Une trop belle occasion de me moquer des dérives féministo-linguistiques vient de me tomber sous les yeux, alors je me lâche 5 minutes... Oui, j'ai éclaté de rire en lisant cette ineptie, et cela va me donner l'occasion de certaines mises au point, notamment linguistiques.

 

https://francais.rt.com/france/45879-egalite-sexe-conseillere-paris-propose-matrimoine-patrimoine

 

« Pour Joëlle Morel, élue écologiste de Paris, le terme de «patrimoine» témoigne d'une dépossession patriarcale des œuvres des artistes et intellectuels de sexe – ou de genre – féminin. Pour y remédier, elle propose de revoir la notion de «patrimoine».

Lors du Conseil de Paris le 22 novembre 2017, Joëlle Morel, militante féministe et conseillère municipale Europe écologie les Verts du XIe arrondissement a consacré son intervention à la question de la féminisation de l'espace public, qu'elle juge trop patriarcal. »

 

Le terme de patrimoine serait donc suspect de recouvrir des notions patriarcales à bannir du monde réel que l'on sait désormais « biaisé ». La mode était déjà à essayer de faire la justice sur twitter, maintenant n'importe quelle conseillère, élue ou militante investie de sa mission sacrée féministe se sent le droit de proposer sa réforme du langage et de l'usage (rappelons que c'est quoiqu'il arrive toujours l'usage qui fait loi, dans le domaine de la langue). Vivement la démocratie par facebook, donc, mais regardons tout de même de plus près le fondement de la question, parfaitement anecdotique et en même temps parfaitement représentative de l'état d'esprit montant qui tend à s'installer dans la société, à pourrir les discussions, à créer de la division en inventant de faux-problèmes.

 

Mon Larousse étymologique, instrument patriarcal oppressif s'il en est, me dit qu'il y a deux branches étymologiques principales correspondant au terme patrimoine. L'une remonte environ au 12e siècle, avec le terme tiré du latin patrimonium, lui-même tiré de pater (père). L'autre branche se rapporte à patrimonialis, qui donne patrimonial et qui remonte au 14e siècle. Le patrimoine désigne une richesse, quelque chose qui se transmet, qu'il s'agisse d'un héritage familial, national, culturel, etc.

 

Du côté de matrimonial, mon Larousse indique également les deux mêmes branches latines : matrimonialis et matrimonium, de mater, mère. Cela se réfère au mariage. Nous avons donc deux notions complémentaires qui recouvrent des notions liées à la famille ou au groupe, dont aucune n'est connoté négativement, et qui permettent commodément de nommer des choses différentes.

 

Les choses deviennent plus discutables et ridicules lorsqu'on considère que le terme matrimoine existe en fait déjà, et est référencé dans la plupart des dictionnaires, notamment en ligne :

 

http://dictionnaire.reverso.net/francais-definition/matrimoine

 

http://www.cnrtl.fr/definition/matrimoine

 

Le cnrtl cite d'ailleurs, sous-entendant assez clairement que personne ne l'utilise car c'est un pur artifice sorti de nulle part et car il est sans nécessité particulière (puisqu'un mariage est par essence la décision conjointe de deux personnes, et qu'on y préfèrera donc l'usage d'un terme neutre) :

« Le «matrimoine»? un mot fabriqué qui restera dans les dictionnaires sous cette définition simple: tout ce qui dans le mariage relève normalement de la femme (Écho de la mode,21 janv. 1968, p.69). »

 

Au sens étymologique, le patrimoine est l'héritage du père, et le matrimoine, l'héritage de la mère. Ce sont des notions distinctes, simples, claires et parfaitement équilibrées, non connotées, que seul un esprit malade peut vouloir réformer pour les faire correspondre à sa vision personnelle des choses.

