Dans le prolongement de ma précédent série d'article, je voudrais commenter un article à propos de la notion d'effondrement, en me basant sur la spirale dynamique. Mon point de vue pourra paraître se situer dans un parti pris, mais je m'en expliquerai dans la conclusion. Je joue ici en quelque sorte l'avocat d'un mode de pensée que, d'ordinaire j'ai moi aussi tendance à critiquer. L'on verra pourquoi. Aussi, je suis parfaitement conscient que l'auteur ne base pas son propos sur une connaissance de la spirale dynamique. Néanmoins je pense que ma critique est fondée.

 

https://fr.sott.net/article/30703-La-chute-de-la-civilisation-occidentale-la-gender-fluidity-signe-annonciateur-de-l-Enfer-postmoderne

 

En effet, la question de l'effondrement dont il est question, et qui fait nécessairement l'objet d'un déni (il est difficile de croire que tout ce qu'on a toujours connu durant son existence pourrait se terminer, lorsqu'on croit que c'est soutenu par le seul mode civilisationnel légitime existant), pose ce genre de question que j'ai déjà soulevé plus tôt. Cependant, je suis en désaccord avec plusieurs aspects de l'article, et je voudrais préciser.

 

S'il est vrai que les traditions sont trop facilement sous estimées dans le monde actuel, ce n'est pas une raison pour en faire le seul pivot légitime d'une nouvelle société, je dirais même que c'est une erreur, et une régression.

 

En temps de crise généralisée, on tend à se replier sur ce qui avait marché auparavant. Ceux qui ont lu mes articles sur la méthode intégrale et la spirale dynamique comprendront où je veux en venir, mais je réexplique cela vite fait, en remettant un lien vers la spirale dynamique.

 

https://www.spiraledynamique.com/Theorie/index.php

 

Nous allons parler ici de la dynamique entre les mèmes vert, orange et bleu. Lisez leurs descriptions, si vous ne connaissez pas ou êtes novice dans le domaine.

 

En gros, la spirale décrit les chemins d'évolution par lesquels passent et se stabilisent les individus et les groupes d'individus, incluant les sociétés humaines complexes, qui elles chevauchent plusieurs mèmes à la fois.

 

Le mème bleu est celui qui correspond grosso modo au traditionalisme. Le mème orange est le mème qui correspond à l'opportunisme et au consumérisme. Le mème vert est celui du relativisme, de l'écologisme et de l'égalitarisme, et il est le dernier en date, le « plus évolué » en cours dans les sociétés humaines (ce qui ne signifie pas pour autant qu'il soit « meilleur » en soi, juste qu'il est plus adapté à la réponse de problématiques modernes).

 

Ce que propose cet article, c'est, pour éviter les problèmes posés par la société orange, et par la poussée vers le mème vert qui implique un éloignement de la religiosité et de l'oppression doctrinaire (ce qui implique nécessairement son relativisme et son égalitarisme, pour « dé-hiérarchiser » les rapports humains), de revenir au mème bleu incarné par les traditions, les fêtes religieuses, et tout ce qui est institutionnel en général (le mariage, la bureaucratie, l'étatisme, etc.). Car tout cela va d'un bloc, on ne peut pas avoir une société bleue sans avoir l'étatisme et tout ce que cela implique. S'il n'y a pas de religion au sens où on l'entend alors il y aura la religion de l'état et/ou le culte de la personnalité du leader, etc. Le mème bleu, dans la société moderne, c'est la Corée du nord qui l'incarne de la manière la plus caricaturale. Mais d'autres pays sont fortement centrés sur ce niveau, comme l'Arabie saoudite. Je vous laisse juge pour déterminer si c'est le genre de société que nous voudrions...

 

Le mème orange serait parfaitement incarné par les USA, par exemple (l'opportunisme individuel, le financiarisme, une chance ou une malchance pour chacun, etc., on voit les problèmes que cela pose).

 

Le mème vert n'est pas réellement incarné par une nation à l'heure actuelle, mais on en voit beaucoup les prémices dans les pays nordiques, qui hélas pratiquent en fait les débuts de cette tyrannie pseudo-écologique, ce « capitalisme vert » dont on parle de plus en plus. Il s'agit en fait d'une étape qui se situe quelque part entre les mèmes orange et vert.

