Dans le contexte estival que nous connaissons, et qui est souvent la période privilégiée des lois votées en douce, j'ai voulu parler de l'actualité de la propagande et de l'intoxication psychologique et informationnelle sous un angle un peu particulier.

 

L'affaire Benalla, qu'elle soit anecdote, épiphénomène, fait divers ou encore affaire d'état ou crise de régime (on a entendu toutes les versions, suivant qu'on veut l'enfler ou la relativiser) laissera à coup sûr une trace indélébile dans l'histoire de ce gouvernement et sur les costards que Macron se paye en travaillant (sur notre dos ?). Je ne veux pas aborder cette affaire en l'état, non que ce soit inintéressant, c'est même un cas d'école tout à fait symptomatique que « tout le monde » s'est déjà chargé d'analyser et de commenter.

 

Je préfère plutôt parler de ce qui a jusqu'à présent entouré cette affaire dont on ne parle plus car elle est « en pause » en même temps que l'assemblée. Car je crois que c'est cela qui est vraiment significatif de la bataille en train de se jouer, comme si cette affaire était plus un révélateur d'enjeux et de dysfonctionnements tout à fait caractéristiques de notre époque.

 

Le fait que l'affaire viole des principes républicains n'est pas ce qui m'intéresse le plus, dans la mesure où j'ai déjà du écrire cent et vingt articles dans lesquels j'explique que notre république ou notre démocratie (on amalgame souvent les deux) ne sont que des paravents commodes pour manipuler les masses. Ce qui m'intéresse davantage est comment l'exposition de l'affaire a enclenché un incroyable micmac de réactions souvent contradictoires entre différents acteurs médiatiques de l'époque, qui révèle où en sont les rôles de ces différents acteurs des médias qu'ils soient traditionnels ou plutôt ancrés sur internet.

 

Le véritable enjeu de l'affaire n'est pas Benalla mais bien Macron et ce qu'il représente, comme l'ont compris ceux qui sont allés au-delà de la surface de ce cas. Aussi, je vous propose en préambule cette intéressante analyse de Michel Drac sur Macron :

 

Vidéo youtube : Comment peut-on être macroniste ? (conférence, Toulouse)

 

 

Et dans la foulée, une autre conférence de Michel Drac qui éclaire encore la première, et que je recommande plus particulièrement, si vous deviez faire un choix entre les deux, car elle dépasse le cas particulier pour aborder le sujet très intéressant de la « ponérologie politique » c'est à dire l'analyse que l'on qualifiera de quasi-scientifique du mal dans la politique, selon un angle très proche de la sociopsychologie.

 

Vidéo youtube : La ponérologie politique (Andrew Lobaczewski)

 

Dans cette conférence vidéo, Michel Drac propose en fait une grille de lecture du livre de A. Lobaczewski, qui a popularisé ce concept dans son livre. Voir ces vidéos n'est pas indispensable pour suivre mon propos, mais je recommande encore plus particulièrement la deuxième vidéo, pour tous ceux qui suivent mon blog tout en étant passés à côté de ce sujet jusqu'ici, d'autant que Drac en fait une analyse à la fois critique, honnête et exhaustive d'après moi.

 

 

Plus intéressant et plus rapide d'accès, cet article très révélateur sur le cas Macron, pour ceux qui auraient raté ce train aussi :

 

https://www.streetpress.com/sujet/1486723160-macron-le-monde

 

Et un petit commentaire personnel sous la forme de ce lien, à propos d'une de mes petites manies que connaissent sûrement certains des lecteurs du blog :

 

http://www.enneagramme.com/Theorie/9_type3.htm

 

Le mensonge, donc, est au cœur de cette tendance actuellement promue au sein du système, et l'on sait que cette tendance, à la fois façon de voir le monde et façon d'être qui s'est fortement imprégnée dans le monde occidental moderne, et plus particulièrement aux états-unis. On sait bien que Macron est en quelque sorte un « agent américain », d'autant qu'il a parfaitement ingéré, digéré et régurgité cette mentalité, même s'il n'est pas plus agent des USA qu'un Sarko qui nous avait remis dans l'OTAN ou qu'un Hollande qui était lui aussi passé par tous les lobbies pro-américains de fabrications d'hommes politiques américanistes sur mesure. Macron n'est donc pas le premier, puisque ces gens ont envahi le système à tous les niveaux, mais il est le monstre de Frankenstein le plus réussi et le plus abouti du genre, et donc, le plus méprisable, le plus risible et le plus consternant tout à la fois, parmi les émotions qu'il peut susciter chez toute personne honnête, lucide et suffisamment détachée pour voir ces choses telles qu'elles sont.