 

Par ailleurs, si ce sont des termes masculins, en revanche la même étymologie tirée de pater donne « patrie », également nommée « mère patrie ». Il paraît ici difficile de suspecter la langue de receler par elle-même d'élans sexistes, comme les algorithmes de mon avant-dernier article étaient pourtant volontiers soupçonnés de porter en eux la graine d'un sexisme et d'un racisme qu'ils ne demanderaient qu'à renforcer... Le problème ne serait-il donc pas plutôt, encore une fois, dans la tête de ces gens ?

 

Ce qui est proposé ici n'est rien d'autre que de détourner un terme jugé « masculin », donc inacceptable, donc inapproprié, et d'en pervertir un autre jugé « féminin » donc politiquement correct, donc acceptable, donc approprié. Ou comment redresser cette fameuse réalité « biaisée » car sexiste en elle-même... Oui, le monde est sûrement, quelque part, un macho qui s'ignore et qu'il faut rééduquer.

 

« L'un des chevaux de bataille de la conseillère écologiste est de restaurer la place des femmes dans l'espace public, comme elle l'explique sur Twitter. «Le matrimoine doit être mis en lumière», avance-t-elle, en collaboration avec le collectif «Les MonumentalEs». »

 

Cela coule de source, il ne suffit pas de réformer la langue, il faut restaurer la place de la femme dans l'espace public, car il n'y a pas assez de statues de Jeanne d'Arc (une guerrière fanatique, comme on la perçoit habituellement, mais une femme, donc rien à dire) ni de rues Marie Curie (responsable de la « bombe », au même titre que les autres chercheurs masculins, mais une femme, donc tout va bien). Et qu'est-ce que ça serait si Napoléon avait été une femme... mais c'est pourtant bien à l'égalité avec tous ces faiseurs de guerre que la féministe idéale aspire. La femme ne peut pas avoir une place plus respectable qu'au panthéon, symbole machiste puisqu'il n'abrite que 4 femmes sur 76 représentants.

 

« Celui-ci veut commencer par féminiser, à Paris, le Panthéon et l'église de La Madeleine, jugés comme des lieux symboliquement masculins. Mais reste, semble-t-il, à fixer le genre de «matrimoine» : le ou la ? »

 

Le ou la, les dictionnaires nous le disent déjà, et la logique grammaticale également, et comme le neutre s'est effacé de la langue française, raison pour laquelle il a fallu faire un choix pour le remplacer (celui du masculin s'est imposé car plus simple : moins de lettres, c'est tout, un choix purement « économique »). Hélas matrimoine est un mot masculin, comme patrie est un mot féminin, et comme la tour Eiffel est un objet féminin évoquant le masculin, symbole douteux que l'on devrait bannir de toutes les photos de Paris, capitale du monde machiste et patriarcal qui a eu jusqu'à la sournoiserie d'imposer ses symboles phalliques subrepticement dans toutes les boutiques de souvenirs et sur toutes les étagères de touristes à travers le monde. Idem avec l'église de La Madeleine, que je ne connais même pas et qui sonne très machisto-patriarcal en effet, puisque c'est « La » Madeleine et qu'on dit « une » église. Mauvaise foi, oui, mais n'en faut-il pas pour lutter contre cette Mauvaise Foi absolue qui tente de s'imposer comme le nouveau sens commun ?

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_de_la_Madeleine

 

J'ai eu beau chercher dans cette page, je n'ai pas trouvé en quoi ce monument est suspect d'être « trop masculin » (grave crime, comme l'on sait), mais je suppose que c'est parce qu'il a été construit par des architectes masculins et... des maçons hommes... comme finalement la quasi totalité de ce qui a été construit en France et par le monde jusqu'au 20e siècle... Ça me donne une idée... détruisons tous ces symboles du patriarcat oppressif dont nous bénéficions, détruisons tout en fait, puisque bizarrement, jusqu'à encore la minute où je parle, je n'ai toujours pas entendu parler de manifestation féministe exigeant de pouvoir travailler à égalité dans les milieux du BTP, des égoutiers, des balayeurs... comme chacun sait, les femmes sont cantonnées à des métiers dégradants, difficiles et sales où on ne verrait jamais des hommes...

