Tout à l'heure j'ai vu une image de chars en Syrie, et j'ai cru que c'était la France. Voilà où nous en arrivons...

 

Il y a énormément d'articles sur les gilets jaunes partout sur le net en ce moment, donc je ne voudrais pas trop en rajouter. Dans celui-ci, je me bornerai à pointer les excès du gouvernement en matière de « sécurité » et de violence, et de commenter la novlangue qui va avec. J'avais pensé à tourner tout ça en forme de parodie parce que ça fait du bien de rire un peu en ces périodes de tension, mais je trouve quand même difficile d'aller à la gaudriole quand des gens perdent leur main, leur œil, et j'en passe...

 

Tout d'abord, la vidéo à voir, sur ce sujet, sur la chaîne du média, qui fait un énorme boulot autour des gilets jaunes actuellement, et dont je m'étonne qu'ils n'aient pas encore été pointés du doigt pour partisanisme envers les gilets jaunes, ou pour financement en sous-main par les russes ou les italiens (Marlène Shiappa a accusé l'Italie de peut-être soutenir la cagnotte du boxeur Dettinger) :

 

https://www.youtube.com/watch?v=lp1LoauFhds

 

Vidéo youtube : GILETS JAUNES : DES VIOLENCES POLICIÈRES JAMAIS VUES - DAVID DUFRESNE

 

 

Cette vidéo est incontournable pour s'informer sur le sujet, j'aurai prévenu.

 

Maintenant voyons un peu la rhétorique gouvernementale et pro-gouvernementale pour soutenir la violence :

 

https://francais.rt.com/france/57601-griveaux-apporte-son-soutien-est-republicain-tacle-rt-france

 

https://www.laprovence.com/actu/en-direct/5315415/gilets-jaunes-pour-luc-ferry-il-faut-que-les-forces-de-lordre-se-servent-de-leurs-armes.html

 

Alors on nous parle « d'ultra-violence » pour une porte défoncée et on nous dit que la réponse devra être proportionnée par une « ultra-sévérité », qu'est-ce à dire exactement ? Et bien il faut sans doute comprendre que défoncer une porte est beaucoup beaucoup plus violent que casser une vitrine, d'une part. Et d'autre part qu'un ministère est un sanctuaire sacré qui justifie de remplir les prisons plus qu'elles ne le sont déjà. Je ne cite pas les chiffres des arrestations depuis le début du mouvement, c'est du jamais vu, mais on veut aller encore plus loin... parce que le danger se rapproche... Tout simplement. Quant à Luc Ferry, il s'est repris ensuite, affirmant qu'il parlait « bien entendu » d'utiliser des armes non-létales, etc., mais bon, n'est-ce pas déjà le cas, au fait ? Combien d'yeux et combien de mains perdus, de mâchoires brisées, partiellement arrachées et d'autres fractures ont donc déjà été causés par ces armes « douces » ? On en redemande des cajoleries policières.

 

Il est vrai qu'ils ont bien le droit de se « défendre », mais la première vidéo montre bien que ce n'est pas exactement ce qu'il se passe dans bien des cas, où des tirs sont effectués gratuitement dans la foule. Des policiers trouvent à dire pour se justifier qu'ils ont perdu les pédales, mais ces gens là ne sont-ils pas formés ? Font-ils face à des hordes si violentes qu'ils en perdent leur sang froid ? Alors j'ai entendu des histoires comme quoi il y aurait effectivement des casseurs mais aussi des « tueurs de flic » qui se cachent parmi les manifestants, j'en ai d'ailleurs vu quelques images. Il faut admettre que cela fait froid dans le dos, mais ces gens là demeurent selon toute vraisemblance une toute petit minorité, et d'où sortent-ils au juste ? Je ne parierais pas sur le fait que beaucoup d'entre eux sont d'authentiques gilets jaunes, par contre je suis prêt à tenir les paris qu'au moins une parti d'entre eux sont financés ou tout du moins organisés par des collaborateurs ou sympathisants quelconques du pouvoir, disons au hasard des services secrets ou autres, comme chacun sait ou devrait savoir que cela s'est toujours fait. Là aussi je ne perds pas mon temps à sourcer mes dires, il y a des faits et des évidences tellement bien connus et déjà démontrés par le passé qu'il vaut mieux les tenir pour acquis, sous peine de passer son temps à prouver les moindres de ses dires. Par ailleurs, cela a déjà été fait sur ce blog, entre autre.

