Je suis sûrement un peu idéaliste et optimiste lorsque j'affirme que le clivage politique n'a aucun sens et devrait disparaître pour le bien de tous, mais je crois cependant que mon point de vue n'est pas dénué d'un certain degré de vérité. C'est de ceci dont je voudrais traiter ici, à la lumière notamment de récents développements dans l'actualité ou encore du mandat de Macron.

 

 

La destruction du clivage est en réalité une chance pour reconstruire un monde moins clivé, rassemblé autour de valeurs choisies

 

 

Tout d'abord il est important d'avoir conscience que le clivage gauche droite tel qu'on le connaît actuellement n'a pas toujours été, et a fortiori n'a pas toujours été très ressemblant à ce qu'il est actuellement.

 

Un simple coup d’œil sur Wikipédia permet déjà de réaliser que ce clivage est différent dans d'autres pays, et même si Wikipédia répertorie des traits qui ont assez largement leur place de chaque côté du clivage à chaque fois, on se rend compte en étudiant le sujet que telle ou telle valeur peut changer de camp, et que les camps peuvent même s'intervertir. Le paragraphe final sur le dépassement du clivage mérite d'être lu, mais je ne m'y arrêterai pas ici pour aller droit à mon but.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gauche_et_droite_en_politique

 

Ce document mérite également un coup d’œil, pour réaliser à quel point, à l'origine, le clivage n'était qu'une affaire entre différentes élites de la nation française.

 

http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http%3A%2F%2Fabolitions.free.fr%2FIMG%2Fpdf%2Fgauchedroite1789.pdf

 

La droite étant traditionnellement rattachée à la monarchie dont aux partisans royalistes, tandis que la gauche était reliée à la république, autrement dit aux « républicains », qui aujourd'hui est le nom des partisans de droite plutôt dure.

 

Mais il ne faut pas s'arrêter à ce simple moment de l'histoire, puisque le clivage ne cessera d'évoluer jusqu'au 21e siècle...

 

https://www.franceculture.fr/politique/une-chronologie-du-clivage-gauche-droite-en-12-citations

 

Ainsi, la religion vint s'immiscer dans le clivage au cours du 19e siècle, et c'est à cette époque que se renforce l'assimilation entre monarchie et Église, redessinant quelque peu le clivage.

 

Par la suite, la révolution soviétique, le PC puis le PS en France vont amener, vers la fin du 20e siècle, une nouvelle perception du clivage :

 

« Dans cette émission de 1985, Olivier Duhamel estimait que ce clivage, loin de s'accentuer, s'était rétréci, la gauche ayant été confrontée à la réalité du pouvoir : "Ce qui a entraîné une indiscutable révision de son discours politique, de sa vision politique… révision qui rapproche la gauche de la droite." Un débat plus vif que jamais aujourd'hui, à la veille de la fin du mandat de François Hollande, et alors que d'aucuns estiment que l'extrême gauche actuelle est devenue le PS d'antan. »

 

Le clivage s'est tellement « rétréci » depuis, si je suis cette qualification, que la gauche est devenue le centre-droite, que le centre est devenu la droite, et que la droite est devenue la droite dure, avec son mauvais génie qu'elle repousse sans cesse tout en la courtisant (Sarkozy), qu'est bien entendu l'extrême droite. Il n'a donc pas seulement rétréci, mais a sérieusement dérivé vers ce qui avait toujours été le parti pris de l'élite... Il y a de nombreuses raisons à cela, au nombre desquels la propagande socio-politique verrouillée par l'élite à travers les médias, bien entendu, mais aussi « l'échec » des rouges suite à la guerre hybride et économique (oui, déjà) entre l'URSS et les USA jusque dans les années 80 (que les USA essayent de réitérer aujourd'hui). Ce qui a permis la narrative « la gauche n'avait jamais eu d'avenir, elle était perdante en essence ». Autrement dit « Vive le capitalisme, et vive une élite riche ! » Et tant pis pour les pauvres, le 99%.

 

C'est pourquoi, bien que modérément déçu par la gauche (j'ai toujours été foncièrement apolitique et anarchiste, mi-cynique mi-idéaliste et n'en attendais pas grand chose), je suis régulièrement consterné de lire des gens de droite dire que la gauche gagne toujours du terrain, même s'ils ont aussi de bonnes raisons de le dire.

