Un autre aspect de mes réflexions sur ce qui m'apparaît actuellement comme un tournant dont les conséquences restent encore à observer concerne le décalage entre les élites et la masse. Ou, autrement dit, les privilégiés et le peuple.

 

Le refrain contre le « populisme » est désormais bien installé comme une ritournelle sans fin de notre mal nommée élite. Il rejoint d'autres chansons sur « le complotisme ou la complosphère », « l'extrême-droite », « le fachisme ou la fachosphère », « les rouge-brun », « l'antisémitisme ambiant » et j'en passe. Tous ces termes sont pratiques. Ils ne désignent personne en particulier, ils ne sont pas définis par un mouvement politique ou citoyen en particulier. On peut les appliquer n'importe quoi, et n'importe qui peut s'en retrouver affublé, si cela est jugé opportun pour discréditer telle personne, tel parti, tel mouvement. Les gilets jaunes ont eu droit à tout cela et même à plus, puisqu'ils sont aussi des beaufs, des fumeurs, des consumeurs de diesel.

 

Bon, peut-être. Mais tous ces salauds là, ce sont ceux qui nourrissent ceux qui leur chient sur la tête à longueur de temps. Y en a marre des pauvres, comme dirait l'autre.

 

Mais le problème c'est que ce sont ces pauvres qui font la société. Ces classes moyennes en cours de paupérisation qui rejoindront très vite les classes populaires dans leur dénuement qui aujourd'hui, en plein cœur de l'occident émetteur de richesses comme jamais, reviennent de plus en plus à une misère à l'ancienne, jusqu'à alors seulement encore connue dans les recoins les plus pauvres du monde. Le nivellement vers le bas est en cours, les français, habitants d'un des pays les plus riches et plus enviables du monde si on en juge par l'immigration qu'il connaît, ne pourront bientôt plus se chauffer ou avoir l'électricité. Cette réalité concerne un nombre grandissant de personnes qu'il devient naturellement plus difficile de faire taire ou de calmer par de belles paroles.

 

Nos privilégiés au pouvoir, ceux qui prennent les décisions aimablement pour nous, sont des techniciens de la parole et de l'hypnose. Enlevez leur cela et ils n'ont plus rien. Ils ne sont plus rien. Mais ils peuvent encore prendre le TGV tous les jours et donner des leçons. Sauf que plus grand monde n'en tient compte. Les gens ont de moins en moins de marge de manœuvre. Il se dit que le gaz, et même le loyer, sont des catastrophes sociales qui n'attendent que d'exploser. Le français ne sait pas vivre autrement qu'il l'a toujours fait, et c'est bien beau de parler de confort à des gens qui limitent leur chauffage et se privent de tel ou tel « bienfait » de la société de consommation juste parce que ce n'est tout simplement plus à sa portée. C'est évident qu'on ne peut pas faire la leçon à celui qui ne peut pas faire mieux sans qu'il ne prenne de travers.

 

Je me gaussais l'année dernière du fait que l'électeur mélenchoniste était, d'après les sondages, essentiellement motivé par « le pouvoir d'achat », seul pouvoir qui lui reste. Mais on peut reformuler les choses. Ce que veut l'habitant de la France n'est pas nécessairement « pouvoir acheter » des babioles inutiles à longueur de temps, mais déjà « pouvoir acheter » la nourriture et les biens essentiels jusqu'à la fin du mois. Sans parler de remplacer ce qui tombe en panne, réparer la voiture nécessaire pour le « gagne-pain » auquel la vie moderne le condamne, etc.

 

Bref, je ne vais pas me faire l'avocat des gilets jaunes. Ils sont déjà assez bien soutenus, mais, malgré les solidarités qui se manifestent un peu partout, ce n'est pas encore assez. Cette populace à la perspective de plus en plus miséreuse est toujours dirigée par une clique de privilégiés qui n'en fait qu'à sa tête et qui veut que la première mange de la brioche.

