Cet article sera l'occasion de réfléchir sur le principe de réalité. J'avais songé à faire un article séparé sur ce thème, mais le sujet de l'écologie se prête parfaitement à son illustration, en fin de compte. Je ferai donc cela en trois parties (la troisième sera la conclusion). Une première un peu générale, et une seconde portant sur ce qui touche à l'écologie, à l'énergie, etc.

 

Wikipédia définit ainsi le principe de réalité :

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_de_r%C3%A9alit%C3%A9

 

« Dans la psychanalyse freudienne, le principe de réalité est la capacité d'ajourner la satisfaction pulsionnelle.

Respecter le principe de réalité consiste à prendre en compte les exigences du monde réel, et les conséquences de ses actes. Le principe de réalité désigne avant tout la possibilité de s'extraire de l'hallucination, du rêve, dans lesquels triomphe le principe de plaisir et d'admettre l'existence d'une réalité, insatisfaisante ou non conforme à son idéalisation. »

 

Cela pourra paraître étrange, de la part d'un pratiquant chamanique, de faire appel à ce principe, pourtant le respect de celui-ci au quotidien est indissociable de notre survie individuelle et collective, en ce bas monde.

 

La réalité, et notamment celle du monde matériel, nous rattrapera toujours, et plus nous la nierons, plus ce sera le cas.

 

https://francais.rt.com/france/39755-nkm-campagne-paris-fait-malaise

 

« Des dizaines d'internautes se sont plaints de la diffusion des images de la candidate des Républicains au sol par la presse, qui a repris des images diffusées par l'AFP.

«Il est choquant, indigne et irrespectueux l'AFP qui diffuse les photos de NKM inconsciente et au sol», a tweeté Vincent Daniel, journaliste chez France Info.

«Il serait temps que la presse soit à la hauteur !», s'est indigné un autre internaute. »

 

 

Voyez, la réalité est choquante. On ne supporte plus de voir un homme à terre. Oups, j'ai dit un homme ! On ne supporte plus non plus le sexisme outrancier du langage, surtout lorsqu'il est trop neutre pour être honnête. Voici comment la Fondation Nicolas Hulot, bientôt « Fondation pour la Nature et l'Homme : FNH » (notez l'excellence de cette ingéniosité) présente l'avenir de l'organisation après la démission de son fondateur qui a rejoint le « ministère de la transition écologique et solidaire » (notez l'imposture du titre même, comme si on pouvait s'attendre à un quelconque aspect solidaire dans la démarche de Macron) :

 

« Un.e nouveau.elle président.e sera élu.e par le Conseil d’Administration le 28 juin prochain. »

 

Pourquoi faire subir toutes ces contorsions à un langage, au point de le rendre illisible et imprononçable ? Le langage est-il porteur de notre passé colonial et patriarcal ? Alors il faudrait tout simplement l'abolir et le remplacer par un autre, plutôt que le torturer ainsi !

 

C'est une autre des formes de notre protestation contre la réalité : l'homme et la femme sont différents, d'une part, quel scandale, quelle injustice ! et d'autre part, oui, le langage, par mesure de simplicité (on se plaint toujours de son extrême complexité) use de la neutralité en passant par le masculin. On pourrait choisir d'y voir un honneur à la femme et à la féminité : celle-ci a droit à une marque de distinction, dans le langage. Seul le féminin est marqué par cette différenciation qui l'honore par l'attention qui lui est faite. Mais allez savoir pourquoi, on préfère y voir une marque de préférence pour l'homme. En fait, j'y vois deux privilèges différents, voilà tout. Et une harmonie du langage.

 

Mais pour revenir à l'image de NKM étendue sur le sol suite à son malaise, certes causé par l'agression d'un mâle vil et lâche (non, je ne cautionne pas, oui, j'ironise un petit peu tout de même, car cette caste de gens séparés du peuple sont si isolés dans leur petit monde poli et ouaté où la vie est facile, quoiqu'on en dise, qu'ils sont en effet très mal préparés à affronter ce type de violence verbale si typique de ce peuple qu'au fond ils craignent et détestent tant, que leur esprit ne peut le supporter, ce qui ne m'empêche pas d'avoir de l'empathie pour la victime, ne serait-ce que parce que cette violence verbale, en tant que membre de la plèbe, je la côtoie assez régulièrement), pour revenir à cela, donc, on avait eu le même genre de protestation concernant l'attentat, meurtre de masse, du Bataclan. Les images avaient été censurées, pour « protéger » le peuple.