 

C'est qu'à mon avis, le clivage a été tout simplement faussé pour servir bien sûr des intérêts plus grands (je veux dire... ceux des riches, pas des intérêts supérieurs), laissant apparaître des éléments faussement de gauche, et d'autres faussement de droite, le tout pour servir une idéologie totalement apatride et nihiliste qui n'a que les apparences de la politique, pour n'être en fait que de la macro-économie appliquée, desservant et ignorant totalement l'humain. Normal que l'on dise que le nouveau clivage est entre les nations et l'Europe, par exemple, alors qu'il est en réalité, et je l'ai toujours dit, entre le peuple et l'élite. Je crois que mon propos le démontre suffisamment, mais allons tout de même plus loin.

 

 

Le clivage gauche-droite est il authentique ?

 

En clair, je pense qu'il l'est, ou plutôt que le clivage d'une manière générale est inévitable. Qu'il y a malheureusement des points de vue irréconciliables et que c'est propre à la nature humaine, influençable, dont la perception du monde est par essence partiale et incomplète, ce qui se traduit par des élans et des volontés différentes.

 

Mais cela n'empêche pas que le clivage gauche-droite en lui-même, s'il repose sur cette réalité irréductible, soit faussé et instrumentalisé. Je ne suis pas là pour discuter des mérites des valeurs de gauche et des valeurs de droite, si tant est qu'elles aient une réalité tangible. Ce ne sont que des concepts et des idées, qu'il faut mettre à l'épreuve du réel, et dont il ne faut jamais oublier qu'en se confrontant entre elles, elles se mènent une guerre dont ce sont essentiellement les circonstances qui vont décider du vainqueur et du vaincu. Le vainqueur pourra alors décréter que son idéologie était la meilleure, car tout simplement mieux adaptée au monde réel. Ce n'est pas faux dans l'absolu, mais c'est aussi moins simple que cela, dans la mesure où le réel est lui-même un concept intangible, une idée bien avant d'être une chose concrète, et tandis que le monde concret évolue, ce qu'on appelle « le réel » bouge avec lui, et peut soudain se montrer plus accueillant envers une autre idéologie, plus neuve comme plus ancienne, tandis que celle qui avait gagné et avait, comme chaque vainqueur, construit sa propre histoire, chutera de n'avoir pas saisi cette évolution, cette nature mouvante du monde lui-même.

 

Ainsi, aucune idéologie n'est supérieure à une autre. Toute idéologie fonctionne à la fois par l'énergie et l'efficacité de ceux qui la font vivre, et par son adéquation avec son époque. Aucun effort ne pourra adapter une idéologie qui ne fonctionne pas avec son temps et son lieu, de même qu'une idéologie qui serait excellente ne fonctionnera pas si plus assez de monde n'y croit ou n'est en mesure de la défendre. Ceci pour relativiser l'échec du communisme, mais surtout de tout mode de vie ou de pensée perdu dans l'histoire, ou combattu à l'heure actuelle, non pas car inadaptée au monde, mais car en infériorité par rapport au mode de pensée dominant. Autrement dit ce n'est pas parce qu'une idéologie échoue sans cesse qu'elle est mauvaise ou inadaptée. Il suffit qu'elle soit suffisamment combattue par le pouvoir dominant pour ne jamais avoir sa chance. C'est un peu une histoire de mâles dominants, et à bien y regarder, ce n'est rien d'autre que cela. Il n'y a alors qu'un espoir : celui que le mâle dominant à un moment donné soit bien le bon, et qu'il défende bien l'idéologie qui ne va pas mener tout un chacun à sa perte. Regardez le fonctionnement du monde actuel, autour du capitalo-libéralisme, au sujet duquel même le premier ministre de la France parle d'effondrement possible, et dites-moi s'il vous semble à peu près certain que ce soit la bonne idéologie en place. Tout indique le contraire, à mon avis, et on est là au-delà de la question du clivage, puisque les tenants de cette politique sont aussi bien contre les « nationalistes » que contre les « populistes »... rappelons que ce sont des façons finalement assez détournées de nommer le clivage gauche droite : au progressisme de gauche correspond traditionnellement le peuple, donc le « populisme », tandis qu'au conservatisme de droite correspond la volonté de garder en l'état les nations, les traditions, les religions, etc.

