Tout commence avec cet article dramatico-lyrique du monde :

 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/12/08/a-saint-etienne-le-centre-ville-mine-par-la-pauvrete_4536458_3224.html

 

Ou plutôt, tout commence avec une région minière qui, avec Napoléon et même avant, sert de centre métallurgique pour un pays. Armeville, alias Saint-Étienne, ville autrefois dévolue aux mines, à la sidérurgie, qui connut son heure de gloire à travers ce type d'industrie, y compris Manufrance, ou encore les chaînes de supermarché Casino, jusqu'à ce que la désindustrialisation qui frappe tout l'occident dans les décennies qui suivent la seconde guerre mondiale, marque la ville de son sceau.

 

Detroit sera le véritable emblème de ce phénomène, du côté américain :

 

https://streetblabber.wordpress.com/2012/03/01/the-ruins-of-detroit-by-romain-meffre-yves-marchand-exhibition-wilmotte-gallery-portfolio/

 

Detroit ou Pittsburgh, villes industrielles comme tant d'autres villes anglaises, du nord ou du nord-est de la France, ou comme Saint-Étienne, qui rattrapent souvent la dureté de la vie qu'on y mène pendant longtemps (Zola s'était entre autres inspiré de Saint-Étienne pour écrire Germinal) par une certaine simplicité, une fierté quelque peu forcée, pour compenser, et trouver malgré tout de l'entrain à une vie un peu rude. C'est ainsi que ces villes ont toutes investies dans une vitrine sportive (notamment le football, ou le foot US, en pensant pas seulement à Saint-Étienne, mais aussi à Lens et à d'autres villes déjà citées) et/ou technologique. Un tableau que dépeint très bien cet article :

 

http://www.metropolitiques.eu/Des-villes-en-decroissance.html

 

Il est vrai que « Saint-É » s'est depuis reconverti dans les nouvelles technologies et dans le « design », sans pour autant parvenir à enrayer vraiment un phénomène qui la dépasse puisqu'il est lié à la mondialisation, à des mouvements globaux de bien plus grande ampleur. Par ailleurs, on pourra contester la pertinence de la reconversion de Saint-Étienne dans ce truc en vogue nommé « design », et qui me semble plutôt être le recyclage moderne de l'esprit de la médiocrité et de la laideur qui se sont imposés dans nos sociétés, et qui ont pour seul mérite d'occuper un grand nombre de nos congénères. Je vous laisse juger par exemple de l'esthétique, ou de l'originalité indispensable de ces quelques « monuments » qu'on trouve à quelques pas de chez moi, et qui s'imposent depuis quelques temps au gré des rues, manie de mettre en avant la « modernité » de la ville :

 

http://www.leprogres.fr/loire/2016/07/05/saint-etienne-l-artiste-aux-chevaux-bleus-pourrait-installer-son-atelier-au-clapier

 

http://www.leprogres.fr/editions-deleguees/2012/10/01/jacquard-la-modernisation-en-route

 

En ce qui concerne cette seconde (que je trouve personnellement absolument immonde et nulle), je constate que de manière assez révélatrice, je n'arrive presque plus à la retrouver sur Google images, contrairement à cet autre monument qui est juste à côté (même les simples bancs rouges de ce coin de la place se trouvent plus facilement) :

 

https://e-monumen.net/patrimoine-monumental/monument-a-jacquard-saint-etienne/

 

Sur cette même place, vous trouvez aussi cela :

 

https://pre00.deviantart.net/2952/th/pre/i/2017/311/d/b/divertissement_carceral_by_cyclocosmia-dbt0stl.jpg

 

Qui, je trouve, représente assez bien la médiocrité des constructions modernes et leur aspect carcéral (pour ne pas dire leur fonction), surtout lorsque l'on sait que cette cour est destinée à des enfants de « centre aéré », a fortiori quand vous réalisez que les adultes qui s'en occupent le font à cet endroit plutôt que de les emmener en ville, au cinéma, à la piscine, que sais-je, et que les enfants y passent parfois des demi journées entières à s'occuper comme ils peuvent (pas toujours animés par l'encadrement, du gardiennage, donc). Par ailleurs, cette construction date de 2014, et vous pouvez voir que le béton est fissuré. Rappelons que Saint-Étienne s'enorgueillit, en plus de sa cité du design, de son école d'architecture qui se situe à une rue de là... et que la ville fait travailler force architectes pour ainsi moderniser son image. On pourra donc émettre en effet quelques doutes polis sur le bien-fondé et surtout l'efficacité de cette démarche. Certes, la ville n'est pas à l'image caricaturale proposée par l'article du Monde, mais parfois elle s'en rapproche, et j'oserais presque dire qu'elle le vaut bien, mais c'est mon esprit chagrin qui veut ça.

 

Alors d'accord, vous trouvez heureusement des trucs meilleurs que ça en tapant « saint etienne design » sur google, je vous laisse chercher si vous êtes amateurs. Personnellement, je trouve ce style moderne et ultra-personnalisé très discutable, voire absolument laid et totalement déplacé sur la place publique. Une pratique qui revient à imposer à tous la manie pseudo-esthétique d'un seul, démarche à l'opposé de la recherche esthétique commune qui avait prévalu au moins jusqu'au début du 20e siècle.

 

Mais Saint-Étienne n'était certes pas le seul exemple que l'on peut caricaturer à partir d'une image choisie et du point de vue partisan et vendeur d'un journaliste isolé. J'en pioche un au pif sur google :

 

https://94.citoyens.com/2015/les-habitants-de-la-lutece-exposent-en-photos-le-delabrement-de-leur-cite,29-05-2015.html

 

Voilà, j'espère que votre image est faite au sujet de « La Lutèce ».