 

Ils « tiendront le cap » contre vents et marées (la marée, c'est nous), ils feront glisser leur navire au fioul sur nos têtes et qu'on la ferme un peu.

 

Sur la migration aussi. L'ONU veut qu'on accueille la misère du reste du monde aussi, pour tenir mieux compagnie à la nôtre, car nous sommes miséreux, mais des miséreux riches, moins miséreux que les plus miséreux, invités à partager la nôtre pour enfin connaître une misère moins grave que chez eux. Certes, on les comprend. On ne voudrait pas vivre dans des pays en guerre. Mieux vaut s'exiler chez les fauteurs de guerre. Situation super-ubuesque d'une planète mondialisée, bientôt entièrement tiers-mondisée.

 

https://francais.rt.com/international/55729-pacte-onu-sur-migration-mondialistaion-travailleurs-est-elle-marche

 

Même Hillary Clinton arrive à comprendre et à dire que l'Europe a peut-être fourni sa part dans le domaine :

 

https://francais.rt.com/international/55731-pour-combattre-populisme-hillary-clinton-recommande-europe-maitriser-immigration

 

Et que le but soit de combattre l'ascension du « populisme » n'y change rien. L'opportunisme politique n'est qu'à la hauteur de la crainte qu'ils manifestent par ces aveux à demi-mots. Ils savent que la situation sera tôt ou tard hors de contrôle, socialement et économiquement, et cela commence à se voir.

 

Là aussi, le monde politique commence à sortir du pseudo-clivage maintes fois dénoncé sur ce blog. Collomb, proclamé socialiste, affirme que la situation peut encore être rattrapée si on s'y prend tout de suite, sinon...

 

https://www.lyoncapitale.fr/politique/immigration-et-insecurite-les-sombres-predictions-de-collomb/

 

Idem un peu partout. LFI se dispute sur ce sujet en interne, à droite on a bien sûr saisi cette opportunité politique depuis longtemps, et des partis politiques partout en Europe émergent sur cette seule problématique. On peut traiter les gens de « populistes » et de « fachistes » pendant un certain temps quand ils répondent mal au fouet, mais au bout d'un moment il faut bien prendre en compte les demandes qui deviennent trop envahissantes, si j'ose dire.

 

Ne nous leurrons pas. Tout ça n'est que stratégie et manœuvre politique. La manne électorale est objet de convoitise, point final. Il faut créer les points d'achoppement politiques ou se saisir de ceux qui émergent. Nous sommes dans l'univers du cynisme où seule une très petite fraction des privilégiés au pouvoir n'ont d'autre préoccupation que de se maintenir dans leurs privilèges comme le salaud de pauvre au chômage n'a comme seule préoccupation que de se nourrir à la fin du mois. Le vrai clivage il est là, sauf que nous avons avec cette fracture horizontale (en ce sens qu'elle sépare le haut et le bas) ceux du haut qui légifèrent pour eux, et ceux du bas qui rafistolent leurs chaussures. Ils iront de moins en moins aux urnes. Ça use les semelles.

 

Un très bon article qui décrit très bien ce problème et pose des jalons :

 

https://www.les-crises.fr/la-secession-des-elites-ou-comment-la-democratie-est-en-train-detre-abolie-par-coralie-delaume/

 

C'est une évidence usée aussi que de dire que le peuple n'est jamais représenté, mais ça fait toujours du bien de le rappeler.

 

Dans ce contexte, dedefensa nous rappelle les propos de Bourdieu en 1995 lors de la grève des cheminots, qui sont tout à fait d'actualité :

 

http://www.dedefensa.org/article/bourdieu-et-les-grevistes-face-au-gouvernant-de-droit-divin

 

 

Le problème est en effet resté le même et s'est aggravé : les dirigeants vivent sur un nuage, et pour la plupart, sortent d'écoles n'instruisant que des privilégiés, déjà à la base. Ils sont, de la naissance à la mort, en grande partie coupés du monde réel. Il est d'autant plus insupportable, quand on est tout au bas de l'échelle, de recevoir des leçons de ces gens là, mais je statue sur l'évidence... Une évidence qui ne se voyait pas tant que ça jusqu'à récemment, la soumission bovine demeurant la règle, et peut-être appelée à le redevenir, mais jusqu'à un certain point.