 

Maintenant, sur les actes :

 

https://francais.rt.com/france/57650-gilets-jaunes-apres-violences-edouard-philippe-annonce-mesures-ordre-public

 

http://www.fawkes-news.com/2019/01/ce-responsable-syndical-policier.html

 

« Tout ce qui est tir tendu est ordonné par les autorités hiérarchiques ». Il est, plus précisément, question des commissaires et des préfets. Quant au gouvernement, et bien il va envoyer ce samedi dans toute la France 80 000 flics contre, d'après lui-même, 50 000 gilets jaunes. Notez que ces chiffres pourraient être ceux d'une bataille rangée médiévale ou napoléonienne (on comptait souvent de 50 000 à 300 000 combattants dans ce type d'affrontements) même si ici, bien sûr, on parle de groupes et d'unités disséminés à travers le pays, mais cela donne un ordre de grandeur. Et un ordre de grandeur qui ressemble à une répression disproportionnée, sans parler du fait que ce gens en envoient finalement d'autres se castagner pour eux... la comparaison avec des armées n'a donc rien de surfait, et la ressemblance avec une guerre civile devient un peu plus troublante... de part l'attitude, les parles et les actes du gouvernement lui-même face à ce qui ressemble aussi, de plus en plus, à une insurrection dont une part demande l'éjection du président et de l'oligarchie au pouvoir, et ne se contenterait pas d'un RIC.

 

On peut d'ailleurs se déchirer sur les chiffres :

 

https://francais.rt.com/france/57600-gilets-jaunes-chiffres-interieur-sont-sous-evalues

 

Cela est un peu anecdotique, mais l'on constatera au gré des recherches sur ce point que certaines sources (y compris policières) parlent plutôt de 300 000 gilets jaunes que de 50 000, ce qui tout d'un coup rend un peu plus « réaliste » l'envoi de 80 000 forces de l'ordre pour faire barrage à « l'ultra-violence ». D'ailleurs à propos de cette histoire de transpalette, le texte savoureux de Michel Onfray mérite d'être lu :

 

https://www.les-crises.fr/la-republique-attaquee-par-un-transpalette-par-michel-onfray/

 

Un Michel Onfray que j'avais critiqué par le passé pour son côté parfois trop conventionnel, mais qui a repris du poil de la bête depuis qu'il a été censuré puis éjecté du système, comme quoi rien de tel pour montrer la valeur d'une personne que l'adversité. Onfray enfin sorti de la critique molle, ça me fait plaisir...

 

Moins rigolo, et toujours du côté des actes, intéressant de lire ceci, après avoir entendu que certaines forces de police seraient « en guerre » dans certaines cités, et voilà ce que ça donne quand ces « endurcis » sont utilisés dans des manifestations pacifiques :

 

https://fr.sott.net/article/33324-Des-Gilets-jaunes-auraient-ete-frappes-et-humilies-dans-une-arriere-cour

 

Difficile de ne pas utiliser le terme de répression violente pour qualifier cela tout de même, et l'on trouve également des images qui expliquent assez bien la réaction du fameux « boxeur de flic » :

 

https://reseauinternational.net/video-la-scene-qui-va-pousser-le-boxeur-christophe-dettinger-a-reagir/

 

Un pauvre gars sans doute un peu impulsif, mais épris de justice, qu'on aura fortement stigmatisé, tandis qu'on taisait les exactions du « flic boxeur de gilets jaunes » de Toulon, qui lui serait allé jusqu'à donner un coup de boule à une femme, tout en proclamant son impunité « portez plainte, y a pas de problème, je suis commandant ».

 

Vous ne m'en voudrez pas si pour une fois je ne donne pas toutes les sources, j'ai lu tellement d'articles sur ce sujet que j'ai éliminé les plus anecdotiques pour me concentrer sur ce qui me semblait plus intéressant ou probant en soi, sur le fond du sujet.

 

A propos du boxeur, sa cagnotte a été fermée, ce qui a été démontré hors-la-loi, tandis qu'une cagnotte de soutien à la police poursuit son cours :

 

https://francais.rt.com/france/57664-gilets-jaunes-leetchi-cloture-cagnotte-ex-boxeur-christophe-dettinger

 

Mais le plus intéressant ici, c'est la recherche de « complices », alors que cela ne tient pas la route d'un point de vue légal. On n'est pas complice de quelqu'un parce qu'on veut l'aider à financer son procès... Mais Marlène Schiappa a déclaré par la suite qu'elle voulait en fait vérifier si les financements venaient d'Italie. On croit rêver. Comme si une cagnotte où le don moyen est de 16€ environ était suspecte...

