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L'Oeil du Selen
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30 juin 2016

Illusions et désillusions démocratiques à la lumière du Brexit

 

En l'espace de quelques jours, on aura lu et entendu toutes sortes de propos dont certains sont peu usités, bien que je les juge personnellement peu surprenants, qui jettent une lumière un peu inhabituelle sur la manière dont « l'idéal démocratique » s'est implanté dans les esprits des uns des autres. Parfois cette incrustation idéologique prend une apparence tout à fait classique et prévisible par n'importe qui, tandis que d'autres fois, elle emprunte des formes beaucoup moins conventionnelles, pouvant aller jusqu'à une inversion totale des valeurs dites démocratiques.

 

Je n'ai jamais fait aucun mystère ici que je ne croyais en aucune façon dans la farce pseudo-idéaliste qui se joue en permanence depuis des décennies sous la dénomination flatteuse de « démocratie ». L'événement du Brexit me donne une opportunité concrète et sans égale d'illustrer ma vision des choses. Bien sûr, un article ne sera jamais qu'un article, toujours trop court pour fournir un aperçu complet des choses, et en l'occurrence, de la farce en question.

 

 

 

Panique d'état et propagande politico-médiatique

 

 

Comme de coutume, on partira de quelques liens sur lesquels s'appuyer. Le premier n'est qu'anecdotique, mais donne un premier aperçu de l'état d'esprit de nos élites, quant à cet événement.

 

https://francais.rt.com/international/22790-france-allemagne-auraient-prepare-projet-super-%D1%83tat-europeen

 

Je ne commenterai pas outre-mesure, puisqu'il semblerait qu'un tel projet ne soit qu'un élément d'un vaste brainstorming de l'élite politique européenne, probablement voué à un oubli rapide, mais qui témoigne de l'état de panique et de désemparement qui a envahi cette caste là. On met les bouchées doubles pour tenter de compenser, à ses propres yeux ainsi qu'à ceux des peuples, les effets symboliques de l'événement, de même qu'on avait puni, dès le lendemain de la consultation, de punir la Grande Bretagne de son péché (rappelons-nous des racines judéo-chrétiennes plus ou moins non-avouées de notre empire occidental).

 

Plus typique a été le comportement des médias dans les jours qui ont suivi le Brexit : propagande, propagande, et encore propagande.

 

https://fr.sott.net/article/28501-Brexitinerance-de-la-propagande-un-grand-merci-aux-merdias-francais

 

http://www.les-crises.fr/brexit-l-arnaque-du-vote-des-jeunes/

 

Ces deux liens en donnent un aperçu clair et précis. Comme on l'avait déjà évoqué, les vieux auraient ravi aux jeunes l'opportunité d'un futur démocratique radieux. On voit ici qu'il n'en est rien, et qu'en tout état de cause, les choses sont plus compliquées que l'ensemble des médias cherche à le faire entendre.

 

John Pilger nous permet ensuite de rétablir un peu les faits, avec une introduction qui dit déjà l'essentiel : « La décision de quitter l’Europe votée par la majorité des Britanniques est un acte parfaitement démocratique. Des millions de gens ordinaires ont refusé de se laisser impressionner, intimider et mépriser par les analystes des principaux partis, le monde des affaires, l’oligarchie financière et les grands médias. »

 

http://www.legrandsoir.info/pourquoi-les-britanniques-ont-dit-non-a-l-europe.html

 

Car c'est bien de cela qu'il s'agit encore une fois : la caste politico-médiatique, détentrice du pouvoir d'influence et de décision, essaye de conformer la plèbe par des procédés allant de la « pédagogie » jusqu'au chantage le plus manifeste. Si vous ne cédez pas aux bons arguments de cette caste décadente et aveugle, il ne restera plus qu'à vous punir comme on le fera avec la Grande-Bretagne (quand on aura trouvé comment le faire sans se tirer une balle dans le pied, à moins qu'on ne fasse fi de cette conséquence pour bien montrer que nous sommes de fiers et orgueilleux démocrates progressistes).

