Je voudrais partager aujourd'hui quelques réflexions qui, bien que très personnelles à un premier niveau, me semblent intéressantes et rejoignent des questionnements métaphysiques qui, si ils ne sont pas très originaux, me semblent tout de même essentiels, voire universels. Il est possible que cet article pose les bases de nombreux articles futurs, suite à un léger virage d'orientation que je souhaiterais donner à ce blog, mais nous verrons, rien n'est certain.

 

Ces réflexions ont des origines anciennes, et prennent leurs racines dans mon rapport au monde qui, je le sais, est assez singulier pour l'époque. L'écriture, et mon vécu au sein de celle-ci, joue un grand rôle dans ces réflexions, aussi je me dois de partager quelques considérations personnelles à ce sujet, en introduction.

 

Mon grand désespoir d'écrivain est de me sentir plutôt mauvais dans l'écriture de romans. Mes réflexions étant pleines d'arborescences, de connexions et d'implications multiples, il m'est très difficile de diriger un roman jusqu'à son terme sans m'égarer. Pour compenser ce problème, j'avais toujours essayé d'avoir une écriture aussi linéaire que possible, c'est à dire de construire une histoire qui va d'un point A à un point B en me concentrant autant que possible sur un personnage principal et sur une idée directrice principale. Ce qui mène à un autre problème : cette écriture est particulièrement adaptée à celle de nouvelles, ce qui fait qu'au-delà de 100 ou 200 pages, mon propos se dilue et ce que je tente de raconter devient confus et moins impactant. En clair : je ne sais pas écrire un roman. Ça ne m'a pas empêché d'en terminer un bon paquet, mais je me trouve bien meilleur dans les nouvelles, sauf que quand j'en écris une, j'ai toujours tellement d'idées que ce qui me vient d'abord à l'esprit, c'est d'écrire un roman, et c'est concrètement ce que j'essaye de faire, sans vraiment y arriver. Du coup je dilapide mon énergie, et j'ai un peu laissé de côté l'écriture que je fais en dehors de mon blog, depuis déjà pas mal de temps. Je cherche toujours la bonne manière de faire pour canaliser mon propre esprit et en donner le meilleur dans mon art, et j'ai fermement décidé de m'atteler une fois de plus à cette tâche cet été. J'ai quelques pistes qui me semblent intéressantes, mais nous verrons bien le résultat...

 

Tout ça pour dire que ma configuration d'esprit, libre et très peu formatée par les normes, a des avantages et des inconvénients. C'est peut-être une évidence, et je ne vais pas rentrer dans les détails descriptifs à ce sujet, mais il faut le mentionner. Je crois juste que le principal inconvénient est que je n'ai jamais trouvé jusqu'à aujourd'hui quelqu'un, ou les ressources en moi-même, pour arriver à structurer tout ce que j'aurais à dire et que, du coup, j'ai un peu tendance à épancher en vrac sur mon blog.

 

Mais aujourd'hui, mon souci n'est pas seulement un bête syndrome de la page blanche. De cela j'ai l'habitude, et n'en fais pas un drame. C'est plutôt que je sens des métamorphoses en moi, ce qui est une très bonne chose, mais que du coup, je me retrouve de nouveau confronté à des démons qui datent au moins de mon adolescence, voire de mon enfant. Qu'on se rassure, cela n'est pas douloureux. Il y a, en fait, quelque chose de jouissif à cela, mais c'est aussi plutôt très compliqué à gérer.

 

Il se trouve que je sors d'une période de ma vie où je stagnais. J'étais impliqué dans des affaires matérielles qui me retenaient et qui alourdissaient ma substance, comme le procès dont j'ai parlé et qui a duré un an pour une broutille, et que j'ai finalement gagné, en tirant même quelque bénéfice. Tout cela m'a subitement relâché, même si j'ai mis quelques temps à réaliser que j'avais essentiellement résolu, pour l'instant, ces aspects matériels, et je me suis retrouvé comme une montgolfière dont on a lâché le lest. Une situation nouvelle, quasi inédite, qui a libéré en moi certaines puissances inspiratives dont je ne sais pas que faire et qui, paradoxalement, ont créé un effet inverse qui fait que je ne sais plus comment aborder l'écriture au cours de ces dernières semaines. Je n'ai jamais aussi peu écrit depuis mon adolescence.

