J'ai cité au moins une fois tous les termes que je vais évoquer dans cet article. La raison pour laquelle je voulais faire un arrêt sur image sur tout cela, c'est qu'il y a trop de termes qui polluent le débat (cf Franck Lepage sur ce sujet). J'hésite moi-même à utiliser certains termes, parce qu'ils sont connotés, dévoyés ou pollués. Aussi, je voudrais faire quelques précisions rapides. Pour chacun des termes auxquels j'ai pensé (j'agrandirai peut-être la liste plus tard), je vais estimer le sens dans lequel il est utilisé communément, et le sens que moi je lui donne. Le but de ceci est simplement de nettoyer un peu le terrain lexical, pour moi déjà, et éventuellement pour les lecteurs qui seraient intéressés par la démarche.

 

Je ne vais pas procéder par ordre alphabétique, mais plutôt « comme ça me vient ».

 

Le premier terme qui me vient est bien sûr conspirationniste.

 

 

Conspirationniste, complotiste

 

Ce terme est un déchet dès sa création, puisqu'on fait remonter son utilisation massive dans les médias à je ne sais quelle manipulation des services secrets américains.

 

Alors bien sûr, les chiens de garde de la pensée unique affirment que non :

 

http://www.conspiracywatch.info/Non-la-CIA-n-a-pas-invente-le-terme-theorie-du-complot_a1428.html

 

Ils ont probablement raison, la CIA n'a sûrement pas « inventé » l'expression. Mon dictionnaire étymologique n'en trouve pas trace, et on peut donc affirmer qu'il a du apparaître après le 16e siècle, vues les données trouvées dans cet ouvrage. Dans le fond, ce n'est pas très important.

 

Ce qui compte c'est que quelque chose qu'on pourrait appeler l'inconscient populaire a saisi intuitivement qu'il s'agissait d'une imposture. On aura donc inventé une origine, pour satisfaire à ce manque dans les dicos anciens, et pour fournir une explication quelconque à ce soudain surgissement du terme, depuis quelques décennies, dès lors qu'il est question de s'interroger sur une planification qui échappe à l'attention et au contrôle du public.

 

Car ce terme a bien évidemment pour objectif de disqualifier. C'est presque une manœuvre rhétorique en soi, comme les termes « fasciste », « extrémiste », ou même « terroriste », etc. C'est en tout cas ainsi qu'il est toujours utilisé, et par effet d'amalgame, groupe tous ensemble les délirants et les sceptiques.

 

Pour ma part, je l'applique parfois pour désigner des raisonnements paranoïaques à dormir debout, ou sans aucun fondement. L'establishment l'utilise pour amalgamer les chercheurs comme moi à cette sphère de personnes malheureusement incultes qui, ne supportant pas la dissonante cognitive et l'incertitude, veulent à tout prix combler celle-ci par des explications toutes faites.

 

C'est donc un terrain délicat. Lorsque vous êtes chercheur ou sceptique, vous êtes cerné, d'un côté par des théories délirantes, de l'autre par le déni, et une autre forme d'intoxication mentale. Il faut s'aviser de rester dans un juste milieu que chacun balise différemment, souvent en abusant de la technique de l'épouvantail, comme cela peut être très tentant. Bref, on est en terrain miné.

 

 

Tous les termes en « post- »

 

Là, il y a matière. J'ai noté le boom récent de ce type de terme avec ce préfixe, et je m'en suis amusé.

 

Le terme le plus courant est celui de post-modernité (souvent sans trait d'union). Là encore, aucune trace dans mon dico, et j'imagine qu'il faut le faire remonter aux déclarations stupides de Fukuyama sur « la fin de l'histoire », concept aussi ridicule et fantasmatique dans le monde concret que l'immortalité.

 

Voici ce qu'en dit Wikipédia :

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Postmodernit%C3%A9

 

Fukuyama n'y est pas cité, mais j'ai quand même l'impression qu'il avait surfé ou anticipé sur ce mouvement.

 

https://www.webnietzsche.fr/posthumain.htm

 

Ainsi, la postmodernité serait une sorte de relativisme, de destruction du sens, etc. Il serait trop long de retracer tout le débat philosophique sur ce terme. Pour ma part, je l'utilise toujours dans une optique ironique, pour tourner en dérision à la fois une époque et une vision des choses qui relèvent, plus encore que de la destruction du sens, d'une forme de démence collective.

 

On a vu qu'il existait bien d'autres termes, avec lesquels d'autres que moi ont « joué ». Posthumain, post-vérité, post-journalisme, et pour ma part, j'aime mettre en parallèle ce qu'on peut du coup être tenté d'appeler la post-démocratie allant vers la post-apocalypse.

