Le militantisme semble toujours conduire à pervertir, invertir et au final inverser les valeurs qu'il était censé défendre.

 

Bien que je sois apolitique au sens où je ne suis engagé dans aucun parti, formellement opposé au système électoral tel qu'il existe, je suis néanmoins attaché à certaines valeurs, telles que l'égalité, la liberté, qu'un Macron oppose comme étant, pour l'une, une valeur de gauche, et l'autre, une valeur de droite. Comme s'il y avait une quelconque pertinence à opposer des idées aussi complémentaires. De même, on oppose aussi souvent la liberté et la sécurité, comme étant antinomiques, voire antonymiques, et l'on utilisera pour cela quelques citations historiques qui empêchent d'y réfléchir. Il y a pourtant un certain bon sens à vouloir un peu des deux. La liberté n'a pas de sens si elle ne conduit qu'à une mise en danger permanente de l'existence, puisque l'existence est ce qui permet de vivre cette liberté. De même, la sécurité comme une fin en soi n'est qu'une incarcération. La sécurité devrait être au service de la liberté, et non pas servir à l'amputer.

 

Bref, je suis attaché à toutes ces valeurs que j'ai cité, et à d'autres encore, qui bien sûr s'organisent en une sorte de hiérarchie, en moi. Mais ce que je voulais dire, c'est que je ressens souvent une certaine gêne, voire une gêne certaine, lorsque ces valeurs sont défendues par un militantisme absurde et débridé qui les érige non plus en tendances idéales, mais en forme une sorte de totalitarisme nouveau qui leur arrache toute leur beauté, pour en faire le nouvel étendard sanglant d'une lutte hideuse qui en pervertit et en invertit le sens.

 

C'est un lieu commun que de pointer du doigt les armées en -isme et en -iste, pro- et anti-, qui se saisissent d'une version extrême d'un idéal ou d'une valeur, pour en vanter une image déformée jusqu'à l'inversion. Pourtant chacun de ces termes porte en lui ce danger, la destruction même de l'idéal qu'il était censé servir, parce qu'on l'aura servi non pas en être humain en incarnant le sens véritable avec mesure, mais en petit soldat se sacrifiant à un combat pour cet idéal dans lequel l'idéal n'est plus une fleur fragile et subtile qu'il faut protéger, admirer et entretenir chaque jour, mais un canon qu'il faudrait polir, charger et faire retentir chaque jour. Les idéaux sont faits pour être vécus et incarnés, pour servir l'homme, pas pour être défendus comme un territoire, pas pour faire couler le sang, pas pour être servis comme des maîtres. C'est quelque chose que l'on perd souvent de vue, et d'autant plus facilement que l'on fait un combat de ce genre d'idée.

 

Égalitarisme, sécuritarisme, libertarisme, libéralisme, libertarianisme, autoritarisme, féminisme, racisme, anti-racisme, sexisme, anti-sexisme, racialisme, suprémacisme, sionisme, antisémitisme, anti-antisémitisme, anti-sionisme, progressisme, mondialisme, régionalisme, chauvinisme, nationalisme, patriotisme, multi-culturalisme, droit-de-l'hommisme, totalitarisme, anarchisme, colonialisme, bellicisme, etc.

 

Toutes ces choses (et celles que j'ai omis de citer, mais qui sont du même acabit) ne sont-elles pas le même combat, à savoir, le combat de l'homme contre l'homme ? Tout combat n'est-il pas division, et par définition, inversion ?

 

Est-il nécessaire d'être humaniste pour être humain, d'être altruiste pour se soucier d'autrui, pour incarner toute la générosité et la beauté dont peut être capable l'homme ?

 

La liberté de changer de sexe est-elle une liberté, lorsqu'on s'aperçoit que, bien loin d'un changement de sexe sur commande, qu'une mise en adéquation de l'identité avec le ressenti, ce n'est qu'une modification de l'apparence obtenue par la mutilation physique et chimique, et donc d'une obération de la liberté et de l'équilibre du corps ? Un refus de la particularité, de l'individualité, de la nuance, une façon de s'enfermer dans un schéma binaire où il n'y aurait d'homme ou de femme que ce qui serait caricaturalement marqué par les caractères de l'un ou de l'autre.

 

L'égalitarisme peut-il parvenir à autre chose qu'à un nivellement par le bas qui est celui que le mondialisme permet d'observer ?

 

Le sécuritarisme n'est-il pas l'autre nom de la tyrannie et de l'autoritarisme ?