 

Pourtant je me sens comme une forêt tropicale sur le point de refleurir. Quelque chose qui était en dormance, qui a vieilli dans la douleur et qui a pourtant trouvé de nouvelles choses en soi.

 

Cette métamorphose ne date pas des dernières semaines, elle s'est entamée souterrainement depuis un certain temps, et correspond sans doute tout bêtement à un processus de maturation perpétuelle qui, là aussi, n'a rien d'original. Mais il m'est difficile de l'ignorer ou de la traiter comme un bête effet de bronzage. C'est un renouvellement. Et ma capacité à l'émerveillement, qui ne m'avait jamais complètement abandonné, est remontée à son meilleur niveau, alors que d'autres choses s'enterrent dans l'humus.

 

Certains disent que toute chose dégénère avec le temps. C'est sans doute vrai pour la matière. Mais l'esprit ?

 

Divers sujets, peut-être parce que je les ai tellement triturés, me semblent plus lointains, quoiqu'encore prégnants.

 

Les hystéries sociétales sont des guêpes et des moustiques estivaux, et des bestioles avec lesquelles, j'imagine, il faut apprendre à composer dans l'environnement d'une jungle tropicale... Accepter le foisonnement, l'agression, l'agacement, le harassement, la contradiction. Ici, en province, les délires sur le genre ou le climat apparaissent pour ce qu'ils sont : des fruits de l'agitation mentale humaine, et peut-être juste un tout petit peu plus que cela. Les questionnements sur ce que l'on est, sur l'identité sexuelle, sur le monde qui bouge et évolue de manière inquiétante autour de nous, sont au fond des questionnements légitimes, qui secouent nos peurs et nos angoisses, mais qui en disent plus sur la nature profonde de l'homme et du monde, que sur les conclusions hâtives que nous voulons tirer dessus puis imposer politiquement.

 

En d'autres termes, c'est la tranquillité d'esprit qui me guette puisqu'au fond, je sens que je commence à m'en moquer. C'est l'écume du monde, même si je sais que je devrai revenir sur ces sujets sur le blog, parce qu'ils sont aussi des signes distinctifs de notre époque, en plus d'être des révélateurs de notre nature et de notre rapport au monde.

 

Il y a d'ailleurs cet excellentissime et très long article sur dedefensa, qui a participé à ma réflexion :

 

https://www.dedefensa.org/article/notes-sur-les-termites-de-lapocalypse

 

J'ai notamment retenu ces extraits, dans le chapitre sur le sexe climatique des anges :

 

« La question du climat est pour moi le type même de la connaissance qui enchaîne à l’objet, – un véritable débat deleuzien. Nul n’est sûr de rien, les chiffres abondent, auxquels tout le monde fait dire ce que chacun veut, des forces énormes de pression et d’intoxication liées au Système croisent et recroisent dans le débat à pleine vapeur, et pas moins chez les climatosceptiques (Mobil Exxon et les pétroliers, le groupe Murdoch, les partisans de libre-échange en mode turbo, une très forte majorité des élus républicains US si bien qu’on peut dire que les climatosceptiques ont la majorité au moins à la Chambre des Représentants du Congrès, etc.). La polémique est aussitôt de la partie et, avec elle, dans un tel cadre, la manipulation, et l’on est emporté dans ce piège qui colle comme de la glu, qui est le Système. Le tour est joué, tellement prévisible, – il ne s’agit plus du climat mais du Système, c’est-à-dire du Mal. Voilà pour la connaissance dans ce cas ; si je cédais à descendre dans l’arène, je ne suis sûr que d’une chose, pour mon compte, – je serais enchaîné au Système, broyé, concassé, parce qu’il est infiniment plus surpuissant que moi. Donc, je refuse cette “connaissance”-là de leurs débats sur le climat.