 

Mauvaise foi, encore... ? Pardon, mais c'est pourtant vrai. J'ai beau reconnaître l'intérêt de la cause féministe, m'être longtemps défini comme féministe, j'ai fini par m'en dissocier absolument quand j'ai compris que tout cela n'est qu'une entreprise pour détruire le tissu social, dresser les hommes contre les femmes et vice versa, et placer les femmes en concurrentes des hommes dans le monde du travail, le suffrage n'étant qu'un des nombreux prétextes à cette société totalitaire à faire croire à une démocratie égalitariste, mais j'ai dit tout cela bien assez souvent, alors faisons maintenant un peu d'histoire, pour remettre les choses à leur place.

 

Je ne suis pas linguiste. Ce que je sais c'est que le français est une langue dite latine, qui emprunte également beaucoup au grec, à l'arabe, aux langues anglo-saxonnes, germaniques et aux patois d'occ et d'oil (et autres), eux-mêmes se rapportant, justement, à des branches linguistiques plus ou moins fortement imbibées de racines latines ou germano anglo-saxonnes. Par ailleurs, les francs étaient des germains, et les gaulois des celtes. Rien qu'avec cette présentation, on voit à quel point la langue française actuelle est un mic-mac d'origines diverses, d'évolutions à des époques diverses, ayant donné la langue vivante que nous connaissons aujourd'hui et qui est bien sûr fortement susceptible d'évoluer encore, puisque c'est le propre d'une langue vivante.

 

Tout va bien lorsque la langue évolue de manière fluide, en posant de nouvelles couches sur d'anciennes couches appelées à mincir à mesure que le langage nouveau s'impose. Cela prend beaucoup de temps, et l'on voit que pendant presque 10 siècles, des termes comme « patrimonial » et « matrimonial » n'ont pratiquement pas changé. Mais il suffit à notre époque, pour essayer d'imposer absurdement et immédiatement un changement d'usage, d'une seule représentante quelconque d'une gente qui s'inscrit dans une mode du non-genre, qui est l'occasion de deux paroxysmes contradictoires : l'interdiction de critiquer les orientations sexuelles originales (du moins celles qui ont été brevetées par les organes du politiquement correct), et l'obligation de taper à toute occasion possible sur un « genre » qui aurait dominé pendant des siècles. Excusez-moi de cette grossièreté, mais qui continue de donner des enfants à des gros cons, au juste ?

 

Sûrement pas moi, mâle pacifiste, frêle et inoffensif qui en a marre qu'on désigne mon genre comme responsable de tous les maux, qui en a marre d'être associé à ces stéréotypes de merde et qui en a marre d'être instrumentalisé à cette cause véhémente et envahissante, de laquelle se sont détournées beaucoup de femmes de mon entourage. Oui, à mon tour de faire mon LGBT, façon « je suis une minorité opprimée », car après tout pourquoi pas ?

 

Pourquoi la langue est-elle l'instrument de folles qui prétendent que la langue, qui n'est rien d'autre que la résultante de siècles d'usages et de pratiques entre hommes et femmes ? Laissez la langue tranquille, vous en êtes ridicules et vous ridiculisez le féminisme !

 

Bref... J'avais dit qu'on ferait un peu d'histoire, alors faisons aussi un peu de philosophie, histoire de remettre les choses à leur juste place. Je vous laisse visiter ces quelques liens qui ont le grand mérite de replacer de l'intelligence, de la culture et de la réflexion, là où toutes ces choses tendent à s'effacer derrière l'hystérie ambiante de plus en plus étouffante.

