Savais-je moi-même pourquoi j'étais venu traîner mes guêtres jusqu'ici ? J'y étais venu comme on va, poussé par une évidence, comme on naît au monde sans l'avoir demandé. Mais il n'était pas l'heure de se demander de telles choses, car ce qui m'amenait au milieu de cette foule, en vérité, était l'avènement de la force elle-même, de cette chose cyclopéenne qui contemple les choses de très haut. Or, bientôt, loin au dessus de mes cheveux, je pus sentir son existence, sa présence. C'était quelque chose d'indicible. Quelque chose de Grand, de Cosmique, et sans même pouvoir porter mes yeux jusqu'à sa cime, je ne pus résister à l'énorme pulsion qui comprimait mon thorax et en fit jaillir ces paroles :

 

« Ça va Jupiter ?

 

Mais l'Être n'était pas d'un genre qui, par théorie ou par pratique, se laisse ainsi causer par son petit prénom, et c'est alors qu'il me condescend du regard en constatant mon existence au bout de ses yeux, se demandant quel paltruquet pouvait ainsi oser.

 

- Non, non, plus jamais ça, non... Es-tu cheminot ou n'es-tu rien, comment oses-tu alors que tu sais que je n'ai aucune leçon à recevoir ? Et regarde moi jusqu'au bout quand je te parle, ici c'est la cérémonie d'intronisation !

 

- Pardon Monsieur...

 

- C'est Monsieur-Le-Président, et sache que la meilleure façon d'être un vrai révolutionnaire, c'est d'abord d'aller apporter ses cravates au blanchisseur ! Souviens-t-en quand tu sauras nouer tes chaussures. J'ai été anarchiste du centre que tu n'étais même pas né, et d'ailleurs je me souviens que je suis sorti de ma propre cuisse, que ma mère tenait fermement entre ses deux mains ! J'suis pas un branleur comme toi, moi, casse-toi pauv'con !

 

- Pardon Monsieur-Le-Président...

 

- Non, non, non ! Moi c'est Juju, souviens-t-en quand tu paieras ma vaisselle ! »

 

J'étais anéanti. Plus, annihilé, renvoyé à ma propre division par zéro pour avoir voulu voler trop près d'un Soleil d'un autre monde qui me brûla les cils. Mon tourment ne faisait que commencer pour avoir trop désiré être l'égal du Grand Ancien Juvénile qui rêve et attend que, peut-être un jour, nous grandissions et nous mêlions à notre tour à la parthénogenèse incestueuse divine qui engendre les Dieux comme lui. Mais je doutais de trouver un jour le courage d'assumer une verticalité aussi grandiose qui me permettrait à mon tour de tutoyer mes sujets.

 

Quant à l'Être, il était retourné dans son Olympe, et au cœur de son Parthénon, il haranguait les scribes avec verve. Comme il avait bien piétiné le cafard qui avait voulu le rabaisser à son niveau.

 

« J'ai levé mon genou, ma cuisse et mon pied. Il était si petit et maintenant il n'est plus rien. Vous savez, quand j'étais au collège, j'avais un petit bout et quelques-uns ont osé élever la voix et le rire, dans les vestiaires de la piscine. Quand ma Sandale l'a écrasé et que mon verbe l'a lapidé, ce sont eux que je voyais sous ma semelle, alors regardez-bien, regardez-bien car la prochaine fois ce pourrait-être vous. N'êtes vous pas de la même famille ? Ne sont-ce pas leurs gènes que je détecte dans votre sang ?

 

Il en tremblait, son front était plissé, ses joues rouges et ses tempes suaient. Où était donc sa mère pour le soutenir face à toute cette plèbe qui ne se fait pas écraser par les trains ? Il serra les cuisses pour être sûr que personne ne voit son organe aux proportions bien peu jupitériennes.

 

- Je n'ai pas de leçons à recevoir ! leur lança-t-il avec fierté. Vous, les journalistes, petits scribouillards, où est votre Rolex, je ne vois que vos Solex ? Vous pensez vraiment pouvoir vous mesurer à moi ? Avez-vous été élus, avant de parler ? Qui est entré ici qui n'avait pas été désigné par le Peuple ? Qui est entré ici qui n'avait été adoubé par les Riches ? Je me suis fait tout seul, vous savez ? Et non, non, non, je ne me contredis pas ! M'avez-vous écouté jusqu'au bout, avez-vous goûté à la sainteté de mes paroles ? »

 

Dans l'assemblée, on se jeta des regards embarrassés. Mieux valait s'en aller avant qu'il ne se ridiculise encore, pour que l'on puisse croire encore à sa grandeur. Pour le gars précédent, ça allait encore, il y avait ses talonnettes et puis ses épaulettes.

 

Les lieux se vidèrent et il se retrouva enfin seul. Alors il poussa un soupir et se rendit à ses appartements d'un pas pesant. Faisant face au grand miroir cerclé d'étain et d'argent, il sentit son cœur battant. Hésitant encore un instant, il écarta sa tunique et contempla le problème. Le Peuple savait-il ce qu'il avait élu ? Il valait sans doute mieux que cela ne se sache pas. Il en était sûr : ce collégien était mieux fourni. Si seulement il pouvait l'étouffer dans un costume, l'étrangler avec une cravate... Ces instruments de pouvoir lui semblaient bien impotents, soudain.

 

Et en même temps, cela ne saurait l'abattre. Oui, car à présent même qu'il se sentait au bord du gouffre, il se rappela :

 

« Oui. C'est cela. Il faut penser printemps. Penser printemps... car tel est mon seul projet...»

 

 

https://francais.rt.com/france/51750-regardez-jusqu-bout-emmanuel-macron-felicite-scene-recadre-jeune

 

Vidéo youtube : Macron le caïd de cour d’école !

 

https://francais.rt.com/france/51828-tres-insolite-fete-musique-elysee-fait-bruit-reseaux-sociaux-video

 

http://versouvaton.blogspot.com/2018/06/savoir-qui-est-president-ne-compte-pas.html