Le cas des abeilles est emblématique de la désinformation et du catastrophisme ambiant. Ce qui est dramatique avec ce genre de cas, c'est que la pensée devient vite interdite dès lors qu'il est question de cette espèce de morale hystérique qui a remplacé la véritable conscience écologique.

 

Avoir une conscience écologique ne se résume pas à vouloir éviter le mal. Cela commence plutôt par une connaissance intime de la complexité du vivant. Connaissance de base qui manque à la plupart des articles que l'on peut lire dans les médias et souvent même sur internet, sur de tels sujets. Pour avoir une formation dans le domaine, j'ai vite compris l'arnaque qu'il pouvait y avoir dans les concepts de développement durable et dans bien des propos inutilement alarmistes concernant les écosystèmes. Encore une fois, disons le : les problèmes existent, et ils peuvent être très graves. Encore une fois, disons-le aussi : ils sont surtout grave pour l'humain et les espèces qui cohabitent avec lui dans un temps T. A l'échelle de la planète et du monde, tout cela n'a pratiquement aucune importance (à part les déchets nucléaires et certains déchets chimiques ou de métaux lourds qui continueront à causer des souffrances qui auraient pu être évitées, pendant des millénaires).

 

Je commence avec cet article, tout à fait représentatif de la fumisterie devenue habituelle :

 

http://www.les-crises.fr/les-abeilles-officiellement-reconnues-comme-espece-en-voie-de-disparition/#comment-462172

 

Notons qu'il a été mis sur le site dans la catégorie « climat » (autre domaine par excellence sur lequel on n'a pas le droit de réfléchir), ce qui, comme je l'ai dit, est tout à fait représentatif de l'esprit catastrophiste et peu réfléchi sur la question, effectuant toutes sortes de raccourcis et d'amalgames qui facilitent la tâche des anti-écolo et autres exploiteurs du vivant. Ceci est d'autant plus grave lorsqu'on commence à comprendre la question. J'ai eu assez longtemps des doutes autour de la question des abeilles, que l'on doit pouvoir retracer sur mon blog. Je suis désormais tout à fait convaincu que c'est encore un faux problème qui a été inventé par des esprits chagrins. Faux problème qui contribuera encore à en camoufler de vrais.

 

Heureusement, les commentaires (pas tous) relèvent le niveau, et permettent dors et déjà de recentrer le problème. Ainsi l'on apprend que, loin de ne s'expliquer que par l'utilisation des pesticides dans les champs et par le varoa (insecte parasite des abeilles), la chute de population des abeilles semble surtout corrélée aux méthodes d'élevage... et aux pesticides utilisés dans les ruches elles-mêmes, contre le varoa. Encore une fois, la cause se trouve dans le fait que, comme pour les autres animaux d'élevage, l'humain dénature totalement les conditions de vie normale des abeilles, ce qui résulte en un affaiblissement de leurs vitalité, une morbidité accrue et donc une vulnérabilité augmentée face à toutes les agressions, y compris leurs parasites et bien sûr les cocktails de pesticides répandus dans la nature. Encore une fois, comme souvent mentionné dans ce blog, une baisse de la qualité générale des conditions de vie due à une multiplicité de facteurs contribue à expliquer le phénomène bien plus que ne peut le faire la focalisation sur un seul aspect de ce phénomène. Mais on ne sait pas penser la complexité, alors on simplifie abusivement, et on aboutit à la caricature et à l'alarmisme bêta.

 

Je vous recommande donc de lire les commentaires et d'éplucher certains des liens proposés parmi ceux-ci, mais je vais mâcher un petit peu le travail.

 

D'abord le commentaire recommandé :

 

« J’ai eu beaucoup de “pertes hivernales”, comme on dit dans le jargon, tant que j’ai tout bien fait comme il fallait : traitements anti-varoa, nourrissements au sucre liquide et solide… jusqu’à 90% de pertes en 2014.

Aujourd’hui, je me contente de ramasser les essais qui tombent chez moi, je ne déplace pas mes abeilles, je ne fais qu’une seule récolte fin août, je ne traite plus contre rien, je ne nourris plus (sauf avec leur propre miel (j’en mets 10% de côté lors de la récolte et je leur redonne en sortie d’hiver) et je ne vais les voir que 3 fois par an.

Résultat : pas une perte de colonie depuis 2014 alors que les gros apiculteurs de mon coin perdent 30 à 40% de leurs colonies chaque année.

Les méthodes apicoles ont une part de responsabilité dans le SEC (Syndrome d’Effondrement des Colonies) qui est totalement occultée :

On traite les abeilles comme des vaches alors que ce sont des insectes sauvages (allez domestiquer une abeille qui vit 40 jours et qui ne vous verra qu’une vois dans sa vie en moyenne, hein…) ;

on les bourre de produits qui, s’ils sont appliqués 2 fois, entraînent la mort des colonies ;

les apiculteurs belges n’achètent plus nos cires car elles sont bourrées d’antibio et de produits de traitement ;

on déplace les ruches alors que les abeilles sont, par définition, sédentaires….

