Derrière ce titre négatif et quelque peu « choc » se cache une réflexion plus enthousiaste qu'on ne pourrait croire, avec même quelques accents euphoriques, si ça se trouve, perdus dans une tonalité quelque peu mélancolique.

 

Il est question de ma vocation d'écrivain, et il s'agit donc nécessairement d'une exploration personnelle, mais s'il vous plaît, ne partez pas tout de suite.

 

Ce texte présent a, je crois, une raison d'être toute particulière sur ce blog où d'habitude je m'efforce de ne pas trop m'épancher personnellement, et je pense qu'il éclairera, mieux que la plupart de mes autres articles, les raisons de mes vagues à l'âme, de mes errements au fil de certains articles de ces derniers mois. En effet, j'ai bien remarqué que j'avais eu tendance à glisser vers ce que je ne voulais pas faire : des « moi je », des textes plus subjectifs, plus relâchés, plus sur l'humeur du moment, avec plus de vulgarité que de coutume, et j'ai été le premier à m'en agacer.

 

J'ai fini par mettre le doigt sur la raison fondamentale, qui me travaillait déjà depuis quelques années, sans que j'ose la partager, justement par crainte de m'exposer et de laver mon linge sale en public. Je crois que le temps est venu, car cela permettra en même temps d'expliquer mieux la nouvelle tournure du blog, en même temps que l'allure qu'il avait jusqu'à présent. Et par la même occasion, d'un peu mieux présenter son auteur.

 

 

Une vocation

 

La vocation artistique naît peut-être en même temps que la personne qui la porte. On dit que les vocations artistiques et mystiques se trouvent plus généralement chez des personnes ayant eu un vécu difficile, obligées de développer des ressources originales, et dont la sensibilité exacerbée par ces expériences les a contraints à sublimer tout cela dans leur pratique.

 

Mais comment sait-on si ces personnes ne sont pas nées comme ça, et que ce n'est pas leur vocation qui a participé à provoquer un vécu difficile, qui n'aura fait qu'exacerber leur tendance ? Comment peut-on affirmer qu'il n'y a pas là une certaine composante, de l'ordre de la destinée, qui les guide vers leur vocation innée ?

 

Au début, je voulais faire du dessin, et j'étais plutôt doué pour cela, bien que lent (faire un dessin me prend plus de temps que d'écrire un article de 10 ou 20 pages). Ma facilité à l'écriture, mon imaginaire, et le fait qu'en un chapitre, j'ai découvert que je pouvais faire 10 peintures en quelques pages, m'a rapidement convaincu que là était ma véritable vocation (on n'a pas de doute, quand on possède une telle chose), et cela a commencé au début de mon adolescence. Depuis cette période, en une trentaine d'année, j'ai du écrire, disons à la louche, une douzaine de romans et probablement une ou deux centaines d'autres textes courts. Une production donc assez conséquente, qui n'a quasiment mené à aucune publication. Un livre de « longues nouvelles » auto-publié, des parutions dans des fanzines, quelques propositions d'édition déclinées par moi, parce que je ne voulais pas d'une reconnaissance frelatée à partir de textes que je trouvais tout juste corrects. Je voulais entrer par la grande porte, orgueil grandiose d'un ego mal éduqué.

 

Quantité n'est pas qualité. Kafka, à qui je ne me compare pas en terme de talent, mais qui était lui aussi bien dérangé par une éducation que l'on qualifiera diplomatiquement de contestable, ne voulait pas que l'essentiel de son travail soit publié. Heureusement, il l'a été quand même. Trois romans dont aucun n'est achevé, mais qui sont tous formidablement aboutis, contre mes centaines de textes, pour l'essentiel terminés, mais à mes yeux non aboutis.

 

J'ai pourtant eu des retours positifs, voire admiratifs, mais cela n'a jamais suffi à me convaincre. Non seulement cela, mais je pense que ces avis sont juste gentils. Je vois bien que mes textes sont à mille lieues de ce que je voudrais qu'ils soient. Certains ne me déplaisent pas, mais comme certains de mes articles ici, ils ne font qu'exposer ma névrose et ma médiocrité. Et quand on a l'ambition de lutter contre la médiocrité dans la société de son époque, on ne saurait trouver cela acceptable, et encore moins que « acceptable » soit une appréciation suffisante pour mériter une quelconque publication. Les librairies sont déjà saturées de publications médiocres, insuffisantes mais « acceptables » car elles rapportent du fric à quelqu'un. Voilà. Je n'écris pas pour me nourrir, mais pour apporter quelque chose au monde. Si je juge qu'aucun de mes écrits n'accède à ce statut, et bien aucun ne sera publié massivement.

 

Je pense être un écrivain assez moyen. Mais qu'importe, je n'écris pas cet article pour me juger, me flageller ou m'apitoyer. Au contraire, avoir conscience de cela peut être un moteur. On peut toujours s'améliorer avec des efforts, et il est vrai que je me suis longtemps reposé sur ma facilité initiale à l'écriture, comme j'ai fait pour beaucoup de choses dans toute ma vie de « surdoué » à tendance paresseuse, un peu trop sûr de lui et en même temps avec une estime personnelle abîmée.

 

Mon blog a constitué, très souvent, une sorte d'ersatz, de solution secondaire, voire de défouloir. Ainsi, si je ne parviens pas à organiser mes idées au sein d'un chef d’œuvre, et bien je peux au moins les distribuer en vrac à travers un blog. Une vision du monde modulable, en kit, qui m'engage sans m'engager, me permet d'écrire tout en me permettant de me détourner d'une vocation jusque là trop exigeante pour moi.

