Je pouvais difficilement écrire cette série sans mentionner spécifiquement le cas de la pyrale du buis, papillon nocturne importé d'Asie par erreur, et devenu très invasif en Europe de l'ouest depuis quelques années.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pyrale_du_buis

 

Les dégâts causés par la chenille de cette espèce peuvent être très impressionnants. Ici, ce paysage savoyard ressemble plus à une côte méditerranéenne estivale :

 

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Mont_de_la_Charvaz_attaqu%C3%A9_par_la_Pyrale_du_buis_(juillet_2017).JPG?uselang=fr

 

Et sur cette vidéo, on a un aperçu des dégâts qui peuvent être causés, mais il faut s'imaginer que ces dégâts peuvent s'étendre sur des kilomètres, dans les régions où le buis est très fréquent :

 

http://www.lci.fr/france/video-mefiez-vous-de-la-pyrale-du-buis-ce-papillon-asiatique-qui-ravage-les-jardins-en-france-2061938.html

 

La pyrale fait donc partie de ces très nombreux animaux et insectes importés dans des marchandises, ce qui est pratiquement incontrôlable, et inévitable dans le monde moderne qui foisonne en permanence de milliers de véhicules de transports, que l'on parle de trains, bateaux, avions, camions, etc.

 

Ici, le problème n'est pas tant le papillon que son manque de prédateur, puisque comme dans beaucoup de cas du genre, l'animal déraciné se retrouve dans un nouvel environnement où aucun prédateur ne s'est encore adapté à sa chasse, à part quelques rares guêpes, frelons et oiseaux. Ce qui n'empêche pas, bien entendu puisque c'est devenu systématique, d'incriminer le « dérèglement climatique » comme si le climat était une chose absolument « réglée », idée totalement en contradiction avec toutes les observations de l'histoire du climat terrestre. Mais bref...

 

Ici la cause se trouve dans le mode de vie incontrôlé de l'humain, mais après tout, le papillon aurait pu être importé par oiseaux migrateurs ou encore par les vents, si le cas s'était présenté, et ça n'aurait rien changé à la situation actuelle, l'ironie étant que le frelon asiatique est, en Europe, le principal prédateur de ce papillon lui aussi venu d'Asie.

 

Alors on comprend le désarroi des jardiniers et autres possesseurs de buis, sans parler des sylviculteurs et autres personnes chargées de surveiller les équilibres naturels, d'autant que le buis est une espèce très répandue chez nous, et totalement inscrite dans ces dits équilibres. Sa destruction entamée par ce papillon venu d'ailleurs est un autre problème alarmant, et d'autant plus alarmant que certaines des méthodes de lutte contre ce papillon peuvent porter atteinte aux abeilles, ce qui aggrave encore le statut de ces dernières. De plus, ce papillon étant exclusivement centré sur le buis, il n'est guère utile au reste de la flore, en terme de pollinisation, on l'imagine.

 

C'est donc un élément qui, dans son milieu naturel, ne pose guère de problèmes, mais est peut-être devenu le principal dévastateur de la flore sauvage de l'ouest européen, en une dizaine d'années.

 

Ce n'est pourtant pas un cas exceptionnel. Il faut se rappeler des dévastations causées par les chenilles processionnaires, spécialement dans le midi de la France, au cours des décennies précédentes.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Processionnaire_du_pin#D.C3.A9g.C3.A2ts

 

Mais n'oublions pas que ce que nous considérons comme des insectes ravageurs, ne le sont ou ne le deviennent que dans certaines circonstances précises, et selon des critères anthropocentriques.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Insecte_ravageur

 

Aussi, cette conception centrée sur l'homme engendre des perceptions sensationnalistes et alarmistes qui ont tendance à fausser notre perception des choses. Certes, le buis peut nous être redevable de notre attention à son égard, mais s'il pouvait concevoir tout cela, il comprendrait surtout que c'est nous qui avons exposé les buis d'Europe occidentale à une espèce sans prédateur. Nous sommes donc, ici, juge et partie, la cause et celui qui désigne la faute, fait qui devrait nous instruire du rôle que nous avons à jouer dans les écosystèmes, nous, espèce douée de conscience qui devrait d'abord envisager de ne pas nuire... ce qui implique de remettre en cause nos modes de vie modernes, avant que la nature ne nous rappelle à l'ordre par les conséquences de notre inconséquence.

 

Mais outre notre responsabilité, et notre tendance au culpabilisme stérile dans ces affaires, les dévastations d'insectes ne sont pas rares, et sont même la norme, ce qui replace l'homme dans une position plus humble vis à vis de la nature. Citons quelques exemples récents :

 

http://mediaguinee.org/2017/06/13/donghel-sigon-mali-250-hectares-de-culture-devastes-par-des-insectes-chenilles/

 

http://www.ouest-france.fr/bretagne/loudeac-22600/les-larves-dinsectes-devastent-les-terrains-4461670

 

http://www.rfi.fr/ameriques/20170210-milliers-sauterelles-devastent-champs-boliviens

 

Deux autres cas évoqués en 1901 :

 

https://fr.wikisource.org/wiki/Revue_scientifique_-_Invasion_de_sauterelles

 

https://www7.inra.fr/opie-insectes/be1901-5.htm

 

 

On peut facilement en trouver des centaines, si on cherche, de genres très différents, concernant des arbres voire des forêts, des sols, des maisons (pensons aux termites), des cultures, sans parler des parasites qui dévastent d'autres espèces animales, etc.

 

Il est nécessaire de réaliser la place de l'homme dans l'écosystème mondial, et de l'y remettre. L'homme doit assumer sa responsabilité d'espèce consciente, et sortir du culpabilisme stérile. La nuisance est le propre des espèces qui prolifèrent sans prédateur, comme l'est l'homme. Si l'homme ne peut réguler sa propre population ni les résultats de son activité, la nature s'en chargera, comme elle se chargera de s'adapter, au fil des années ou des décennies, à l'invasion de la pyrale du buis qui ravage les forêts européennes. Les prédateurs s'adapteront à cette manne que sont ce papillon et l'homme, que l'on parle d'insectes, de parasites, ou de virus... Il ne s'agira pas d'une punition de « mère nature », par contre on pourra dire que la nature aura, comme elle l'a toujours fait, engendré une solution. En effet, lorsqu'une espèce prolifère hors de contrôle, elle s'expose aux maladies. Nous avons déjà les maladies de civilisation, mais rien ne dit que nous n'aurons pas un jour un véritable virus, ou une bactérie, qui va trouver, un peu par hasard ou par tâtonnement, que l'homme est décidément un délicieux terrain sur lequel proliférer à son tour, puisqu'il croise chaque jour dans les transports, et même de continent à continent, des centaines de ses semblables. Peu d'espèces peuvent en dire autant, et à vrai dire, presque aucune. Nous sommes heurtés par l'invasion de la pyrale du buis, mais elle n'est qu'une des nombreuses conséquences de notre propre prolifération, aussi appelée surpopulation.