 

Le féminisme n'est-il pas une guerre contre le masculin, une intention de destruction d'un élan pourtant nécessaire à l'équilibre humain ? Une vengeance ? Une jalousie ? Ou encore, un élan irréfléchi pour dissoudre et concasser le féminin dans le masculin, et inversement ? C'est la guerre de la moitié de l'humanité contre l'autre moitié. Il ne peut en sortir que traumatismes et dégâts collatéraux.

 

Le combat contre le racisme n'est-il pas devenu une perversion, l'aboutissement d'un processus d'inversion qui ne mène qu'à la haine, fut-elle la haine de la haine ? La simple tolérance, voire le simple respect de la différence, l'accueil d'une altérité qui serait à la fois celle de celui qui provient d'un ailleurs et celle du raciste, ne serait-elle pas préférable ?

 

Observez une joute. Chaque chevalier s'élance d'un côté et de l'autre de la piste, ils se croisent, s'entrechoquent, et voilà que leurs positions se sont inversées. En galopant au contact de l'autre, que chacun voulait battre, ils ont mutuellement adopté la position de l'adversaire, après éventuellement que l'un ait été vaincu, voire blessé.

 

C'est qu'il n'y a pas de différence fondamentale entre deux positions considérées comme antagonistes. La seule différence qui se fait est celle entre le vainqueur et le vaincu. Est-ce donc ce qui est recherché à travers ces militantismes ? La victoire ? Victoire implique défaite. Vainqueur implique vaincu, souverain implique sujet, maître implique esclave, survivant implique pertes humaines.

 

C'est la dualité, et c'est le dualisme qui est le moteur du militantisme.

 

C'est pourquoi je n'ai jamais été militant de rien.

 

C'est pourquoi je n'aime pas les termes comme « abstentionniste » ou même « anarchiste ». Oui, je suis apolitique dans le sens que je ne suis pas engagé dans les processus tels que ces termes les esquissent. Ce n'est pas parce que je m'abstiens que je suis « abstentionniste », ce n'est pas parce que je prône l'égalité et la liberté que je cautionne l'égalitarisme, la discrimination « positive », le libéralisme qui semble être plutôt un nihilisme selon lequel toute idée, toute réglementation, ne serait qu'obstruction à un prétendu droit à faire tout et n'importe quoi, un droit à avoir tous les droits.

 

L'humain ne peut pas s'épanouir dans un désert, fut-il un désert de droits (ou de devoirs). Il ne peut pas non plus s'épanouir dans une forêt de lances et de baïonnettes qu'on brandit pour faire combattre des idées entre elles, comme à l'intérieur d'une arène ou d'un ring où ce combat les confine.

 

Il est vrai que dans le monde humain, où les idéaux sont toujours brandis pour servir parfois des intérêts qui lui sont inverses, il faut être vigilant, il faut se tenir au courant du sens des flots et des flux dans lesquels la politique tente d'endiguer les idées et les valeurs, pour les faire correspondre à des intérêts. C'est tout le sens de mon propos contre l'endoctrinement, la propagande, etc.

 

Mais vouloir lutter contre cela n'est pas le nécessaire mouvement contre l'abandon qui consisterait à se laisser aller à l'embrigadement. Au contraire, ces deux mouvements participent d'un seul et même dualisme qui participe, comme lors d'une joute, à dresser une idée contre une autre, un humain contre un autre et, au bout du compte, à pratiquer l'inversion, à la favoriser, à lui donner de la force dans notre existence individuelle. Ce n'est qu'une autre manière de s'auto-conditionner, comme le soldat est conditionné (souvent par lui-même, mais souvent aussi par ses meneurs) pour aller au combat, contre ce qui incarnerait l'inverse de ses idées, valeurs et intérêt, mais qui n'est en fait qu'un autre lui-même : son congénère, son image miroir, l'humain, comme lui et cependant différent tout en même temps.

 

C'est pourquoi je suis contre toute guerre. Je conçois souvent mon travail sur mon blog, ou dans ma vie, comme une forme de lutte contre le courant malsain d'une société vivant suivant des valeurs inversées. Mais je ne lui mène aucune guerre. Cette lutte est plutôt un effort mené contre ma tendance à succomber au courant, et pour indiquer à autrui une bonne manière de le faire, ou que je juge bonne, car elle fonctionne pour moi, et peut, à tout le moins, inspirer à d'autres une façon de l'adapter à leur nature, à leurs tendances, à ce qu'ils sont.