 

L'infantiliser.

 

L'être humain moderne ne demande que cela : être infantilisé, protégé contre la réalité, afin de pouvoir continuer à bénéficier sans trop de souffrance, des conforts de la vie moderne en occident, bien que ce satané terrorisme qui s'insinue jusqu'à chez nous fasse quand même un peu tâche.

 

Alors on proteste. On proteste contre nos dirigeants : que ne nous protègent-ils pas contre ce mal ? Ne sont-ils pas un peu nos parents ?

 

C'est que ce mal, ils en sont responsables, nos « parents » politiques, nos « élus » (qui le sont rarement, puisqu'on parle ici de ceux qui se nomment entre eux, les ministres, hauts fonctionnaires, etc.)

 

On proteste aussi contre nos journalistes : que ne font-ils leur travail correctement ? C'est à dire de ne pas nous montrer les images des faits.

 

Un coup on leur reproche de trop bien soutenir Macron, un coup de ne pas assez bien protéger « l'image » d'une politicienne victime d'une agression. Un coup c'est la presse ne nous en montre jamais assez, un coup c'est « faut pas pousser quand même ! » C'est vrai quoi, une dame allongée sur l'asphalte, c'est terrible ! On parle pourtant de journaux réservés à des adultes, pas de Mickey magazine ou même du JT (que je sache, ça n'y est pas passé). La conclusion est donc claire : une certaine tendance dans notre société réclame cette infantilisation collective, dont nous sommes, pour le coup, des victimes.

 

Autre exemple, que nous dit-on et que nous montre-t-on des guerres modernes ? Les voit-on, ces corps démembrés, sanglants, la réalité de la guerre ? Pourtant, nous avait-on épargné les images des victimes de la Shoah, ces immondes cadavres ambulants, squelettes sur patte qu'on forçait à travailler, avant de les finir au gaz quand ils ne pouvaient le plus faire ? Oui, je dis les choses crûment, mais parce que la réalité peut-être dure et crue. Et c'est que les temps ont bien changé, si l'on ne peut même plus montrer une dame étendue suite à un malaise vagal du à l'émotion et à la chaleur (c'est tout à fait bénin, cela m'est arrivé une fois).

 

C'est que quelque chose est à l’œuvre.

 

Il y a quelques jours, sur un tchat (un tchat public, mais d'un salon particulier où nous n'étions que six), entre amis, j'utilise volontairement et sciemment l'expression « chasse au nègre », pour ironiser sur le fait, et pas pour en faire l'apologie, bien évidemment. Oui, je sais parfaitement que le terme en soi n'est pas drôle, et je sais parfaitement, pleinement, ce qu'il évoque. Néanmoins, ce n'est qu'un mot. Et dans le contexte particulier où nous nous trouvions (la discussion portait sur un jeu vidéo violent se passant aux USA), cette provocation me paraissait pertinente. Savez-vous que pas mal de noirs trouvent ce mot marrant et l'utilisent entre eux ? Oui, et d'autres sont fortement choqués par celui-là... Chaque minorité, chaque groupe, chaque peuple, a ses individus, ses tendances opposées, etc.

 

Les gens étaient en sueur. Ils ont eu peur que l'on voit qu'il avait été écrit sur le tchat. Il a été effacé en moins de 10 secondes par l'admin. Cela m'a fait rire.

 

Non mais soyons sérieux, ce n'est qu'un mot, et oui, ce mot désigne quelque chose qui nous inquiète, un refoulé qui nous terrifie, même. Le choix fait par l'admin était extrêmement révélateur : même si aucun d'entre nous ne pouvaient mal le prendre (il n'y avait aucune malveillance), c'était trop : il fallait le cacher, en faire une honte collective.