 

Mais j'en ai déjà assez dit sur cette hégémonie américaine, qui s'étend du domaine de l'économie à celui de la psychologie des individus comme des masses, comme là aussi, tout esprit honnête peut l'observer au jour le jour. Aussi j'en viens à mon point suivant.

 

 

Les GAFA sont-ils des chevaliers servants de l'américanisme ?

 

Faisons un petit détour dans la réflexion, et remarquons que depuis la dernière élection américaine, le thème de l'ingérence russe est toujours sur la sellette, comme si en revanche il n'existait aucun phénomène d'ingérence américaine dans les affaires du monde. Les GAFA sont un autre genre de monstres frankensteiniens créés par cette idéologie américano-libérale, prétendument si prompte à combattre le capitalisme monopolistique, et pourtant si efficace à produire des krakens ayant toutes les caractéristiques de celui-ci.

 

Sans trop m'égarer à commenter les moindres recoins de cette partie de l'inconscient collectif de l'humain du 21e siècle encore en train de naître et de gonfler, telle une grenouille de la fable qui n'exploserait jamais, je remarque les faits suivants :

 

1) Le discours d'intox ne reposant sur strictement aucune preuve à propos de l'ingérence russe se poursuit et est déjà prêt pour les prochaines élections américaines, celle dites du « mid term » :

 

http://www.dedefensa.org/article/lenigmatique-destinmid-termde-lhomme-extemporane

 

 

2) « On » essaye d'épurer d'internet les têtes qui dépassent, avec notamment le cas d'Assange, de plus en plus en danger d'être expulsé de l'ambassade d'Equateur, donc arrêté et extradé :

 

https://francais.rt.com/international/52970-julian-assange-pourrait-quitter-ambassade-equateur-remis-autorites-britanniques

 

Cela révèle bien entendu une tendance qui veut que l'on fasse place net pour les « vrais » acteurs d'internet. Ceux qui « ne mentent pas », ceux qui sont accrédités par le système (l'alliance des lobbies, des politiques, des multi et transnationales, parmi lesquelles les GAFA ont une place de choix et veulent dicter leur idéologie sans être dérangés par des « siffleurs » d'alertes), bref les puissants de ce monde.

 

3) Les secousses de la grande intox sur l'ingérence russe se font encore sentir presque deux ans après, et ont suivi un parcours qui les amène aujourd'hui à s'attaquer aussi bien aux idéologues que l'on situe à gauche qu'à ceux que l'on situe à droite. Ainsi, après les attaques sur le site WSWS qui se proclame lui-même socialiste, c'est le contestataire de droite Alex Jones qui est désormais ciblé par la censure guidée et guidant la pensée unique :

 

https://francais.rt.com/international/53241-infowars-alex-jones-persona-non-grata-en-ligne

 

http://www.dedefensa.org/article/salutanastasiagafa

 

 

Que conclure de ces quelques constats à ce stade ? Et bien il est trop tôt pour en tirer toutes les leçons, mais on peut déjà s'apercevoir qu'il y a, à la suite du séisme du « fake russiagate », une alliance de circonstance entre les gouvernements américanistes et leurs krakens de l'ère internet. S'agit-il de faire disparaître toute contestation d'ordre politique, et même tout ce qui relève de la politique pour faire prévaloir une sorte d'idéologie monstrueuse plus ou moins en gestation ? On pourrait alors appeler cela une sorte de pseudo-centrisme ultra-libéral apolitique nous donnant une sérieuse indication de la figue finale que pourrait prendre le monde mondialisé tel que ces gens ont tendance à se le représenter. Je préfère ne pas développer, chacun se fera sa propre image...