 

Il est aussi bon de dire que rien ne distingue le privilégié des autres, sinon son privilège, acquis souvent par la naissance. Or, la naissance, dans le contexte laïc du monde occidental, n'a rien de sacré. Elle ne s'explique que par la chance. Il faudrait qu'ils aient cela bien à l'esprit, car la chance peut susciter bien des jalousies et parfois même bien des vengeances, mais cessons-là, je ne tiens pas à m'improviser comme Machiavel de service.

 

Ainsi je vais simplement conclure par quelques liens qui, à mon avis, participent du sujet. Récemment la question de la surpopulation a suscité quelque discussion sur le blog, alors j'alimente :

 

http://versouvaton.blogspot.com/2018/10/un-choix-entre-mad-max-et-hunger-games.html

 

http://versouvaton.blogspot.com/2018/11/pourquoi-la-surpopulation-est-elle.html

 

Pour moi, parler des problèmes sociaux, politiques, économiques et énergétiques actuels et faire l'impasse sur la question de la surpopulation, c'est tout simplement passer à côté de son sujet. Dans son article, Ugo Bardi explique qu'eu égard à certaines données, 3 milliards d'êtres humains pourrait être considéré comme une limite raisonnable, sauf qu'il ne fait aucun doute qu'il est illusoire de vouloir maintenir cette limite, qui irait avec un certain nombre d'inconvénients également, et maintenant que nous nous apprêtons à atteindre peut-être le triple, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'explosent toutes sortes de problèmes liés de près ou de loin à la condition humaine dans ce qu'elle a de plus dramatique et de moins enviable. L'âge des philosophies et des philosophes me semble révolu. Nous sommes à l'ère des techniciens, des gestionnaires, des avocats et des experts en tous genres qui sauront vous dire de quoi vous avez besoin et vous expliquer comment vous en passer (Coluche).

 

 

Dans son troisième épisode de son éloge de l'irresponsabilité, Orlov pose des problématiques similaires :

 

http://versouvaton.blogspot.com/2018/11/eloge-de-lirresponsabilite-partie-3.html

 

En l'occurrence, il nous dit l'inverse de ce que disent nos dirigeants. À savoir que nous ne sommes pas responsables de l'état du monde, et qu'en tout état de cause il est stupide de se culpabiliser pour l'écologie, le climat, la surpopulation, et tout ça. Et il parfaitement raison. Les solutions à ces problèmes si elles existent sont politiques, et elles sont à la fois détournées et verrouillées, comme nous l'avons vu dans la première partie, pour maintenir en l'état le système en place, pourtant lui responsable de ces problèmes, et largement hors de portée de nos actions individuelles. Tout ce que nous pouvons donc faire, c'est dénoncer les mensonges de ceux qui veulent nous mettre sur le dos ces problèmes et nous les faire payer, et vivre comme nous le pouvons. Nous vivons dans un système cynique et dément. Lui accorder notre attention quand il nous pointe du doigt pour nous spolier davantage, c'est dire « merci » à son bourreau.