 

Le mème vert s'incarne très bien dans certains mouvements new age (d'autres parties du new age sont typiquement orange), dans les mouvements alter-mondialistes, les communautés hippies, ce genre de choses. Il n'est donc pas nouveau, mais a surtout été expérimenté dans de petits groupes humains jusqu'à présent. Si la société humaine continuait à évoluer comme elle l'a fait à travers les âges, elle serait amenée, tôt ou tard, à se centrer sur ce niveau là. À titre d'exemple, la période tribale s'étage du niveau violet au niveau rouge, la religion s'étend à tous les niveaux, mais se centre plus particulièrement en bleu (et trouve ses origines en violet). L'Afrique et ses guerres est encore largement rouge (j'aimerais tracer une carte du monde des dominantes, un jour), l'Asie va du bleu à l'orange, l'Amérique du sud va du bleu au vert (mais surtout bleu et orange), le Canada serait aussi orange-vert, etc.

 

La France est largement orange, avec encore beaucoup de bleu, et déjà un peu de vert, mais toutes les autres strates existent : le rouge est celui de la culture des banlieues et du djihadisme (ce qui explique pourquoi on y recrute plus facilement que n'importe où ailleurs), le mouvement de conversion à l'islam qui est très fréquent de nos jours correspond soit à une transition du bleu vers le bleu (un changement transversal), soit du rouge vers le bleu. Un changement régressif de orange vers bleu est possible aussi, en cas de crise, comme on l'observe aujourd'hui. Enfin, les relents d'ésotérisme, les gens qui vont encore voir des voyants et ce genre de chose, s'explique par le fait que l'humain aura toujours une racine violette en lui. C'est également la raison pour laquelle j'ai pratiqué le chamanisme : me reconnecter à ma propre racine.

 

Il y a certes du bon dans les traditions, et il faut aussi avoir conscience que si notre société s'effondre, nous risquerions de reculer jusqu'au mème rouge pendant un certain temps : ce serait alors la violence façon mad max, avec des clans et une guerre territoriale. Mais il y a plus à parier que nous nous stabiliserions dans un mème bleu qui visera à protéger les groupes de cette violence, et qui servira de base et de tremplin pour la reconstruction. D'accord. Mais le problème est que, si l'on part avec cette idée, alors il faudra repasser par une étape orange... On n'aura rien gagné.

 

Ceux qui auront compris cela, mettront en œuvre les mécanismes de mèmes rouge et bleu pour se protéger, en attendant la reconstruction, mais sans perdre de vue un horizon qui est une société égalitaire, elle-même imparfaite, mais servant à son tour de tremplin pour autre chose. C'est pourquoi, si j'en comprends l'utilité, je m'inscris en faux contre cette perspective de revenir aux traditions des siècles passés : nous reproduirons de toute façon les mêmes erreurs, comme nous l'avons toujours fait. Il est au minimum nécessaire d'intégrer les valeurs du niveau vert (disons comme un futur un peu idéalisé), au lieu de les tourner en caricature comme le fait l'auteur de cet article. Rappelons aussi qu'il est également déjà parfaitement possible de vivre suivant ces valeurs (sans tomber dans une version ridicule). Voyons donc cela.

 

Première remarque :

 

« En essence, dès l'aube de l'Humanité, les hommes ont compris que le comportement humain pouvait attirer ou au contraire repousser la colère des dieux. »

 

Oui, mais il s'agit d'une croyance primordiale appartenant au niveau violet. Ce niveau n'est aucunement incompatible avec le niveau vert puisqu'il est inclut dans le niveau vert... Ce n'est donc pas un argument valable pour revenir aux traditions. C'est seulement quelque chose qu'il faut garder dans un coin de sa tête, quelque chose qu'il ne faut pas ignorer (qu'on y croit ou non, là n'est pas la question).

 

« Il s'avère que dès l'Antiquité, l'homme comprit qu'il disposait d'un certain contrôle sur sa propre destinée et celle de la société, dès lors qu'il faisait montre d'un comportement vertueux. La théoxénie était un précepte moral. On considérait que chaque individu pouvait potentiellement contribuer, ou au contraire nuire à la prospérité et le bien-être du groupe. Même si certains étaient en mesure de donner davantage que d'autres, chacun avait le privilège et le devoir de contribuer au maximum de ses capacités. Les actes de chaque personne comptaient, et ces actes recevaient une réponse équitable au travers des autres et de l'Univers.