Cherchons l’erreur, d’accord, mais cherchons-la partout et objectivement. »



Ce n'est qu'un cas isolé, mais il semble corroboré par d'autres commentateurs et par différentes études ici et là. Autrement dit, si on commençait par respecter le mode de vie sédentaire des abeilles, et par ne pas les arroser de produits, ainsi que de ne pas les nourrir artificiellement, on pourrait déjà obtenir de meilleurs résultats. En fait, il suffirait de les considérer pour ce qu'elles sont et pas pour des productrices... Leçon évidente mais bien difficile à admettre et à retenir, dans notre société de consommation.

 

Ensuite, une étude du CNRS va beaucoup plus loin que l'alarmisme vain de l'article, qui pointe seulement quelques espèces d'abeilles locales (hawaïennes), sur les dizaines de milliers d'espèces existantes. Certes, cela peut être inquiétant et il faut y prêter attention, mais point besoin de déclarer la fin de l'humanité pour si peu. Les abeilles ne sont pas, et de loin, les seules pollinisatrices.

 

https://lejournal.cnrs.fr/articles/pourquoi-les-abeilles-disparaissent

 

L'étude parle bien de « facteurs combinés ». On a vu au-dessus de quel type de facteurs il pouvait s'agir, mais il y en a sans doute d'autres. On parle ainsi bien des pratiques des apiculteurs, mais aussi la modification des paysages et de la flore qui peuvent causer des carences alimentaires.

 

J'ai bien connu une apicultrice, et je peux confirmer le manque d'esprit critique dans ce milieu. Beaucoup de ces gens se plaignent, tout en ayant une approche simpliste des choses, et ne peuvent envisager l'échec que comme extérieur à eux-mêmes. Voilà bien un travers humain associé au fatalisme qui explique aussi en partie le catastrophisme : il est plus simple d'imaginer une catastrophe que de se remettre en cause pour trouver des solutions.

 

On note aussi que le comportement nomade des apiculteurs (on ne leur jettera pas la pierre, ils essayent seulement de vivre de leur métier, mais leurs pratiques sont rendues absurdes à cause de cela) favorise la propagation des maladies (et des parasites, donc).

 

Il est aussi question de la concurrence avec d'autres insectes, de prédateurs, de pathogènes en recrudescence, de problèmes d'adaptation et même de pollution génétique. Bref un ensemble de paramètres qui causent un problème complexe, comme je le disais plus haut, que l'on simplifie abusivement, ce qui n'aide en rien à sa compréhension, mais permet en revanche de faire des unes aux titres frissonnants.

 

D'ailleurs, puisqu'il est question des médias :

 

http://partage-le.com/2017/08/les-medias-de-masse-le-business-de-lecologie-a-propos-du-jour-du-depassement/

 

« C’est pourquoi, quand ils daignent discuter des problèmes écologiques graves générés par la civilisation industrielle qui les a eux aussi créés, ils se débrouillent toujours pour que leur discours ne la menace en rien. »

 

Faire du catastrophisme est facile et bon marché. Cela donne aussi la fausse impression que l'on se soucie vraiment de ce qui se passe, qu'on en a une conscience alarmée. Alarmée, peut-être, mais éclairée, c'est sûr que non. Prévoyante, encore moins. Il faut en finir avec ces effets de manche.

 

« Le concept du « jour du dépassement » diffusé par les médias de masse, s’il peut permettre de rappeler aux populations que la situation écologique se dégrade, permet aussi, d’un autre côté, de distiller les « solutions » technologiques liées à la « croissance verte » imaginée et développée par les intérêts financiers qui ravagent actuellement la planète, et qui garantit l’empirement de la crise environnementale. »

 

Quasiment la technique du pompier pyromane, en somme. Le reste de l'article est édifiant, notamment avec cette façon habile de fabriquer de la bonne conscience et de présenter la « croissance verte », engrais de la tyrannie pseudo-écolo qui se profile dans le prolongement du capitalisme actuel qui a un grand besoin de greenwashing pour ne surtout pas changer sur le fond, en terme de mentalité et de méthodes. On notera quand même la petite dose habituelle d'hystérie climatique, mais soit. Le monde a eu le cerveau lavé avec ça depuis trop longtemps pour qu'on y échappe, même si c'est navrant.