 

Le fait est que nous vivons une époque d'inversion. En ce cas, il serait plus juste d'utiliser les préfixes : pseudo, anti, ou encore contre. Contre-civilisation, comme dit Philippe grasset.

 

Bien sûr, cela est beaucoup plus cru et moins manipulatoire, tandis que le préfixe post- laisse à croire que l'on aurait « dépassé » quelque chose. Il induit une idée fallacieuse de progression, d'évolution, voire d'aboutissement, puisque, qu'y a t-il après la postmodernité ? Le futur ? Est-ce pour cette raison qu'on ne sait plus vivre dans le temps présent, et seulement se projeter dans des chimères, un avenir illusoire qui contiendrait tous nos espoirs, et que nous avons donc intérêt à préserver, quitte à ne plus bouger, quitte à ne plus rien faire pour ne pas risquer de le voir s'évanouir ?

 

La question est posée. Ce qui est certain, c'est qu'il faut se méfier de ces termes, et en faire ses jouets plutôt qu'être joué par eux.

 

 

Bobo, bourgeois-bohème

 

Bon, je n'aime pas ce terme. Il est clair qu'il désigne une sorte de caste de rêveurs et de bien-pensants qui seraient des idéalistes et des nouveaux riches éternels insatisfaits, tout en étant satisfaits d'eux-mêmes à la fois.

 

Le problème est que c'est une caricature, et une nouvelle façon de dire « con ». On est toujours le bobo de quelqu'un. C'est vrai que le terme est parfois commode, et on peut avoir tendance à l'utiliser, comme aussi « idiot utile », puisque là aussi, on est toujours l'idiot utile de quelqu'un. C'est vrai que ces gens qui servent une idéologie qui nous dessert tous peuvent être agaçants. Mais cette stigmatisation me gêne, même si je ne me gêne pas toujours pour forcer un peu le trait, parfois.

 

C'est surtout une facilité, un bouc-émissaire parfait. Aussi, il est beaucoup utilisé par des personnes atteintes du syndrome du larbin pour disqualifier encore plus idiot que soi, et donc, ce n'est pas très glorieux. Et comme toutes les insultes, le but est de se rehausser à peu de frais en désignant pire que soi.

 

https://blogs.mediapart.fr/jolemanique/blog/170414/syndrome-du-larbin

 

 

Il m'est arrivé de l'utiliser. Dans ce cas, c'est plutôt pour pointer du doigt une naïveté particulière qui m'agace car elle s'inscrit dans ce progressisme factice d'un gauchisme de droite totalement endoctriné par la doxa générale.

 

 

Progressisme

 

Je crois que ce terme, désignant l'idéologie, voire le dogme du progrès social, se faisant souvent à reculons, est devenu clair ces derniers mois, avec le clivage politique qui se redessine ces dernières années avec le Brexit et l'élection de Trump, ou encore le second tour Macron versus Le Pen.

 

Je l'utilise donc pour dénoncer une idéologie inversée, qui consiste à prétendre au progrès social tout en faisant l'inverse, tout en dressant les populations les unes contre les autres, tout en favorisant une immigration incontrôlée qui affole et détruit les peuples et les entités nationales.

 

Un pseudo féminisme qui est en réalité une excroissance de la société consumériste, ainsi qu'un anti-racisme de façade, en réalité racisme inversé et culture victimaire, sont partie prenante de ce faux progressisme qui n'empêche en rien l'apartheid dans différents pays, et qui ne grandit en rien la femme, désormais érigée au rang d'icône pornographique avec des groupes tels que les femens.

 

 

 

Scientisme

 

Autre terme que j'utilise beaucoup et qui, je crois, parle de lui-même, mais je le mentionne quand même. Il désigne un culte déraisonné de la science, selon lequel celle-ci pourrait pallier à tous nos maux présents et futurs en prétendant que c'est ce qu'elle a fait par le passé, ce que chacun peut constater en considérant Hiroshima, Tchernobyl, l'acharnement thérapeutique, l'inquisition contre tous les modes de pensée alternatif, l'eugénisme, et j'en passe.

 

 

Droit de l'hommisme

 

Autre expression embarrassante. Je n'aime vraiment pas cette expression, car là ce n'est même plus du terrain miné, c'est carrément de la nitroglycérine.

 

D'un côté, on peut le comprendre comme un terme remplaçant le « progressisme ». Dans ce cas, ce dernier terme me semble bien plus adapté.