 

Tout ce qui entre dans le refoulé, dans le non-dit, resurgit un jour ou l'autre. Ne nous étonnons pas que les USA soient un pays encore excessivement raciste, qu'Obama n'y a rien changé, que le ségrégationnisme soit même de nouveau en voie de progression. Puisque nous ne pouvons pas rire du mot « nègre » ou « nigga » selon l'argot américain, alors nous sommes tous victimes de son retour dans le refoulé, du retour d'un passé colonial, esclavagiste et suprémaciste qui nous hante et nous fait engendrer sans cesse de nouveaux fantômes et de nouvelles terreurs. Le fait que les humoristes médiatisés soient unanimement devenus politiquement corrects, notamment dans le choix des mots, est parlant. Désormais, c'est le langage scatophile et bassement pornographique qui a la cote, normal : c'est le langage des enfants et des adolescents. L'humour de notre époque – les Bigard, les Dubosc – est résolument infantile, tout comme l'est le style d'un Dany Boon, par exemple. Je ne porte pas de jugement sur leur talent, je ne prononce pas mon opinion, je dis juste que les Coluche et les Desproges sont loin. Ils n'avaient pas de tabous, à l'inverse des actuels qui se contentent de réciter les brèves de comptoir ou de jouer sur les accents pour faire rire des foules soigneusement attardées par des décennies d'abêtissement médiatique.

 

Et lorsque même les humoristes ne peuvent plus aborder certains sujets sans choquer, c'est que la situation est grave. On a vu des politiciens affirmer, presque sur le ton de la menace, il me semble que c'était Manuel Valls, annoncer que l'humour d'un Desproges ne serait plus possible aujourd'hui. Sous-entendu, n'essayez même pas, on pourrait vous faire interdire, et plus simplement, on ne vous sélectionnera même pas parmi les cohortes de gens qui veulent devenir artistes, et passent par les diverses écoles du rire et autres télé-réalité du genre. On est bien dans une forme de dérive totalitaire, où l'humour est canalisé, où la réalité ne doit plus être pleinement évoquée, pour satisfaire aux exigences d'un politiquement correct qui ne veut plus voir ni la vieillesse ni la mort, ni le sang, ni rien.

 

Ce n'est pas un hasard, si Dieudonné est le seul à faire de l'humour crûment sur le cancer ou la couleur de peau (avec ou sans talent, je ne me prononce pas ici), et si le seul sang qu'on voit est souvent un sang factice jeté sur des enfants qu'on instrumentalise politiquement. Idem, les seuls morts que l'on voit sont des enfants que l'on fait servir des causes politiques. Et de même, on s'indignera sur l'utilisation d'armes chimiques par le gouvernement syrien, pour servir encore ces mêmes causes, alors même qu'aucune enquête ne peut prouver le fait, et qu'il semble que tout converge vers la conclusion que ces armes chimiques étaient possession des ennemis du gouvernement. On parle de post-vérité, on pourrait presque parler de post-réalité, tant même il ne semble plus y avoir nécessité d'inventer des mensonges crédibles.

Par contre, nous parle-t-on de ceci ?

 

https://francais.rt.com/international/39714-serbie-uranium-appauvri-plainte-avocats-otan

 

https://francais.rt.com/international/39717-syrie-irak-coalition-occidentale-confirme-utilisation-phosphore-blanc

 

Réponse : il faut aller chercher dans les médias russes, ces fauteurs de propagande désignés, pour trouver ce type d'information, pourtant officielle. Une réalité beaucoup trop dérangeante pour notre pauvre monde occidental, qui a besoin d'être bercé, câliné, toujours protégé de la violence du monde... dont il est le premier responsable, voire le premier coupable. Et non, je ne fais pas du culpabilisme anti-blanc, j'énonce seulement des faits. Ceux qui ne veulent pas que les torts de notre (contre-)civilisations soient étalés, sont tout autant dans le déni de réalité et une forme d'infantilisation, de refus de voir en face le visage du « père » brutal qui est constitué par nos responsables politiques occidentaux.