 

Du coup, chaque constat sur l'homme ou sur la société peut devenir l'objet d'un article. En l'étayant par des sources, on peut même lui donner plus de substance. L'avantage est que cela pousse à se cultiver, parfois à nuancer le constat initial pour accéder à une vision plus juste et plus profonde. L'inconvénient est qu'on intègre pas l'idée dans une œuvre : on la livre toute crue, plus ou moins sans forme, et le sens ne s'acquiert qu'au fil des différents articles qui agencent les idées entre elles. Comme les chapitres d'un roman, en fait, mais sans faire l'effort de création de personnages, de contexte, d'intrigue, etc. La réalité est une matière première suffisante pour un tel blog, mais elle n'encourage pas le développement de l'imaginaire.

 

Et dans ces constats que j'étale, j'étale aussi mes états d'âme. Personnellement, je trouve cela détestable. Ce n'est pas ce que j'avais en tête au départ avec ce blog, où je crois que je voulais surtout faire part de mes prises de conscience par rapport à la société humaine, ou encore, de ce que je savais déjà depuis longtemps sur celle-ci, mais sans parvenir à le partager : nourrir autrui de mon savoir, d'une perception que j'estimais suffisamment décalée pour être partagée. Je n'ai pas vraiment changé sur ce point, même si je trouve que parfois, mes articles ont tendance à tirer vers la médiocrité que je souhaite éviter.

 

Ainsi, livrer des choses en vrac est bien gentil, mais ça ne demande pas beaucoup de travail ni de réflexion, et le résultat décousu n'aide pas vraiment qui que ce soit à faire le tri, même si j'essaye toujours de baliser un peu le terrain.

 

Livrer mes humeurs ou mes opinions personnelles est du même registre : finalement, je crois qu'on s'en fout de ce que je pense. Même moi je m'en fous, je n'y suis pas attaché. Mais parfois je ressens la pulsion de le faire, comme une sorte d'obsession, quelque chose que je dois sortir de moi, quelque chose que je ne peux pas dire facilement autour de moi, alors qu'il faut que je le dise à quelqu'un.

 

Une solution serait de davantage différencier mon travail d'écrivain et mon travail de blogueur, pour mieux identifier les deux

 

Une autre solution serait de faire de donner à ce blog une identité un peu plus littéraire et philosophique, et un peu moins scientifique. Déjà parce que les éternels débats sur ces sujets m'ont vraiment usé et lassé mentalement. Et aussi parce que, bien que j'ai une attirance pour la démarche scientifique, je ne suis sans doute pas assez compétent dans ce domaine pour que mes apports soient significatifs en une quelconque manière. J'ai fini par me trouver aussi bête que tous ceux que j'ai critiqués, que ce soient les obtus, les ignorants qui s'épanchent, les convaincus, les crédules, les moralisateurs, les faux-sceptiques, les vrais conspis, etc. Je suis tombé dans les mêmes pièges qu'eux à différents moments, et je parie que je vais recommencer pas mal de fois avant d'apprendre la leçon, alors je me prépare déjà un bon stock d'indulgence, pour moi comme pour eux.

 

Mais surtout, à vouloir toucher à trop de choses qui avaient le potentiel, par exemple, d'alimenter des récits de SF, de dystopie ou autres, j'ai fini vers glisser vers une sorte particulière d'idéologisme qui est à mon avis néfaste à un écrivain. L'artiste a un message à passer, il peut être engagé, politisé même, selon son choix, mais un écrivain enfermé dans un idéologisme ne sera jamais vraiment bon, du moins à mon goût. Je crois plutôt aux vertus d'une certaine neutralité, qui aide à rendre une idée finalement plus convaincante, parce qu'elle ne s'est pas affranchie des nuances ni des contradictions.

 

Mais peu importent toutes ces considérations, finalement. Ce que je veux dire, c'est que je retrouve le chemin d'une écriture plus exigeante, plus mature (je l'espère), et l'important n'est pas de savoir si elle sera publiée ou publiable ou non (j'estime que ça a de toute façon assez peu de valeur, comme critère, dans le monde actuel où tout se noie dans l'insignifiance). L'important c'est que le virage que je suis en train de prendre pourrait faire de moi une personne meilleure, plus accomplie, plus forte et surtout plus humble. La « réussite » n'est pas un objectif que je quête dans cette société donnée. S'accomplir au sein de celle-ci me semble un objectif moins susceptible de détournements et de déviations, et déjà un sacré défi, lorsqu'il s'agirait par exemple de la dépeindre avec pertinence dans un texte digne de ce nom.

 

Donc, je confirme ici mon intention de faire prendre un virage au blog, qui ira vers des explorations plus philosophiques, plus artistiques, avec sans doute la dose habituelle de mysticisme et de métaphysique, et moins politiques ou scientifiques, même si ces composantes continueront forcément d'exister. Je crois que tout ce qui concerne les affaires courantes du monde ordinaire est à tenir à distance désormais, tant l'agitation emporte les esprits, tant le tourbillon vous attire vers le centre, vous avilit et vous empêche d'avoir le recul nécessaire pour exercer lucidité, esprit critique et sagesse.

 

Peut-être poursuivrai-je, éventuellement, cette réflexion, mais à l'heure actuelle je pense qu'elle se suffit à elle-même, donc je vous dis à une prochaine.

 

 

NB : encore un article à venir sur la démarche de curiosité, pour je ne sais pas quand.