 

Mais l'image n'est pas le plus important, et si l'on avait voulu choisir un autre angle, on aurait pu parler des travaux de Le Corbusier à Saint-Étienne et à Firminy (ville de l'agglomération), de certaines constructions récentes, de sa région qui est splendide, et des domaines où la ville réussit (j'avoue très franchement que je ne sais pas lesquels... le manque d'espaces verts, sans doute, un comble dans un tel écrin de verdure, tant pis pour ceux qui n'ont pas de voiture).

 

Bref, je le dis tout net, je ne déteste pas les villes. Je ne déteste même pas Saint-Étienne, je trouve juste qu'elle s'est enlaidie en prétendant s'embellir, ce que beaucoup ici n'admettront pas : non seulement la ville est marquée par le design et l'architecture, au moins en terme d'écoles existantes, mais elle a aussi son école des beaux-arts, sa fac d'arts plastiques et son musée d'art moderne. Elle a donc totalement investi cette sphère et c'est sans surprise de ma part que je constate que cela se traduit par cet enlaidissement, cette perte du plus élémentaire sens du beau, qui sont devenus la marque de ce qu'on appelle encore « art » d'aujourd'hui. Un art « moderne », tout à fait à l'image des villes actuelles, ce qui replace pour le coup Saint-Étienne au cœur de cette mutation détestable, certes pas pour les mêmes raisons que celles avancées par le journal Le Monde. Des raisons plus pernicieuses, plus difficiles à analyser que de se fier à l'allure superficielle de quelques rares façades pas rénovées depuis un siècle (ce que possèdent la plupart des villes dans le monde...).

 

Enfin, pour terminer cette partie sur une note un peu facétieuse, mais dans la ligne de ce qui a été dit, je voudrais partager ce lien, sur les stations de ski fantôme, que j'ai jugé assez intéressant :

 

https://stationsfantomes.wordpress.com/

 

On me dira peut-être que cela n'a rien à voir avec les villes, mais c'est faux. Vous trouverez sur ce site des villes qui ont littéralement « disparu », et leurs stations avec, à la même période où les villes industrielles s'affaiblissaient. Par ailleurs il se trouve que la région du Pilat (le massif montagneux au sud de Saint-Étienne, qui culmine dans les 1100/1200 mètres), a ses stations plus ou moins du genre, qui ne fonctionnent en tout cas que très peu de temps dans l'année, quand toutefois elles ouvrent.

 

Ce type de phénomène ressort bien sûr des mêmes mécanismes et des mêmes dynamiques. Puis c'est sujet à voir de curieuses et belles images.

 

 

Conclusion

 

Cette conclusion sera brève. Mon propos avait essentiellement pour but de faire un tour d'horizon du mal de vivre dans les villes, du paysage dans lequel s'insère ce mal de vivre, et ses raisons. Une réflexion anthropologique assez sommaire en somme, mais qui me trottait dans la tête depuis un moment.

 

J'aurai essentiellement un lien à partager si vous êtes intéressé par ce sujet :

 

http://www.metropolitiques.eu/

 

Le site métropolitiques a le grand mérite d'explorer les questions des difficultés posées par l'urbanisme, et l'écueil pénible de céder un peu trop facilement, déjà, à l'écriture pseudo-inclusive et à une pensée progressiste qui sied certes bien à ceux qui ont encore l'espoir de faire des villes un lieu parfaitement accueillant pour l'humain de toute origine. Je voudrais moi aussi améliorer ce que sont les villes, mais mes illusions sont limitées sur ce sujet. Je crois que les choses vont plutôt dans la mauvaise direction, mais je ne crois pas en revanche que nous devions, justement et j'en ai déjà avancé la raison, céder à l'impuissance.

 

Nous avons un rôle à jouer, le premier étant de prendre conscience de nos modes de vie, comment nous nous incluons dedans, sans céder aux utopies progressistes à visée totalitaire, prétendant remplacer – en réalité étendre – le totalitarisme sournois déjà en vigueur. Il va de soi que les villes sont le terrain d'expérimentation privilégié de ce type de volonté (pensons encore aux « smart city ») et que si nous ne voulons pas voir l'avènement d'une société totalement orwellienne qui castre mentalement et même sexuellement (voir le mouvement hystérico-féministe #metoo) des gens déjà en mal de besoins primaires (qu'ils expriment certes souvent maladroitement). Il y a de meilleures solutions à trouver, y compris et surtout en dehors de la bien-pensance et de l'hypocrisie déjà bien trop envahissantes. Enfin, et justement pour apporter un autre son de cloche par rapport à ce genre d'hystéries qui, décidément, encombrent aujourd'hui bien trop l'espace, j'avais gardé pour la fin cet excellent documentaire sur la vie d'adolescentes de banlieue, et leurs difficultés face aux garçons et aux mentalités en général. On est là à un tout autre stade que les caprices débiles du féminisme inverti actuel, qui transforme absolument tout en scandale, sans aucun sens de la mesure.

 

Vidéo youtube : Les roses noires (Adolescentes, langage et banlieue) - documentaire

 

En espérant avoir apporté quelque chose au lecteur avec ce petit dossier un peu à part, mais toujours dans la même direction que j'explore : mieux comprendre le monde actuel, ses tendances réelles, sa sociologie, son anthropologie bien particulière.