Mais advint la pathologie, qui même si elle ne put changer complètement la nature de l'Homme ou supprimer sa capacité de faire des choix, influença la société et altéra le cours de l'Humanité, du fait de notre acceptation. À mesure que la prise de conscience déclinait, les bonnes intentions furent subverties, et notre intégrité en tant qu'espèce affaiblie. L'espèce humaine est désormais alignée sur l'entropie, et ce que nous choisissons et exprimons déterminera notre sort. Nous avons renoncé à notre responsabilité les uns envers les autres, en tant qu'hôtes et invités, et par conséquent, nous deviendrons les artisans de notre propre destruction. »

 

On est ici dans un autre contre-sens. D'abord, le mème inclut parfaitement et totalement cette notion de participation de chacun. Dans les communautés de type « vert » vous aurez les mêmes conflits qu'ailleurs, lorsque des gens tirent la couverture à eux, ou tirent au flanc, ni plus ni moins.

 

Ensuite, croire que la pathologie est apparue à une date précise de l'histoire de l'humanité, à laquelle des individus ont cessé de respecter « les règles » (les règles sont sacrées dans le mème bleu), c'est ne pas s'apercevoir qu'au contraire, les règles sont apparues pour contrer l'égoïsme, l'égocentrisme, réguler la violence, etc. Les travers humains préexistaient donc, comme à toute existence animale à la recherche de satisfactions, de plaisirs, etc. Le bleu n'a jamais résolu ces problèmes. Il a seulement inventé les prisons, des châtiments moins immoraux que la torture, quoique les sociétés de ce type n'aient pas toujours rechigné à l'utiliser, sous l'influence encore importante du mème rouge qui se rapproche dès qu'on se centre en bleu plutôt qu'au-dessus (pensez à la scène finale de la torture dans 1984, qui décrit une société fortement centrée en bleu, ce qui est ce que nous propose l'auteur).

 

En fait, ce qui est dit ici est simplement une vision très typée bleu : hors des règles, point de salut, hors des règles, plus que le chaos. Une société centrée en vert n'est pas dépourvue de règles. Elles obéissent par contre à d'autres exigences. À vrai dire, une société centrée en vert peut même fournir un nouveau genre de tyrannie (c'est même ce que je crains), mais au moins, on n'y craint pas la torture. J'ai beau critiquer constamment la société actuelle, ce n'est pas pour prôner ce genre de retour en arrière là. Même la décroissance peut se faire autrement que cela. Et si la société verte a des faiblesses, ce n'est pas son absence de règle, cela se situe plutôt autour des délibérations éternelles et l'acceptation d'un peu tout et n'importe quoi, au risque de désolidariser le groupe et le rendre vulnérable à des agressions intérieures ou extérieures, ou à des manipulations. Mais cela peut être corrigé avec une approche lucide, et en intégrant justement ce que l'on a appris dans les niveaux de conscience précédent. Rien d'insurmontable ou de monstrueux, donc.

 

 

« Pour résumer, lorsque le Bill C-16 sera approuvé, les Canadiens qui refusent la théorie du genre pourraient se voir inculper de crime de haine, condamner à des amendes ou des peines de prison, et contraints de participer à des stages de réhabilitation « anti-préjugés ». 

 

Si les transgenres et plusieurs groupes de défense des droits entendus en comité parlementaire ont applaudi le projet de loi, quelques avocats sont venus sonner l'alarme. Selon eux, le projet de loi pourrait mener à l'imposition d'un langage pour désigner les transgenres, en particulier ces pronoms inventés (zim, ze, zir, etc.) que proposent certaines personnes LGBTQ2 pour contourner la binarité sexuelle de la langue.»

 

Il est vrai qu'on est là typiquement dans une dérive de type vert, où l'égalitarisme peut conduire à ce genre d'aberration. C'est quelque chose qu'il va falloir s'habituer à voir dans le futur, très probablement. Mais bon. Il y a des problèmes plus graves dans notre société, que de ne pas pouvoir dénigrer autrui librement, il faut bien le dire. Et ça ne vous oblige nullement à adhérer à ce genre de théorie : c'est le propre du relativisme de type vert, et c'est bien sûr ce que ne comprennent pas ceux qui n'ont pas intégré ce niveau de compréhension.