 

J'ai envie de dire, peu importent les raisons des britanniques : dans un contexte démocratique, elles sont censées être légitimes quoiqu'il arrive. Pourtant, ce n'est visiblement pas le cas, puisqu'elles sont débattues jusqu'au point qu'on songe à oublier de recourir à l'outil du référendum à l'avenir, pour ne plus se confronter à un nouvel « échec démocratique ».

 

A tout esprit lucide devrait, à ce point, sauter aux yeux l'absurdité même qu'une telle idée puisse naître dans les esprits de gens qui sont censés être les garants de la démocratie, que sont les agents politiques « élus par le peuple », et leurs comparses journalistes, agents du « quatrième pouvoir », si important pour surveiller les éventuelles dérives des trois autres, et s'en faisant régulièrement le principal allié et complice.

 

Dans un monde – comment le qualifier ? - normal, idéal, un tel propos aurait du soulever de monstrueuses protestations contre le despotisme latent d'une telle proposition. Ce ne fut pourtant pas le cas, et on assiste actuellement qu'à des haussements d'épaules des cyniques et quelques rengorgements vaguement courroucés de la part de ceux qui tiennent la démocratie en haute estime. En haut lieu en tout cas, on débattra encore longtemps de comment mieux tirer la laisse du peuple, pour que celui-ci, soit soi privé de consultations, soi mieux guidé la prochaine fois vers la bonne réponse qui est celle qu'on attend d'un peuple bien éduqué.

 

 

 

Une démocratie de façade

 

 

J'ai particulièrement apprécié un article acerbe de Victor Dedaj que voici :

 

http://www.legrandsoir.info/le-brexit-et-l-europe-fantasmee-de-la-gauche.html

 

Je citerai notamment ce passage qui fait très bien le lien avec ce que je disais dans ma série d'articles contre le moralisme décadent qui est celui de notre époque :

 

« Ce qui m’amène directement à la question suivante : pourquoi la volonté exprimée par une majorité de Britanniques pour sortir de l’UE serait-elle mieux respectée que la volonté exprimée par les Français qui ont refusé un projet de Constitution européenne ?

Il paraît qu’aujourd’hui, ce sont les xénophobes, les racistes et les populistes qui ont gagné. Oui, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, l’Europe est une grande fraternité antiraciste, anti-impérialiste, soucieuse du bien-être des peuples. Demandez aux Lobbies de la Pharmacie, de la Chimie. Demandez aussi aux Grecs, aux Libyens, aux Syriens, à nos amis néonazis Ukrainiens. Demandez aux 10000 réfugiés noyés en Méditerranée depuis 2014.

A l’instar de l’esprit « Je Suis Charlie » qui sert d’alibi à une constante érosion de la démocratie, de la liberté d’expression, de la liberté syndicale et qui a été plus efficace que tous les fachos en herbe du continent, le côté « antiraciste », « anti-xénophobe » et « fraternel » affichée par les Européistes et l’UE a fait plus de victimes que tous les racistes, xénophobes et populistes européens réunis. Ça, c’est du concret. »



Je ne peux malheureusement que rejoindre ces propos. Nous vivons dans une Europe, digne sœur de l'empire américain, qui a perdu tous ses repères philosophiques, et a transformé son héritage spirituel en une course en avant vers l'épandage de la démocratie à grands coups de bombe et de punition des méchants, le tout sous couvert d'arguties diverses et avariées sur les valeurs humanistes.



Il ne nous dérange aucunement, ni ne nous apparaît clairement, que les ravages de notre système soient les pires jamais créés par aucun autre, tant nous sommes aveuglés par nos credo. Cela n'est pas seulement vrai à l'échelle de nos états, mais aussi à l'échelle de groupuscules militants, d'associations, de partis révolutionnaires. Tous participent directement ou tacitement à cet élan vers l'écrasement de tout ce qui ne nous renvoie pas l'image de notre idéal parfait, c'est à dire concrètement, tout ce qui se met en travers de notre chemin.