 

Mais tout cela est révélateur de l'ambiance au gouvernement, sans parler de l'incompétence que cela démontre.

 

Sur les abus policiers, il est également sans doute utile de jeter un œil à ça :

 

https://www.les-crises.fr/humiliations-policieres-contre-les-lyceens-barbier-et-giesbert-complices-par-frederic-lemaire-pauline-perrenot/

 

 

Je trouve extrêmement choquant que des gens défendent cela et refusent d'en voir la violence pourtant évidente. Ce n'est pas parce que ce sont des « enfants » – en réalité des adolescents – que cela n'est pas grave. Étonnante cette sanctuarisation de l'enfance dans notre société d'un côté, où l'on voit des pédophiles un peu partout, où l'on a tendance à aller jusqu'à refuser qu'ils ont droit à une certaine forme de sexualité qui leur corresponde et qui soit leur choix, et ou « en même temps », certains leur refusent d'être des êtres humains lorsqu'ils sont soumis à des violences physiques et à des humiliations. On parle tout de même de les maintenir dans cette posture pendant de longues périodes, ce qui est assimilé à de la torture par l'UNESCO. Il semblerait d'après ce qu'il se dit, en outre, que ces pratiques sont courantes dans les ghettos – alias banlieues ou cités – ce qui les rendrait, apparemment, acceptable. On s'habitue à tout. Le fait est que cette pratique est inhumaine, et ce que la réaction de certains traduit une fois de plus, en fait, est que les « enfants » ne sont pas des personnes. C'est une attitude que l'on impose plutôt à des prisonniers de guerre qu'à de simples fauteurs de troubles... Nous sommes en train de perdre toute notion de ce qui est acceptable ou non, de ce qui fonde ou non une personne, et je trouve cela très grave. Encore une fois, ces « enfants » sont des adolescents, des bientôt adultes, et il convient de les traiter comme des personnes responsables pour en faire de futurs adultes responsables. Les traiter ainsi revient à du dressage, dont l'objectif est de former des adultes soumis. Cela étant particulièrement improductif, puisque l'humain étant ce qu'il est, certains s'y conformeront (avec les souffrances psychiques que cela suppose), et d'autres pas, se renforçant au contraire pour toute leur vie dans une attitude de rébellion. Ségolène Royal relativisait royalement en disant « ça leur fera des souvenirs ». Oui, ils s'en souviendront... On en retrouvera dans 10 ans en garde à vue, quelques uns en prison, d'autres avec un syndrome de Stockholm. Seuls les plus résilients en garderont juste un souvenir amusé.

 

Avant de conclure, un dernier article :

 

https://fr.sott.net/article/33323-Annonces-du-gouvernement-des-policiers-deplorent-une-strategie-purement-securitaire

 

Où l'on voit qu'une partie de la police exprime toujours une forme de solidarité envers les gilets jaunes. Et où l'on voit qu'une grande partie de celle-ci en a assez d'être envoyée à la confrontation, alors que le gouvernement a mis de côté toute véritable solution politique pour le moment, le « grand débat » s'annonçant naturellement comme un grand enfumage, et je ne parle même pas du reste... des miettes d'argent et des flots de mépris, encore en cadeau lors des vœux de la nouvelle année... un comble tout à fait intolérable, mais Macron semble penser que, derrière ses rangs policiers, il peut braver tout seul la nation. Quel courage, vraiment ! A mettre en parallèle avec la « lâcheté » de Dettinger frappant de ses mains nues des flics en armure, casque et bouclier. Et autres inversions typiquement orwelliennes du moment...

 

Un dernier texte, enfin, celui de Lordon commentant précisément l'attitude des forcenés au pouvoir, « ne lâchant rien » et utilisant l'armée comme une cohorte d'esclaves censés les couvrir en toute circonstance, maintenant qu'ils leur ont lâché leur prime... dois-je d'ailleurs commenter cela ?