» Cela n’implique en rien ni l’indifférence ni l’ignorance, puisqu’il est question d’inconnaissance. Sur cette question du climat, le savoir me dit ceci… L’effondrement du monde, notamment avec son “eschatologisation”, avec la terrifiante dégradation de l'environnement et la perception du désordre du climat par rapport à notre organisation, avec d’autres multiples phénomènes chaotiques qui commencent par la crise de notre psychologie (le plus grave), l’effondrement du monde n’est pas l'objet d'un débat pour mon compte ; c’est un fait évident de tous les jours, une évidence colossale et écrasante que j’observe de ma position d’inconnaissance, la dévastation du monde qui a tout à voir avec le désordre de la modernité, et rien avec le classement scientifique en degrés centigrades dans un sens ou l'autre, et en pourcentage de responsabilité humaine ou autre. L’évidence, c’est-à-dire la vérité du monde, cela existe pour l’inconnaissance, c’est même ce qui lui permet de s’affirmer comme telle puisque cela fait partie de son savoir.

» Plus encore, vu de mon observatoire d’inconnaissance, j’ai deux remarques à faire. On verra qu’elles n’ont nul besoin de la “connaissance” ni de leurs débats sur la “vérité scientifique”, – laquelle est, au vu de l’histoire réelle, qui ne s’interdit pas de remonter au-delà de la Renaissance, une aventure sacrément impudente qui prend parfois des allures, elle aussi, de simulacre. (“Vérité scientifique”, – doux oxymore, quand tu nous tiens…)

» 1). Le débat se fait d’abord, dans sa rage polémique la plus extrême, autour de l’idée du “réchauffement climatique dû aux activités humaines”. Bel exemple de sophisme, que Deleuze ne démentirait pas, – et ils en sont tous coupables, de ce sophisme, des partisans du réchauffement dans ces conditions aux climatosceptiques. Car cet intitulé est faux, archi-faux, une imposture, une inversion comme seul notre Système sait en accoucher… Le Système, justement ; le seul intitulé qui vaille est bien : débat pour ou contre “le réchauffement climatique dû aux activités du Système”. La différence est apocalyptique.

» Tout le débat-polémique sur le climat est complètement subverti par cette imposture sémantique. Je suis sûr qu’elle n’a pas été voulue, parce qu’on fait chez les robots beaucoup moins dans le complot qu’on ne croit et que le sens des mots, finalement, on s’en fout ; même les “institutionnels” n’y voient que du feu, de Al Gore (pour) à Mobil Exxon (contre), – sauf qu’ils auraient une mauvaise surprise si le pot aux roses leur était révélé, et qu’on leur annonçait qu’ils débattent, horreur, pour ou contre “le réchauffement climatique  dû aux activités du Système”. Quant aux purs, ceux qui croient vraiment à la “vérité scientifique” et s’écharpent en son nom, ils ont toute mon affection et toute mon affliction, car ils sont prisonniers de leur “connaissance”. (…) »

 

Cela rejoint au fond tout ce que j'avais toujours voulu dire sur ce sujet, peut-être sans arriver à l'exprimer. Le vrai problème du débat sur le climat n'est pas forcément la vérité qu'on essaye d'en faire ressort avec les comportements de prétendue responsabilisation qu'on essaye d'en faire émerger. Le vrai problème est qu'il constitue un terrain d'agitation mentale de masse particulièrement stérile, dont les seuls effets seraient même plutôt néfastes que stériles. Le seul effet bénéfique à en retenir étant selon moi une prise de conscience générale sur l'environnement ainsi que des effets que l'humain peut avoir sur celui-ci, mais malheureusement, cet effet bénéfique est aussitôt contrebalancé par la récupération dont il fait l'objet pour perpétuer en fait, et paradoxalement, le statu quo d'un système et ses coups de boutoir contre l'environnement. C'est pourquoi, contrairement à Philippe Grasset, j'ai plutôt tendance à adopter le point de vue sceptique, juste parce que je m'oppose à cette récupération par le système. Mais au fond, la finalité est la même et finalement, peu importe l'opinion que l'on a de ce phénomène. Ce qui compte me semble plutôt en fin de compte de se tenir éloigné de l'agitation mentale qu'il génère et qui, elle ne procure aucun effet bénéfique.