Une fois effacé le maquillage moral et l'éthique superficielle de nos états – devant lesquels il faudrait reconnaître qu'ils incarnent le moins mauvais des systèmes, et dans le même mouvement leur prêter une totale soumission – il ne reste plus que les vexations, les prisons remplies, les maladies chroniques, les massacres à l'étranger, et les actes que ces crimes suscitent en réaction, tels que le terrorisme, mais aussi les procédés criminels de gens cherchant désespérément à échapper à l'emprise écrasante et étouffante de ce système omniprésent jusque dans nos pensées les plus intimes, c'est à dire le travail au noir, le deal, le trafic, et j'en passe. Non qu'il faille dire que ces choses sont bonnes, et elles ont sans doute existé dans toute civilisation qui prétendait régir toute interaction, mais elles sont des réactions malheureusement légitimes à un système dont les aspects mafieux sont tout aussi réels, mais jamais nommés adéquatement.



Aussi je me gausse, pardonnez-moi, lorsque je lis les tergiversations de militants divers qui prétendent améliorer le système de l'intérieur en travaillant au changement par le sacrifice de soi. Je suis désolé de constater que leur sacrifice est vain, et que le système ne se change de l'intérieur que par ses actes les plus innommables qui contribuent à le décrédibiliser aux yeux de la masse, celle-ci ayant un intense besoin qu'on lui rappelle constamment ce qu'elle sait déjà sans vouloir en prendre conscience.





Une révolution inversée



Inversée, invertie, peu importe. Le fait est que ce à quoi l'on assiste aujourd'hui avec ces discours dans les milieux politiques et médiatiques ressemble à s'y méprendre à une sorte de révolution inversée au cours de laquelle c'est l'élite, totalement déconnectée de la base qu'elle est, qui se révolte contre la démocratie, en prétendant que moins de démocratie serait nettement plus sain, y compris pour la démocratie elle-même. Vous avez dit double pensée ? Certains n'y trouvent en tout cas pas grand chose à redire, comme je l'ai déjà signalé.



http://www.dedefensa.org/article/la-revolte-des-elites-zombies-systeme



Cet article de dedefensa (à noter que le site est quelque peu en difficulté à ce jour, et qu'il serait dommage de devoir se priver de leur vision iconoclaste à l'avenir... à votre bon cœur...) soutient encore une fois habilement et intelligemment ce point de vue. Et comme on n'est jamais certain qu'un site en difficulté demeure longtemps sur la toile (malgré de longues années de présence), je vais me permettre d'en citer de larges portions, pour accompagner ma propre réflexion à propos du fait que la démocratie, avec tout ce qu'elle charrie comme valeurs proclamées, n'est rien d'autre qu'un mot pour désigner un projet de société qui, actuellement, est la meilleure et la plus parfaite incarnation du totalitarisme.



« Le terme “élites” tel qu’il est employé en général dans les commentaires abordant actuellement ce thème est très fortement galvaudé jusqu’à l’inversion même. Le terme “élites” a d’habitude sa noblesse, sons sens de la responsabilité et de devoir, alors que ces “élites” constituent une “écume des poubelles” du Système (...) disons quasiment les privilégiés de la poubelle qui est en général le réceptacle où le Système loge les zombies qui sont à son service. (Mais on doit impérativement comprendre et accepter qu’on emploie le terme “élites” comme nous en faisons ici la critique, parce que ce terme tel qu’il est utilisé dit tout de même ce qu’il veut dire, parce que les choses telles qu’elles sont, notamment l’illégitimité et l’imposture de ces soi-disant “élites”, leur inculture, leur hébétude intellectuelle, sont largement connues et documentées jusqu’à l’obscénité.) »