 

https://www.les-crises.fr/les-forcenes-par-frederic-lordon/

 

 

 

Nous voilà donc, peuple contre oligarchie, engagés dans un bras de fer, un rapport de force auquel il fallait s'attendre. Bien que de nombreux défenseurs de Macron et du système sortent du bois dernièrement, ou s'agacent du fait que les gilets jaunes ne vont pas forcément nous amener le « meilleur », faut-il vraiment renoncer, céder à la peur ? Je crois malheureusement que non, que le moment est plus crucial que jamais. Voyant avec dépit que les gilets jaunes n'ont pas terni au cours des fêtes, le « pouvoir » des « zélites » montre les crocs, défend les bastions d'un néo-libéralisme à bout de souffle et à cours d'argument, ne trouvant plus qu'à se cacher derrière les CRS en jouant les fiers à bras. Une clique d'irresponsables dont l'incompétence avait déjà été prouvée, qui la démontre encore une fois en jetant de l'huile sur le feu à qui mieux mieux.

 

J'ai eu l'occasion de discuter tout récemment avec quelques gilets jaunes et sympathisants, mais aussi avec d'autres, commerçants et gens du peuple qui se montrent sceptiques, voire réticents. Ils sentent tous que nous sommes à l'aube d'un changement qui ne sera pas forcément très reluisant. L'espoir d'une bouffée d'air démocratique existe, mais simultanément, le risque d'une montée de vapeur « populiste » – c'est à dire fasciste puisque c'est ce que les gens entendent en réalité par là bien que ce ne soit pas du tout al même chose, dans le fond – est réel. Il est vrai que les gilets jaunes sont à ajouter à la liste des secousses pré-sismiques de l'effondrement du système. Liste à laquelle j'estime qu'on peut déjà compter le brexit, Trump, mais aussi tous les gouvernements proches de l'extrême-droite en Europe. Certains, lessivés par la propagande constante sur la prétendue violence des gilets jaunes, ont peur, montrent des réticences. On voit des Kassovitz et autres défendre Macron parce qu'ils ont peur du changement – paradoxe s'il en est, Macron n'était-il pas le « candidat du changement » ? – peur d'un Trump français, de l'avènement du clan Le Pen. Peur que ce soit « encore pire » qu'avec Macron, car la France – c'est ce qu'on m'a dit, du moins – est encore une démocratie. Qu'on me permette d'en douter, moi qui ai toujours parlé de tyrannie soft ou de néo-totalitarisme, qui constate aujourd'hui l'escalade irraisonnée des violences policières opposées à un peuple supposé être souverain, ce qui serait le cas si nous étions dans une telle démocratie.

 

Le problème est qu'à vouloir protéger Macron, on ne fait que renforcer ces « populismes »... Macron n'y est pas un remède du tout. Et s'il fallait se satisfaire de ce gars là parce que « tous les autres sont encore pires », et bien pas de problème, étant donnée la réussite qu'est manifestement son mandat, continuons comme ça. Macron a la quarantaine, il peut gérer la France encore 40 ans, si ce n'est plus. Gageons qu'il restera toujours jeune, dynamique et que l'âge ne portera pas atteinte à sa pensée complexe. Toujours, même à l'orée de la sénilité, il se souviendra comme la France l'avait acclamé à l'hiver 2018-2019.

 

Ceux qui couvrent Macron avec de si faibles arguments ne sont pas des démocrates. Ils ne sont que les habitants d'un pays en voie de disparition, qui se mue chaque jour un peu plus en un pur et simple état policier où les fichages et abus se multiplient. Un pays dont Macron nous a clamé lors de ses vœux qu'il était soudé par « une culture forte », quand bien même il ne s'était pas gêné pour dire dans un passé pas si ancien (mais la sénilité précoce n'aide pas, j'en conviens) que l'art français, il ne l'avait pas vu. Un art français pourtant socle fondateur de cette dite culture, qui comporte des auteurs comme Zola ou Hugo, entre autres, qui ont de tout temps dénoncé la condition des peuples, les abus du pouvoir. Très arrangeant d'être aveugle d'un œil quand on a fait des études littéraires, et ce sans avoir été frappé par un flashball...

 

Pour terminer, j'écrirai simplement, pour mémoire :

 

Le courage, c'est la lâcheté.

 

La démocratie, c'est les flashballs.

 

La liberté de parole, c'est dans ta gueule.

 

Le citoyen, c'est un punching ball.

 

La manifestation, c'est la faction.

 

La protestation, c'est la haine.

 

 

Etc.etc.etc. N'hésitez pas à repérer et noter toutes les inversions orwelliennes quand vous en voyez. C'est un festival en ce moment et il ne m'est pas possible d'être exhaustif. Je vais quand même me prêter à mon propre exercice pour une prochaine fois...