 

En ce sens, je retiens surtout la notion de crise de notre psychologie (qui s'exprime dans toutes les strates de la société et n'est donc pas sans implication sur ma propre crise de personne et d'écrivain), ainsi que l'idée d'être « emprisonné dans son savoir », en ce qui concerne les scientifiques tenants du réchauffement anthropique (entropique), mais cela peut s'appliquer à tout le domaine de la science, et même, de la connaissance en général du coup, y compris du côté des ésotéristes et de leur prétendu savoir spiritualiste « bien plus élevé » que le savoir scientifique amoral et blablabla, alors que tout cela relève d'un retour d'un ordre moral dégénéré... bref, de l'agitation mentale globale, également.

 

Et sous cette lumière, il est ironique de réaliser et d'accepter que, même dans ma perspective qui est celle d'une nécessaire responsabilisation de l'humain face à l'environnement, s'ouvrent des portes en faveur de la manipulation systémique et de sa récupération tyrannique du sujet écologique que j'annonce depuis longtemps. La même ironie se remarque dans mon appel à cesser les clivages politiques, idée instrumentalisée (et certes détournée) par un Macron pour acquérir et pratiquer un pouvoir moins démocratique et plus autoritariste que jamais. A croire qu'aucune velléité éthique ne peut exister qu'en tant qu'élan utilisé par le système pour sa propre puissance...

 

Enfin, l'idée que le débat même sur le réchauffement est une imposture en soi, puisqu'il s'agit en fait d'une injonction à se positionner « pour ou contre » clôt à mon sens ce sujet. Je n'ai d'ailleurs jamais voulu me situer dans ce positionnement moi-même, juste dénoncer l'abus que consiste en soi ce débat imposé pour placer des décisions politiques dont la véritable préoccupation est tout sauf écologiste. J'abonde donc vers cette accusation d'imposture, même si j'y arrive par un cheminement différent.

 

 

Mais j'essaye de revenir au fil de ma réflexion, après cette digression importante.

 

Puisque l'agitation mentale actuelle, la crise de notre psychologie comme dit Philippe Grasset, est l'un des principaux nœud du problème, il convient de s'en distancier autant que possible pour conserver sa sanité et pouvoir continuer à exercer sa lucidité. D'où l'intérêt de conserver une ligne intellectuelle équilibrée et de se défendre des excès du scientisme comme de la religiosité, qui d'ailleurs souvent se rejoignent et se soutiennent mutuellement en recherchant réciproquement la caution l'un de l'autre et vice versa. J'ai déjà exposé mon dilemme personnel face à ces deux pôles de l'appréhension du monde, et je tiens plus que jamais à conserver cette ligne. Non pas que je crois que la vérité se tienne quelque part au milieu, mais qu'elle puisse être alternativement chez l'un ou chez l'autre, et parfois ni l'un ni l'autre... et que la foi ne nous aidera en rien dans une quête de vérité. Seule la poursuite d'un esprit « pur » c'est à dire dépourvu de dogmatisme, pourra nous aider. Avec là aussi l'inconvénient, sans doute, de ne jamais arriver à une vérité ferme et indiscutable, mais finalement, à quoi nous servirait-elle, sinon à l'imposer à d'autres pour en faire une nouvelle religion? L'inconnaissance me semble, en effet, une voie plutôt enviable, quoiqu'elle puisse constituer un certain confort de l'esprit (voire parfois une certaine forme de paresse intellectuelle rationalisée) que je ne recherche pas. Le savoir m'importe malgré tout, mais je n'en fais pas, je crois, un enjeu d'orgueil. Plutôt un outil d'une quête pour éclairer les recoins sombres du monde où, précisément, se cachent l'obscurantisme et la tyrannie. Je crois que le savoir peut éloigner ces démons. Qu'un esprit éclairé peut tenir à distance la violence que génère l'ignorance infusée dans les masses pour les tyranniser et les utiliser.