Rappelons en effet que l'élite à laquelle nous avons à faire peut à loisir exprimer sa détestation des œuvres classiques et son mépris de la sociologie en tant que repaire de la « culture de l'excuse », au même titre que par exemple un Victor Hugo – ou pourquoi pas un Zola – avait pu être l'apologue du crime parmi les pauvres, à travers son œuvre. De ces gens on n'attendrait pas mieux que de décrire Kafka comme un pompeux fonctionnaire pris pour un génie, ou Van Gogh comme un vulgaire cinglé coloriant des toiles. Quelles sont les références de ces gens ? L'argent, la réussite. Il n'en faut pas plus pour catégoriser désormais le véritable artiste à inclure au système : des bouffons dans des rôles d'anti-bouffons, dont le summum de l'art consiste dans le plug anal géant en plastique ou le chien métallique fluorescent. Cette élite n'est guère autre chose qu'une racaille de cancres (avec toute la sympathie que j'ai pour les cancres d'un autre genre, et dont j'ai toujours fait partie moi-même) s'assumant de mieux en mieux, dont la religion se trouve dans les chiffres, les courbes, le remplissage de comptes en banque, ou les sondages de popularité, même lorsqu'ils ne flattent guère. Ce genre de cancre là n'a aucun charme, surtout quand ils décident de nos modes de vie sans s'appuyer sur aucune culture, aucune sagesse, aucun amour de l'homme, leur seule passion étant la gestion des grands nombres.



« Il y a dans ce rejet de la démocratie une sorte d'illustration de ce que le grand penseur anglais, Christopher Lasch, appelait la “révolte des élites” (par opposition à la “révolte des masses” d'Ortega y Gasset). Dans ce livre très visionnaire, publié en 1995, Lasch notait que ce sont aujourd'hui les élites, et non plus les masses, qui vivent dans un splendide isolement, satisfaites d'elles-mêmes, rejetant tout ce qui échappe à leur bien-être personnel, coupées des réalités du monde commun qui les entoure. C'est la solidarité des surclasses globales qui, de Londres à Singapour ou Paris, sont indifférentes au sort de leurs voisins locaux. Elles ont développé une sorte d'irresponsabilité et d'immaturité qui les prive de toute forme de “sensibilité pour les grands devoirs historiques”, disait déjà Lasch. Lorsqu'elles sont confrontées à un retour brutal du réel, comme le résultat d'une consultation démocratique, elles n'hésitent pas à se déclarer contre la démocratie. »



Je n'ai pas grand-chose à ajouter à cela, sinon que l’entre-soi exclusif dans lequel patauge cette caste ne fait qu'alimenter le problème. Puisque ces gens n'ont aucune référence culturelle digne de ce nom, ils créent les leurs, et c'est exactement ce à quoi on assiste avec l'intronisation de « grands artistes » à peine dignes d'être ferrailleurs, et à qui on verse des millions pour avoir confondu l'iconoclastie et l'excentrisme créatif avec la plus vulgaire provocation. Et tous ces gorilles politiques de salon d'applaudir et subventionner cela comme la manifestation de la plus haute fulgurance.



« On est à la fin de ce cycle historique... On voit très bien que les fractures sont là, qu’on ne peut plus continuer sur cette espèce d’hégémonisme de ce que j’ai appelé le gauchisme culturel qui est battu en brèche.. On ne voit pas forcément sur quoi tout cela va déboucher...” Dans cette émission si classique, qui paraît si apaisée et donc s’inscrirait selon le sens commun dans l’architecture du Système, le second invité, Jean-François Colosimo, présent dans l’émission sur  Le Goff, a eu cette remarque venue comme naturellement : “Il y a Paul Yonnet, qui paiera quasiment de sa vie, il faut le dire, le fit d’avoir été le premier à dénoncer l’imposture de ‘SOS Racisme’ puisqu’il subira l’ostracisme de la gauche, le premier dans les années 1990. Il paye pour avoir dit la vérité...” A la question de savoir s’il existe en France une “police de la pensée”, tout le monde acquiesça. Tout cela est si inhabituel dans le fait de venir si naturellement, sans calcul ni arrière-pensée politique, qu’il s’agirait du signe d’une évolution significative des psychologies. » 



