Je ne m'y attendais pas vraiment...

Il fallait que ça arrive, pourtant.

 

Ça a été tellement de bons moments, pendant presque dix-neuf ans, l'âge d'un vétéran. Quelques rares grognements, et sur la fin, beaucoup de miaulements.

 

Tu n'étais pas un être humain, et cependant presque autant que cela, pour être franc. Tu as partagé une grande partie de ma vie, et comme je suis bête, je l'ai calculé, à ce jour ça fait quarante pour cent.

 

Qu'importait ton nom, tu avais ta personnalité, ton mordant. Si affectueux, attachant, parfois débordant. Tu étais comme une tornade, un grand coup de vent. Et comme l'innocence, tu étais blanc.

 

Près de toi, maintenant, il y a des fleurs et puis des glands.

 

Ce que je vais dire est banal et évident, mais je ne pourrai jamais t'oublier, mon grand. Je verse des larmes, mais je serre les dents. Je sais que quoique tu deviennes, ce n'est plus en souffrant.

 

Des fleurs poussent à côté de toi, et pour elles aussi, passera leur temps.

 

Je crois que tu as eu une bonne vie, en y pensant. Tout de toi me manque déjà, même tes boucans. Il est encore difficile de regarder vers l'avant.

 

Des fleurs poussent auprès de toi, regarde comme c'est charmant.

 

----------

 

Note pour mes proches :

 

Je sais que quelques amis et connaissances suivent mon blog de loin. Je n'ai jamais voulu faire de ce blog un étalage intime de mes états d'âme ou de mon pathos. Mais il y a des moments forts dans la vie qu'on ne connaît qu'une fois, dont certains ne sont sûrement pas au courant, alors je vais m'étaler rien qu'un peu.

 

Aujourd'hui, je suis allé me promener dans ma ville de naissance. Firminy, et sa fierté, Le Corbusier, et ses constructions parfois élégantes et parfois discutables. J'y ai vécu 24 ans, puis j'ai pris mon autonomie. On y avait eu des chats, avec mes parents. Deux ans après, j'ai eu "mon propre chat". J'entends bien qu'il ne m'appartenait pas, mais j'emploie le possessif pour désigner un lien émotionnel qui se construit immanquablement avec ces animaux si spontanés qui savent dépasser tous nos blocages, même s'ils ont aussi leur tempérament.

 

J'ai pu me rendre compte de ce qui a changé, de ce qui n'a pas changé. Certaines parties du quartier où j'ai grandi sont à demi désaffectées. Notamment le stade Le Corbusier. J'ai aussi découvert son église... immonde bloc de béton pourtant classé aux monuments historiques, comme les 3 autres constructions signées de l'architecte, dans la ville. J'ai grandi juste à côté de ces édifices qui suscitaient des sentiments partagés.

 

À côté du cimetière, aussi, puisqu'il est dans le même quartier. Cimetière où siègent désormais deux de mes grands parents, et notamment la mère de mon père, passée de vis à trépas il y a 9 jours.

 

Comme mon chat, donc, parti assez brusquement, après une première crise, une rémission d'une semaine, et puis la nuit finale. Je l'ai enterré hier, avec mon père, sous un arbre et à côté de fleurs discrètes.

 

Et puis il y a ma mère, qui ne sait pas. Qui est hospitalisée en chambre stérile depuis 6 jours pour une leucémie découverte la semaine précédente.

 

Tout nous est tombé dessus comme une avalanche dramatique. Chacun fait comme il peut, on essaye de se soutenir, et je ne suis pas le mieux loti pour y arriver en ce moment.

 

Voilà. Je suis passé à côté des endroits où j'ai vécu, reconnu bien des lieux, croisé l'adresse d'un ancien copain, puis je suis allé voir le seul qui me reste encore là-bas, boire un verre. J'ai fait monter une couche de nostalgie par dessus une couche de tristesse, mais c'est bon parfois de se souvenir où on a vécu des choses, quand un événement – ou une série d'événements – vous sort de la léthargie du quotidien. Ça remet un peu les idées en place, ça remémore des choses qu'on avait vécu, qui ont orienté notre vie, ont participé à lui donner le sens qu'elle a, 20 ans après. Mon chat est parti comme ça, juste après mon anniversaire, mais je sais, le pauvre, qu'il ne voulait pas me faire cette peine. Qu'il ne voulait pas souffrir comme il a souffert cette dernière nuit. Mais c'est la vie. Rares sont ceux qui partent simplement dans un souffle, et puis c'est tout de même allé vite. Si seulement certains être humains pouvaient bénéficier de la même considération, de la même miséricorde, lorsqu'ils sont au comble de la souffrance...

 

Enfin bref. Ça n'est pas facile, mais il faut grandir, apprendre, à tout âge. Accepter que la vie ne soit pas qu'un champ de roses, et si elle l'était... quel ennui...

 

Samedi, j'irai voir ma mère, un peu démuni, mais entier.

 

Et la vie continuera. Pendant longtemps, il y aura des fleurs pour saluer ceux que nous aimons. Ceux que nous avons aimé.

 

Toto