 

On pourrait certainement me reprocher de faire de la philosophie dans mon coin sans même avoir les références livresques et ainsi de faire perdre son temps à tout le monde, y compris moi-même. Mais je réfute catégoriquement cet argument d'autorité. J'ai ouvert pas mal de livres de philo. Outre le fait que l'on peut considérer que l'on peut aussi bien s'enfermer dans la dite connaissance philosophique que dans n'importe quelle autre, pour être franc et vulgaire, ils m'ont tous fait chier, voilà. Non qu'ils soient, probablement, inintéressants, et je ne crache pas sur aucun philosophe. Je crois que ce sont tous des esprits valables qui essayaient d’œuvrer, comme moi, pour le bien commun et pour éclairer leurs prochains. Mais la plupart demeuraient des aristocrates utilisant un langage pointu – c'est nécessaire pour manier des idées complexes et ne pas sombrer dans la confusion – qui rend leur pensée aussi aride, pour moi, qu'un ouvrage scientifique rempli d'équations. La philosophie ne devrait-elle pas être de la littérature ? Mais même le Zarathoustra de Nietzsche m'a semblé être un essai aussi laborieux que les tentatives de son protagoniste à rendre accessible une pensée si personnelle qu'elle en devient extrêmement particulière et finalement, très peu universelle à mon goût. J'ai l'impression sans doute superficielle que Sartre et Spinoza se sont plus approchés de la vérité et de l'universalité, mais je ne suis pas arrivé, jusqu'à présent, à les lire non plus. Mais pour en terminer sur cette histoire de goût, je reste sur ce constat que seuls des grands romanciers comme Kafka, Orwell, Céline et plusieurs autres ont su éclairer utilement ma vision du monde. Et c'est pourquoi j'ai essayé de faire comme eux, mais n'y étant pas arrivé, voilà que je tombe, au moins un peu, dans l'écueil de ces auteurs philosophiques que je n'ai jamais réussi à apprécier.

 

Peu importent de toute façon mes goûts et opinions. En sautant un peu du coq à l'âne, je voudrais partager un échange que j'ai eu tout récemment sur un site, cette page en l'occurrence :

 

https://fr.sott.net/article/34085-Des-pertes-de-recoltes-catastrophiques-signalees-dans-le-monde-entier#comment14138

 

L'échange est toujours en cours, mais je tiens à recopier intégralement l'un de mes messages qui a toute sa place sur mon blog et dans la réflexion que j'essaye de conduire ici :

 

« Nous avons tous un entendement limité et une propension à décrire le monde suivant nos croyances et suivant nos connaissances dans lesquelles nous sommes emprisonnés. Nous interprétons et souvent sur-interprétons.



Je ne me base pas sur la science matérialiste pour construire ma vision du monde. Pour faire court, je rejette autant la science que la religion (pour moi, la science EST une sorte de religion). J'ai un regard très personnel sur les choses qui s'imprègne autant du scientisme que du spiritualisme, tout en rejetant fondamentalement les deux, qui créent des effets de majorité et de dogmatisme écœurants pour celui qui cherche à voir le fond des choses, accepte les phénomènes dits "paranormaux" pour ce qu'ils sont sans projeter sur eux telle ou telle interprétation toute faite. Ce pragmatisme intellectuel et ce rejet de tout dogmatisme et de tout sectarisme ne m'a pas empêché d'être vice-président d'une association "païenne" qui se retrouvera plus tard fichée par la Miviludes (juste parce qu'on avait des wiccans dedans, donc la miviludes, groupement noyauté par les chrétiens, a accusé mon association, pourtant laïque (asso 1901, en réalité on s'intéressait aux traditions païennes sans nécessairement en rechercher la pratique, on allait surtout voir des mégalithes tout en essayant de comprendre comment tout ça fonctionnait et ce que ça voulait dire), d'abriter une succursale de sorcellerie, en gros, et tout ça au 21e siècle). Donc je veux dire, je suis blindé contre toute forme d'accusations ou de procès, depuis pas mal de temps déjà, et je pense que ma vie plaide pour ma grande ouverture d'esprit, mais cela doit, pour moi, aller de pair avec le scepticisme nécessaire qui empêche de se perdre dans la folie du mysticisme halluciné. En clair, je ne suis pas le Christ cosmique et on ne peut pas me faire avaler n'importe quelle affirmation sans que mon esprit critique s'en mêle, voire s'emballe.