 

On pourrait donc dire que je suis pacifiste.

 

Mais il me faut encore défaire cette idée, je le crains. Je ne suis pas pacifiste, car je ne milite pas contre la guerre. Je ne vais pas me sacrifier contre l'idée de guerre. Je me contente de livrer les idées contre celle-ci, et de vivre suivant une façon qui, selon moi, ne génère pas le conflit, et qui défait les raisons fournies aux conflits.

 

Certes, on ne peut jamais totalement incarner une posture. La perfection n'existe pas, et toute vie est faite de conflits, de paradoxes, de contradictions, d'intérêts opposés, de choix à effectuer, à moins d'être un éveillé accompli, ce qui correspond plus à une vision candidement idéalisée des choses. Il se peut même qu'il n'existe aucun être véritablement « éveillé » au sens où on l'entend, à cause de la complexité de la vie, de ses interminables contradictions, influx opposés et intriqués qui mènent fatalement aux conflits et à une certaine nécessité de défendre ce que l'on est, ce que l'on a, ce que l'on veut, etc. Mais ce n'est pas malsain que de participer à cela.

 

Les choses deviennent malsaines quand une idée devient un étendard. Une idée n'est tout simplement pas faite pour ça, ce n'est ni sa vocation ni sa finalité. Sa finalité, je l'ai dit, est d'être vécue, véhiculée, incarnée.

 

Peut-être que quand on aura compris cela, on progressera, collectivement parlant. La liberté est déjà là, l'égalité n'attend que nous pour que nous pratiquions le partage, etc.

 

Le fait que nous vivons dans une société malsaine qui entrave ces choses, qui pratique et encourage la prédation, les bas instincts, et ne reconnaît l'idéalisme que lorsqu'il est question de l'instrumentaliser, de le détourner, de l'abaisser, de le caricaturer, et au final, le retourner s'il faut, et il le faut car c'est l'ultime façon de décrédibiliser les valeurs qui portent l'humain. C'est une société qui ne sait bâtir qu'une chose : le désespoir. Sur ce terreau, il ne pousse que de la pathologie mentale, de la violence, et il ne faut s'étonner si terrorisme est enfant du mondialisme « progressiste » perverti, qui peut tout à la fois prôner le respect des cultures différentes et les niveler, les détruire, les assimiler et les fondre entre elles.

 

Il est donc naturel que, la population ayant commencé à saisir cela, les clivages politiques explosent pour en fournir d'autres, dans un chaos général où une idée ou une valeur peut en remplacer une autre quasiment du jour au lendemain, puisqu'elles n'ont plus de sens, puisqu'elles peuvent aussi bien être un jour une chose, et un jour son inverse.

 

Je ressens moi-même ce mouvement, comme si j'étais capté, ou comme si je captais moi-même des mouvements qui sont littéralement supra-humains, qui se répandent comme si elles étaient des nuages pluvieux au dessus de nos têtes. Ce qui était à gauche passe à droite, ce qui était en bas est subitement en haut, une idée qui était magnifique est devenue détestable, une chose qui était souhaitable est maintenant à bannir, et ainsi de suite.

 

Il ne faut pas avoir peur de cela.

 

Lorsque je suis sous l'orage, dans la tempête ou dans la brume, ou sous un soleil de feu, je peux étendre mes bras et accueillir l'univers. Être détrempé, un peu aveuglé, ou secoué par la nature ne me tue pas. Ça ne me rend pas non plus plus fort. Cela m'apprend seulement à m'abandonner à sa puissance, qui m'a fait naître.

 

Il faut seulement veiller à ne pas se faire emporter. Rester maître de soi-même. Garder un œil sur les prédateurs qui n'attendent qu'un moment d'inattention pour fondre sur nous. La société humaine est un super-prédateur pour les individus qui la composent, et ils doivent apprendre à s'en défendre, et veiller à reconstruire, la prochaine fois qu'une occasion s'en présente, une version plus bienveillante, mois soumise pour et par les fous qui en tirent actuellement les ficelles.

 

Pour cela, ils doivent maintenir leur esprit éveillé, ne pas le laisser se calcifier par des idées trop arrêtées et par des élans qui, en fait de mouvement, ne font que pétrifier leurs énergies vives dans des luttes que le système souhaite car il se nourrit des divisions et du chaos engendré.

 

C'est ce que je me propose de continuer à faire sur ce blog, pour moi-même déjà, et pour tous ceux qui peuvent y trouver un intérêt.