 

Preuve est faite que la politique actuelle n'est pas un heureux amalgame des idéaux de gauche comme de droite, mais bien un mode de gestion du monde purement cynique et nihiliste basé sur la manipulation de l'économie mondiale et l'oppression des idéologies réellement politiques de droite comme de gauche.

 

A partir d'ici, je vais faire quelques détours par des articles récents pour illustrer mon propos.

 

Commençons par cette anecdote apparemment juste amusante, après le départ de Nicolas Hulot du gouvernement :

 

https://francais.rt.com/france/53653-nicolas-hulot-voulait-faire-emmanuel-macron-premier-ministre

 

Ainsi donc, Hulot se voyait président de la France, et il voulait Macron comme premier ministre, et des gens de gauche et de droite dans son gouvernement. N'est-ce pas merveilleux ? Autant la candeur de la chose que cette volonté de rassembler à gauche et à droite (mais pas trop loin quand même). Bon... cela révèle surtout que Hulot, l'un de nos grands hélicologistes, ne soit ni de droite, ni de gauche, bien au contraire, comme dirait l'autre. L'écologie est traditionnellement très à gauche (je vous avoue que je me demande un peu pourquoi, même si je sais que c'est surtout lié au fait que la droite repousse traditionnellement les dépenses considérées comme inutiles, comme si l'écologie n'était pas, justement, rien d'autre que l'économie de l'environnement, censé économiser celui-ci et donc nos moyens et nos ressources... mais il est vrai que de nos jours, l'écologie ne rime qu'avec taxations comme si c'était tout ce qu'on savait et pouvait faire...), tandis qu'Hulot est avant tout un homme d'entreprise, de longue date allié des lobbies et des industriels. Copain avec tout le monde, Hulot était-il un précurseur incompris qui aurait pu sortir le pays de l'ornière et dépasser le clivage politique comme je le souhaite ? Aucune illusion là-dessus, et je gage que l'avenir nous donnera encore des occasions de constater à quel point il n'est qu'un vendu aux industriels avides de profits et sans aucun souci de respect de l'environnement. Ce n'est qu'un énième caméléon, ayant d'ailleurs des atours très semblables à ceux d'un Macron, à propos duquel il a encore réaffirmé son amour après sa démission, qui avait commencé par vendre son image dans des émissions de divertissement nous vendant la nature comme une chose jolie et amusante bien avant que d'être indispensable et incontournable. Les sponsors de l'industrie chimique de son émission me donnent encore de l'urticaire, rien qu'à y penser. Difficile d'imaginer pire comme « soutiens »... Pratiquement tout le monde avait déjà compris avant la lettre le concept du greenwashing en regardant Ushuaïa. Et dois-je mentionner que les produits de sa marque ont été pointés du doigt comme anti-écologiques ? N'en jetez plus, Hulot était un arriviste comme un autre, et il est facile de lui accoler une étiquette d'impuissant en tant que ministre de l'écologie quand on a saisi l'étendu des collusions qu'il traîne avec lui.

 

Un véritable cas d'école, en vérité, du fait que le clivage, aussi authentique qu'il soit à la base, ne les intéresse que pour se vendre aux plus offrants et aux électeurs et citoyens les plus naïfs. On pioche à gauche et à droite, mais le modèle du monde que l'on a est totalement dicté par les industriels, point.

 

Quant à Macron, qu'en dire ?

 

https://francais.rt.com/international/53614-face-gaulois-refractaires-macron-vante-danois-peuple-lutherien-ouvert-changements

 

Pur mépris pour ses électeurs et pour le peuple qu'il est censé gouverner. Ça se passe presque de commentaire, mais ce genre d'essentialisme extrêmement méprisant pour un peuple de gaulois (donc d'arriérés) réfractaires (donc bornés) mérite d'être cité et étalé, pour voir encore une fois le bon visage du vendeur sur pattes érigé en président de la république, affichant le véritable respect qu'il a pour ses « clients », ce peuple d'ingrats qui ne veut d'aucune réforme, en tout cas surtout pas des siennes. Cela n'apporte certes pas grand chose en soi à mon sujet, mais je trouve tout de même bien utile de présenter une foi de plus le portrait-type du politicien porteur d'un projet politique « ni-gauche, ni-droite, tout pour la finance ».