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Pourtant, un jour, j'ai vu une fée. J'ai dansé avec les nymphes. J'ai volé. J'ai frappé le tambour et eu de sérieux échanges avec Poséïdon, avec les esprits. J'ai vu l'épée luminescente des chevaliers. J'ai été transmuté. J'ai rencontré des dragons, j'ai communiqué avec des morts, j'ai lutté contre un démon, je suis allé en haut, en bas et au milieu et il me reste énormément d'expériences peu communes que je ne connaîtrai pas durant mon existence.



Mais... en effet, dans la nature, que peut-on voir ?



Je suis tombé sur le cadavre d'un castor. Ce castor puait et c'était une planète. Il y a quelques jours aussi, j'ai trouvé ce que j'ai interprété comme le cadavre d'un hibou ou d'une chouette coupé en deux. Pourtant c'était peut-être un tas de plumes tombé du ciel, un phénomène fortéen dont personne ne trouvera l'origine ou l'explication. Ça ne ressemblait que très vaguement à un cadavre d'oiseau de nuit, pour être franc, mais ça en avait les plumes. Il ne puait pas du tout, mais semblait en état de décomposition. Aucun insecte... et un milieu herbeux de sous-bois peu propice à la momification. Je ne ramasserai pas ce truc, je n'appellerai jamais la police scientifique et je ne saurai donc jamais ce que c'est. Tant mieux, tant pis.



Mais revenons à ce castor. C'était juste à côté du château de Brocéliande, au bord de l'eau du lac qui côtoie ce dernier. Était-ce une charogne de castor ou était-ce une planète mourante ? Les asticots et les micro-organismes ont essaimé, proliféré, puis ont détruit leur biotope d'une incroyable puanteur jusqu'à l'os. Doit-on considérer que les bactéries, mortes en un épouvantable holocauste de milliards et de milliards d'êtres microscopiques ont été punies de leurs excès ? Gaïa, ou le cadavre, les avaient-ils prévenues de leur sort si elles continuaient à faire ce pour quoi elles étaient "programmées" ? Toujours est-il, prévenues ou pas, qu'elles sont, pour l'essentiel, mortes et disparues à 99,9999%. Le 0.00001% qui reste suffira amplement à nettoyer la prochaine charogne qui tombera dans le coin.



Il y a deux jours, en nourrissant les chats de mon quartier, je vois que ces fumiers ont chié dans le bac où je mets leurs croquettes. Des individus sans aucun respect de leur environnement, d'ailleurs les chats sont responsables de nombreuses extinctions d'espèces et mettent à travers le monde pas mal d'espèces sous pression et un certain nombre sont en voie de disparition. Ça fait des décennies qu'on le sait. Bref les chats sont des salopards qui ravagent la nature. Je les adore. Sous la coupelle en plastique qu'un autre bénévole avait mis avant moi (on met des coupelles en plastique parce qu'on ne respecte pas la nature ou parce que c'est mieux de les utiliser que de les recycler ? Intéressante question...), il y avait une grosse colonie de cloportes qui m'a fait sursauter. Les cloportes sont aussi de gros salopards anti-écologiques qui n'aiment que trois chose : la merde, les cadavres, et détruire les ressources dont ils dépendent. Mais ils nettoient le monde. N'empêche, quand ils auront nettoyé les crottes de chat, ben il faudra qu'ils en trouvent d'autres parce que, comme les bactéries et les mouches sur le castor, ils n'ont pas la technologie pour aller faire leurs saloperies sur Mars. Nous non plus d'ailleurs. Heureusement.