 

« Exiger le recours à des pronoms force les gens à utiliser des mots qui ne sont pas les leurs, ce qui implique une croyance en une certaine théorie des genres ou un endossement de celle-ci, a soutenu l'avocat Jared Brown en comité sénatorial la semaine dernière. Si vous êtes en désaccord avec cette théorie, vous pouvez être traîné devant le Tribunal des droits de la personne pour avoir mégenré ou être reconnu coupable de discours haineux. Pour résumer, on se retrouve avec un langage imposé par le gouvernement. »


D'accord. Admettons. Cela est scandaleux. Peut-être que cela pourrait même mettre toute la société en danger.

 

Ou bien peut-être est-ce juste la crainte irraisonnée de gens qui raisonnent suivant les règles sacrées du mème bleu, et croient qu'une offense est faite à une quelconque loi divine.

 

Plus sérieusement, il est possible que ce genre de truc pose réellement problème, tout dépend jusqu'où cela va. Habituellement, je suis le premier à dénoncer ce genre de dérive. Concrètement, je crois que cela va surtout toucher des gens qui ont ce besoin d'exprimer leur rejet de ce qu'ils ne comprennent pas... ça ne m'inquiète pas beaucoup. Je ne cautionne pas non plus, et je pense également que c'est une dérive vers cette tyrannie verte qui nous attend, mais bon. On verra des choses beaucoup plus graves, quand ça arrivera, et ça ne viendra pas nécessairement du mème vert, mais de ceux qui le refusent (cf le terrorisme, mouvement rouge qui refuse orange). Il faudrait faire ça intelligemment et là ce n'est pas le cas, on est d'accord. Il n'y a rien à imposer aux gens en terme de brimades de la liberté d'expression, sinon on s'expose à des retours de bâton. Il faudrait simplement éduquer les gens au respect d'autrui, ce serait déjà bien, et sûrement suffisant : l'individu centré en vert ne supporte pas qu'on lui manque de respect pour ce qu'il est, ou estime être. Ce n'est pas très dur à comprendre, et c'est là toute l'essence de cette théorie du genre si décriée et qui n'engage en réalité personne.

 

Le seul danger que j'y vois, c'est ce que je disais plus haut : des personnes vivant dans un cadre qui les dépersonnalise peuvent s'y perdre. Mais ce n'est pas « à cause du mème vert », c'est à cause de ce cadre, de même qu'on accuse les jeux vidéo de la violence, malgré leur rôle de catharsis, et sans tenir compte du nombre de meurtres qu'on peut voir chaque jour rien qu'à la télé, et sans tenir compte de la société qui a engendré tout cela. On fait dans le simplisme, encore une fois.

 

 

« Il est choquant de constater que le Canada, qui a toujours fait preuve d'un certain bon sens politique, est devenu victime du raisonnement radical pathologique des postmodernes. Et le Canada n'est pas la seule nation à souffrir de cette maladie. »


En fait ce n'est ni choquant ni surprenant, cela s'inscrit dans une logique. Quand nous serons sortis de l'ornière que représente le niveau orange, nous constaterons que le niveau suivant apporte son lot de problèmes. C'est tout. Et c'est souhaitable, car ensuite nous aurons une occasion de résoudre les nouveaux problèmes et ainsi de suite. S'il y a un progrès que l'on n'arrête pas, c'est celui-ci, et il est totalement indépendant de la technologie. À moins de vouloir revenir à la monarchie de droit divin qui est l'essence du mème bleu. Pourquoi pas.

 

 

« Certaines politiques en cours d'instauration dans les démocraties occidentales visent à manipuler l'opinion publique pour lui faire accepter certaines politiques qu'elle considérerait habituellement comme méprisables et inacceptables, en particulier si elles sont parées d'idéaux telles que la « tolérance » et les « valeurs progressistes ».

Voilà qui s'avère un outil parfait entre les mains d'individus pathologiques, qui s'en serviront pour normaliser progressivement la torture et diverses formes de déchéance morale, voire la pédophilie. La popularité de célébrités telles que Miley Cyrus ou Ariana Grande, ou de films tels que Cinquante nuances de Grey, vise à normaliser des comportements sexuels de plus en plus extrêmes et aberrants. Ce processus de déclin moral qui affecte l'Occident semble être en grande partie inconscient. »

 

 

Plusieurs remarques, ici. D'abord il est vrai que la pornographisation de la société est un problème, et il est vrai aussi qu'une partie de la dynamique sociale s'inscrit dans un processus de décadence. Mais ce n'est pas le même vert qui provoque la décadence, c'est notre civilisation qui, toute entière, s'y inscrit. Les modes d'expression du mème bleu sont devenues essentiellement réactionnaires, et le mème rouge a trouvé de nouvelles violences à exercer. Toute la société est touchée, à tous les niveaux, par cette décadence. Un retour en arrière ne réglera rien (ni aller de l'avant sans regarder ou on met les pieds, je le concède). Il faut d'abord en finir avec cette décadence, et ne pas accuser le manque de tradition, ce qui n'est qu'une vision enfermée dans sa propre perspective rétrograde.