 

Si cela est vrai, dans quelque mesure que ce soit, cela place le personnage de Macron-le-centriste-jupitérien-et-dominateur dans une perspective qui n'est peut-être pas nouvelle, mais qui n'en demeure pas moins révélatrice, et permet de mieux comprendre en quoi cet homme était « celui de la situation », en ce sens qu'il représente décidément tout à fait l'idéologie qui se met en place depuis longtemps, mais se renforce pour le moment, et dont il est le portrait craché en même temps que la marionnette idéale. Peut-être une raison pour laquelle le journal Le Monde qui a largement contribué à le mettre en place lui tire désormais dessus à boulets rouges... Il ne faut jamais perdre le contrôle d'une marionnette qu'on avait soi-même instituée.

 

 

Comment les géants d'internet tentent-ils de prendre la main sur la communication et donc le monde

 

Edward Snowden nous explique que selon lui, Facebook n'est rien de plus qu'une société de surveillance (une agence de renseignement ?) non officielle, dont la fonction première n'est autre que d'accumuler des informations sur la population.

 

https://www.les-crises.fr/edward-snowden-estime-que-facebook-est-une-societe-de-surveillance-se-presentant-comme-un-reseau-social/

 

Rappelons que le fait que vous y soyez ou pas personnellement n'a aucune importance : l'important est que suffisamment de gens utilisent ce type de plate-forme pour permettre la mise en place de ce type d'ingénierie sociale.

 

Mais ce n'est pas seulement Facebook, puisque Google avait carrément émergé d'un projet de recherche provenant directement des agences de renseignement, qui ensuite et désormais se servent de ces sites à leurs propres fins :

 

https://www.les-crises.fr/la-veritable-origine-de-google-repose-partiellement-sur-des-bourses-de-recherche-sur-la-surveillance-de-masse-allouees-par-la-cia-et-la-nsa/

 

De même, on a vu sur le blog d'Olivier Berruyer récemment, justement à travers un rebondissement fort intéressant de l'affaire Benalla, Twitter pouvait aussi très bien servir à ficher la population. Et là, si le sujet vous intéresse, je vous propose une avalanche de liens qui permettent de suivre et décortiquer l'affaire sous cet angle :

 

https://www.les-crises.fr/nicolas-vanderbiest-et-le-eu-disinfolab-a-l-origine-d-une-intox-l-affaire-benalla-produit-de-la-russosphere/

 

https://www.les-crises.fr/rude-semaine-pour-les-libertes-par-regis-de-castelnau/

 

https://www.les-crises.fr/l-etude-eu-disinfolab-de-l-influence-russophile-sur-le-benallagate-d-enormes-failles-methodologiques/

 

https://francais.rt.com/france/53272-pas-dinfluence-russe-disinfolab-change-conclusions-etude-affaire-benalla

 

https://www.les-crises.fr/eu-disinfolab-la-diffusion-scandaleuse-dun-dementi-mensonger/

 

On trouve même un autre fait fort intéressant, qui va dans le même sens que le travail de disinfolab, c'est à dire celui du rattrapage de l'affaire pour redorer Macron et le blason de l'américanisme en Europe :

 

https://francais.rt.com/france/53280-benalla-compte-twitter-anonyme-diffuse-images-exclusivement-detenues-par-autorites

 

 

En résumé, qu'avons nous ?

 

Nous avons des « GAFA » qui ont formé une alliance de circonstance avec les gouvernements pro-libéraux, donc pro-américains et pro-atlantistes. Des transnationales qui supplantent les états en terme de puissance (y compris et notamment en terme de données, le « big data ») mais qui ont encore besoin de ceux-ci pour asseoir leur puissance.

 

Ces transnationales en réalité apatrides et apolitiques répandent leur idéologie et luttent contre le « péril russe » qui promeut en revanche un monde multipolaire à la place du « NWO » promu à l'échelle mondiale par les tenants de l'américanisme, forcément victimes des manœuvres des méchants russes qui n'ont pas perdu leurs réflexes de l'époque soviétique.