On peut pousser beaucoup plus loin ce que je viens de raconter. Mais puisque je parlais de nous, tiens, qu'est-ce qu'on a de vraiment pire ou mieux que les bactéries, les mouches, les chats ou les cloportes ? On n'arrête pas de se fustiger, je crois finalement que c'est le principal usage qu'on a appris à faire de notre conscience. Mon chat s'en fiche quand il décapite une mante ou qu'il arrache les ailes d'un papillon de nuit (cas qui date de moins d'un tour d'horloge). Moi je suis quand même décontenancé quand une cousine me raconte qu'elle est horrifiée quand elle voit une araignée... se noyer. Il faut qu'elle la sorte de là par tous les moyens. Intolérable qu'une petite bestiole meure d'une manière si cruelle et si stupide. Une petite bestiole qui n'a rien fait à personne. Une araignée. Comme les chats, les araignées ont largement la capacité de raser de la carte des espèces entières. Ce que nous appelons équilibre est une chimère simplificatrice. L'équilibre s'obtient par des holocaustes auxquels répondent des explosions d'espèces venant boucher les trous. Nous vidons les océans de leurs poissons. Les méduses prennent le dessus. Est-ce si grave ? Si nous créons un environnement peu propice à la survie humaine, la planète nous rayera de la carte dans son sommeil sans même avoir remarqué cette misérable infection qui l'aura faite un peu ronfler. Nous avons quelques secondes d'existence dans la vie de la planète. Une éruption de boutons malsains. Nous sommes très loin de ces bactéries qui détruisent leur hôte, en fin de compte. Le remède à la petite poussée de fièvre que constitue l'humanité semble un peu plus difficile qu'un antibiotique ou quelques gouttes d'huile essentielle, mais nous sommes globalement incognito dans l'univers. Nous nous donnons beaucoup d'importance parce que nous vivons entre nous. Il n'y a même pas besoin que quoi que ce soit ait conscience de notre présence pour que nous disparaissions, ou pour que nous continuions à exister, si nous trouvions par chance l'antidote contre notre propre bêtise (il faut être intelligent pour être stupide, mais il faut aussi avoir un côté animal pour être bête, or que sommes-nous d'autre que des animaux ayant développé la conscience, l'intelligence et la technologie pour mieux façonner notre biotope ?).



L'humain est une bête. Qu'il cesse de se culpabiliser, et qu'il commence à se responsabiliser, et il pourra prétendre à une réelle intelligence, ce qui nécessite de faire quelque chose de constructif de nos instincts, de les apprivoiser et non de les faire taire et de les renvoyer à un inconscient profond comme le fait la civilisation, ses politesses, ses normes, etc. Mais c'est un autre sujet... »

 

 

 

 

Mon interlocuteur – à l'écrit encore bien plus décousu et difficile à suivre que le mien – m'intime de trouver de trouver les raisons de certaines de mes inclinaisons. Soit. Cela fait précisément partie de mon exploration. Je ne sais pas si j'ai besoin de commenter mon commentaire qui est en soi déjà assez long, mais qui évoque des choses que, même ici, j'ai rarement évoqué et encore plus rarement développé. Donc en l'absence de questions, je crois que je vais simplement m'abstenir d'aller plus loin sur ces points pour l'instant.

 

Dans ce commentaire, mon propos était essentiellement de donner une vision de la vie que, là aussi, j'ai rarement partagé en ces termes ici. Une vision adogmatique, areligieuse, ascientifique, presque purement intuitive, un peu mystique, métaphysique et aussi ouverte que je puisse sur les possibles explications et interprétations que l'on peut donner aux faits que j'expose. Peut-être justement des points à explorer ultérieurement et une nouvelle orientation à donner à ce blog ou une nouvelle série d'articles au sein de celui-ci.