 

Et cette finance, ce n'est plus seulement des banques et des actionnaires, mais aussi celle des transnationales trop puissantes pour même dépendre de leur actionnariat, je pense bien sûr aux GAFA dont il a déjà été question récemment. De ce côté là, c'est encore plus probant, lorsqu'on a les yeux en face des trous.

 

https://francais.rt.com/france/53617-censure-sur-internet-touche-autant-gauche-que-droite

 

Je l'ai déjà dit dans un de mes tous récents articles, les GAFA censurent aussi bien à droite qu'à gauche, et cet article ne fait que le rappeler. Le suivant, par contre, le démontre de l'intérieur :

 

https://francais.rt.com/international/53619-salaries-facebook-se-plaignent-probleme-diversite-politique

 

Ainsi, ces boîtes laisseraient trop de place aux idéologies de gauche. Normal, nous sommes dans la silicon valley, territoire inexpugnable du gauchisme le plus caricatural, le plus irréaliste et le plus délirant, capitale universelle du progressisme LGBT à tout crin, idéologie idiote qui est en train de pourrir l'esprit surtout de ceux qui en sont les plus captifs, mais pas seulement, malheureusement, et qui par la même occasion ridiculise les idéaux de gauche. Il est d'ailleurs navrant de voir même Besancenot, après avoir brillamment attaqué Macron et Mélenchon sur une chaîne de télé, se vautrer dans l'anti-racisme le plus bête, paraissant décontenancé par les évolutions récentes de l'opposition à l'immigration incontrôlée jusqu'au sein de l'extrême gauche. Sa réaction « jusqu'à présent, ça ne faisait pas partie de notre logiciel », sous entendu « il faudrait savoir »... C'est bien beau de vouloir porter un logiciel, moi je croyais que l'humain était, justement, autre chose qu'une IA ressassant son programme... Qu'on me comprenne bien : je suis contre le racisme aussi, mais je ne vois pas pourquoi il faudrait avoir une position inaltérable sur différents points idéologiques, surtout lorsque cette idéologie est rongée de l'intérieur et ne tient aucun compte des évolutions du réel dont je parlais plus haut. Être opposé à une immigration irraisonnée n'empêche pas d'être contre le racisme, n'empêche pas de respecter les immigrés, il y a confusion de principes... Et être « internationaliste » comme Besancenot se réclame de l'être ne doit pas conduire à être sourd et aveugle aux manipulations autour du multi-culturalisme qui n'est rien d'autre qu'un intérêt du grand capital qu'un Besancenot prétend combattre. Sans être du tout un défenseur du « chacun chez soi », et plutôt partisan du partage des richesses et de la liberté de mouvement, je prend conscience que ces choses peuvent être instrumentalisées et détournées jusqu'à aller contre les intérêts de ces populaces qui « migrent » en étant bien souvent la proie des marchands d'esclaves, avant de devenir les serfs des entreprises occidentales. Je ne suis pas à même de juger s'ils seraient « mieux chez eux », mais je me demande s'ils seront « bien chez nous » et aussi si nous serons bien ensemble ici. Ne sont-ce pas des questions légitimes que tout un chacun devrait être autorisé à se poser (peut-être que s'autoriser à se poser à soi-même est d'ailleurs déjà le premier barrage chez beaucoup qui en effet ne font qu'exécuter un programme/logiciel politique familialement conditionné...), sans être accusé d'être brun-rouge, facho ou je ne sais quoi ? Se poser en défenseur de l'humanité et accueillir sans distinction ni réflexion ne suffit pas. Je fais un principe de mon humanisme et de mon humanité, mais je me refuse à ce qu'il soit manipulé pour d'autres intérêts que l'humanisme par des plus puissants que moi, qui propagent leurs idées par les médias qu'ils possèdent, et utilisent ces « idées » pour matraquer moralement ceux qui sont en dessous. Et je dénie totalement que cela fasse de moi un odieux « facho de droite ».

 

 

Allons encore plus loin

 

On a vu que les valeurs d'un « camp » comme de l'autre peuvent être détournées ou même piratées, et qu'un esprit libre devrait être capable de faire la part des choses sans s'enfermer dans un camp, ni tomber dans le piège du « centrisme » qui, en fait, n'est rien de plus qu'un nihilisme apolitique sans véritable souci des peuples.