 

« Dans son ouvrage visionnaire Postmodernism, Reason and Religion [Postmodernité, raison et religion - NdT], Ernest Geller décrit trois postures idéologiques inhérentes à notre monde contemporain. Récemment, ces postures ont été façonnées en instruments de violence psychologique et physique :

  • le fondamentalisme islamiste,

  • le relativisme postmoderne, et ce que Gellner nomme

  • le « Fondamentalisme séculier des Lumières » »

 

Ce passage mélange tout et oublie beaucoup de choses. D'abord ces postures ne sont pas inhérentes à notre monde moderne. Le fondamentalisme est l'incarnation radicale du mème bleu, c'est tout. Il a existé de tous temps, et existera toujours. Il faudrait juste le réduire à une minorité (au lieu de le financer) pour qu'il cesse d'être une nuisance. Le relativisme est la marque essentielle, par contre, du mème vert. Il est ici présenté comme un vice... or cette interprétation relève du fondamentalisme.

 

On ne peut donc pas le mettre sur le même plan que le fondamentalisme, sauf à dire, en effet, qu'il peut être instrumentalisé... comme toute idée et toute idéologie. Le relativisme n'est pas le problème. Le problème est le relativisme radical et instrumentalisé qui ne sert que des manipulations et n'exerce aucun discernement. L'article cité en fournit suffisamment d'exemples que je n'ai donc pas besoin d'illustrer moi-même.

 

Je précise tout de même qu'il inclut tant de choses que j'ai déjà critiqué sur mon blog : le féminisme ou l'anti-racisme radicaux, par exemple. Autant dire que je suis parfaitement conscient de ces dérives et que je les dénonce. Par contre, je ne fais pas l'amalgame avec le reste de la composante de ce niveau de conscience, et je m'inscris en faux contre l'idée que les traditions sont la solution aux problèmes. On a besoin de piliers traditionnels, c'est vrai. C'est nécessaire à une société. Mais par essence, les piliers soutiennent la construction. Ils ne sont pas la construction. Seulement une partie fonctionnelle. La finalité de la société n'est pas de se rassembler autour de traditions, ce serait totalement stérile spirituellement, et on l'a assez observé pendant l'histoire. C'est juste un ciment.

 

« La postmodernité semble nettement en faveur du relativisme, pour tant elle est qu'elle soit capable de faire preuve de clarté, et hostile au principe de vérité unique, exclusive, objective, extérieure ou transcendante... »

 

Que comprendre, ici ? Oui, le relativisme est une tendance appelée à grandir (et peut-être à devenir oppressante) à mesure que la société l'intégrera. On ne sait plus trop si l'auteur le déplore ou appelle de ses vœux la version positive de cette tendance. Un relativisme éclairé est souhaitable parce qu'il va dans le sens d'un respect entre les personnes. Rien d'incompatible avec les traditions ou même les religions, en tout cas.

 

Sur la notion de vérité objective ou unique, mettre de côté ce long échange en deux parties entre zététiciens (représentant par excellence le mème orange) et Laurent Freeman, l'interlocuteur du site stop-mensonges, dont la mentalité illustre à la perfection le mème vert. Tous deux dans des versions assez caricaturales, mais cela rend l'échange d'autant plus limpide entre deux visions du monde qui ne semblent presque pas se rencontrer, et pourtant...

 

http://www.agoravox.tv/tribune-libre/article/la-tronche-en-biais-vs-stop-73651

 

Pour ceux qui auront, ou n'auront pas forcément le courage ou le temps de suivre ces 3h30 d'échange, je note que le mème montre une sorte de progression et de rupture à la fois avec la notion de vérité unique et de dogmatisme, à un point qu'il m'a été difficile de dépasser, au cours des dernières années, pour finalement intégrer les deux visions, et commencer à développer une pensée plus subtile qui se rapproche de la logique dite tétravalente (j'y reviendrai peut-être une autre fois, ce serait un peu hors-sujet ici).

 

 

Revenons à notre sujet principal.