 

Une réflexion philosophique sur la place du neutre en français :

 

http://www.implications-philosophiques.org/actualite/une/masculin-feminin-et-le-neutre/

 

Une discussion de forum fort instructive à ce sujet :

 

https://www.etudes-litteraires.com/forum/topic921-du-neutre-en-francais.html

 

Une vidéo de la chaîne Linguisticae, que je recommande fortement (malgré une tendance à verser dans le gauchisme progressiste béat, à certains moments, mais passons, la chaîne est très instructive d'une manière générale, et au final, l'intervenant est peut-être plus neutre que moi... qui sait), vidéo que je tiens à commenter :

 

https://www.youtube.com/watch?v=Aq2XboD-q_U

 

Vidéo youtube : 10 TRUCS SOULANTS autour de l'ÉCRITURE INCLUSIVE - MLTP#20

 

Il a notamment raison de faire remarquer que l'écriture inclusive existait déjà, je l'ai même souvent utilisée comme une commodité pour, justement, ne pas trop déformer les mots et ne pas allonger les phrases, ce qui est précisément ce que je reproche à la forme actuelle, beaucoup trop compliquée et drastique. On écrivait par exemple : un(e) cycliste/journaliste ou des con(ne)s, juste pour différencier les genres, lorsque les mots existaient. On s'interdisait, jusqu'à une époque récente, d'inventer des mots pour ne pas créer des atrocités déséquilibrées, qui sonnent mal ou encore qui ne s'entendent même pas à l'oral. Exemple typique : « auteure », mot ignoble, sorte de monstre à deux têtes et bossu qui penche d'un côté alors que rien n'interdit absolument de dire « une auteur » sans créer une monstruosité. On aime ou on n'aime pas, mais au moins il n'y a pas dans cette forme de destruction des mots, on se contente de désigner le genre, pour éviter une discrimination qui, certes, peut alimenter un stéréotype ou favoriser une représentation mentale masculine, je veux bien l'admettre. En fait je suis prêt à tout admettre sauf la politisation et la déstructuration du langage au nom d'un extrémisme moral qui tente de s'imposer en véhiculant à son tour ses propres stéréotypes et autres images mentales délirantes. Voilà au fond ce que je reproche aux excès actuels, qui vont beaucoup trop loin, en plus d'être nauséabonds ; en fait, ils ont précisément l'odeur d'un machisme inversé, un machisme sans les organes externes, quoi, et c'est tout. J'ai toujours profondément détesté les machistes, alors les machistes féministes, même combat. Oui, je suis égalitariste, tout à fait.

 

Il est intéressant de considérer que pendant longtemps, le genre féminin n'existait même pas dans les langues indo-européennes, ce qui n'a pourtant pas empêché certains peuples indo-européens d'adopter une structure matriarcale. Faux procès donc : le féminin est une différenciation du masculin, ce qui veut dire que son apparition correspond probablement non pas à la prise de conscience qu'il existe des femmes... mais bien qu'il existe une différence entre hommes et femmes, qu'il faut matérialiser dans la langue... à méditer là aussi pour ceux qui y voient un sexisme qui existe certes, mais dont l'origine n'est certainement pas à voir dans la langue. En fait, cette différenciation peut tout aussi bien être considérée dans la perspective d'un égalitarisme : on donne aux femmes des formes grammaticales, et on en donne d'autres aux hommes. Par ailleurs, on utilise un genre neutre pour le reste. Pour y voir une démarche de discrimination, il faut quand même avoir l'esprit drôlement tourné. Et à propos des formes matriarcales indo-européennes :

 

https://matricien.org/geo-hist-matriarcat/asie/amazone/

 

Certains estiment même que le matriarcat était à l'origine des sociétés indo-européennes :

 

https://www.letemps.ch/culture/2010/07/12/mere-migrations-indo-europeens

 

« Cette dernière a identifié les premiers Indo-Européens à une population dont la présence au bord de la mer Noire au Ve millénaire est attestée par la découverte de tombes contenant des restes de type europoïde aspergés d’ocre et souvent installées sous des tumulus. Le nom russe de ces derniers, kourganes, est utilisé pour nommer cette théorie qui voit les premiers Indo-Européens comme un peuple guerrier et fortement hiérarchisé, capable, en trois vagues, de dominer au début du IIIe millénaire une zone s’étendant jusqu’à la mer du Nord, aux dépens d’une civilisation préexistante, dont les traces repérées dans la région du Danube indiquent qu’elle était plus raffinée, plus agricole et, estime l’archéologue, matriarcale. »