 

Maintenant essayons de regarder de plus près ce que sont vraiment ces idéologies de droite et de gauche que l'on a actuellement.

 

D'abord, il s'agit surtout d'étiquettes pour défendre son camp et déstabiliser l'autre camp, et dans ce registre, les politiciens ne s'embarrassent pas de scrupules, comme François Hollande, à gauche sous Mitterrand, se faisant passer pour un homme de droite, puis élu quelques décennies plus tard, se fait passer pour un homme de gauche, tout en menant l'une des politiques les plus à droite qu'on avait jamais vues :

 

https://www.les-crises.fr/quand-francois-hollande-se-faisait-passer-pour-un-leader-de-la-droite/

 

Si vous ne voyez pas encore que les deux idéologies « résolument opposées » sont en fait solubles l'une dans l'autre, ça va être difficile de vous le faire saisir après ça. En effet, Hollande ne s'est pas contenté de jouer sa partition dans un complot, il a joué toute sa carrière sur la confusion entre gauche et droite, comme en témoigne son parcours politique et son bilan de président. Ce n'est pas tout de dire qu'on se rendait bien compte qu'il menait une politique de droite. Encore faut-il réaliser qu'il n'existait pas de politique de gauche qui puisse être menée. Nous avons en fait juste les décorums et colifichets qui évoquent ces idéologies mortes, dont on lit dans tous les médias depuis l'élection de Macron qu'elle « n'est pas dépassée ». Si elle ne l'est pas, quel besoin a-t-on de l'affirmer et de le démontrer ? Il y a vraisemblablement un besoin de perpétuer l'illusion chez les masses votantes, surtout après le déni affiché par l'élection de Macron... Il est vrai que la question ne se serait pas posée si Marine Le Pen avait été élue, on aurait même parlé de « la montée des extrémismes et des intolérances », mais voilà, elle ne l'a pas été, et les haines sont tout aussi instrumentalisées que les croyances dans une véritable idéologie politique macronienne, qu'elle soit « centriste » ou encore ni gauche ni droite, c'est à dire « rien-du-toutiste ».

 

A propos de ce faux combat gauche-droite, un récent article de brandon Smith m'a quelque peu irrité, car il agite sans arrêt ce fanion rouge du combat contre l'opposant « marxiste, progressiste, gauchiste, etc. » Bref contre l'idiot de gauche. Et là je pense qu'il est utile de s'arrêter sur quelques passages, pour démonter ce discours, cette auto-conviction qu'il y a bien un ennemi, et que cet ennemi est à l'opposé du spectre politique.

 

http://versouvaton.blogspot.com/2018/08/les-forces-et-les-faiblesses-des.html

 

Smith commence dans son introduction par parler du faux paradigme gauche-droite. Bon point pour lui et il a parfaitement raison de dire que la gauche est aussi bien que sa droite manipulée et instrumentalisée. Il pourrait, à mon sens, s'arrêter sur ce constat, et se demander si ce paradigme a réellement un sens, s'il en a déjà eu, ou s'il en a encore. Cela équivaudrait bien sûr à jeter aux ronces son partisanisme de droite, et de là, son discours est entièrement faussé par son parti pris et par un relatif manque de distance, même si cet article a le mérite de remettre certaines choses en perspective tout de même.

 

Je ne suis bien sûr pas d'accord avec lui quand il affirme que le clivage est historique et irréductible, je crois plutôt qu'il a toujours été guidé dans des couloirs à bestiaux par une oligarchie voulant rendre le débat politique plus manichéen qu'il ne devrait être, mais ce n'est pas ce qui me dérange dans son propos.

 

Il a également raison de mentionner que chaque camp peut tomber dans un fanatisme malsain. Justement, c'est par une attitude raisonnée que nous pourrions... faire s'écouter les partisans des deux camps, au lieu de ces ridicules guerres de tranchées idéologiques, de ces faux-débats télévisuels qui mettent en scène la confrontation et les points de clivage au lieu de mettre en exergue les points de convergence possibles. Et c'est là qu'on tombe dans la dérive peu lucide du point de vue partisan de Smith, qui veut absolument que l'adversaire soit le camp opposé, alors qu'il sait que ce n'est pas le cas... que le véritable ennemi est « au-dessus ». Comme il est difficile de se défaire de ce genre de posture partisane...