 

L'ultra-libéralisme actuel n'est rien d'autre qu'un avatar du capitalisme, se servant des ressources du monde pour se nourrir et se gonfler sur le dos des populations, et dont un ordre mondial unipolaire est un objectif, car cela signifierait un monde d'un seul tenant, où l'on peut donc s'engouffrer partout à la fois, là où, pour le moment, les particularismes et éléments de politique protectionnistes compartimentent le monde. Aucune limite au profit. Il est évident que dans cette perspective, présenter les russes comme de dangereux manipulateurs un peu archaïques, appliquant encore les pratiques du KGB – comme si la NSA et la CIA étaient tellement vertueuses en comparaison – est un axe de communication inévitable, dans la mesure où les russes, si rien ne prouve qu'ils s'ingèrent dans les affaires politiques d'autrui (en tout cas pas plus que les bons ricains), essayent tout du moins d'avoir toujours un poids politique dans le monde, ce qui est bien normal, et c'est au fond tout ce qu'on leur reproche.

 

Ce que les néo-cons américains ne comprennent pas est qu'une fois que les russes auraient été « éliminés » du champ de la communication et de la géopolitique, avec si possible les chinois, les américains en tant qu'état fédéral, seraient nécessairement les prochains : aucun ordre mondial à venir ne peut passer par un état prétendant dicter sa loi au reste du monde. Il n'est pour le moment qu'instrumentalisé par des forces supérieures (celles des multinationales) et sera à démanteler tôt ou tard, le but de ces entités étant de réduire le monde à un état apolitique total, au sens nihiliste du terme (plutôt qu'au sens anarchiste que j'ai personnellement tendance à donner au terme « apolitique »). C'est du moins ma conviction.

 

Pour en terminer avec cette partie, je vous propose cette interview fort intéressante de Snowden qui donne sa vision des choses sur la liberté d'expression et le contexte actuel qui exerce une pression sur celle-ci :

 

https://www.les-crises.fr/interview-avec-edward-snowden-par-martin-knobbe-et-jorg-schindler/

 

 

La manière dont je comprends personnellement les choses à la lumière de tout cela est que la liberté d'expression est instrumentalisée, neutralisée et noyautée pour aboutir toujours et encore à une pensée unique et à un éternel nuage de fumée entre les populations et les faits. On a vu avec disinfolab que la lutte contre les fake news n'est rien d'autre qu'une autre forme d'ingénierie de l'information visant à remplacer quelque discours que ce soit sur la réalité par une « narrative » pré-établie sur un modèle américano-centré, promouvant une lecture strictement capitalo-libérale du monde.

 

 

Le progressisme comme cheval de Troie

 

Il est amusant et intriguant de remarquer que le progressisme et sa cohorte d'idéologies fantasmatiques et hystérisées sert plus que jamais de prétexte à cette narrative. C'est ainsi par exemple que Philippe Grasset remarque que l'anti-homophobie ou le féminisme servent de boulets de démolition – que ce soit intentionnel ou non – contre l'armée américaine. Prémices d'une destruction de la fédération appelée USA ?

 

http://www.dedefensa.org/article/les-marines-face-ala-guerre-societale

 

Cet article est un exemple anecdotique qui démontre comment les dogmes de l'ultra-féminisme se sont ancrés dans les têtes des gens sans que l'esprit critique ne semblât avoir eu son mot à dire. Je le cite à la fois parce que le contenu est intéressant à mon sens, et parce qu'il ne semble pas susciter la réflexion qu'il mérite parmi les commentateurs en bas de page :

 

https://www.santenatureinnovation.com/nous-avons-3-fois-plus-de-grand-meres-que-de-grands-peres/

 