 

On peut alors se demander si ce matriarcat a échoué et pourquoi il a laissé place au patriarcat qui existe certes encore aujourd'hui, et je ferai encore un peu de mauvais esprit en suggérant que c'est sûrement parce que les hommes sont vils, méchants et abusent de leur force, avec laquelle ils ont pris le pouvoir. À moins qu'il n'y ait une raison circonstancielle et moins manichéenne... ce qui est fort probable. On note qu'il y a peu de sociétés matriarcales dans le monde, et c'est peut-être parce que... les femmes préfèrent en général diriger les marionnettes dans l'ombre et jouer les éminences grises ? Chose qui s'est remarquée pas mal de fois dans l'histoire, tout de même. Quant à ceux qui veulent voir dans le matriarcat un système parfait et idéal, je les laisse à leurs fantasmes...

 

Linguisticae dit qu'on ne peut pas dénaturer une langue, car c'est un code qui, en essence n'a rien de naturel. Certes. C'est jouer sur les mots. Une langue est par essence culturelle, ce qui s'oppose à la nature. Ce que veulent dire ceux qui emploient cet argument est que ce type d'écriture altère l'expression naturelle... C'est autre chose, dit ainsi. Cela signifie qu'on crée un artifice sorti de nulle part. Il est normal que cela paraisse arbitraire (puisque ça l'est) et bizarre. Normal, donc, que certains le refusent, d'autant qu'ils ont bien saisi les non-dits qui se cachent derrière et dont j'ai déjà parlé, qui se surajoutent à ce problème de pure forme.

 

Sur la question de savoir si cela est de la novlangue ou pas, je dirais que non, mais ça s'en rapproche tout de même, dans le sens que cette surcharge de suffixes n'aide pas à penser... et ça, il faut tout de même le dire. Cela ne fait que focaliser l'esprit sur la question oppressante d'une discrimination supposée et donc d'un culpabilisme latent. Ce n'est pas neutre, si j'ose dire...

 

Par contre, ses remarques sur la question de la légifération sur la langue sont très pertinentes, il est vrai qu'on a un peu trop tendance à considérer que la langue française appartient à la France, quand bien même elle est parlée dans des dizaines de pays qui ne connaissent pas nos modes, nos mœurs et nos agitation hystériques passagères, à partir desquelles on voudrait enfermer la langue dans des lois... Preuve supplémentaire de la stupidité de cette tendance, en même temps que des dissensions politiques internes à nos pays occidentaux en crise. Je vois mal les camerounais et les gabonais se déchirer sur ces idioties, ils ont des problèmes plus urgents et encore un sens du réel et des priorités que nous perdons de plus en plus, malgré le fait que, nous aussi nous avons des problèmes plus graves et plus urgents que de calmer la susceptibilité d'une minorité extrême dont se fichent pas mal de vieux de la vieille parmi les féministes, qui eux n'ont pas perdu le nord, heureusement. Pour terminer sur ce point sur la légifération, il est vrai que c'est une manie française dans tous les domaines, il serait donc étonnant qu'elle épargne ce domaine précis.

 

Les chances de cette écriture de s'imposer sont à mon avis minimes. S'il est vrai que les « vecteurs de norme » semblent l'avoir déjà adoptée en partie et que j'en ai déjà vu des manifestations dans des articles de personnes manifestement féministes, il me semble difficile de juger de la prise de ce ciment. L'immense majorité des articles et textes que je lis l'ignorent royalement, malgré tout. Et beaucoup critiquent cette lubie comme n'étant, précisément, qu'une lubie. Je pense que le plus probable est que ceux qui sont encore enferrés dans l'idéologie progressiste caricaturale l'adoptent sans davantage d'esprit critique et en fassent « profiter » tous les autres. Personnellement j'ai commencé à boycotter les rares auteurs et sites qui en font un usage trop prononcé, tant c'est laid et pénible à déchiffrer, et précisément pour ces raisons, je pense que cette forme s'imposera encore moins que celle du (e) dont je parlais plus haut, qu'on n'observe quand même pas souvent, contrairement à celle qui consiste à déstructurer des mots en ajoutant des e partout, qui elle s'est en effet bien généralisée (et je le déplore, ça me fait mal de lire ces mots torturés comme des prisonniers politiques).