 

Pour finir, un dernier lien que j'ai trouvé fondamental et que j'ai aussi ajouté dans la liste des liens importants du blog :

 

https://www.les-crises.fr/la-dictature-dont-vous-etes-le-heros-prive-2-dessert/

 

Cette vidéo, absolument excellente et implacable dans son argumentation, remet un peu les choses à l'heure, concernant notre société « numérique ». Si nous ne sommes pas responsables de l'état du monde, nous avons en revanche une responsabilité dans le fait de laisser empirer l'état de celui-ci alors que nous voyons et comprenons comment les choses se passent. La dictature numérique, qui servira la dictature pseudo-écologique dont je parle, puisqu'elle enregistrera vos modes de consommation et vous forcera implicitement à être conformiste, et créera un monde tout à fait digne de « Minority report » ou de « Substance Mort » décrits par P.K. Dick. Dans substance mort, le personnage principal est littéralement son propre espion, et en vient à se soupçonner lui-même en se filmant pour voir à quel moment il fait certaines choses louches... Version folle et drôlatique des contre-utopies imaginées par Orwell ou Huxley, qui utilisent aussi l'auto-contrôle par divers moyens : le langage, la drogue, la famille, les caméras, etc.

 

Mais une autre question subsiste à mes yeux : avons-nous vraiment le pouvoir de nous opposer à ce totalitarisme numérique quand il s'impose à nous par tous les moyens et par toutes les directions à la fois ? Je veux parler des smartphones de plus en plus omniprésents au détriment des cabines téléphoniques, des transactions et actes administratifs qui se font désormais tous par internet, l'imposition des cartes bleues, des identifiants électroniques, la surpuissance des GAFAM. Je ne comprends pas comment on peut tomber à un tel point dans la dépendance à toutes ces nouveautés, fuyant facebook et l'hypertechnologie, mais n'est-ce pas juste un biais de perception générationnel ? J'ai un ami qui refuse internet, je ne regarde jamais la télé, mais je suis tout de même largement présent sur le net, je suis né avec les jeux vidéo et j'y passe énormément de temps, etc. Est-il donc blâmable ou surprenant que la jeune génération soit quasiment greffée aux smartphones et aux objets connectés ? Que peuvent-ils, que pouvons-nous, faire contre ça ? Je laisse la question ouverte...

 

Pour conclure ces deux articles, je veux encore inciter à la prudence. Le mouvement des gilets jaunes secoue les lignes, et marquera l'époque, laissera des traces. Mais quoi ? Il se peut parfaitement qu'il ne puisse endiguer la marche forcée vers un totalitarisme à la fois numérique et pseudo-écologique, qui formera alors une sorte de nouvelle religion non-avouée comme telle, engendrant un nouveau conformisme, de nouveaux codes de société toujours plus déments, toujours déconnectés de la réalité de la biologie humaine, accélérant la tendance à la multiplication des pathologies mentales, et classant comme reliques du passé tout ce, et tous ceux qui n'auront pas pris en marche le train de la technologie et de la moraline pseudo-écolo qui gangrène déjà la société globalisée actuelle.

 

Je dirais aussi en effet, comme Orlov, qu'avoir une conscience écologique ne doit pas justifier d'être instrumentalisé par le pouvoir ni je ne sais quel parti politique d'opportunistes qu'ils soient sortis de quelque part ou de nulle part. Aujourd'hui, la conscience écologique me semble la religion qui manipule les masses mieux que n'importe quoi auparavant. La conséquence de cette religion n'est pas une amélioration de la condition écologique de l'environnement et au contraire, et en cela, il serait mieux de la laisser au placard comme toutes les autres religions. Mais ce souhait est un faible espoir, dans un monde où certaines religions du passé gagnent de nouveau du terrain... et où j'observe que le catholicisme serait vu par certains comme un rempart contre les maux qui surgissent ou resurgissent. Triste époque, honnêtement, où les Lumières ont échoué, vautrées dans leur zététisme de pacotille, et où l'obscurantisme resurgit. Je t'en foutrais du nouvel âge...

 

Allez, sur ce, n'oubliez pas, vous n'y êtes pour rien, vous faites de votre mieux. L'essentiel est de rester lucide, car la lucidité nous protège de la mélasse pseudo-intellectuelle, pseudo-spirituelle et pseudo-écologique. J'appelle ça de l'écologie mentale.