Là il est utile de préciser tout de même que mon propre commentaire, bien que poli, bien pesé et proprement argumenté n'est jamais passé, tout simplement parce qu'il devait être trop nuancé sur la question du féminisme. Comme j'ai vu au moins un autre commentaire pas particulièrement féministo-enthousiaste disparaître, j'en déduis que la modération est idéologiquement orientée, car idéologiquement conditionnée dans le sens du féminisme, ce qui est tout à fait la norme dans ce milieu que je connais très bien, et où il faut bien vous accrocher pour tenir un discours simplement et prudemment critique... Ce n'est donc pas forcément représentatif (d'autres commentaires que j'avais vus apparaître n'y sont plus non plus, en regardant plus attentivement, et qui sait si ça ne va pas changer encore...), mais je trouvais quand même utile de le citer juste pour montrer un exemple de texte modérant la perception habituelle « l'homme est absolument privilégié par rapport à la femme », ne suscitant que des réactions dans le sens « le féminisme est décidément nécessaire »... Bien que l'article ne semble pas avoir choqué beaucoup les lecteurs, en revanche il ne semble pas avoir atteint son but qui était de rappeler, à mon sens, qu'il faut se garder des manichéismes quels qu'ils soient, quand on contemple le réel avec toutes ses nuances, sa subtilité, et parfois sa cruauté dont on ne choisit de retenir que certains aspects, en fonction des idéologies auxquelles on est exposé. Il serait intéressant de trouver des études sur la manière dont sont réellement perçues les idéologies liées au progressisme, mais j'essaierai peut-être de trouver ça pour un prochain article.

 

J'en profite pour préciser, au cas où des lecteurs non habitués s'égareraient sur cet article ou ce passage, que je ne suis pas plus défenseur du machisme (sûrement pas...) que du féminisme : je préconise seulement l'égalité, hors de toutes les formes d'idéalisations et de diabolisations qu'on nous assène ici et là. Mais bref.

 

 

Avant de conclure, deux derniers liens. D'abord un exemple supplémentaire de l'ingérence politique pratiquée par les GAFA (ici Facebook, mais on sait que Twitter bannit des comptes lorsque certains propos sont tenus, d'une manière absolument arbitraire et toute puissante).

 

https://francais.rt.com/international/53363-facebook-suspend-nouveau-page-anglaise-gauche-latino-americaine-telesur

 

Et une dernière réflexion de fond que je ne partage que partiellement, mais qui va m'amener à ma conclusion :

 

https://www.les-crises.fr/chantal-mouffe-obtenir-un-consensus-en-politique-est-par-principe-impossible-par-sonya-faure-et-anastasia-vecrin/

 

Si je résume bien, l'idée défendue ici est que dans la vraie politique, le consensus est impossible et que toute politique ne peut exister que dans la recherche de compromis, à moins que l'on soit dans le totalitarisme ou l'autoritarisme qui prennent en charge arbitrairement tous les choix politiques.

 

Ceci constitue bien entendu une critique envers le pseudo-centrisme macroniste, qui n'est en réalité qu'une forme d'autoritarisme prétendant dépasser les clivages. Forcément qu'on les dépasse, lorsqu'on ne leur permet pas d'exister, et il est particulièrement amusant que l'affaire Benalla soit arrivée comme un lapsus dans la soupe à ce moment du récit « jupitérien », manifestation directe, vulgaire et choquante de l'autocratie en cours, dont chacun jugera de la gravité intrinsèque, mais dont les implications, à un niveau quasi psychanalytiques mais aussi très pratiques et concrètes, sont très sérieuses. Et c'est de ces implications dont on devrait parler, bien davantage que de l'affaire elle-même, anecdote monarchique de passage.

 

J'ai souvent dit dans ces pages que je crois à la possibilité d'une politique débarrassée d'un clivage que j'estime tout à fait artificiel. Certes, lorsque vous écoutez les revendications de gauchistes ou de droitistes, vous avez l'impression que ce sont deux mondes idéologiques irréconciliables qui se confrontent et se mènent une guerre sans merci. Dans cette perspective, il est vrai qu'il ne reste plus qu'à trouver les quelques compromis possibles. Mais il est simultanément vrai que l'autocratie, la monarchie ou toute autre forme autoritaire ou totalitaire suffisent à résoudre l'équation.

 

C'est pourquoi je ne souscris pas à l'idée que les clivages sont indépassables. Et je constate d'ailleurs qu'on ne cherche pas à les dépasser mais à les faire taire, puisqu'on a vu que les géants d'internet se réservent désormais le droit de faire taire les gens de droite comme ceux de gauche, et réciproquement, et qu'ils sont les premiers à se faire les serviteurs d'une idéologie débarrassée de la politique, où les idéaux progressistes ne sont que des prétextes à l'exercice d'une censure et d'une intolérance extrême, qui transcende de loin la haine qui peut séparer des opposants politiques. Ici, on écrase tout ce qui est politique, cela va beaucoup plus loin, et la prétention à la neutralité n'y est qu'un des principaux artifices rhétoriques pour faire taire tout discours réellement politique et engagé.