 

Ans sa conclusion, il a bien sûr raison de dire qu'il s'agit en fait d'une lutte idéologique, c'est d'ailleurs ce que je me tue à dire. Ce que je vois surtout est que l'on fait de la langue un champ de bataille, et on sait de quoi ces lieux ont l'air après une bataille, si vous voyez ce que je veux dire. Mon point de vue est : laissez la langue tranquille, bordel de merde ! Le vrai champ de bataille du féminisme est celui de la société, et si on ne peut dissocier une société de sa langue, en revanche une même langue peut exister dans des sociétés très différentes, preuve qu'elle n'est pas la coupable à désigner pour les maux particuliers d'une société particulière. Ce délire autour de la langue est un faux combat et un faux débat que j'essaye de déconstruire, c'est tout. Pour que l'on puisse revenir à l'essentiel, car les obsédés du racisme ou du féminisme ont tendance à voir des signes et des preuves de racisme et de sexisme partout, et que cette forme de paranoïa ennuie tout le monde, et fait perdre du temps à tout le monde, au fond. Je pourrais certes ne pas en parler, ainsi je garderai mon temps disponible pour des choses plus plaisantes que de me lancer dans cette fameuse arène. Je crois pourtant que certaines choses doivent être dites, et puisque j'ai désormais comme coutume d'être l'idiot du village qui met le pied dans tous les plats, allons-y gaiement.

 

 

 

 

 

Je termine sur un dernier point. Le français est une langue latine, et le latin inclut un genre neutre, alors pourquoi pas le français ? N'étant pas linguiste, j'ai cherché, ayant entendu parler d'un genre neutre maintenant disparu en français. On trouve quelques éléments de réponse, par exemple dans le premier des liens fournis juste au dessus.

 

« Existe-t-il, en français, un genre neutre – ou des traces de l’ancien neutre latin, perdu dans la plupart des langues romanes ? Pour répondre à cette question, on peut, en principe, chercher des traces de ce genre neutre à deux niveaux : celui des noms (ou autre élément « donneur » d’accord[7]) et celui des mots satellites. Pour ce qui est des noms, on peut observer des noms homonymiques (le livre, la livre), des cas où le genre n’est pas fixe (un ou une après-midi, alvéole, etc.), des noms qui ne sont pas usuels en dehors de locutions fixes et n’ont de ce fait pas d’éléments satellites sujets à genre (p. ex. ambages dans sans ambages) ou qui ont un double genre (un amour (m)/des amours (f) ; un espace/une espace (en typographie), etc.). Or, si certains noms ont ainsi un genre indéterminé ou sujet à variation, aucun nom français n’a un genre grammatical neutre.

Qu’en est-il des éléments satellites ? Ce sont eux qui permettent de connaître le genre d’un nom donné – mais aussi celui d’autres constructions qui ne se rapportent pas de manière directe à un nom ou syntagme ayant un genre grammatical donné[8], mais à un nom propre (18) ou un pronom (18, 19). »

 

L'article cite et analyse alors différents exemples, je ne peux pas tout citer. En fait il s'avère qu'il existe bien une forme de neutralité dans la langue française, elle n'est juste plus traduite par un genre, comme elle le fut peut-être autrefois (là aussi, voir la vidéo de Linguisticae) :

 

« Si le genre neutre n’existe plus en français moderne, nombreuses sont cependant les neutralisations que l’on décrit dans la littérature linguistique et grammaticale. Ce terme se rapporte à des phénomènes divers, qui seront résumés en deux cas de figure : d’une part la neutralisation sémantique et d’autre part la neutralisation formelle. »

 

 

L'article explique cela ensuite, mais encore une fois je ne veux pas tout citer pour ne pas alourdir. Allez voir si vus êtes intéressés par ces détails. L'article parle même de différentes stratégies de neutralisation, mais aussi de féminisation qui ont été tentées ou le sont encore.

