4) Place du chamane dans le temps et l'espace de l'expérience humaine collective, une incursion par la science-fiction

 

Cette partie est bien sûr celle que j'avais le plus hâte d'écrire, en tant que moi-même auteur de SF et d'anticipation. Non seulement la SF fournit un terrain d'expérimentation pour l'écrivain et pour le chamane, puisqu'elle permet de poser des situations semi-fictives, en les transposant dans un autre univers ou à une autre époque, mais c'est aussi, bien sûr, un procédé de sublimation qui relève déjà de la principale fonction du chamane : la guérison.

 

A titre personnel, j'ai souvent utilisé l'heroic fantasy avec les mêmes ambitions et objectifs que la SF ou que l'anticipation : replacer l'humain dans un cadre qui transcende ou dépasse soit son histoire, soit sa culture, et permet de resituer ses espérances et ses aspirations dans un cadre qui ressemble au conte ou à la fable. Et il m'est apparu que l'érotisme est encore une autre façon de recentrer l'humain, dans un récit où ses pulsions, qu'elles soient franchement exprimées ou au contraire détournées, permettent de le resituer et de montrer comment ses tendances peuvent être utilisées d'une façon profitable à l'humain ou au contraire, perverties, détournées, instrumentalisées contre lui-même, ou encore réprimées. L'humour est encore une façon de sublimer la souffrance, et sans doute que tout l'art humain trouve ses racines dans un domaine primordial.

 

Mais j'ai choisi ici de m'intéresser plus spécifiquement à la SF, parce que d'une part cela prolonge ma réflexion sur l'intemporalité des fonctions du chamanisme (désormais dispersées dans différentes spécialisations humaines, comme le veut l'époque), et surtout parce que c'est le courant qui a, me semble-t-il, le mieux exploré le chamanisme.

 

https://laspirale.org/texte-161-techno-chamanisme-cyber-primitifs.html

 

Cet article permet une première approche du sujet. Avant de se retrouver dans certains courants de la SF, le chamanisme a d'abord été récupéré et re-digéré avec plus ou moins de bonheur par mouvements néo-païens actuels. Je tiens d'abord à dire sur cet article que je me distancie absolument de tout ce qui se rapporte au new age, qui est essentiellement non pas tellement un syncrétisme, mais surtout une manifestation pseudo-spirituelle qui a tous les caractères du consumérisme, que j'ai abondamment critiqué dans les pages de ce blog, déjà. Non pas qu'il n'y ait que du mauvais dans le new age, mais que ce soit d'après moi une porte d'entrée plutôt tendancieuse à une discipline comme le chamanisme, qui mérite autrement plus de respect. Je ne m'attarde donc pas de nouveau sur cette critique, qui est un autre sujet (et chaque lecteur comprendra sans doute à quoi je peux faire référence en lisant le passage sur les « raves », moment de festivité assez puéril, sur l'usage de drogue en usant du chamanisme comme caution pseudo-spirituelle, ou encore le mélange de toutes les anciennes religions du monde en gloubi-boulga imbécile, permettant surtout à une caste de commerçants de prospérer sur le dos d'innocents agrégés en une masse inculte et dépourvue de véritable sens critique).

 

Par contre, l'article introduit ce que je veux aborder sur la SF, et parle aussi de cette tendance prétentieuse hyper-scientiste dont j'ai parlé plus haut.

 

Ainsi donc, William Gibson et Bruce Sterling ont été, de l'avis général, les grands initiateurs du courant cyberpunk qui met en scène ce techno-chamanisme dont il est question par exemple dans ces deux textes :

 

https://tempspresents.com/2016/06/01/techno-paganisme-chamans-stephane-francois/

 

https://www.religion.info/pdf/2016_03_Francois.pdf

 

La présentation faite dans le premier article peut paraître à son tour puérile, pourtant lorsqu'on y pense, cette prise de conscience émergente d'un nouvel ordre mondial (pour résumer la problématique à cette expression) n'est-elle pas précisément la manifestation la plus probante de cette connexion entre les internautes ? Certes, il y a beaucoup de tendances contradictoires, certes, beaucoup n'ont sur internet qu'une approche consumériste, mais on voit tout de même se dessiner une tendance, que tentera sans doute d'instrumentaliser le mouvement globaliste, qui relève d'une prise de conscience commune que le monde n'est pas tout à fait comme on le croit et, peut-être, pas tout à fait comme il devrait être. Et cela n'est peut-être que les prémices de quelque chose de plus vaste, qui sait ?