 

Il est donc bon qu'un Macron se prenne un retour de manivelle bien mérité, mais il ne faut surtout pas être dupe : ce rebondissement a été orchestré, pour des raisons qui nous échappent, par de grands pontes des médias, et il est particulièrement intriguant de voir comment, dans cette affaire, les différents organes proclamés anti-fake news se sont affrontés en défendant au moins 3 points de vue différents... Comme si, décidément, le réel, ce qu'ils appellent les faits (« fact checking ») leur demeuraient décidément insaisissables, et que les organes de vérification de l'info étaient devenus les extensions guerrières des médias de masse : on les utilise pour se battre par factchecking interposé, mais on appose toujours sur les faits, in fine, une lecture propre à chaque rédaction... Et ne fallait-il pas s'y attendre, puisque les faits bruts n'existent qu'en tant que concept, lorsqu'on y réfléchit. Tout fait a bien avant tout une signification, des implications, et ne peut être lu que par un organe humain qui va passer par plusieurs filtres interprétatifs successifs... En définitive, personne n'aura jamais le monopole des faits ni du réel. Il est par contre clair qu'on peut se servir de ces organes pour faire son auto-promotion et son auto-défense, tout en se vernissant de vertu également auto-proclamée. Ces organes ont démontré qu'ils ne véhiculaient rien d'autre que la propagande qui leur sied le mieux, à eux et à leurs commanditaires, et ont révélé qu'il existait une guerre souterraine contre Macron, probablement pour déstabiliser celui qui n'est qu'un pion, et en avancer d'autres dans le même temps. Et le prochain sera peut-être plus jupitérien que Jupiter lui-même, qu'en savez-vous ?

 

Pour terminer, je dirai simplement qu'il ne faut pas oublier que toute cette guerre de l'information, dans laquelle NOUS sommes la cible, n'est qu'une guerre de propagandes, et que la propagande appelle la contre-propagande, et celle-ci la contre-contre-propagande, dans un éternel « je sais que tu sais que je sais, etc. », sauf que dans tout cela, ceux qui savent le moins ce qu'il se passe, c'est justement nous, puisque nous ne sommes qu'objets dans ce conflit de façade mis en spectacle, où il est presque impossible de discerner les scénaristes et les commanditaires dans les jeux de ficelle qu'on n'aperçoit qu'en ombres chinoises. Je crois qu'à l'heure actuelle, il faut surtout discerner qu'au cours des deux dernières années, le jeu politico-médiatique a essayé de demeurer le même qu'il avait « toujours » été : un simple spectacle pseudo-informatif où les scandales servent surtout à agiter les cerveaux reptiliens du public. Mais qu'il a été perturbé, lui aussi, non plus seulement par la liberté d'expression que permet le net à la populace des pays faussement démocratiques où le vrai enjeu n'est que le conditionnement de masse, mais aussi par l'apparition aux yeux de tous de l'importance toujours plus grande des principaux acteurs du net que sont les GAFA – avant tout des transnationales assoiffées de fric, donc de pouvoir, donc de contrôle, donc d'influence – dans le domaine de la communication, donc de la politique, puisque cette dernière se résume désormais de plus en plus à la première... Nous sommes donc plus que jamais en plein théâtre de marionnettes, où une énergie absolument considérable est concrètement dépensée uniquement pour nous manipuler et nous maintenir sous le joug de puissants conditionnements mentaux, comme l'est par exemple le clivage politique fallacieux dans lesquels on nous a enfermés en créant d'éternels faux débats qui jouent sur les peurs et les émotions les plus ancrées... et c'est pourquoi j'ai voulu parler de cette affaire Benalla un peu à rebrousse-poil, en espérant que vous y trouverez matière à nourrir votre réflexion, car de solution je n'ai point.