 

« C’est pourquoi la gauche politique semble s’organiser beaucoup plus efficacement que les conservateurs dans de nombreux cas. Alors que les conservateurs s’engagent dans des débats internes les uns avec les autres sur les principes et les solutions pratiques, les gauchistes sont beaucoup plus déterminés dans leur quête d’influence sociale. »

 

Smith déplore que la droite se perde dans les conflits alors que la gauche serait unie. Est-ce une farce ? Ce qui définit le mieux la politique à l'heure actuelle, c'est l'énergie perdue dans les luttes intestines, justement, et s'il est vrai que la droite ne donne pas sa part aux chiens en la matière, vous avez déjà vu une gauche unie, vous ? Puis, qu'est-ce que c'est que la gauche, aux USA ? Clinton, Obama ? Soyons sérieux, ces « progressistes » sont de centre-droit, voire de droite ferme, et le progressisme qu'ils mettent en avant n'est rien d'autre que cette parodie de respect des minorités qui ne se manifestent socialement que par la bien-pensance, le politiquement correct et une forme vicieuse de terrorisme intellectuel et même plus qu'intellectuel puisqu'il est moral, émotionnel, quasi-spirituel. Non, ce progressisme n'est que de façade, c'est le pire de la gauche, mais c'est une façade qui est vivement colorée de manière à faire croire à une vision politique de gauche. Les USA sont un pays qui autorise le port d'armes, recordman de la population carcérale utilisée dans un esclavagisme moderne absolument éhonté, n'a pratiquement pas de politique sociale ni de santé... Qu'on cesse de dire que ce pays est gangrené par une gauche qui serait « trop puissante et trop bien organisée ». J'en ai vraiment des crampes à l'estomac. On parle du pays totalement dominé par les néo-cons, c'est à dire... les conservateurs. Que Smith trouve que ce n'est jamais assez le regarde. Mais quelle distorsion dans la perception des choses...

 

Il est vrai qu'on parle du pays qui est le plus exposé à sa propre propagande, qui est avant celle d'Hollywood, et on l'oublie trop souvent puisque cet acteur de la propagande est d'abord étiqueté comme producteur de divertissement, mais quoi de plus normal dans la société du spectacle ?

 

https://www.les-crises.fr/la-fabrique-de-lennemi-par-le-cinema-americain-avec-pierre-conesa/

 

Un Hollywood né de l'idéologie de la silicon valley, celle instrumentalisée par les créateurs mêmes de la propagande (Bernays), avec son paravent de tolérance raciale et sexuelle, et son idéologie totalement libérale qui a permis les plus grandes réussites et les plus grands abus du capitalisme monopolistique. Il est vrai qu'il est difficile de percevoir cela quand on est conditionné à une façon donnée de voir les choses et que l'on a été matraqué par Hollywood toute sa vie. C'est un fait : Hollywood vend au monde le rêve américain fait de héros, de monnaie, de violence, de guerre, et le progressisme n'est vraiment qu'un beau vernis destiné à rendre tout cela acceptable et même souhaitable. Il faut vraiment avoir une sorte d'idiotie dirigée pour ne pas voir que, si ce progressisme émerge bien des milieux gauchistes californiens notamment, il a depuis été totalement réformé et renversé par le système qui, on le sait, sait parfaitement récupérer les idées qui, au départ, le menacent. Aussi, la contestation du système aux USA a essentiellement dérivé vers une pure hystérie réellement pathologique qui ne s'occupe plus de politique, mais veut juste se venger du mâle blanc dominateur, tout en profitant les acquis que la société coloniale et oppressive américaine a su produire... Encore une fois, il est facile de rendre les choses plus manichéennes qu'elles ne sont. Plus difficile de saisir que le véritable problème n'est pas qu'à gauche tout le monde serait con, et à droite méchant.

 

Le fait est que, pendant que les luttes intestines se déroulent dans les partis, les véritables pouvoirs du monde ont le champ d'autant plus libre... La division qui a eu lieu au sein des couches populaires s'est retrouvée jusque dans les partis. Raison de plus d'en finir avec ce stupide partisanisme qui nous fait perdre tellement de temps, et qui me semble plus nuisible qu'utile.

