quelques détails près qui n'importent pas réellement lorsqu'on a un peu de profondeur de vue), et idem de la 3e à la 4e, et ainsi de suite. On fera une 6e république, et les problèmes apparaîtront aussitôt. On les tolérera, car ils auront l'air nouveau, moins sérieux, et puis on n'en pourra plus. On réclamera à corps et à cri une 7e république. Puis une 8e. Jamais rien n'ira comme il faut, parce que tout est à revoir, dans les fondements de ce système, et notamment du pourquoi et comment nous acceptons ce n'importe quoi, en râlant un peu de ci et de là, mais en nous laissant mener à l'abattoir comme il se doit malgré tout. Mais j'y reviendrai dans les parties ultérieures.

 

Asselineau tenait un discours assez similaire à ce que je viens de dire, dans sa vidéo du 7 mai, mais en axant son propos sur l'omniprésence des Le Pen dans les élections françaises.

 

https://www.youtube.com/watch?v=q5l81dIwbvc

 

Ainsi, il a raison sur tout sauf sur l'essentiel. Après son résultat calamiteux dans ses élections, il continue de se bercer d'illusions et de déclarations d'intention et se tourne même franchement en ridicule, lorsque premièrement il demande à la famille Le Pen de se retirer de la vie politique française pour la déverrouiller, et deuxièmement lorsqu'il estime qu'au second tour, face à Macron, il aurait été le seul à pouvoir l'emporter face à « En Marche ». Il faut se rendre à l'évidence. Asselineau n'est qu'un ego comme les autres dans cette foire à la personnalité politique qui vendra le plus de marrons grillés au bal du 14 juillet. Par ses déclarations surréalistes, il a perdu le peu de crédibilité qu'il avait à mes yeux, et confirmé une énième fois que cette mascarade politicienne n'est qu'un éternel combat des chefs, combat de mauvaise qualité et de très peu d'intérêt, mais qui aboutit toujours à nommer un énarque, un avocat ou autre truc élitiste du genre. Rappelons que Macron et Asselineau ont au moins une chose en commun : ce sont deux diplômés de l'ENA. À ceux qui croient vraiment que l'un ou l'autre représentent le changement, voilà un fait à garder en mémoire.

 

Je disais donc qu'il avait raison sur tout sauf sur l'essentiel. Oui, l'élection présidentielle est volée aux français depuis des décennies, oui Macron n'est qu'une baudruche, oui les médias truquent les élections. Mais non, ce n'est pas en supprimant un parti ou une tête, ou en nommant un François Asselineau à la place d'une Le Pen ou d'un Macron que nous aurions un changement du paysage politique.

 

À mes yeux, Asselineau restera un excellent analyste politique, mais ce n'est pas une raison pour lui donner, à lui ou à qui que ce soit d'autre, les pleins pouvoirs. Ce ne serait que se laisser séduire par le discours, promesses ou charisme supposés d'un (animal) dominant qui recherche la position de pouvoir pour infléchir les choses suivant sa volonté.

 

Nous avons d'ailleurs, pour une fois, un exposé très juste et presque caustique de Michel Onfray sur la situation actuelle, « Macron, poupée gonflable du système » :

 

https://www.youtube.com/watch?v=KOenlYSGSJY

 

Je dis pour une fois, car habituellement je le trouve plutôt en retard sur son époque et pour tout dire, un peu mou dans sa critique, très consensuel d'une certaine façon. Mais ici, nous avons tout. Peut-être parce que c'était si facile que de déplorer une élection si consternante. Dans des contextes où les choses sont plus « propres » selon les critères du système, je l'ai toujours trouvé peu pertinent, enfin soit.

 

Dans le même style, mais avec beaucoup plus de constance dans la dénonciation des vilenies du système, nous avons Badia Benjelloun, qui nous dresse un portrait absolument implacable et juste de la situation actuelle, par rapport à la présidence Macron qui s'annonce :

 

http://www.dedefensa.org/article/un-bonaparte-de-pacotille

 

Tout est dit sur le fascisme fantasmé du FN actuel, de la livraison de la France à la finance toute puissante, de son appauvrissement et de son déclin effectif (fut-il temporaire, on peut l'espérer), le chantage à ce fascisme pour en installer un autre, bref c'est pour moi un texte essentiel et incontournable pour bien saisir la situation en cours.