 

On retrouve également l'idée, certes ici exprimée de manière très ingénue, que la pratique artistique ouvre des portes dans la conscience, ou à la limite de celle-ci. Le développement d'internet et l'accès de tous aux pratiques artistiques sont-ils des composantes qui peuvent accélérer une prise de conscience plus large, et surtout plus profonde et plus éclairée ? On peut le rêver. Et le chamane sait que le rêve est la matrice du réel. A condition de bien vouloir se donner la peine d'aller jusqu'à la concrétisation, une fois que le rêve a posé les schémas nécessaires. Et encore faut-il, aussi, que ce rêve soit suffisamment éduqué par une conscience saine et assez mûre pour dépasser les pièges de la manipulation et de la récupération (pensez à mai 68, au mouvement hippie, à ce que sont devenus ces idéaux dans le monde concret...). Autant de choses que la coloration new age qui existe dans cette mouvance auraient plutôt tendance à faire désespérer qu'espérer, l'humain étant ce qu'il est.

 

L'autre texte va un peu plus en profondeur, sans davantage aider à déceler une grande maturité dans ce mouvement qui trouve pourtant ses origines dans des explorations littéraires tout sauf dénuées d'intérêt, je parle en particulier du travail de William Gibson, que je n'ai pas lu, mais dont je sais reconnaître l'héritage à travers tout ce qui est passé non seulement dans la sous-culture mais aussi dans l'inconscient collectif. Ainsi, qui sait que Matrix a été inspiré par lui ?

 

La façon dont cette mouvance recherche le sacré aurait plutôt tendance à me navrer, et je serais assez tenté de leur répondre ceci (d'autant que le mot « sacré » me fait le même effet que le mot « Dieu » : un fourre-tout qui sert d'excuse à tout et à n'importe quoi) :

 

https://www.youtube.com/watch?v=-nC9V4KwkhI

 

Vidéo youtube : Venom - Nothing Sacred

 

https://genius.com/Venom-band-nothing-sacred-lyrics

 

Notez que la chanson suggère que, même une fois tout le sacré éteint par le monde moderne, il demeure encore des secrets... des choses hors d'atteinte à la fois par la science institutionnelle, et par les méthodes au raz des pâquerettes qui consistent à vénérer les objets technologiques pour en retirer des avantages vaudou. Des secrets qui sont bien plus qu'une lubie new age, et qui se rapportent, à n'en pas douter, à la vie et à l'univers.

 

Mais j'imagine que c'est toujours ainsi que la masse, celle qui est d'un « bleu-gris vide » dans ma vision, s'approprie ces choses... et que la seule chose à faire est d'attendre patiemment que l'espèce humaine mûrisse, et s'occuper intelligemment en attendant, pour ne gaspiller ni sa patience, ni son temps ou son énergie, et pour ménager son indulgence (je ne sais pas grand chose non plus, en ce sens je me sens comme Socrate qui savait seulement qu'il ne savait pas... ce qui me semble faire déjà une différence notable, bien que peu productive à ce qu'il semble).

 

Mais revenons-en à Gibson :

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/William_Gibson

 

Je note particulièrement ces citations :

 

« Je crois que j'ai passé exactement autant de temps à écrire qu'un Américain moyen de mon âge a passé de temps devant la télévision, et c'est peut-être là, plus que nulle part ailleurs, que réside le véritable secret. »

(Extrait de la brève autobiographie tirée de son site web2)

 

« Toute technologie émergente échappe spontanément à tout contrôle et ses répercussions sont imprévisibles. »

(Extrait d'un entretien donné lors du Directors Guild of America's Digital Day, Los Angeles, le 17 mai 2003)

 

« […] j'ai senti que j'essayais de décrire un présent impensable, mais en réalité je sens que le meilleur usage que l'on puisse faire de la science-fiction aujourd'hui est d'explorer la réalité contemporaine au lieu d'essayer de prédire l'avenir… La meilleure chose à faire avec la science aujourd'hui, c'est de l'utiliser pour explorer le présent. La Terre est la planète alien d'aujourd'hui. »