 

Le phosphore blanc et l'uranium appauvri sont des horreurs bien pires qu'un enfant noyé qu'on nous montre dans tous les médias. Mais voici comment nous assumons cela :

 

« Dans un rapport rendu public en 2000, l'OTAN a reconnu avoir utilisé des munitions contenant de l'uranium appauvri non seulement dans les Balkans mais aussi lors de la guerre en Irak de 1991. «A proximité des impacts de munitions à uranium appauvri, il n'est pas exclu que des personnes ignorant les risques de contamination [...] puissent avoir été exposées à des radiations ou avoir absorbé des quantités d'uranium excédant les normes internationales», concède le document. » 

 

Autant dire que nous n'assumons pas du tout. Nous reconnaissons du bout des lèvres, et constatons seulement que nos choix causent des dégâts, que nous minimisons. Et je dis « nous » parce que ce sont quand même nos pays qui font cela. Il n'y a pas de raison de s'associer à nos pays pour leurs avantages, et de s'en dissocier pour les inconvénients, car c'est cela aussi, le déni de réalité.

 

 

Je vais en terminer là sur cette première partie, mais pas sans livrer encore quelques liens. Pour prolonger le thème de la provocation autour du terme « nègre », je propose de rappeler certains faits sur la ségrégation aux USA :

 

http://www.les-crises.fr/trump-est-le-symptome-pas-la-maladie-par-chris-hedges/

 

 

Et un autre propos provocateur, de Nicolas Bonnal, sur un certain crétinisme français :

 

http://www.dedefensa.org/article/taine-et-le-cretinisme-du-francais-de-souche

 

 

Dans le texte de Chris Hedges, je relève en conclusion de cette partie ces quelques passages, qui illustrent parfaitement mon sujet :

 

« Le plus célèbre prisonnier politique en Amérique, Mumia Abu-Jamal m’a dit la semaine dernière par téléphone de la prison de Frackville en Pennsylvannie où il est incarcéré : « Ce dont a absolument besoin l’État, c’est l’illusion de la normalité, de la légalité […]. À Rome, les empereurs avaient besoin de pain et de jeux. En Amérique, nous avons besoin des « Housewives of Atlanta ». Nous avons besoin du sport. D’histoires vertueuses de bons flics et de vilains criminels. Parce que une fois que vous avez cela… il n’y a aucune pensée critique en Amérique de nos jours. Nous avons [uniquement] de l’émotionnel. Lorsque je vois quelqu’un qui est diabolisé, je peux tout lui faire [à lui ou à elle]. Je peux tout lui faire. C’est comme ça que l’État fonctionne, en diabolisant des personnes et en les confinant dans des endroits où ils sont pratiquement invisibles. 

 

Il a continué en disant : « Telle est la réalité. L’Amérique n’a jamais pu faire face à ce que nombre d’universitaires et de penseurs nomment le péché originel. C’est parce que ce dernier est toujours présent. Ce pays se vante d’avoir été fondé sur le principe de la liberté. Il a été fondé sur l’esclavage. Il a été fondé sur un holocauste. Il a été fondé sur un génocide. Après l’abolition de l’esclavage, après que la constitution a été réécrite et amendée, nous avons eu les amendements de reconstruction, les treizième, quatorzième et quinzième amendements. Mais qu’a fait le Sud ? Ils les a ignorés pendant un siècle. » »

 

Bien sûr, la manipulation de la vérité équivaut à la manipulation du réel. Le manichéisme, la simplification en un dualisme, construit un récit du monde intelligible par tous, qui finit par remplacer le réel par une version commode, « facile à vivre » comme une bouteille de lait à « ouverture facile ». Tout nous est facilité, aujourd'hui, surtout la compréhension du monde, comme par hasard. Il faut d'ailleurs noter dans ce passage que la réponse proposée à à un dualisme est un autre dualisme : méfiez-vous ! Mais par la confrontation de ces deux dualismes, nous accédons à une vision plus complète et plus complexe de la réalité, c'est cela qui compte. Et il est évident que ce qui est dénoncé dans les paroles d'Abu-Jamal ne peut être sans conséquences graves pour l'histoire de ce pays, quoiqu'en disent ceux du camp opposé qui vivent dans le déni et l'absence d'empathie pour les victimes et descendants de victimes, dans un pays où les noirs luttent encore pour certains droits.

 

Le reste du texte est édifiant, et je vous laisse le découvrir. Dans la seconde partie, je me concentrerai donc sur des questions écologiques, où l'on verra que le déni de réalité demeure la norme dans tous les camps.