 

« Il ne fait aucun doute que la postmodernité et les processus qu'elle utilise pour induire et renforcer les « tendances à la sélection et à la substitution subconscientes de données conceptuelles » relèvent tout bonnement du nihilisme {le rejet de tout principe religieux et moral, fondé sur la croyance selon laquelle la vie n'a pas de sens}. L'ouvrage d'Hervey Cleckley, Caricature of Love, souligne également le fait qu'à l'origine, le mouvement de la « gender fluidity » n'est ni plus ni moins que de la « psychopathie appliquée ». »

 

Bon ici, on glisse plus ou moins dans l'insulte pour cause de mécompréhension. Oui, je le ressens comme ça. Mon côté encore marqué par ce fameux mème vert, je suppose.

 

D'abord il y a confusion entre la tendance déstructurante et décadente nommée « postmodernité » et une évolution naturelle de la société vers plus de respect d'autrui, après l'étape de l'opportunisme et du « je te marche sur la tête pour réussir, pas de place pour nous deux ». Le mème vert permet l'acceptation et la compréhension entre plusieurs visions du monde a priori incompatible, et ouvre la voie vers des étapes ultérieures de compréhension plus globale. Est-ce si terrible ? Bien sûr, l'auteur ne connaît pas la spirale ni la méthode intégrale (et ça se voit), mais ce n'est pas une raison pour dire qu'une vision de la vie qu'elle ne comprend pas est pathologique. Dans sa perception fortement marquée en bleu, tout irrespect des règles accréditées par elle est vu comme une déviance, mais dans une perception plus globale, c'est une erreur.

 

Par ailleurs, il y a beaucoup de place, dans le mème vert, pour des structures religieuses et pour la spiritualité, le sacré. Simplement, ces structures seront différentes de ce qu'on connaît en bleu : les rituels, les messes, les églises, la prière en direction de La Mecque, etc. Il ne s'agit donc pas du tout de nihilisme.

 

C'est respectable. Encore faut-il le saisir.

 

La citation suivante est prise dans le livre de Lobaczewski sur la ponérologie politique. Je trouve cette citation ironique, car prise dans un certain sens, elle contredit totalement le propos de l'auteur :

 

« Au cours des périodes stables en apparence heureuses — bien que marquées par des injustices à l'égard de certaines personnes et de certains pays - les individus doctrinaires sont persuadés d'avoir découvert une solution simple pour « réparer » le monde. »

 

En effet. Les individus doctrinaires ne pouvant pas percevoir le bien au-delà de leur niveau de conscience sont persuadés d'avoir découvert une solution simple pour réparer le monde. Par exemple, les traditions.

 

Il n'existe pas de méthode simple. Il existe seulement des façons d'aller de l'avant et d'autres de stagner voire de régresser. Voilà. Et la vie nous enseigne d'aller de l'avant. Oui c'est difficile. Parfois même impossible. Mais il ne faut pas se condamner à échouer ni s'interdire d'essayer, c'est la première étape.

 

Le propos de Lobaczewski ensuite explique en effet que la vision du monde peut épisodiquement s'appauvrir. C'est précisément ce qui se passe quand on régresse vers un état précédent.

 

Il faudrait donc peut être s'abstenir de critiquer le relativisme pour le critiquer. Il y a des éléments critiquables dans le relativisme, oui. Il peut notamment conduire à tout mettre sur un pied d'égalité et à perdre tout discernement. Mais il serait encore un progrès en soi, s'il nous permettait d'éviter les bêtises comme la discrimination positive (dont il porte les graines, dans sa version peu éclairée), la compétition de tous contre tous, etc. Il n'est en tout cas pas responsable d'un appauvrissement, plutôt d'un aplanissement des choses.

 

« Si aucune valeur sacrée n'existe, alors l'homme est une page blanche. On peut écrire absolument tout et n'importe quoi sur une plage blanche. Par contre, s'il existe une nature humaine universelle, alors certaines idées sont mauvaises, et leur mise en application conduira à la catastrophe. Les preuves sont sous nos yeux : des millions de gens sacrifiés sur l'autel des valeurs des dictateurs du XXe siècle. »

 

En effet, ces dictateurs marquaient des sociétés marquées par le mème bleu, ses traditions, son culte de la personnalité, etc. Revenir aux traditions, c'est encourager le retour de cela.