(Extrait d'un entretien accordé sur CNNfn, le 26 août 1997)

 

 

Sur la première citation, qu'ajouter ? C'est le portrait même des hommes « bleu-gris » de ma vision, tels que je me les représente. Quand on a passé sa vie à écrire, à explorer des idées, des mondes imaginaires, à réfléchir sur l'homme, la vie et le cosmos, il est difficile de ne pas être déçu par la stérilité de ses contemporains qui pour la plupart se contentent de se servir dans ce qu'on leur propose sans jamais faire un véritable usage de leur potentiel humain et intellectuel (qu'on arrête un peu de dénigrer l'intellect, svp, c'est dénigrer l'intelligence qui ne va jamais sans celui-ci, même si, certes le « cœur » est important).

 

Sur la deuxième citation, pas grand chose à dire, et sur la troisième, c'est, je crois, un point sur lequel tous les auteurs de SF et d'anticipation devraient finir par tomber d'accord : la SF et l'anticipation ne servent pas tellement à explorer les futurs possibles qu'à exprimer une version fantasmagorique du présent, à grossir certains de ses traits jusqu'à les rendre perceptibles par le public, suivant le principe de la caricature. Ainsi, Un P.K. Dick ou un Orwell ne parlaient pas tellement dans leurs ouvrages de la société des années 1984, ou 2037, mais de ce qu'ils observaient dans le moment présent autour d'eux, placé sous la lorgnette d'un certain récit qui permet d'épurer un maximum d'éléments culturels contemporains qui peuvent être parasites. D'ailleurs, chacun sait que 1984 fut écrit en 1948, pour parler de cette année 1948, et je mentionne en sus : pas chez les nazis ou les coco, mais chez les britanniques. Ceci pour ceux qui n'arrêtent pas de chercher la paille dans les dictatures, sans voir la poutre dans les « démocraties ». De même, les récits de Bradbury ou d'Huxley ne parlent pas d'une autre époque. Bradbury replace l'homme sur Mars pour mieux parler de la destruction de la terre, et il place dans le futur son livre où l'on interdit et brûle les livres (Fahrenheit 451) non pas pour parler d'un futur sombre et hypothétique, mais pour dénoncer ce qu'il a observé de son vivant sur le rejet des sociétés humaines quant à la connaissance et à la culture, qui sont des choses exigeantes qui s'accommodent mal de la médiocrité des masses, qui elles s'accommodent beaucoup mieux de la passivité abêtissante que fournissent les télévisions. Rappelons que Bradbury était américain et non pas russe ou cubain, et que c'était sa propre société qu'il dénonçait ainsi. De même, Huxley ne parlait pas d'un futur hypothétique : tout ce qu'il a décrit dans le meilleur des mondes s'est concrétisé d'une manière ou d'une autre, ce qui est confirmé et démontré d'une autre façon par Debord dans La société du spectacle.

 

Or Gibson, comme beaucoup de personnes lucides, est décrit comme ayant un univers sombre et plutôt dérangeant. Ici se trouve par exemple une exégèse d'un de ses romans, Code source :

 

http://journals.openedition.org/gc/1662

 

Ceci est bien trop long pour être commenté in extenso, mais j'ai relevé quelques passages qui me concernent et/ou m'intéressent. Je mets en gras les passages les plus importants :

 

Paragraphe 16 : « (…) selon une formule célèbre, le cyberespace était décrit comme une « hallucination consensuelle » dans Neuromancien, p. 64). Cela participe en effet à la construction de l’imaginaire technologique de William Gibson. Si c’est un personnage sous l’influence des anxiolytiques qui a l’intuition la plus claire de la nature de la technologie, c’est que celle-ci n’est peut-être pas totalement du côté du rationnel, ou tout du moins que les rapports que nous entretenons avec elle ne sont pas entièrement rationnels. Le monde invisible de l’information numérique est analogue au monde des esprits auquel accèdent les chamanes dans des états modifiés de conscience. Or Milgrim semble posséder une sorte de don chamanique intermittent qui lui permet, par exemple, de voir des fantômes ou des anges (p. 284). Malgré sa dépendance et ses visions, ce personnage est un des plus constamment rationnels du roman.Dans sa rationalité même, il fait un parallèle entre le mysticisme et la communication électronique : fasciné par l’histoire des hérésies, il envisage la religion sous l’angle de la théorie de l’information (p. 163). Le christianisme médiéval était la chaîne (au sens télévisuel) unique qui émettait en Europe, et dont le signal menaçait d’être noyé dans le « bruit » de l’hérésie. Cette métaphore de la chaîne est précisément celle qu’emploie Bobby Chombo (p. 93), pour évoquer les réalités alternatives auxquelles permettent d’accéder les installations de locative art. L’identité de la métaphore suggère une relation plus profonde. »