 

Au-delà de mon propos, tout cela questionne l'utilité même du vivant, puisque je demande à quoi sert un humain par rapport à un cloporte. Question volontairement provocatrice à laquelle je n'ai pas la réponse. Je ne sais pas. Demandez à un curé ou à un de ces scientifiques qui pensent que notre vocation est d'aller coloniser Mars, ce qui implique qu'il ait une idée de ce que l'humain est censé accomplir, du point de vue de sa religion scientiste.

 

 

Bref, je ne vais pas élucubrer encore trop longtemps. Pour conclure, j'aborderai encore deux points.

 

Ma quête est de me situer au-delà de la morale manichéenne actuelle et de tous les débats pour/contre et anti/pro qu'elle suscite dans pratiquement tous les domaines, et qui génèrent très rarement des idées dignes d'être considérées. C'est donc une ambition assez importante, peut-être même carrément orgueilleuse.

 

L'être humain, dans son ensemble, et n'en déplaise aux tenants du new age voyant venir grosse comme une maison l'évolution saisissante de l'humain, est resté coincé à ce niveau de réflexion blanc et noir où il faut être « avec nous ou contre nous ». Inutile de dire le désintérêt que j'ai pour cette pratique moins que néandertalienne qui régit encore largement nos sociétés. Pouvoir se détacher de la morale commune ainsi que des dogmatismes est, je le crois, un privilège hérétique réservé aux ouverts d'esprit capables de maintenir une éthique humaine en dehors de ces sentiers balisés. Avec tout privilège vont des responsabilités et des difficultés, ce qui fait que la plupart, même parmi ceux ayant ces capacités, choisissent de se ranger, quitte à se renier. Avec les dégâts que cela implique.

 

Vidéo youtube : White (Bret Easton Ellis)

 

 

Dans cette vidéo, très intéressant comme souvent, en faisant l'exégèse d'un ouvrage de Bret Easton Ellis, Michel Drac m'a marqué en évoquant l'idée toute simple, à laquelle j'avais déjà pensé mais sous un autre angle, que pour vivre dans un monde laid – et notre civilisation l'est énormément – il faut s'enlaidir.

 

J'avais déjà réalisé en effet que l'adaptation à la médiocrité du monde implique de se conformer au moins en partie, au moins en surface, à cette médiocrité. Ma situation, particulièrement chanceuse, m'a permis de me tenir à l'écart de cette atroce contrainte jusqu'ici, et je remercie l'univers de m'avoir fourni cette putain de chance. Parce que, si ma vie peut être compliquée, c'est vrai, au moins j'arrive à vivre en dehors de l'enfer du travail et du conformisme social. Mais j'ai aussi conscience que ces aides accordées aux cas sociaux sont une façon d'acheter la paix sociale et donc de perpétuer le système... en attendant de trouver un moyen de les éliminer ou de stériliser ceux qui en enfantent ? Et de se diriger vers la grande termitière humaine...

 

Quoiqu'il en soit, ce que je quête, c'est la manière de diriger mon prochain vers une étape nouvelle, qu'elle soit évolutive ou simplement intellectuelle, permettant de mieux canaliser nos instincts vers des buts et des usages à la fois constructifs et propices à notre survie... si tant est que cette utopie ait le moindre sens ou la moindre chance de se réaliser. Mais n'étant ni nihiliste ni fataliste, il me faut bien croire en quelque chose, malgré tout ce que je constate, et parce que je connais les ressources insoupçonnées qui se cachent en l'homme. J'inclus « le paranormal » parmi ces ressources, ces territoires quasi inexplorés qui, peut-être, nous indiquent de nouvelles possibilités et de nouvelles voies... Mais j'imagine que je reparlerai de cela dans de prochains articles.