 

La conclusion est instructive, j'en cite un extrait :

 

« Héritier du latin (où le neutre existe au même titre que le féminin et le masculin), le français (qui ne connaît plus que le masculin et le féminin) a un système de genres qui s’est simplifié, de sorte qu’aujourd’hui, le français contemporain ne présente plus que quelques menues traces de l’ancien genre neutre. Au niveau des « donneurs », le genre d’un certain nombre de noms et d’autres constructions est indécis ou non apparent ; quant aux éléments satellites (les « receveurs »), ils portent en général des marques qui permettent de les classer comme masculins ou féminins, sauf en cas de formes épicènes, qui sont invariables. Les épicènes constituent un type de neutralisation formelle, déjà bien présent dans la langue, notamment au niveau des noms et des adjectifs, permet souvent d’éviter les formes à valeur générique (en général masculines), en vue d’une neutralisation sémantique.

La neutralisation formelle permet ainsi de poursuivre l’objectif d’un langage non sexiste et l’emploi de formes épicènes est l’une des stratégies principales pour y parvenir. À côté des formes existantes, bon nombre de nouvelles formes ont été proposées, mais peu d’entre elles semblent avoir connu un succès au-delà des cercles initiés. L’avenir montrera si la tendance entamée sera renforcée et si le système des genres français, avec ses symétries et asymétries dues aux genres féminin et masculin, connaîtra un rééquilibrage avec davantage de mots formellement neutralisés. »

 

La deuxième partie de la conclusion fait la promotion d'un objectif non-sexiste, soit. Le langage peut-être amélioré, je considère que c'est le contraire avec les propositions actuelles.

 

La raison pour laquelle le genre neutre a disparu est donc bien une volonté d'économie (dont parle également Linguisticae, par ailleurs, espère-t-on que, dans le contexte actuel avec l'empire du sms et du texto, les langages électroniques sans ponctuation ni accentuation, on puisse imposer cette usine à gaz à base de trucs à rallonges ?), c'est à dire de simplification, qui est allée naturellement vers la forme masculine, plus économe en caractères, et non pas pour des raisons politiques. S'il est vrai que les formes du langage peuvent induire (ou au contraire exclure) des idées, il est exagéré de considérer le langage comme coupable ou même responsable de biais qui ne peuvent être que sociologiques, voire biologiques, en tout cas anthropologiques. Ce n'est en tout cas pas en déformant la langue qu'on obtiendra un résultat positif sur ce plan, mais au contraire en permettant de construire une culture linguistique plus étendue, ce à quoi l'écriture dite inclusive est précisément un obstacle, par son extrême et inutile complication. Ajoutez à cela la charge culpabilisante et accusatrice du féminisme extrême et politiquement correct (prétendument) qui porte ce type de réforme, et vous avez un cocktail pour arriver au résultat inverse de l'effet recherché. C'est immanquablement ce qui arrivera, si le féminisme ne retrouve pas ses racines qui sont celles n'ont pas d'une rupture entre hommes et femmes, non pas d'une guerre entre hommes et femmes, non pas d'un combat pour « unifier » l'homme et la femme, c'est à dire faire disparaître leurs différentes, et pas non plus de promouvoir un machisme à figure féminine. Le vrai combat du féminisme, son esprit originel, était de parvenir à une égalité hommes-femmes harmonieuse, dans l'intérêt des peuples, dans une perspective pacifique. L'écriture inclusive ne fait que creuser l'écart entre élites et population, entre hommes et femmes. En plus elle est une atteinte à l'harmonie du langage (qui ne peut jamais être pur et parfait, qui est parfois même un peu illogique, mais qui a toujours une sorte de cohérence et d'harmonie admirable), elle est laide et elle pue le politiquement correct qui veut stériliser la pensée en pourrissant le langage au lieu de l'épurer. Qu'elle crève.