 

 

Paragraphe 17 : « Le thème de la Santeria, religion syncrétique de Cuba issue du contact de croyances d’Afrique de l’ouest avec le christianisme, permet d’approfondir les liens entre le domaine mystique et les techniques numériques. Dans Code Source, Tito, un jeune exilé cubain issu de la diaspora chinoise, se distingue par une maîtrise supérieure de son environnement qui lui permet notamment de se déplacer avec une agilité hors du commun. Il est guidé dans ses mouvements par les orishas (divinités) de la Santeria. Les orishas confèrent à Tito un pouvoir sur l’espace comme les techniques géonumériques permettent à d’autres personnages d’acquérir un autre type de pouvoir sur l’espace. Cette interprétation de la Santeria de Code Source est d’autant plus plausible que William Gibson a déjà développé beaucoup plus explicitement un parallèle entre les technologies de l’information et une religion syncrétique dans Comte Zéro et Mona Lisa s’éclate où le Vaudou haïtien s’intègre à l’hallucination du cyberespace8. Un lecteur familier de l’univers de Gibson ne peut manquer de faire le lien entre l’intervention des orishas dans le récit et l’éclosion du cyberespace. »

 

 

Paragraphe 19 : « Mais la présence de la Santeria ou du Vaudou haïtien chez Gibson n’est pas uniquement une façon d’évoquer le merveilleux technologique. La Santeria comme le Vaudou haïtien sont des religions syncrétiques nées dans le déracinement, du contact des religions ouest africaines (yoruba) et du christianisme dans les Caraïbes. Ce sont des constructions culturelles (ou, si l’on préfère, des contre-cultures) particulièrement emblématiques de la mise en relation brutale d’espaces éloignés et, à ce titre, elles font écho à la perturbation du sens de l’espace dans le monde en réseau. (...) »

 

 

Il est important de dire que c'est en non-lecteur de Gibson que je me réfère ici à cette analyse et que je la commente. J'ai déjà expliqué que je me sens fondé à le faire parce que, de toute façon, les œuvres d'importance pénètrent la conscience collective (que j'aime bien appeler « conscience-inconscience », car rien ne me semble plus inconscient que la conscience, raison pour laquelle je peux alterner ou intervertir ces termes sans m'en rendre compte). Outre ça, s'il fallait tout lire et tout aborder pour prétendre réfléchir sur un sujet, le monde serait bien triste et contraignant : le savoir plane à portée de main pour qui sait l'attraper, et je prétends le savoir.

 

Je remarque d'abord que le propos de Gibson dépasse de loin les petits amusements puérils décrits concernant le mouvement techno-païen ou techno-chamanique. Et s'il semble jouer lui-même avec ces notions, il me semble que c'est précisément pour mieux mettre en évidence à la fois la nature fondamentalement superstitieuse de l'âme humaine, qui recrée des structures religieuses et cultuelles partout, ainsi que pour apporter un élément de contrepoids à la pensée rationnelle qui a tout envahi, de nos jours : au lieu que le savoir provienne de la pensée rationnelle, c'est la pensée rationnelle qui vient justifier et mettre en forme le savoir acquis par l’intuition (maintenant mon paragraphe juste au-dessus prend une nouvelle signification pour ceux qui n'auraient pas saisi, je pense).