 

D'un autre, il me semble qu'il est souvent utilisé par des mouvances intolérantes, manipulant l'idée que toute forme de respect de la personne humaine est suspect de « droit de l'hommisme », c'est à dire de tentative de manipuler l'opinion par la bien-pensance. Là, je crois qu'il faut tracer une ligne bien nette.

 

Personnellement, si j'utilise ce terme, et c'est très rare, c'est toujours comme synonyme de progressisme, dans le sens de l'idéologie fallacieuse que j'ai défini au dessus. Je pense que les droits humains sont un rempart quasi sacré contre tous les abus que les puissants peuvent être tentés de perpétrer, en abusant de leur pouvoir. Il est vrai qu'on a tendance à brandir les droits de l'homme, pour mieux les brimer, comme on l'aura vu avec les invasions militaires de l'Irak, de la Libye, et j'en passe. Dans ce cas là, on est simplement dans l'inversion des valeurs, mais cela ne doit en rien disqualifier les droits de l'homme en eux-mêmes. C'est pourquoi cette expression est très dangereuse, et à mon sens toujours maladroite. Le seul problème avec les droits de l'homme est donc que certains s'en servent à la façon de la farine, dans le conte des sept petits chevreaux : pour montrer patte blanche. Mais il s'agit bien d'un loup qui veut forcer le passage.

 

 

Nationalisme, patriotisme, chauvinisme

 

Dernier point que je veux soulever, mais qui me semble important. J'ai déjà soulevé les ambiguïtés entre ces termes ailleurs, en montrant que même ceux qui s'en revendiquent ne savent pas vraiment comment placer les frontières entre ces notions. De même, ce sont souvent les mêmes personnes qui emploient les termes « racisme » et « racialisme » suivant des définitions tout à fait interchangeables en prétendant qu'ils font parfaitement la différence. Si eux, qui se revendiquent de ces concepts qui ne font même pas partie de mon monde, ne peuvent pas les définir d'une manière claire et précise, ce n'est sûrement pas moi qui vais le faire.

 

Tout ce que j'ai à dire là-dessus est que, très clairement en revanche, pour moi, ces termes sont des fabrications et des inventions. Ce qu'on nomme souvent « nation » est en pratique un « pays » ou un « état », et en général, les deux. La patrie est un terme parfaitement manipulatoire, à la fois féminin et masculin, qui désigne autant la mère-patrie qu'un « patriarcalisme » si on me pardonne le néologisme, qui revient à affirmer une vertu parentale à ce qui, à l'origine, n'est rien d'autre qu'une terre...

 

Je me sens attaché à ma terre. Mais je ne reconnais nulle légitimité ni pertinence aux concepts de nation ni de patrie. Les attitudes telles que le nationalisme et le patriotisme, si fréquemment revendiqué aujourd'hui par des contestataires de gauche comme de droite, ne sont rien de plus que le produit d'une manipulation de grande envergure, d'un chantage moral dont même les gens de gauche se sont sentis obligés de se saisir, pour ne pas passer pour des traîtres, et pour prouver leur attachement à... cette terre, justement.

 

Les concepts de patrie et de nation servent à induire l'idée d'une autorité. Or cette autorité ne saurait provenir de la terre, ni de la Terre, qui n'est qu'entité d'accueil... Nous parlons donc bien de l'entité autoritaire artificielle qui a établi momentanément ses bases sur cette terre, et l'a déclarée sienne. La notion de nation évoque davantage celle d'un état, et en ce sens est un peu plus franche que celle de patrie qui induit l'idée fausse d'une terre qui nous aurait engendré, alors que nous aurions aussi bien pu être engendré n'importe où sur... la Terre. Et que dire de quelqu'un, du coup, qui ne vit pas sur la terre qui l'a vu naître ?

 