 

Aux yeux de ces dictateurs, certaines choses étaient mauvaises. Par exemple, les juifs, les homosexuels, les tziganes, les non-aryens, les non-communistes, etc. Ils pensaient que ces gens les conduiraient à la catastrophe. Ils s'en sont débarrassés. Certes, c'était le versant négatif du mème bleu, qui n'a pas produit que ça, mais aussi la solidité des états que l'on essaye de détruire aujourd'hui (voilà un aspect beaucoup plus critiquable, mais il appartient plus à orange qu'à vert, car c'est orange qui a engendré le mouvement postmoderne, avec certes un peu d'aide du mème vert sur certains points). Mais encore une fois, vouloir revenir au traditionalisme, c'est prendre tout le lot ensemble. Pareil avec vert dans un autre genre, certes.

 

« Alors, qu'est-ce qui doit être sacré, au minimum ? La Mère, le Père et l'Individu. Il est du devoir de chaque société, de chaque individu, de respecter ces figures, en esprit, en pensée et dans les actes. Quand ce principe est correctement appliqué, les grandes forces de l'être sont maintenues en équilibre, et l'individu, la société et la nature prospèrent de concert. Autrement, c'est le chaos, l'enfer - et cet enfer finit par avaler les petits paradis que l'on pourrait trouver sur Terre. » »

 

Toujours le discours millénariste et étroit, superstitieux et manichéen, propre au mème bleu. Le mème vert respecte en fait bien plus l'individu que le bleu. Aucun péril de ce côté là, donc.

 

« Pour conclure, il est important de souligner que « respect des valeurs traditionnelles » ne veut pas dire « stagnation » ou « fanatisme ». Il y a une issue, un moyen d'évoluer en tant que société et en tant qu'espèce, tout en respectant les principes universels et les valeurs morales, et en renforçant sans cesse nos défenses contre la pathologie. »

 

Tout à fait d'accord avec cela, enfin ! Seulement, et pourtant, non, ce n'est pas en mettant les traditions au centre qu'on évolue, au contraire. Lorsqu'on le fait, on érige déjà un obstacle contre le mouvement. J'ai dit plus haut qu'ils étaient des piliers. S'ils sont des piliers, c'est qu'ils ne sont pas la fondation. La fondation est toute autre, mais je ne vais pas m'aventurer sur ce terrain (intéressez vous aux mèmes pré-bleu pour comprendre). Et l'âme de l'être et de l'humanité n'est pas non plus un pilier. C'est son essence, quelque chose d'intangible qu'il ne faut surtout pas enfermer dans des normes et des schémas, n'en déplaisent aux ennemis déclarés du relativisme. Sans quoi la croissance mise en avant dans le prochain paragraphe est impossible.

 

« La vie, c'est en essence la croissance ; mais qu'est-ce que la « vie », si ce n'est les relations que nous entretenons avec les autres ? Et donc, que signifie croître/grandir dans la vie, si ce n'est faire croître nos relations avec les autres ? Mais comment y parvenir ? Peut-être en combinant des mondes intimes autrefois uniques, en les intégrant à quelque chose de plus grand que la somme de ses parties, quelque chose qui puisse créer ou attirer une nouvelle vie ou un nouveau monde via la concentration et l'union de ces réalités intimes qui, par elles-mêmes, n'auraient ni la force ni le pouvoir de le faire. En outre, bien sûr, ce processus doit impliquer une vision de la réalité qui non seulement soit partagée, mais qui surtout résonne avec une réalité objective, ou avec les forces supérieures de la nature, c'est-à-dire une création objective de la réalité à grande échelle. »

 

Or c'est exactement le projet contenu implicitement dans le développement du mème vert. Mettre en relation des individus dans leur diversité, et respecter cette diversité pour faire émerger un monde qui la respecte réellement (contrairement à ce que nous sommes en train d'installer, et qui n'en est, et là j'en suis d'accord, que la perversion et la négation).

 

S'ensuit un dernier paragraphe en anglais que je ne cite pas. Il nomme « God » et parle de « réalité objective ». Point intéressant après ma série d'articles sur le déni de réalité. Nous sommes ici par excellence dans le domaine de la subjectivité (la croyance en Dieu) et on nous ramène dans le même paragraphe la réalité objective. Preuve finale s'il en fallait que nous avons bien à faire à un texte défendant les principes du mème bleu, tout en semblant parfois manifester un semblant de compréhension de ce qui se situe au delà, en terme de développement de la conscience.