 

Pour enfoncer le clou quant à l'absurdité de ce clivage, rappelons qui est à la manœuvre du côté progressiste du lobbying politique intensif :

 

http://www.dedefensa.org/article/soros-supremaciste-censeur-diaboliques

 

Soros et sa nébuleuse d'ONG pourries dont je continue de recevoir les mails, aux messages toujours aussi caricaturaux, mais sans doute toujours aussi efficaces sur des masses abruties qui croient réellement que le progressisme vendu par ces ONG est autre chose qu'une manière de les acheter à des causes perdues et totalement annexes du véritable combat qui se joue. On détourne ainsi leur argent et leur attention, on leur donne l'impression d'être utiles et de faire le bien. Voilà le vrai visage du « progressisme » actuel que Smith perçoit comme une menace gauchiste. C'est une menace, certes, mais elle n'est pas gauchiste. Elle est « internationaliste », comme dirait Besancenot. Universaliste, mondialiste, globaliste, c'est pareil. Et s'il y a encore des gauchistes qui croient qu'on peut mettre tous ces termes ensemble (ceux que je viens d'écrire et toutes les pseudo valeurs hystériques du pseudo-progressisme moderne), c'est qu'ils ont été longuement abîmés par un discours trompeur et idéaliste. On peut défendre l'humanisme sans se tirer une balle dans le pied. On peut valoriser l'altérité, l'altruisme et l'humanité sans faire en sorte que tout le monde soit, à la fin, le dindon de la farce mondialiste. Plus encore, je crois à un mondialisme possible, respectueux de l'humain et des diversités, mais il reste à inventer et n'a pratiquement rien en commun avec le Monstre qui se met en place actuellement, et dont la résultante logique, si l'on prolonge le mouvement actuel de l'histoire, va vers une termitière planétaire à la Huxley. Si je rejoins donc Smith dans sa lutte contre le mondialisme, je refuse en revanche l'idée que le gauchisme soit à la manœuvre de ce mondialisme, ou alors c'est une forme totalement tératogénique du gauchisme, qui est effectivement à combattre et à éradiquer.

 

Enfin, avant de conclure cet article, je propose ce texte de J.H. Kunstler, à droite mais généralement bien plus inspiré que Brandon Smith, dont les propos lucides se font rares.

 

http://versouvaton.blogspot.com/2018/08/gros-plan-et-zoom-long-terme.html

 

Kunstler nous parle d'une manifestation où il dépeint bien mieux que Smith les travers de ce gauchisme dégénéré qui n'a heureusement pas capté tout le monde à gauche non plus. Il remarque surtout, avec bien plus de hauteur, que le vrai problème est ailleurs :

 

« Les présentateurs de la télévision par câble avaient lancé les appels habituels à « l’unité nationale », exhortant le président Trump à sortir de son bunker de golf à Bedminster, New Jersey, pour « rassembler le pays », une proposition tristement sotte. Il n’y a rien pour s’unir à l’intérieur. Il ne reste rien d’une culture commune américaine à part quelques films de Disney et c’est loin d’être suffisant. C’est ce qui se produit lorsque vous optez pour le multiculturalisme comme principe politique numéro un. Il nie automatiquement les valeurs communes, alors pourquoi s’attendre à un accord entre les groupes qui se disputent la domination ? »


Ce manque d'unité nationale est bel et bien le produit d'une dynamique qui vient d'en haut, de gens dont les préoccupations sont tout sauf gauchistes, mais qui ont bien su utiliser les préoccupations humanistes des gens pour mieux les manipuler tous. A gauche on fait croire à une justice sociale illusoire et délirante, à droite on fait croire que la justice sociale n'est rien de plus qu'une hystérie gauchiste. Quoi de mieux pour ridiculiser le concept même sur le long terme ? A gauche on ne pourra que se réveiller avec la gueule de bois pour avoir cru à des conneries pareilles, tandis qu'à droite on est totalement focalisé contre ces conneries dangereuses, puisque ç'en sont effectivement, et que leur seul résultat n'est que d'éveiller les haines qui demeuraient endormies, à gauche, sous un agréable vernis de tolérance de toutes les différences. On tolérera beaucoup de différences, certes, mais pas beaucoup de points de vue à propos de ces différences, et encore moins d'actes à propos de celles-ci. Ce qui n'empêchera pas de transformer les antifas en fachistes de fait, à travers leurs actions impardonnables qui mettent le feu aux poudres au lieu d'organiser le respect mutuel. Comme quoi l'extrémisme est décidément la plus mauvaise idée dans le monde actuel.