Bref, je peux reconnaître la fidélité et l'attachement à une terre, une région, mais pas ces folies autoritaires, pures fabrications humaines inscrites dans une époque. La vérité est qu'en prétendant « la patrie », on ne défend qu'un territoire... C'est un comportement archaïque qui a été exploité par la machinerie de lavage de cerveau belliciste, probablement au cours des derniers siècles. Dans mon dictionnaire, les premiers usages ne remontent pas avant la toute fin de moyen-âge, c'est à dire l'époque où les nations modernes, en effet, se forment. On a donc un archaïsme se camouflant derrière ce terme relativement nouveau, une adaptation à ce qui allait annoncer comme par hasard une nouvelle période de technologies guerrières et des activités qui vont avec, et qui culmine depuis Napoléon jusqu'à nos jours. Voilà le vrai visage du nationalisme et du patriotisme : un comportement tribal adapté aux mentalités guerrières et propagandistes de notre époque. Rappelons à ce sujet que notre hymne national français et son ton outrageusement guerrier s'explique par le fait que ce n'est pas du tout un chant révolutionnaire, comme beaucoup le croient encore (et comme Wikipédia l'affirme), mais une chanson d'appel à la guerre qui fut écrite par Rouget de Lisle en 1792, donc bien après la prise de la Bastille, et qui ne fut prise comme hymne qu'en 1795 pour la première fois. Son but était surtout de rameuter des soldats à se faire charcuter dans la guerre déclarée contre l'Autriche. Voilà ce qu'on voudrait obliger nos footballeurs à chanter pour montrer leur « patriotisme ».

 

Bref, il m'arrive certes d'utiliser le terme de nation pour ce qu'il désigne : un pays disposant d'un état. Mais le concept ne m'importe pas, et je le considère comme une invention manipulatoire, comme ceux de patrie et de patriotisme. Quant au chauvinisme, il est simplement plus proche de la version tribale archaïque, plus proche de la nature humaine, moins hypocrite, tout en révélant justement cette nature et ses aspects sombres.

 

 

Populisme

 

http://www.les-crises.fr/populisme-cest-comme-les-trains-ca-peut-en-cacher-un-autre-par-guillaume-berlat/

 

Le populisme, autre terme qui a eu sa résurgence récente, et qui est souvent utilisé comme une sorte de synonyme de démagogie, de poujadisme, et que sais-je encore.

 

Il est clair que ce terme est utilisé dans un sens péjoratif. Là aussi, le terrain est miné, et le mot piégé par une manipulation sémantique de type « novlangue ».

 

Pourtant, lorsqu'on y regarde d'un peu plus près, « populisme » ne s'apparente-t-il pas à « démocratie » ? Il possède l'une des mêmes racines, désignant le peuple, à la différence qu'elle est latine et non grecque. Comme dans « démagogie », certes, mais justement. Si l'on reproche à des leaders de s'adresser au peuple, c'est un peu comme leur reprocher de s'intéresser d'un peu trop près à celui-ci. Certes, la démagogie dont font preuve certains orateurs politiques ne sert qu'à mieux manipuler ce dernier, mais le populisme a ceci de particulier qu'il ne se contente pas toujours que de fausses promesses, et c'est ce qu'on lui reproche spécialement, comme lorsque Trump proposa de se rapprocher diplomatiquement de la Russie, dans l'intérêt du peuple états-unien (qui demeure cependant largement opposé à Poutine, donc où est la part de démagogie, là dedans ?). On voit qu'aujourd'hui on continue de lui reprocher ce « travers », et qu'on l'accuse de fournir des informations aux russes...

 

Dans ce cas, l'accusation de populisme est un tour de passe-passe, une façon de détourner l'attention de la question principale pour maintenir le débat dans les bas-fonds et dans les coups bas. Serait populiste celui qui ne sert pas prioritairement et exclusivement des intérêts oligarchiques corrompus. C'est toujours pour dénoncer ce biais que j'utilise le terme « populisme », qui est une manipulation au même titre que « complotiste », par exemple.

 

Bien sûr, il y a aussi cette dimension de haine du peuple. On sait que les pères-fondateurs de nos « démocraties » n'étaient pas démocrates, et que ce terme de démocratie s'est imposé pour faire écran à la prise de conscience de ce fait, et cela a parfaitement fonctionné.

 

Dans l'article cité, populisme est présenté à certains moments comme synonyme de nationalisme. Bon là, je m'inscris en faux. Je dirais même que je ne vois pas le rapport... Un peuple n'est pas égal à une nation, il s'inscrit simplement dans les frontières d'un pays, encore une fois, et s'il est happé par les institutions de l'état, cela n'en fait pas une population unitaire qui aurait une identité unique. Rappelons du débat malsain sur « l'identité nationale ». Un peuple peut tout à fait être multiple, et le populisme s'adresser à cette multiplicité. Certes, le populisme a pu dans certains cas être l'apanage d'une politique droitiste radicale qui fait appel aux pulsions nationalistes implantées dans la tête des masses populaires, mais cela n'est qu'une des nombreuses manipulations induites autour du terme de populisme. Par l'amalgame fait entre les deux termes, a fortiori.

 

 

Je m'en arrête donc là, et j'ajouterai peut-être des termes ultérieurement.