 

« Dieu », que ce terme m'agace. Qu'il empêche la réflexion, l'épanchement plus large de la conscience, et parasite toutes les discussions théologiques. Comme s'il fallait absolument nommer un éventuel principe créateur comme on nomme son enfant, son chien ou encore sa moto. Nommer ce principe qui nous échappe totalement l'enferme dans une image anthropomorphe terrible. Certes, c'est ainsi que les religions monothéistes l'ont voulu. Certes, c'est la marque du mème bleu. Mais bref... Il est temps de conclure.

 

 

Sans adhérer à tout ce que signifie le mème vert, puisque nous verrons sans doute qu'il constituera une nouvelle étape totalitaire dans le fonctionnement civilisationnel humain, j'ai tenu à écrire cet article pour réagir à ce discours réactionnaire de plus en plus répandu un peu partout, notamment sur le net.

 

Il y a confusion entre beaucoup de choses, dans cette période de crise majeure où l'on entend les premiers craquèlements du système. Ainsi, le brexit et l'élection de Donald Trump ou encore Le Pen au second tour des présidentielles, auront surtout servi à faire croire que la seule réponse à un progressisme décadent, débridé, dément et manipulateur, consiste en un retour aux valeurs traditionnelles qui avaient porté la société jusqu'à ce que l'on connaît.

 

C'est une erreur très grave.

 

Il y a une troisième, une quatrième, sans doute une cinquième voie, mais toutes portent vers autre chose que les débats manichéens et simplifiés qu'on nous impose à base de « nationalisation versus privatisation », « mondialisme versus souverainisme », etc.

 

Comme j'ai tenté de l'expliquer dans ma série d'articles sur le déni de réalité, notre société est en crise, et chacun se masque des aspects de la réalité, pour continuer de survivre, pour porter la faute sur autrui, etc. On ne pourra pas résoudre cette crise par un peu plus de ceci ou un peu moins de cela, c'est à dire en jouant sur les curseurs, comme les gouvernants font depuis trop longtemps. Il y a des décisions radicales à prendre, mais elles sont trop dures à prendre, trop impopulaires, alors on les remplace par un néo-totalitarisme qui ne fait que colmater temporairement les brèches, à coup d'état d'urgence, de double-pensée, d'uniformisation des médias de masse (en dehors d'internet).

 

Ces décisions impliquent de prendre la mesure de la fin des ressources énergétiques, et d'arrêter de sucer son pouce, de porter les traditions comme un nounours rassurant.

 

La prochaine transition civilisationnel sera la pire jamais connue, un séisme d'une ampleur dévastatrice qui sera bien plus marquante que le passage du moyen-âge estimé sombre, vers les lumières de la connaissance. Car au fond, et si excepte l'épisode de la révolution industrielle, ce changement a été tout de même relativement lent. Ici, cela se fera « d'un coup ». Peut-être par une guerre, ou pas forcément, parce que quand cela arrivera, il n'est pas sûr que les nations aient de quoi faire fonctionner leurs armées durablement. Cela sera, en effet, un chaos, mais d'une ampleur sans rapport avec ce qui est suggéré dans l'article. Pas un vague chaos moral apporté par les LBGTQI. Un vrai chaos. Et cela n'a même rien à voir non plus avec le mème vert ou le mème bleu.

 

Parce que nous ne voulons pas nous préparer à réduire nos exigences en terme de ressources et de train de vie, parce que notre bordel climatique ne sert qu'à vendre des droits à polluer, au lieu de limiter factuellement la pollution et surtout la dépense énergétique, la nature, le monde, s'en chargera. Cela devrait arriver dans les décennies prochaines.

 

Normalement, l'humanité s'en relèvera, sauf peut-être en cas de guerre nucléaire globale. Et alors, après cette vaste période de chaos (qui pourrait durer énormément, le temps que des états se reconstituent, car il y aura sans doute des modifications territoriales et autres), on pourrait voir émerger dans certaines régions de vastes communautés régionales voire quasi-nationales, centrées sur une sorte de tyrannie écologiste centrées sur le mème vert. On y verra de nouveaux tabous en matière, en effet, de langage surtout, par rapport aux orientations sexuelles, et des interdits sur l'énergie, sur l'industrie, etc. Pourtant, ces tyrannies seront beaucoup plus pernicieuses et respectueuses à la fois des personnes que ce qu'on a pu connaître.

 

Mais on n'en est pas là, et ce n'est que ma prophétie à deux balles. Merci aux lecteurs, et à une prochaine fois.