Autre illustration de ce qui recouvre en réalité non pas un idéalisme inspiré, mais plutôt le besoin d'une certaine mouvance politique d'avancer sous le couvert d'un bouclier bardé des stigmates de ces « valeurs », de ces « idéaux » et de cette morale censés cautionner toutes leurs dérives, compromissions et trahisons. Il n'y a rien de plus commode que de marteler à sa base la nécessité d'adopter les mêmes valeurs, quand bien même elles ne servent en réalité que les intérêts d'une élite prédatrice, utilisant par exemple l'immigration comme un pur outil de contrôle des mécanismes inhérents à la nation, et ce sans aucun souci réel du bien-être de qui que ce soit, autrement que dans les mots, et peut-être dans des sentiments bien vite oubliés, et déconnectés du monde réel. Ce qui est plus grave, c'est que cette base, contrainte par sa bonne conscience d'adhérer à ces fausses valeurs, au point de les adopter et de s'en faire les soldats, subit, elle, les conséquences de cette politique et, simultanément, les fait subir à ces masses d'immigrés auxquelles on a fait miroiter l'eldorado occidental, pour mieux piller leurs pays une fois qu'ils les auront quittés.



De là, si les valeurs vantées sont fausses, et servent à dissimuler des manœuvres et à sauvegarder la conscience, il n'y a plus qu'à conclure qu'un édifice basé sur de fausses valeurs est lui aussi nécessairement faux, comme toutes les compromissions et les limites des processus démocratiques le montrent au jour le jour à celui qui conserve les yeux ouverts. Et c'est ce que je reproche ouvertement à une grande partie de mes contemporains : baisser les yeux, agir avec cynisme, et pratiquer sur une base absolue la compromission en s'en excusant suivant le faux principe de réalité qui est que l'on doit bien s'adapter au système pour survivre. S'il fallait se plier à cet argument, alors il n'y aurait aucune contradiction à se plier également à n'importe quelle forme de despotisme, et c'est probablement pourquoi ces mêmes masses qui se disent soulevées d'enthousiasme par les faits démocratiques qui contrebalancent selon eux largement les effets pervers du système, se déclarent de plus en plus favorables au remplacement de la démocratie par la dictature, s'il fallait privilégier l'efficacité d'un système politique, le second leur apparaissant nettement plus adapté à ce critère. Et s'il l'est, c'est nécessairement parce que la masse est soumise, et il suffirait que nous soyons enfin d'accord sur ce fait, pour que l'on puisse convenir tous ensemble que nous ne vivons absolument pas en démocratie, puisque nous nous vouons en réalité à une élite inculte et corrompue qui s'accroche à sa propre corruption avec toute l'énergie nécessaire, tandis que la passivité du peuple lui fournit toute la caution nécessaire pour qu'ils poursuivent et aggravent la situation.



Aussi, l'on n'aime pas que je dise que le peuple est complice, et pourtant il l'est tant qu'il ne rompt pas avec cette soumission qui, elle aussi, est de mieux en mieux assumée, car il se laisse avec complaisance convaincre par tous les discours concernant les nécessaires limites de tout système politique. Avec cet état d'esprit fataliste et défaitiste encouragé par des gens qui ont intérêt à attiser ce travers, on glisse progressivement sur le versant totalitaire de ce que nous nommons « démocratie ». C'est que cette prétendue démocratie portait dès l'origine les germes de cette dérive, et elle a d'ailleurs été critiquée pour telle depuis son existence même. Encore n'aurait-il pas fallu, pour commencer, nommer « démocratie » un système qui ne visait qu'à faire cautionner une élite par un peuple forcément démissionnaire, mais bien évidemment, le terme n'était fait que pour flatter ce dit peuple, et le détourner de toute contestation. La novlangue, déjà, et bien avant Orwell, qui n'avait fait que la relever et la décrire, car il fallait bien qu'elle lui préexistasse.