 

 

Autre commentaire que je rejoins :

 

« A mon avis, le problème provient de l’espèce humaine qui s’est affranchie de toutes les limites naturelles susceptibles d’entraver sa croissance, à commencer par la cuisson des aliments qui lui a permis d’absorber plus de calories plus rapidement, tout en facilitant la digestion. Ensuite l’élimination des espèces concurrentes, l’invention de l’agriculture, de la civilisation et de la médecine, etc. Dans cet article personnel, (https://www.facebook.com/notes/on-fonce-dans-le-mur/causes/438791053128744/), je distingue 3 causes fondamentales et toujours agissantes : l’instinct de prédation, notre cerveau hyper-puissant et le principe de structure qui “fait tenir entre eux tous les composants du système”. »

 

On revient ici sur ce que je disais dans mon introduction à propos de l'homme obéissant presque exclusivement à ses instincts (fussent-ils mêlés à d'autres processus plus complexes comme le mental, dont il se sert le plus souvent pour justifier et rationaliser les processus instinctifs), et le développement de son industrie n'est que l'illustration suprême de cet élan naturel. On n'empêchera pas l'homme de se livrer à ses instincts. Par contre, on pourrait mieux éduquer l'homme en le reconnectant à sa nature (plutôt que de croire qu'en l'en éloignant, on lui rend service, car ce n'est qu'une fuite de ce qu'il est, une peur d'être ce qu'il est, un rejet de sa nature animale), ce qui ne veut pas dire le rendre à l'état sauvage. Seulement le libérer, le civiliser mais d'une manière plus saine et plus sage, moins excessive. Cela n'a rien d'une utopie, pour moi, mais certes, dans le monde actuel, cela en a toutes les apparences. Jusqu'à ce qu'un jour, par la force des choses... l'homme doive abandonner sa civilisation industrielle de fourmi à peine humaine puisqu'hébergeant un humain encore non réalisé, totalement dévolu à son « accomplissement matériel », oxymore s'il en est.

 

Je note enfin cet autre commentaire :

 

« Il faut garder son calme. Hésiode déjà aux alentours du VIII° avant Jésus-Christ s’inquiétait de la disparition des abeilles ! »

 

Comme souvent on s'aperçoit donc qu'un problème que l'on croyait nouveau existe depuis des millénaires et n'a jamais été résolu, peut-être parce qu'il ne nécessite pas de l'être... La nature est imparfaite, le monde fluctuant, et c'est ainsi... Car c'est l'imperfection qui fait la perfection, le mouvement qui fait le brassage, la sélection, et ce qu'on appelle faussement « l'équilibre naturel » n'est qu'un mouvement incessant et chaotique, une interaction et une communication foisonnantes entre les êtres et les choses. Seul l'homme ne tolère pas le changement, alors qu'il est dans la nature des choses... comme avec le climat.

 

On pourra trouver énormément de choses sur les abeilles sur internet. Tout et son contraire, mais surtout désormais cet alarmisme devenu la signature de notre société moderne perpétuellement inquiète. Aussi, n'ayant aucune prétention à l'exhaustivité ni même à une objectivité irréprochable, je m'en arrêterai là pour cette partie, en rappelant simplement que, si la situation est inquiétante, peut-être grave, elle n'est certainement pas désespérée, et que dans le pire des cas, la nature nous survivra, et cela devrait nous servir de consolation. Enfin, se souvenir que, contrairement au credo habituel de l'alarmisme sur les abeilles, nous ne dépendons pas d'elles exclusivement pour la pollinisation, ce qui ne veut pas dire qu'il ne faille pas en prendre en soin ni les respecter. Pas sûr par contre que ce soit ce que font beaucoup (je ne dis pas tous) d'apiculteurs qui les considèrent comme des machines naturelles à exploiter.

 

Les abeilles sont certes les principaux pollinisateurs dans la fenêtre de temps que nous connaissons, et l'on dit que les papillons seraient aussi touchés. Il y a certainement lieu de se poser des questions, et de trouver les bons moyens d'agir ou d'empêcher les agissements néfastes. Dans tous les cas, l'inquiétude, l'alarmisme, ne résolvent rien (la peur ne supprime pas le danger), et sont en revanche d'excellentes recettes médiatiques dans lesquelles ne pas tomber.

 

Deux liens accessibles à tous pour terminer :

 

http://www.club-panda.fr/comprendre/papillons-mouches-guepes-autres-insectes-pollinisateurs/

 

http://www.futura-sciences.com/planete/dossiers/developpement-durable-pollinisation-service-ecologique-gratuit-970/page/3/

 

On voit que, même si dites minoritaires, les techniques de pollinisation et de dissémination des graines ne sont pas l'apanage des abeilles. Que donc, même si il pourrait y avoir une crise suite à leur éventuelle disparition, la nature peut se passer d'elles comme elle peut se passer de nous. Du reste, elle l'a fait jusqu'à ce que nous apparaissions. Cessons donc notre nombrilisme. Nous prêtons tellement attention aux abeilles car elles sont intégrées à nos modes de vie. Notre amour pour elles reste à prouver. Idem pour la nature en général. Nous l'exploitons sans lui démontrer beaucoup de respect. Ne nous étonnons pas trop qu'elle nous le rende, ou que les abeilles dépérissent.