 

La pensée new age simpliste tend à exprimer cela autour du cliché habituel « cerveau gauche versus cerveau droit », mais je ne crois pas qu'il soit question de cerveau, et encore moins de latéralisation du cerveau (on a vu que cette vision simpliste a été largement défaite, même si elle continue d'être ressassée par beaucoup). La connaissance s'acquiert aussi par des moyens émotionnels, viscéraux et intellectuels. En fait, le processus de la connaissance passe par un effet de résonance entre l'être et le monde avec lequel il interagit : cela en fera bondir beaucoup qui sont conditionnés au méthodisme scientifique et sont incapables de seulement imaginer qu'il existe d'autres approches, mais une véritable connaissance est ce qui met l'être en adéquation avec son environnement. Ce n'est pas nécessairement une vérité prouvable, cela peut-être une sensation, un profond sentiment de certitude, ou encore une sorte de foi indestructible. Cela est indépendant de la vérité au sens où on l'entend puisque c'est quelque chose de profondément subjectif.

 

Bien entendu, ces connaissances sont extrêmement faciles à détourner, pervertir, et l'on sait bien comment les sectes peuvent manipuler des gens en leur faisant croire à une « vérité », de même que... un régime totalitaire peut faire croire à son caractère parfaitement démocratique à la plus grande majorité.

 

La méthode scientifique actuelle est la seule qu'on ne peut pas facilement détourner : c'est une disciple exigeante qui demande du travail et des efforts intellectuels (justement). Pourtant beaucoup ont détourné la science, lui ont conféré des caractères religieux, et appliquent en son sein le dogmatisme et la ferveur, notamment. Aussi le sentiment de pureté que beaucoup de scientifiques, sceptiques et autres zététiciens à l'égard de la science est-il largement erroné et en tout cas exagéré.

 

En un mot comme un cent : il y a certainement une marge à trouver, qui permet d'adjoindre pensée rationnelle et intuition. Le personnage du roman de Gibson, comme les chamanes et autres mystiques en général, montrent le chemin.

 

 

Bref, je pourrais continuer à l'infini sur ce genre de sujet, et j'y reviendrai peut-être une autre fois, mais je vais conclure derechef.

 

 

 

J'ai parlé de la banalité de ma vision, mais il a néanmoins fallu qu'elle s'impose à moi pour qu'elle m'apprenne quelque chose, et le sens qu'elle propose n'est sans doute pas familier à tout le monde. En substance, le message est que, en dépit de l'ultra-spécialisation de notre époque, en dépit de tous ses défauts, de toutes les difficultés propres qu'elle propose, nous avons tous une responsabilité et un rôle à jouer dans la transformation de ce monde et de fait, que nous en soyons conscients ou non, nous jouons déjà ce rôle, comme nous le pouvons.

 

Nous sommes tous chamanes à un certain degré, nous avons tous une part du pouvoir qu'il faut pour changer et améliorer les choses. Il est certes très facile de se complaire dans la simple jouissance des bienfaits technologiques de notre époque et de bénir la science comme on bénit le pain du midi, facile de dire à tous ceux qui explorent d'autres voies qu'ils n'ont rien à proposer de mieux et qu'il n'existe rien de plus excellent au monde que leur sacro-sainte méthode scientifique et tous ces gnagnagna habituels. Cette voie est celle de l'immobilisme, de la complaisance et d'un optimisme béat qui se cache derrière les atours d'un progrès qui leur sera servi sur un plateau. Pourtant, le progrès, le vrai, c'est à dire le progrès de la conscience humaine (pas toutes les galéjades politisées et instrumentalisées qu'on nous sert à longueur de temps pour occuper le temps de cerveau disponible) ne sera pas accompli par des gens qui se reposent en réalité sur des acquis et, en fait, quand on y regarde de près, une sorte de crainte d'avancer hors des chemins déjà bien établis en prétendant qu'il n'y aura jamais que ceux-là. Les gens d'imagination, les mystiques, les artistes, ont déjà prouvé que c'était faux. L'humanité a toujours de nouveaux territoires à explorer, et je ne parle pas de Mars (les profondeurs océaniques, à la rigueur). Il existe tout un territoire mystérieux, à l'intérieur de nous-mêmes, et je suis intimement convaincu que la méthode scientifique est aussi impuissante que les grandes religions à y découvrir quoique ce soit par elle-même. A ces territoires, il faudra d'autres méthodes, d'autres instruments que des fours ou des télés, ou des microscopes, ou que des accélérateurs de particules. Je ne sais pas trop quoi, mais je vais me hasarder : il nous faudra, avant tout, de l'imagination, et du discernement.