 

 

 

Conclusion

 

Bon. Faut-il être idiot pour croire que l'humain peut surmonter ses désaccords et faire preuve de raison pour dépasser un clivage aujourd'hui largement fabriqué ? Probablement. Il y a à n'en pas douter des désaccords irréductibles, des points de vue irréconciliables. Néanmoins, tout irait mieux si la politique n'était pas menée par des techniciens et les idéologies qui importent dans les choix civilisationnels guidées et imposées par des énarques, des journaleux et autres convertis à la religion du marché, qui tire sa puissance des plus hautes sphères de l'industrie et de la finance. Ça fait belle lurette que la politique n'est plus faite par des hommes de conviction, mais entièrement téléguidée par des pouvoirs bien au-dessus d'eux.

 

Et pourtant, c'est précisément à cause de cela que je crois que nous pouvons et devons dépasser le clivage actuel. Les idéaux politiques sont une chose, la réalité en est une autre, qui elle seule devrait mettre les premiers à l'épreuve. Voilà une démarche qui serait non seulement rationnelle, mais qui aurait le mérite de nous sortir tous de l'ornière due au paradigme actuel que je viens de décrire. En effet, loin du « macronisme » (c'était déjà beaucoup de parler de « hollandisme » au sujet de quelqu'un qui n'avait aucune autonomie de pensée ni d'action, mais alors de Macron, c'est vraiment beaucoup d'honneur à faire à un type totalement fabriqué et sorti de nulle part, juste bon à sortir de belles phrases lénifiantes et autres provocations convenues de pseudo-lettré ici et là, tout en servant ses maîtres) qui n'est rien de plus que l'avènement le plus absolu du nihilisme politique propre à l'époque actuelle, il est possible de se réunir et de mettre nos idées en commun, quitte à ce que chacun réalise son truc « dans son coin », puisque certains principes sont en effet irréconciliables. Mais il y a une priorité : sortir de la division dans laquelle on nous a mis, et je ne vois pas d'autre alternative. A défaut, nous continuerons notre chemin dans notre samsara politique, ce qui est de très loin l'éventualité la plus probable.

 

Il faut réaliser que ce clivage n'a comme seule utilité que d'organiser l'impuissance politique, et de chapeauter des peuples qui auraient pu, autrement, apprendre divers chemins vers l'autonomie. Croire que l'immigration est belle ou qu'elle est laide n'a d'importance que dans un système où l'on est captif de décisions sur lesquelles on n'a quasiment aucune prise. Vous ne pouvez accepter ou refuser les étrangers chez vous (ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres, mais il est particulièrement prégnant au moment où je parle) que si vous avez une capacité d'autonomie et de décision dans ce chez vous.Cela signifie clairement que, souverainiste ou populiste, personne n'a entièrement tort, et tout le monde a toujours raison de vouloir s'émanciper de ce système qui n'entend personne, et qui veut mettre en place son Monstre. Un autre mondialisme pourrait être possible comme je l'ai dit plus haut, mais je ne me positionne pas en alter-mondialiste. Je crois, et c'est sans doute un point de vue assez peu original pour un anarchiste non-politisé extrêmement défiant envers tout système de domination, que la priorité est l'émancipation, soit l'exacte contraire de ce qui est proposé ou plutôt imposé à l'heure où j'écris.

 

En conséquence, je persiste à croire que le vrai clivage est patent et perceptible par les sens primaires de toute personne acceptant de les faire fonctionner correctement, avec les yeux en face des trous et le cerveau en état de fonctionnement, et qu'il s'agit de la rupture entre les élites financières et le reste du monde, qui continue d'exercer sa servitude volontaire envers les premières...

 

Il y a bien peu de valeurs universelles qui méritent absolument de s'imposer aux autres, et je crois que la première est la Paix... puisse l'humanité le réaliser, un jour ou dans 1000 ou 100 000 ans...

 

Et puisque je parlais d'émancipation, un dernier lien pour finir et vous laisser sur une conférence gesticulée (truc bien de gauche, donc) :

 

 

Vidéo youtube : régine mary "sainte iso protégez nous"