« Notre jugement est que ces êtres sont d’abord et essentiellement des faibles dans le domaine de la psychologie, pauvres et bas dans le domaine de l’esprit par conséquent, pauvres et bas bien plus que des êtres mauvais, et souvent avec des capacités naturelles remarquables pour se mieux tenir à ce niveau. Ils font le Mal, travaillent pour le Mal, font du zèle pour le Mal, par la grâce invertie de la seule faiblesse de leur psychologie qui autorise tous les emprisonnements et toutes les illusions ; il est risible d’en faire des êtres mauvais comme s’ils étaient le diable, – le diable a tout de même une autre allure, – et ils sont souvent un peu “double”, avec un des côtés, souvent très marginalisé, qui mesure par instant l’absurdité, la subversion, l’inversion de leur comportement, – mais cela, certes, l’espace d’un instant... »



J'ai trouvé ce passage amusant et intéressant, en ce qu'il combat deux stéréotypes habituels.



Le premier qui croit que le politicien est par essence un pervers ou un psychopathe qui galope après le pouvoir comme un lévrier après un bout de viande, comme si l'on pouvait réduire toute la classe politique, faite d'humains diversifiés et aux intérêts eux mêmes très variables, à une caricature aussi grossière.



Le second qui dépeint un peu trop aisément le politicien comme, finalement, un type comme tout le monde, dont la corruption serait un bien grand mot pour décrire tous les mécanismes sociaux et interpersonnels qui régissent ces choix.



Il ne faudrait certes pas tomber non plus dans une autre caricature très commune, qui est celle de l'ambitieux bien intentionné qui finalement tombent dans les malversations comme on bascule du côté obscur de la force. Il n'en est pas moins vrai que d'une part ce n'est pas n'importe qui qui est attiré par la politique, et si les profils sont divers, on trouvera quelques constantes (qui n'est pas pour autant une généralité), notamment celle qui consiste à prétendre prendre à son compte la direction des affaires, c'est à dire la volonté de contrôler le monde. Car voilà bien ce qui caractérise avant tout le politique : le désir d'avoir une part déterminante dans les choix qui se font effectivement, quel que soit le vernis qu'il appose dessus.



Or, qu'attendre de gens assoiffés d'influence qui se mettent tous ensemble et tous les uns contre les autres, à l'échelle d'une commune, d'un pays, d'un continent, d'une planète ? Vous attendez-vous à ce que ce schéma d'organisation aboutisse à autre chose qu'à des conflits généralisés, où toute considération morale ne finit par ne plus être qu'un prétexte et en même temps un argument pour parvenir à ses fins ?



Il serait naïf de croire que l'ingénierie sociale est apparue par un autre processus que celui du suffrage qui donne naissance à l'électoralisme... Encore plus naïf de croire que l'on peut abattre ce géant de l'intérieur, sans même le désir de le détruire réellement. Il faut une intention ferme de combattre et d'annihiler ce golem idéologique qui entraîne et les élites dans leurs travers, et le peuple avec, dans le sillage de ces élites, de par la docilité dont il fait preuve. Mais comme de bien entendu, chacun y va de ses compromissions, et des gens qui s'engagent (et j'en ai vus) dans des processus militants qui se terminent toujours d'une parmi deux manières : soit la désillusion et le désengagement après avoir vu le vrai paysage du panier de crabe et de manœuvres politiciennes dont est fait l'envers du décor, soit pire, l'embrigadement dans ce mécanisme, qui aboutit à la justification même de celui-ci, sous le couvert de le combattre. Tout ça parce que, justement, ceux qui ont, malgré tout, envie de continuer d'avoir une influence, opteront toujours pour la compromission, car autrement ils seront exclus du système et impuissants, or c'est ce qu'ils craignent le plus. Mais il ne s'agit là que d'un seul des nombreux mécanismes psycho-sociologiques qui ne peuvent que conduire à une corruption toujours plus profonde, tout dépendant de l'intégrité des personnes en jeu, et de leur lucidité face aux processus et aux enjeux. Mais au final, cela revient au même, car tous ceux qui participent au système le nourrissent, que ce soit de leur propre perversité, ou de leurs bons sentiments, et finalement je ne sais pas ce qui est le pire.