 

Sur le même site, Philippe Grasset renchérira sur cette situation, en n'oubliant pas de montrer le ridicule et la faiblesse de la présidence qui se présente :

 

http://www.dedefensa.org/article/presidentielles-station-etat-de-grace-supprimee

 

Mais je recommande plus particulièrement le texte de Boualem Sansal, en bas de page, qui est absolument irrésistible. Son introduction :

 

« Il y a du nouveau en France: un nouveau système pour désigner le président de la république. Ni plus réellement une démocratie, ni une dictature, c’est quelque chose qui n’a pas encore de nom. Un acronyme ou un mot porte-manteau construit de «démocratie», «dictature» et «ploutocratie» ferait bien l’affaire. »

 

Quelques jours avant de le lire, j'avais pensé spontanément à « despocratie », même si il ne décrit pas précisément la situation, il me semble assez révélateur. Mais je trouverai mieux...

 

Sa description de l'imposture stratégiquement accomplie que l'on nous a servi est savoureuse et sans faille. Et notamment comment on a discrédité et éliminé les adversaires du « favori ». Quelques passages, pour le plaisir.

 

« En effet: les candidats sérieux — Manuel Valls, Alain Juppé — ont été éliminés.

La justice a ensuite lancé des fatwas contre les gros candidats qui restaient, et la presse, bras séculier de l’oligarchie, les a traqués. François Fillon et Marine Le Pen ont été poursuivis pour vol à l’étalage, leurs photos placardées à la une des journaux.

On accuse aussi Jean-Luc Mélenchon de pas mal de crimes. Il aurait assassiné le Parti socialiste, caporalisé les communistes, volé des troupes aux Républicains et aux frontistes et contrevenu aux règles de la soumission en appelant son mouvement La France insoumise.

En tout cas, il a formidablement égayé la campagne. Quel bateleur, quel stratège, ce Jean-Luc! Merci pour ces bons moments. »

 

Ou encore :

 

« Mais au fond tout ça c’est du frichti, des amusettes, des histoires de carrières personnelles. Valls, Juppé, Le Pen, Fillon, Macron, Mélenchon, Hamon, Tartempion — tout ça c’est pareil, à peu de choses près. En France, on change de président tous les cinq ans, mais rien ne change jamais qui vienne vraiment d’eux.

La France ne se gouverne plus elle-même; l’Europe a toujours son mot à dire. La mondialisation fait que la terre ne tourne plus que dans un sens — le sens du cartel des banques, qui a pris le relais du cartel des compagnies pétrolières, qui avait pris le relais du cartel des compagnies minières. »

 

Bref... Illustrons encore cela par une anecdote assez significative :

 

https://francais.rt.com/france/38158-manuel-valls-annonce-candidat-majorite-presidentielle-en-marche

 

Valls se fera probablement refouler. Macron a cette mentalité de « winner », de « Loup de Wall Street », bref de carnassier qui a toujours faim de gloire, de richesse et de victoire, et on apprendra sûrement un jour ou l'autre qu'on avait caché des malversations quelconque pendant toute la campagne, d'ailleurs c'est le cas, j'en avais parlé dans un article récent. L'important est que ses alliés médiatiques aient fait le travail pour lui en le portant face à une candidate contre laquelle il ne pouvait pas perdre. Quant à Valls, il sent la défaite, l'impopularité (rappelons qu'il faisait jeu égal avec Hollande dans ce domaine, ce qui n'aura pas échappé à mister dentifrice, et qu'il avait perdu contre l'illustre inconnu Hamon, durant les primaires, dont personne n'a voulu pendant ces présidentielles). On dit qu'il y aurait des conflits profonds entre eux. Probablement... Valls est encombrant et c'est une raison suffisante d'inventer des histoires avec lui pour faire croire que Macron est radicalement différent de ce dernier alors qu'ils étaient vraiment les deux gauchistes d'extrême-droite du dernier gouvernement... Des frères jumeaux qui étaient d'ailleurs parfaitement sur la même ligne lors de l'épisode des 49.3 sur la loi El Khomry-Macron. Bébé Hollande, comme on l'appelle désormais, est aussi le frère de Valls.

 

 

Que dire de plus sur ce chapitre ? Il est temps de conclure, car je n'en peux plus de décrire cette situation absolument navrante en tout point, mais qui a au moins un petit mérite : montrer à la population qu'elle est l'éternelle cocue d'un système qui se joue d'elle en toute circonstance. Jusqu'où en prendra-t-elle conscience, et quelles conséquences cela provoquera ? Je pense que FI, « la France insoumise » mais soumise au vote Macron sera le prochain rempart contre le changement de système. Ces Le Pen et ces Mélenchon ne servent qu'à cela, ce sont des garde-fou, des puits de voix protestataires et peu lucides ou peu informés (ou peu courageux, ou trop compromis dans et par le système... notons que le « pouvoir d'achat » est la principale motivation du vote Mélenchon, voilà donc à quoi sont soumis ces insoumis et le « pouvoir » qu'ils veulent vraiment obtenir) qui vont désormais entamer leur lobbying et en particulier de culpabilisation des abstentionnistes (les seuls insoumis qui restent, et qu'on usurpe, mais c'est tout le visage de ce système, bien sûr).

