« Nos conclusions sont imparables. Selon nos modèles et nos observations, l'hôte est en train de se refroidir, et ceci de manière globale.

 

Un frisson passa dans l'assemblée. Ou bien était-ce sur la peau de l'hôte.

 

- Nous sommes trop nombreux ! s'exclama quelqu'un.

 

- Nous allons être punis pour nos péchés, gronda un autre d'un air sombre.

 

Un autre encore :

 

- Je vous l'avais bien dit... vous n'avez pas vu comment les forêts de poils se désertifient ? Il faut bien évidemment y voir un résultat de l'impact de notre activité inconsidérée !

 

- Et la qualité de la peau se dégrade. Nous aurons bientôt puisé toutes les réserves sous-cutanées... prophétisa une autre voix perdue dans la foule. Notre système économique est sur le point de s'effondrer !

 

- Il y a beaucoup trop de ressources fictives en circulation...

 

- Du calme, il ne faut pas perdre confiance dans notre système, c'est la pire des choses à faire ! clama un autre, considéré jusqu'alors comme un érudit et un infaillible expert. Continuons à consommer... et tout rentrera naturellement dans l'ordre.

 

Pourtant, une autre voix se fraya un chemin, toute timide :

 

- Peut-être devrions nous cesser de piquer... suggéra-t-elle.

 

Il y eut une clameur stupéfaite, et tous les regards se tournèrent vers l'impertinent qui, rosissant, se corrigea.

 

- Hum... ou du moins, piquer moins souvent...

 

- Mais, je rêve ? fit l'un des chefs. Comment voulez-vous que nous fassions ça ? Qu'est-ce qu'une puce peut faire d'autre que piquer ?

 

- Il y a peut-être moyen d'envisager une technique de piquage durable... proposa un autre expert.

 

- En dernier recours, nous pourrions envisager de migrer vers un autre hôte, fit encore un autre.

 

- Mais pour cela, il nous faudrait d'énormes vaisseaux ! s'indigna un anonyme.

 

Le chef reprit la parole :

 

- J'ai décidé ce que nous allons faire ! Nous allons sauver l'humanité ! Et pour cela, nous allons instaurer une taxation sur le piquage industriel afin de limiter l'effet de sang. Aucun doute, cela réglera tous nos problèmes (et fera de moins quelqu'un de plus riche).

 

- Peut-être devrions nous envisager un contrôle des naissances... émit un conseiller.

 

- Quoi ? C'est du marxusianisme ! Jamais ! s'énerva le chef. Vous n'avez donc pas retenu les leçons de l'histoire ? Rappelez-vous de l'époque du copucisme !

 

- Beaucoup ne l'ont pas connu, notre chef... objecta un autre conseiller.

 

- Quoiqu'il en soit, le contrôle des naissances est une pratique impuçaine et impie. Jamais nous n'y aurons recours, j'y mets mon veto !

 

- Et le vote démocratique, alors ? » protesta quelqu'un dans l'assemblée populaire.

 

Le chef lui jeta un regard noir, et le malotru se tut. C'était entendu. On allait continuer de piquer l'hôte et de laisser la population des puces se développer librement, mais on allait taxer tout abus, de sorte de financer en retour l'activité du piquage industrielle d'une manière plus éthique. On inventerait aussi des slogans. Ainsi, l'honneur serait sauf. Pour le reste, on verrait plus tard.

 

 

*******

 

 

Un problème écologique majeur se pose à l'humanité. La perte de biodiversité n'est sans doute pas un pur fantasme, tout comme la pollution de l'air, des eaux, des océans, l'épuisement des ressources minérales et hydrocarbures, l'épuisement des sols dans certaines régions, la saturation en métaux lourds et sous-produits radio-actifs dans certaines autres. Et il y a aussi la baisse des populations de poissons, les épanchements de perturbateurs endocriniens qui touchent aussi bien l'humain que le reste de la faune et de la flore, j'en passe et des meilleures.

 

Tout cela nous prépare un avenir plutôt douteux, avec selon moi une tendance à la dictature pseudo-écologiste, ou selon un ami, un avènement du terrorisme écologique. Je crois pour ma part que le système est plus fort que les contestataires dans ce domaine, et que, jusqu'à son effondrement, il récupérera la contestation pour établir cette tyrannie faussement écologiste que je vois venir grosse comme une maison.

 

Néanmoins, l'on cède trop facilement au catastrophisme et à une vision monochrome des choses. J'ai entendu, vu et lu au fil des dernières semaines pas mal de choses qui m'ont amené à réfléchir plus particulièrement à la question de l'évolution des populations d'insectes et autres invertébrés à la base de nos écosystèmes, qui m'ont sérieusement motivé pour écrire sur le sujet. Le but étant d'investiguer la question, faire des ponts entre le comportement humain et celui des insectes, ainsi que d'établir quel est vraiment le rôle de l'humain dans ces évolutions de population, qui sont parfois des effondrements spectaculaires, et parfois au contraire, des explosions démographiques impressionnantes, les deux phénomènes pouvant être liés.

 

Ceci permettra de se rendre compte que l'humain n'est pas le seul être à pouvoir déstabiliser radicalement son environnement, bien qu'il aime invariablement se donner le premier rôle (souvent à raison, il faut bien l'admettre). Au delà de ça, je pose une question simple qu'il faut bien garder dans un coin de sa tête : la puce est-elle capable de s'arrêter de piquer, et l'homme est-il capable de cesser de vouloir maîtriser son environnement et ses ressources à son avantage ? Il me semble que c'est un point fondamental pour bien comprendre que l'homme n'est coupable de rien au sens moral du terme. Il suit seulement ses instincts, et tant pis pour ceux qui croient que nous sommes une race d'élus qui s'élève bien au delà de ce genre de bassesse. Même la religion n'est qu'une façon de jouer des instincts des gens pour en tirer des avantages. Système de meute subtil et complexe, mais système de meute quand même.

 

Mais venons-en aux faits. Pour ne pas poster d'immenses pavés, je vais structurer mon propos en une série d'articles qui sera constituée ainsi, après cette introduction :

 

 

1) Les abeilles

2) Autres insectes

3) Le cas de la pyrale du buis

4) Les vers de terre

 

5) Conclusion