« Les “élites-zombies-Système” n’ont absolument rien de la noblesse et du sens de la solidarité et de la responsabilité des élites dans le sens initial, ce sont des arrivistes et des nouveaux-riches de l’élitisme de pacotille, en général choisis pour leur médiocrité, leur inexistence, leur corruption, leur arrogance méprisante, leur goût des privilèges, et en général pour leur sottise (...) »



Il me semble que ce passage va parfaitement dans le sens de ce que je viens de dire, aussi je passerai directement à la conclusion.





On a vu que le Brexit procurait une occasion d'observer toute l'agitation de nature profondément anti-démocratique qui sévit au sein de ce qu'il convient d'appeler le système. Il ne s'agit pas d'un accident de ce système, d'un moment d'égarement où le vague-à-l-âme conduit à dire un peu n'importe quoi, avec l'excuse d'une ivresse momentanée. Il s'agit, et le lecteur doit s'en convaincre si ce n'est pas déjà fait, de son seul et vrai visage, qui apparaît clairement par intermittence, lorsque le moment s'y prête, mais qui est perpétuellement en action, comme peut s'en apercevoir quiconque observe avec un tant soit peu de lucidité.

On me pardonnera cette conclusion quelque peu lapidaire, mais j'estime avoir suffisamment avancé de faits et d'arguments à travers ce blog pour que les exemples ici présentés de propagandes, de mensonges, de reniements et de contradictions dans les principes mêmes de ce que serait censée être la démocratie, s'il y en avait une, ne fassent que s'ajouter à la longue liste des preuves que ce nous appelons démocratie n'est en réalité qu'une gigantesque organisation totalitaire s'appuyant sur la fabrication du consentement.

On pourra arguer, gloser, et sodomiser les diptères sur le fait qu'il ne saurait exister aucune démocratie parfaite et idéale. Il n'en est pas moins vrai que ce qui n'est qu'une parodie de démocratie nous est pourtant présenté comme l'archétype même de ce qu'elle pourrait être, au point que c'est en son nom, c'est à dire en ceux de ses vertus, et non de ses écueils et imperfections inavoués, que l'on parle et agit constamment, y compris pour organiser la guerre, la pauvreté, l'oppression, bref la violence sous toutes ses formes – y compris celle de la torture et de la mise à mort délibérée. C'est au nom de ce mensonge que l'on agresse, attaque, tue, et c'est à ce mensonge éhonté et meurtrier que l'on cherche à convertir le reste du monde. Il ne s'agit pas simplement de profiter d'un confort qui nous est donné, et de se servir d'un amollissement relatif des masses pour se vautrer dans les privilèges du pouvoir, mais de bien plus sale et vil que cela, et j'aimerais que davantage d'esprits timorés rencontrés ou aperçus autour de moi s'y fassent. A chaque fois qu'ils cautionnent un petit bout de ce système, une des valeurs ou vertus que celui-ci a placé devant eux pour qu'ils le vantent et le défendent, ils en sont partie prenante. Et il ne s'agit pas de ma part de culpabiliser qui que ce soit, car d'une part je participe moi aussi à ce système à de nombreux moments – nul n'a véritablement le choix, tant il est tentaculaire – et car je l'ai assez dit, la culpabilité ne mène à rien, elle n'est qu'un autre cul-de-sac moral. Mon but n'est que de participer à éveiller des consciences, en fournissant des faits, des arguments, et ainsi promouvoir une libre pensée et nourrir autour de moi la lucidité, comme je nourris la mienne à travers mes lectures.

 

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