 

Rien à attendre de ce côté là. Les législatives sont les élections où l'abstention est traditionnellement la plus élevée en France, à part les élections européennes, et cela devrait nous instruire de quelque chose...

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Abstention_lors_d%27%C3%A9lections_en_France

 

Cela devrait d'abord nous instruire qu'une grande part de la population (apparemment quelque chose entre 25 et 50%) a conscience à un certain degré de l'état d'impuissance dans lequel ils se trouvent par rapport à un système qui les flatte en se nommant « démocratie », pouvoir du peuple. L'imposture est donc consciente en large partie, mais peu conscientisée, peu intellectualisée, peu intériorisée. Mal comprise, quoi.

 

Et c'est bien normal, puisque l'on abêtit ce peuple, qui en échange, ne fait que bien peu pour sortir de cet abêtissement, il faut bien le dire. Et c'est pourquoi j'avais prévenu que ce pays aurait le président qu'il mérite, et que cela risquerait bien d'être Macron... le candidat télé-réalité, tout à fait représentatif de son époque quoiqu'en pensent ceux qui, dans les médias ou ailleurs, bien que d'une petite voix, s'étonnent de sa médiocrité que l'on pourra vérifier de jour en jour pendant 5 ans.

 

C'est le candidat publicitaire, celui de la communication, de la séduction la plus vile, et il résume à lui seul la situation dans laquelle nous nous trouvons, et avons accepté de nous trouver. Car il fallait bien, quelque part, l'accepter. Les possibilités concrètes de s'opposer au précédent gouvernement ainsi qu'au clonage de celui-ci à travers le golem (baudruche, pantin, poupée gonflable, etc.) Macron existaient. Certes, elles n'étaient pas forcément consensuelles, certes elles étaient, sont et seront toujours vilipendées et caricaturées par le pouvoir des médias. Mais ce n'était pas une raison pour laisser faire. Ce n'était pas une raison pour passer juste des nuits debout ou des journées à user le pavé. Il y a mieux à faire, mais si je le souffle alors je suis un vil communiste...

 

Par exemple : la grève générale. Celle qui paralyse le pays. Celle qui est méchante, mais efficace.

 

Mais on n'en a pas voulu. Trop méchant pour la gauche, trop fainéant pour la droite. Tout ce qui pourrait faire changer ce système est trop quelque chose. Trop révolutionnaire, par exemple, et il faut reconnaître qu'on ne saurait pas quoi faire derrière (puisqu'il est hors de question d'en venir au soviétisme). Ce n'est donc pas une solution en soi, mais cela aurait au moins le mérite de montrer que le peuple est présent, qu'il existe, qu'il possède une force autre que celle de se laisser asservir. Dans un premier temps, quand on a que très peu de moyens d'exercer une pression sur ceux qui nous dominent et qu'on s'interdit de les utiliser, il ne faut pas s'étonner s'ils prennent leurs aises.

 

Mais la seule révolution que l'on a choisi, c'est la révolution centriste-macroniste. Voilà où nous en sommes, et voilà pourquoi je dis que, oui, ce pays a eu ce qu'il méritait. Il se l'est laissé imposer, mais quelque part, c'est qu'il l'a choisi, puisqu'il a fait le choix de ne pas s'y opposer. De s'y soumettre.

 

Voilà pour ce que j'ai à dire de la situation telle qu'elle est. Dans la seconde partie, j'en viendrai à expliquer pourquoi nous avons toujours connu, et ne connaîtrons toujours, que des situations similaires, dans lesquelles notre choix nous sera toujours imposé, tant que ce système perdurera, tant qu'il n'aura pas été radicalement revu, voire renversé.

 

PS :

Petit oubli pour terminer cette partie, un lien vers une conférence d'Usul chez la tronche en biais (zététiciens), sur la vérité en politique :

 

https://www.youtube.com/watch?v=Twabfi5NuC4

 

Long mais intéressant, et qui va me permettre d'embrayer sur ma deuxième partie qui présentera des éléments plus scientifiques. Et sans commentaire, car l'avis d'Usul est ce qu'il est, je ne suis pas forcément d'accord avec tout, mais c'est un point de vue raisonné et intelligent en tout cas, qui peut avoir le mérite de transmettre des notions politiques à un public jeune ou pas forcément hyper informé.